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regard, un geste, une intonation vous révèlent tout entiers. Mais vous , vous étiez un peu difficile; il y a, dans votre caractère, des points presque imperceptibles, des nuances presque insaisissables* .
— Qu/B votre sagacité à pourtant vus et saisis?
— Ma sagacité ! merci ; vous m'allez faire une réputation d'observateur.
— Puisque vous me savez si bien , vous plairai t-il.... Comment dirai*je ^ de m'enseigner mon Moi ?
— Si vous voulez, me voilà prêt à vous donner en même temps une leçon de monde. . . Je n'enten<}s pas monde, ce qu'on a coutume de nommer ainsi, ces niaiseries d'usage, ces puériles études sur le maintien et sur la voix, ce cathéchisme du bon ton; je veux dire, par leçon de monde , ce qu'on définit en style vulgaire par savoir mener sa barque , et ce que j'exprimerai d'une façon plus noble avec une figure plus poétique , par savoir s'orienter sur l'océan du sort. Enfin , ce que je veux
VOUS apprendre, c'est à faire ^l'analyse rai-
fionnée de TQtre existeiice sociale.
— Eh bien ! voyons , mon maître.
* — Pourriez-^vous d'abord me dire lequel est le plus sage y qoaad le bonheur se pressente, de le recevoir ou de le renvoyer ?
— Plaisante question. .. le recevoir et bien vite , ce n'çst pas un tel visiteur qu'on renvoie ou qu'on fait attendre.
— C'est pourtant ce que vous faites.
— Gomment?
— Mais oui , voilà je ne sais combien de temps qu'il se morfond à votre porte et vous l'y laissez bien décidé à ne pas ouvrir. Vous croiriez déroger à votre dignité d'homme sensible en lui donnant audience; ce n'est pas un hôte d'assez bonne compagnie pour vous, et s'il était aussi effronté que moi, s'il entrait malgré vous, mal lui prendrait, je crois, d'avoir été assez. hardi pour forcer la consigne.
— Ainsi, selon vous...
— Vous êtes malheureux, parce qu'il
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VOUS plaît de Tétre ; car ce n'est pas le sort qui vous boude, mais c'est vous qui lui faites la moue.
— Je vous remercie de m'apprendre qu'il ne tient qu'à moi de faire connaissance avec le bonheur, c*est une découverte que je n'eusse pas faite à moi seul , et s'il me prend envie de voir un. peu comme il s'annonce. . . .
. — C'est tout justement l'envie qui ne vous prendra pas. Et tout calculé , je pense que vous ferez aussi bien de le laisser où il est; car je ne vois ^ère de communauté possible entre vous deux.
— Et pourquoi , s'il vous plaît?
-T- Pourquoi? C'est que le malheur vous est devenu nécessaire; vous l'avez rendu inhérent à votre nature , c'est quelque chose d'indispensable à votre existence, un aliment intellectuel dont vous ne pouvez plus vous passer; aussi, crainte d'en manquer, vous en faites provision, et s'il vous en fallait subir une . disette , je vous regarderais en danger d'inanition sentimentale , d'étisie