‹ Œuvres complètes d'Ambroise Paré [electronic resource]Chapitre 6 sur 482 · DES PLAYES EN PAUTICVLIER · texte numérisé non relu

DES PLAYES EN PAUTICVLIER

toutes autres parties du corps en cas semblable , s'il est possible faire ledit point d'aifjuille : puis ayant fait cela, fautsituer la teste du m;;la(lc en haut.

Or pour retourner à noslre propo«, le lendemain sera reg'ardé quel vice sera en l'os : et au cas qu'il n'apparust aucune fracture au sens de la veuë et au tact de l'esprouuette , neantmoins on coniecture par les signes prédits y auoir fracture : alors faut mettre sur l'os qu'on aura decouuert de l'encre à escrire , meslée auec vn peu d'huile rosat, à fin qu'elle pénètre dedans la fente , s'il y en a , et que l'os en soit imbu. Et au premier appareil d'après , faut essuyer Fos et voir si l'encre sera entrée dedans, qui se fera en ruginant et raclant l'os auec rugines , iusques à ce que l'on trouue la fin de la noirceur de ladite encre , et qu'on verra l'os estre blanc : et adonc faut cesser.

Autres y mettent vn cataplasme ou emplaslre astringente , et le lendemain estant leuée , le lieu apparoistra eslre plus sec , qui se fait à cause d'vne \apeur chaude qui passe au irauers de la diuision, desseiche le médicament , et par là la scissure est demonslréei.

' P.érenger expose de même la façon dont Guy de Chaiiliac, qu'il appelle magnas Ciiido, et Nicolas, croient reconnaître les IVactures; en plaçant sur l'os de la poudre de mastic mêlée à de l'albumine , et s'il y a fracture , le lendemain le mastic sera plus sec dans la direction de la fracture que partout ailleurs. Bertapaglia va plus loin : il a doux cmplAtres qu'il sullit d'appliquer sur le cuir chevelu rasé, le lendemain on trouve l'emplâtre desséché au lieu où existe la fracture. « Mais d'abord, dit Cérenper, ou il n'y a pas encore de matière qui puisse s'écouler par la fissure, ou il y en a. S'il n'y en a pas, on comprend que des vapeurs chaudes sortant parla fissure, surtout pendant la fièvre,

Et après , encores pour eslre plus asseuré si la Fissure pénètre les deux tables , faut faire clorre le nez et la bouche au patient, et le faire expirer , et regarder si par la fente sort quelque humidité sanguinolente, à cause que par tel moyen l'air de la respiration fait enfler et esleuer la substance du cerueau et les membranes, dont s'ensuit l'expulsion de certaine humidité : et si telle chose apparoist, sera vray signe manifeste que les deux tables sont rompues entièrement : et adonc faut couper l'os par les Rugines ou par autres instrumens propres à ce faire, iusques à la Duremere , soy gardant la toucher aucunement. Et si la Scissure estoit fort longue , il ne la faut pas suiure , car Nature reiinira le reste d'icelle par vue callosité, qui est comme cicatrice de l'os : semblablemenl le Chirurgien , comme dit Celse, doit osier

dessécheront le mastic ; mais s'il y en a, évi- • demment l'emplâtre devra être plus humide au lieu de la fracture ; et c'est ainsi que ce signe pourrait être trompeur, s'il n'était diligemment ruminé. »

Maître Bérenger oublie cette fois d'en appeler à l'expérience : on voit que le grand Guy lui en impose. Du reste, il est à remarquer que ce paragraphe d'A. Paré manque môme dans l'édition latine de 1682, il date donc au plus tôt de 1585.

On peut remarquer aussi que ni Bérenger ni Paré n'attachent grande confiance à ces signes. Bérenger recommande formellement de ne pas se borner à un seul signe. II faut voir et toucher, non avec la sonde, mais avec le doigt, diviserconséquemmentle cuir chevelu, hardiment, sans délai, par une incision triangulaire ou quadrangulaire ; dans la première heure, s'il est posssible, parce qu'alors le malade ne le sent pas. Il porte d'ailleurs celle sentence : qu'il faut arriver au diagnoslic de celle maladie, et si on ne la connaît pas , on ne la guérit pas. Op. citalo, fol. xj.

