C.R.,t. VII, p. 327 (4 mars
Il résulte d'expériences faites par M. Arago que les rayons lumineux, émanant de deux étoiles situées dans l’écliptique, l’une en avant de l'observateur et vers laquelle la Terre marche, l’autre en arrière et dont la Terre s'éloigne, subissent dans un prisme de verre la même réfraction. M. Arago a observé que, pour expliquer ce résultat dans le système de l'émission, il suffisait de supposer la vision produite dans les deux cas par des portions différentes de la radiation, pour lesquelles la vitesse de propagation serait la même, et M. Biot a paru adopter cette idée dans l’intéressant Mémoire que renferme le dernier Compte rendu. En réfléchissant sur ce-sujet, j'ai été amené à croire qu'on pouvait hasarder une autre explication du même fait, sur laquelle il me paraît utile d'appeler l'attention des physiciens.
Par vitesse de la lumière on peut entendre, dans le système des on-
dulations, ou la vitesse absolue avec laquelle une onde lumineuse se déplace dans l’espace, ou la evtesse relative avec laquelle cette onde change de position dans la masse de fluide éthéré qu’elle traverse. Or, la seconde de ces deux vitesses sera évidemment celle qui déterminera les réfractions d’un rayon passant de l’air dans le verre, si l’on admet, comme il est naturel de le supposer, que la Terre emporte avec elle dans l’espace, non seulement son atmosphère aérienne, mais encore une masse considérable de fluide éthéré. Dans cette hypothèse, tous les phénomènes de réflexion et de réfraction observés à la surface de la Terre seront lès mêmes que si la Terre perdait son mouvement de rotation diurne et son mouvement annuel de translation autour du Soleil. Ces mouvements ne pourront faire varier que la direction des plans des ondes, par conséquent la direction du rayon lumineux, en produisant, comme l’on sait, le phénomène de l’aberration.
Au reste, l'atmosphère éthérée qui entourerait la Terre dans l’hypothèse proposée, et les atmosphères semblables qui entoureraient à une grande distance le Soleil, la Lune et les autres astres, venant à se mouvoir avec ces astres mêmes, 1l pourrait se produire des prénomènes lumineux vers les limites de ces atmosphères, et à ces limites l’éther pourrait être mis en vibration par des mouvements semblables à ceux qu’on observe quand une trombe traverse l'air, ou quand un vaisséau vogue sur une mer tranquille. Peut-être ne serait-il pas déraisonnable d'attribuer à une semblable cause certains phénomènes lumineux, par exemple, la lumière zodiacale, les aurores boréales ou australes, la lumière des nébuleuses planétaires, ou même celle des comètes, en supposant que la lumière zodiacale dépend de la rotation du Soleil sur lui-même, et que le phénomène des aurores boréales se lie au mouvement diurne de la Terre. On concevrait alors pourquoi la lumière zodiacale parait, à une grande distance du Soleil, s'étendre dans le plan de l'équateur solaire ; et le fluide éthéré, suivant la remarque de M. Ampère, pouvant n'être autre chose que le double fluide électrique, on concevrait encore que le phénomène des aurores boréales füt intimement lié
avec des phénomènes électriques et magnétiques. De plus, l'éclat des comètes devrait, conformément à l'observation, s’accroitre dans le voisinage du Soleil, si Le fluide éthéré devenait plus dense près de cet astre, et si l'intensité des vibrations lumineuses augmentait avec le mouvement relatif de deux masses d’éther contiguës. |
Observons enfin que, si la densité de l’éther était plus considérable dans le voisinage des corps célestes, la vitesse de la lumière pourrait n'être pas la même à une grande distance de deux étoiles, et près de l'une d’entre elles.
Post-scriptum. — Une lettre adressée à M. Arago, et insérée dans les Annales de Physique et de Chimie, m'apprend que l'hypothèse ci-dessus proposée s'était présentée à l'esprit de Fresnel. De plus, après avoir entendu la lecture de la présente Note, M. Savary m'a dit avoir songé à déduire de la même hypothèse une grande partie des conséquences que j'ai indiquées. Mais les difficultés que l’on rencontre, quand on veut en tirer l’aberration par des calculs préeis, avaient détourné l’un et l’autre de l'hypothèse dont il s’agit. Toutefois ces difficultés ne paraitront peut-être pas suffisantes pour qu’on doive l’abandonner, surtout si l’on observe combien elle est conforme à toutes les analogies. En effet, nous voyons sans cesse les corps qui agissent les uns sur les autres se mouvoir de concert. Notre Soleil, s’il se meut dans l’espace,
entraine avec lui tout le système planétaire. Les mouvements de translation et de rotation de la Terre sont partagés par les corps qu'elle. porte, par la mer qui la recouvre, comme par la masse d'air qui pèse sur elle; et il serait singulier que le fluide éthéré, sur lequel les corps solides et fluides ont une action évidente, comme le prouvent les phénomènes de la réflexion et de la réfraction, fit seul exception à cet
* égard.
PHYSIQUE MATHÉMATIQUE. — Méthode générale propre à fournir les équations de condition relatives aux limites des corps dans les problèmes de Phy-
sique mathématique.