C.R., T. XXVI, p. 404 (3 avril
Il existe un moyen simple de rendre plus rapide le dépouillement
du scrutin dans les élections nouvelles. Nous allons l'indiquer en peu de mots.
Les listes de candidats déposées dans l’urne électorale par les électeurs seront de deux espèces :
Certaines listes particulières et érdividuelles seront déposées par des électeurs dont chacun sera seul de son avis et n’aura pris conseil que de lui-même. Mais ces listes sefont évidemment peu nombreuses, eu égard au nombre total des votants, et elles auront pour effet unique de disséminer des votes sur un grand nombre de candidats, dont la plupart n’auront aucune chance de succès. D’autres listes auront sur les élections une influence marquée et décisive : ce seront les listes collectives déposées dans l’urne, non par des individus isolés, mais par des électeurs qui, jaloux de faire un acte sérieux et de ne point perdre leurs voix, se seront concertés entre eux pour porter leurs suffrages sur les mêmes candidats.
Pour réduire à une grande simplicité l'opération si laborieuse du dépouillement, il suffirait de la partager en deux autres qui se rapporteraient, l’une aux listes individuelles, l’autre aux listes collectives. |
Le dépouillement des listes individuelles s’exécuterait tout naturellement dans les formes ordinaires. Les résultats de ce dépouillement, dans chaque salle d'élection, seraient constatés par des procès-verbaux qui feraient connaître le nombre des voix acquises à chaque candidat sur les listes individuelles.
Quant aux listes collectives, il ne serait nullement nécessaire d’en faire le dépouillement. 11 suffirait que chacune de ces listes, étant ou autographiée, ou lithographiée, ou imprimée, portât en tête, avec le mot liste collective, un nombre de cinq chiffres pris au hasard, ce qui permettrait de reconnaitre, à mesure qu’ils se présenteraient dans le dépouillement du scrutin, les divers exemplaires d’une même liste. Des numéros d'ordre attribués aux diverses listes indiqueraient l’ordre suivant lequel elles se seraient présentées l’une après l’autre dans l’opération du dépouillement. Des feuilles blanches, divisées en colonnes verticales, en tête desquelles on inscrirait ces numéros d'ordre, seraient placées devant trois scrutateurs. spéciaux. Lors-
qu'une liste collective paraïitrait pour la première fois, chacun des trois scrutateurs en question inscrirait, au-dessous du numéro d'ordre, le nombre de cinq chiffres qui servirait à caractériser cette liste; ét, au-dessous de ce nombre, dans 34 cases vides, les noms des candidats portés sur la liste. Trois autres scrutateurs marqueraient sur des feuilles de pointage les nombres des voix acquises à chaque liste collective. Lorsque la même liste, caractérisée par le même nombre, reparaîtrait, l'un des scrutateurs chargés d'inscrire les noms des candidats sur les feuilles blanches prononcerait à haute voix le numéro correspondant à ce nombre, et chacun des serutateurs chargés des feuilles de pointage correspondantes aux listes collectives couvrirait d’un trait un des points placés au-dessous de ce numéro, en commençant par les points qui en seraient les plus voisins. En outre, pour éviter toute erreur, le président transmettrait aux trois scrutateurs chargés des feuilles blanches les listes collectives, à chacune desquelles ils appliqueraient le numéro qui lui reviendrait; et ces mêmes scrutateurs auraient soin de poser les uns sur les autres les divers exemplaires de chaque liste et de bien s’assurer qu'ils sont tous semblables entre eux. Enfin, lorsque le dépouillement du scrutin serait terminé, et que les scrutateurs chargés des feuilles de pointage pour les listes collectives auraient inscrit le nombre de voix acquises à chacune de ces listes, les divers paquets dont chacun comprendrait les divers exemplaires d’une même liste seraient successivement, et suivant l’ordre indiqué par les numéros des listes, rapportés au président, qui compterait immédiatement à haute voix le nombre des exemplaires compris dans chaque paquet, puis les ferait passer aux secrétaires, en ayant soin de vérifier avec eux la parfaite identité des divers exemplaires d’une même liste. Le compte fait, par le président, des exemplaires d’une liste devrait évidemment reproduire le nombre des voix acquises à cette liste sur les feuilles de pointage.
Nous avons supposé, dans ce qui précède, que les listes collectives déposées dans l’urne électorale n'étaient pas modifiées par les élec-
teurs eux-mêmes. Mais il peut arriver que, dans une liste collective, un électeur remplace un nom par un autre. Pour remédier à cet inconvénient, on pourrait se borner à faire rentrer les listes collectives modifiées dans la classe des listes individuelles; mais cet expédient détruirait en grande partie la simplicité de l'opération. Il sera infiniment plus commode et plus simple de constater les divers remplacements comme s’il s’agissait de la conscription militaire, et de charger des scrutateurs spéciaux d'indiquer sur des feuilles de pointage combien de fois chaque candidat aura été ou remplaçant ou remplacé.
