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CHAPITRE LVIII

DV FLVX MENSTRVAL DES FEMMES K

La fleur est fonderaent ou préparant à la semence, et au fruit de chaque plante. Pour ceste cause on appelle fleurs les purgations menstrualles de la femme , d'autant qu'elles précèdent communément, et sont comme préparatifs à leur fruit qui est l'enfant , dont il s'ensuit que les femmes ne peuuent auoir enfant deuant qu'auoir leurs fleurs. Or icy faut entendre que la femme est froide et humide plus que l'homme , et engendre plus de sang qu'elle ne peut consommer à la nourriture de son corps , principalement depuis l'aage de douze ans , auquel terme elle a fait la plus part de son accroissement : alors commence le sang estre superflu , et n'estant tout employé à la nourriture des parties , il s'amasse peu à peu autour de la matrice , et quand il y en a suffisante quantité, la vertu expultriceleiette dehors comme chose inutile. Car le sang qu'elle iette tous les mois, n'est que la portion de

pas hésité à remettre chaque chose à su place, en exposant ici les raisons qui m'ont dirigé.

1 Ce chapitre commence dans celle édition tout différemment que dans les éditions ordinaires. Le premier paragraphe, qui date seulement de 1579, avait été mis par mégarde à la fin du chapitre précédent. Voyez la note précédente. Du reste, on n'y retrouve guère que des idées déjà émises dans la suite du chapitre.

NERATroi»f.

tout le sang la plus crue et indigeste, et non pas comme plusieurs ont pensé, infecte et de mauuaise et pernicieuse qualité, et n'est à reprouuer que de sa crudité , pourueu que la femme soit saine et gaillarde : et parce qu'elle abonde grandement en sang, Nature a ordonné que la portion moins digeste s'escouleroit tous les mois K

Les femmes appellent leur flux de sang par la matrice , mois, parce que quand elles sont saines , elles s'euacuent par tel flux quasi tous les mois: les autres appellent leur temps, parce qu'il coule tousiours, ou le plus souuent en certain temps : autres le nomment semaines , à cause que ce flux a accoutumé de fluer en quelques-vnes qui sont principalement oisiues et gourmandes, par septiours :

autres l'appellent leurs purgations, pource que par tel flux se purgent tout leur corps : les autres l'appellent fleurs rouges , et celles qui sont blanches , fleurs blanches, parce que tout ainsi que la fleur précède le fruit des plantes , pareillement les femmes ne conçoiuent point , ou rarement , que leurs mois n'ayent coulé 2.

Et pource qu'aucuns sont en doute si vne fille estant meure et apte à receuoir l'homme , et qu'elle n'aye encore eu ses fleurs, peut conceuoir : de ma part i'estime que difficilement cela se peut faire. Car puis que ce qui aide à la conception défaut , et que la

1 Philosophie de M. loubert, liu. des Erreurs populaires. — A. P.

'Syluius liu. des mois.— A. P.— Cette citation, qui manquait d'abord en 1573 et 1675, indique sullisamment où Paré a puisé l'idée cl les principaux détails de ce chapitre, ainsi que de ceux qui le suivent, et qui se rattachent au même objet.

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matrice est destituée de l'humeur dpnl il faut que l'enfant soit nourri , comme se pourroit-il faire que la conception se parflst ? Ce qui se peut prouuer par la similitude des arbres et plantes qui ieltent leurs fleurs, ausquels le fruit n'est point dénié, et nul arbre qui fleurit n'est stérile : mais bien tout arbre qui est priué de sa fleur, est infertile : ainsi les tilles quine iettent encores leurs fleurs, ne peuuent engendrer et deuenir grosses :

mais celles qui sont d'aage , conçoiuent et font des enfans tant que leurs mois durent. Toutesfois il se peut faire , mais rarement , que les filles concoiuent sans auoir iamais eu leurs fleurs, à cause qu'il s'amasse en leur matrice autant de sang qu'il y a coustume d'en rester à celles à qui leurs fleurs coulent *.

Or si les filles et femmes sont saines, elles s'euacuent tous les mois, comme npusauonsdit: toutesfois ilfautenlendre que cela ne se fait pas ordinairement à toutes femmes tous les mois , ne tousipurs aussi en vu mois, mais en aucunes plussouuenl, en autres plus rarement : car il y a des femmes qui les ont trois fois en vn mois , qui se fait pour la grande multitude de sang, à cause de leur habitude et ieunesse, et désir d'habiter auec les hommes :

les autres ne les ont que de deux mois en deux mois, plus ou moins. D'auantage , aucunes les ont à la nouuelle lune , les autres au défaut : et telle chose se fait pour la diuerse complexion et témperature qu'elles ont des vnes aux autres , à sçauoir , plus chaudes oq plus froides , et pour plusieurs autres causes qui seroient longues à escrire '^. Car ppur le dire

1 Ce paragraphe a été ajouté en lùîft.

2 Ici finissait le chapitre en 1573 ; le reste a été ajouté eu 1675.

ÉME LIVRE ,

en vn mol , celles qui ont les veines amples, le foye grand , qui prennent beaucoup de viandes et bien nourrissanles, qui sonlsedeaiaires et oisiues, qui dorment beaucoup, et viuenten païs et air pluuieux et austral , qui vsent de bains d'eaux douces , ou de legieres frictions incontinent après le repas, les ieunes et brunetlesontleurs mois en plus grande abondance : comme au contraire , en moindre quantité l'ont celles qui ont les veines eslroiles et peu apparentes, les bien charnues et grasses ( de tant que la superfluité de l'aliment se conuertU en corpulence et graisse) les mollasses et blanchastres ( parce qu'elles oaI le cuir plus rare, et partant endurent plus de dissipation de leur substance, que les brunes qui ont le cuir plus dense et ferme) et qui sont suiettes à quelque autre euacuation et coutumiere de sang, soit par le nez, hemorrhoïdes, ou autre endroit du corps.

Quant au^ ieunes, elles ont leurs mois en la nouuelle lune , et les vieilles au contraire en pleine lune, ou décroissante. La raison est telle: la lune est vne planetle qui seigneurie et esmeut les corps : de là vient que pour la diuersité du cours d'icelle,la mer s'enfle , flue et reflue , les os s'emplissent de moelle , et les plantes d'humidité : parquoy les ieunes qui ont beaucoup de sang et sont plus fortes et gaillardes , sont aisément esmeiies, voire au premier quartier et croissant de la lune nouuelle : mais les vieilles, de tant qu'elles ont moins de sang , requièrent une lune plus forte et vigoureuse : parquoy ne sont esmeuës à auoir leurs mois sinon en pleine lune , ou décroissante, en laquelle le sang amassé par la plénitude et vigueur de la lune passée, est aisément incité à couler et fluer :

DE LA G

raison que i'ay tirée Uu texte d'Aristote, du 4. De générât ionc anima- Hum.

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