LE HVITIliME LIVRE,

de l'os du Crâne le moins qu'il sera possible , pource que la couuerture de l'os est meilleure que toute aulre matière qui y pourroit estre régénérée , après qu'on l'auroit tranclié et osté». Mais sufOru donner i sue et transpiration au sang et à la maliere sanieuse, de peur qu'elle ne corrompe l'os, et se face aposteme au cerueau.

Et ne faut passer à l'aire ouuerlure ■en l'os le troisième iour , s'il est possible , et principalement en Esté : à cause qu'il n'y a encores inflammation 2. Toutesfois l'en ay ruginé et trépané après le septième et dixième iour, tant en hyuer qu'en esté, qui en sont reschappés : aussi plusieurs sont morts. le dis ces choses , à fin que ia-

mais on ne laisse les malades sans ayde: veu que (comme dit Galienen sa Méthode ) il est meilleur d'essayer quelque remède , voire douteux , que nul : toutesfois en faisant au parauant bon Prognostique, pource qu'il en meurt plus sans estre trépanés , que de ceux qu'on trépane.

Or les instrumens propres à donner ouuertiu'e aux Scissures sont appellés Rugines , desquelles as icy les pourtrails de diuerses sortes, à fin que tu en puisses choisir selon qu'il te sera besoin : et les pourras toutes insérer l'vne après l'autre dans la vis d'vn manche que tu vois icy , laquelle vis tu connois assez par les extrémités desdits instrumens.

Rugines , ou Raspatoires ».

* Cornélius Celsus. — A. P. — Cette citation (le.Çelse manque dans l'édition de 1561 . pn y trouve au contraire en marge une indication omise dans les éditions postérieures :

« Galien, au 1,1,11. vi de la Méthode, dit que s'il y a des longs fragments d'os du crâne, les conuient poursuiurc iusques à la fin de la scissure, pourueu qu'on cognoisse qu'il ne s'ensuiura point de danger. »

D'où l'on voit que Paré était arrivé seul , dès 1561 , à professer un principe opposé à celui de Galien sur cette question ; et ce ne

fut que plus tard qu'il' trouva à s'étayer d'un passage de Celse.

2 Ce précepte est d'Hippocrate, et Parc l'avait adopté dès 1561 ; mais plus tard, ayant trouvé a s'appuyer de l'autorité de Celse , il n'y manqua pas 5 et on lit en marge de toutes les éditions subséquentes : • Il faut trépaner le plwitost que faire se peut. » Celse, liu. viii, chap. 18.

5 Dans la cinquième édition, on ne trouve ici que les sept premières figures , les trois autres ayant été reportées, par je ne sais quelle erreur, au livre des Tumeurs en par-

DES PLAYES EN

On racle l'os , quanti il est fendu et sçjssuré, à fin de voir iusques où pénètre la fente, et aussi pour Tapplanir lors qu'il est rabboleux , noir et vermoulu : et aux cartilagesallerés et corrompus. Or il faut cesser de racler l'os quand on en voit sortir vn peu de sang : après on y doit mettre dessus des pouldres cephaliques, comme racines d'iris de Florence , de farine d'iris , thus , arislolocbe , escorce de racines de panax , lesquels seichent et détergent sans acrimonie ny picqueure*.

Jlugines iVautre façon que les précédentes, pow couper d'auanlage l'os.

licidier, ch. des hernies. Je les ai rétablies comme elles existent dans l'édition de 16GI, les deux premières grandes éditions françaises et l'édition latine.

' Ce paragraphe manque jusqu'à l'édition latine inclusivement.

PARTICVLIER. i i

Et pour le dire en vn mot , quand l'os est seulement fendu ou fissuré, le Chirurgien se contentera de dilater et ouurir l'os auec les susdites Ruginos , et non par trépanes , encore que la fissure pénètre les deux tables: et si elle ne descend que iusques à la deuxième table , ne la faut ruginer que iusques là : mais si l'os est contus et cassé en plusieurs pièces , faut les oster auec inslrumens conuenables :

et s'il est nécessaire y appliquer la trépane , on le fera comme nous dirons tantost^.

Page 1