Pour se faire une idée de la grande simplification qu’apportera au dépouillement du scrutin la distinction établie entre les listes individuelles et les listes collectives, il suffit d'observer que, en opérant comme on vient de le dire, on remplace généralement la lecture, faite à haute voix, des noms portés sur une liste collective, c’est-à-dire de 34 noms dont chacun doit être prononcé distinctement, par l’énonciation du seul nombre qui caractérise cette liste. Il est donc naturel de croire que le moyen indiqué réduira, pour les listes collectives non modifiées, le temps de l'opération dans le rapport de 34 à l'unité, ou, ce qui revient au même, dans le rapport d’une demi-heure environ à une minute. II y a plus : la réduction opérée sera, selon toute apparence, plus considérable qu’on ne vient de le dire. Car le nombre qui caractérisera une liste collective se prononcera plus rapidement que le nom d’un candidat, joint aux prénoms, et autres indications qui pourront servir à distinguer ce candidat d’un autre, et que l’on devra énoncer aussi, pour ne pas s’exposer à confondre entre eux des homonymes. ;
Le pointage des différentes feuilles relatives, soit aux listes individuelles, soit aux listes collectives, soit aux remplacements opérés sur ces dernières listes étant terminé, chaque scrutateur pourra joindre à sa feuille de pointage un procès-verbal qui sera purement et simplement le résumé des faits constatés par cette même feuille. Les trois procès-verbaux rédigés et signés par les scrutateurs qui auraient pris
part à une même opération seraient comparés et mis d'accord entre eux, et l’on ferait de ces trois procès-verbaux l'usage qui a été indiqué dans le Rapport.
A l’aide de ces mêmes procès-verbaux, dont l’un serait immédiatement communiqué aux électeurs, et conservé pendant plusieurs jours dans la salle d'élection, il serait facile de connaitre en un instant le nombre des voix obtenues dans cette salle par l’un quelconque des candidats. Supposons, pour fixer les idées, que le nom d’un candidat se trouve à la fois sur trois listes collectives, dont l’une ait réuni 40o suffrages, l’autre 100 suffrages, l’autre 53 suffrages : il est clair que le nombre total des voix acquises à ce candidat sur les listes collectives sera 400 plus 100 plus 53, ou 553. Si d’ailleurs le procèsverbal relatif aux listes individuelles donne à ce candidat 12 suffrages; si enfin les procès-verbaux de remplacement le portent trois fois parmi les remplacés, cinq fois parmi les remplaçants, on devra au nombre 553 ajouter le nombre 12 et la différence 2 des nombres 5 et 3. La somme 553, plus 12 plus 2, ainsi obtenue, ou le nombre 567, sera précisément le nombre total des voix acquises au candidat dont il s’agit.
Nous remarquerons, en finissant, qu’il sera très avantageux de se borner, le jour du dépouillement du scrutin, à remplir et à dresser, dans chaque salle d'élection, les feuilles de pointage, avec les procèsverbaux dont chacun offrira le résumé pur et simple d’une de ces feuilles. Ces premières opérations n’exigeront aucun calcul, puisqu'il suffira de constater sur chaque feuille de pointage le nombre des voix acquises à chaque candidat ou à chaque liste collective, et pourront, en conséquence, s'effectuer très facilement, même au milieu du bruit et du bourdonnement causés par des conversations particulières, et par la présence simultanée d’un grand nombre d’électeurs dans la même salle. À la vérité, l’addition à l’aide de laquelle on pourra déduire des diverses feuilles de pointage le nombre des voix acquises à l’un quelconque des candidats sera encore une opération assez simple, et qui, dans chaque salle d'élection, pourra s'achever en
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: jee COMPTES RENDUS DE L'ACADÉMIE.
quelques minutes. Toutefois les additions du même genre, relatives aux divers candidats, et celles qu’exigera le recensement des votes émis dans les diverses salles d'élection, pouvant employer, eu égard au grand nombre des candidats, un temps assez considérable, il conviendra de s’en occuper, non le jour même du dépouillement, mais les jours suivants, ce qui permettra d'effectuer tranquillement et à tête reposée, d’une part dans les salles d'élection, d'autre part dans les mairies et à l'Hôtel de Ville, ces mêmes additions, dans lesquelles ilne sera possible de commettre aucune erreur sans qu'elle soit promptement reconnue et rectifiée, si l’on adopte la marche indiquée dans le Rapport. ;
ARITHMÉTIQUE. — Rapport sur les moyens que divers auteurs proposent pour faciliter les opérations relatives aux élections nouvelles.