‹ Œuvres complètes d'ʹElisa Mercœur de NantesChapitre 16 sur 46 · LE DEDIT · texte numérisé non relu

LE DEDIT

Vous qui, possédant la jeunesse, la beauté, le rang' et la fortune, ne vous trouvez cependant en possession que . d'une chétive part de bonheur, femmes ! qui, le cœur vide encore d'amour , accusez ravarice du sort et lui demandez de remplir votre âme , en y plaçant une image chérie. • . vous qui, oubliant ou méprisant ce que vous possédez , soupirez de regret et d'envie ardente,

QUATRE AMOtTRS. âo5

après ce qui vous manque , ce q^e vous embellissez par la magie du désir; vous qui TOUS dites dans vos souhaits et dans yos plaintes : ^ ! si j'aimais ! si Ton m'aimait I répondez : n'est-ce pas qu'Ambroisine est bien heureuse ! que si tous ayiez la même somme de félicité qu'elle, le sort n'aurait plus rien à vous donner , car vous aimeriez et l'on vous aimerait?

Vous croyez donc qu'on l'aime, quand épousant Roger, la marquise achète, du moins cette fois avec sa fortune, une provision de bonheur pour toute sa vie? Eh bien I laissez son existence s'alourdir de deux mois seulement, et fouillez dans son âme ; cherchez, recherchez dans tous les coins, si vous y trouvez le plus petit vestige de bonheur , vous serez plus habile qu'elle , car elle ne trouve plus rien.

Pauvre Ambroisine ! ce n'est pourtant pas la mort qui te l'a pris ton bonheur ; l'absence ne t'en a rien ôté, car il est là, tu le vois; tu l'entends encore te répéleir je t'aime , et

ao6 QUATRE AMOURS.

ces même» mots, que tu écoutais naguère avec délire , que tu recueillais dans ta mé-^ moire comme une phrase sacrée et céleste ! tu les entends résonner comme des paroles de réprobation, tu les écoutes atec stupeur, avec effroi. . • D'où vient donc , hélàs ! ce qui les rendait si doux à ton oreille, à ton souvenir ? c'était d'y croire^ et tu n'y <»*ois plus l Ta foi morte, ton dieu d'amoter s'est éva«» Uoui domme un rêve, illusion! pourquoi t'en vas-tu emportant le bonheur avec toi?

Elle n'y croit plus, mais qui i'a détrom^ pée? Comment a~t-elle su que celui qu'elle idolâtrait, qu'elle divinisait dans son culte, «lu'eUe voyait à ses genoux, comme un sujet soumis aux pieds de sa souveraine , qui paraissait ne penser que par elle , ne voir que par ses yeux, n'éprouver que par ses sensa-^ tiens , dont l'existence tenait à son amour et qui devait mourir s'il n'était plus aimé.... ëomment a-t-elle appris que cet hommes acteur et non personnage dans ce beau ftrmoe sentimental, se revêtait d'amomf^

avant de paraître en scène et rejetait son masque dès qu'il rentrait dans la coulisse?

Elle a su cela d'une façon toute simple « par un de ces éyénemens contre lesquels se heurtent ceux qui ne les cherchent pas, comme la pierre fatale contre laquelle vint se heurter le pied mignon de Perrette la laitière, et dont le choc inattendu causa la chute de son pot-au-lait. Vous savez cette histoire, n'est-ce pas? le bonhomme vous l'a dite autrefois quand vous étiez enfant; il vous l'a racontée avec toute sa bonne foi , sa naïveté de génie , et vous vous en souvenez , car ce que dit le vieux conteur ne s'oublie pas.

Or donc , quand la marquise rencontra Ce maudit événement auquel elle s'attendait si peu , que dans sa prévoyance , elle ne l'avait jamais placé parmi les accidens dont son avenir pouvait être menacé, elle ne son* geait pas comme Perrette, de poule» cou-^' veuses ^ de vaches de métairies , mais elle scmgeait d'amour, de fidélité.... lorsqu'ayanV

par hasard regardé par une des portières de sa voiture, elle apa:'çut au travers des Titres d'un magasin de nouyeautés divers objets dont elle se ressouvint d'avoir besoin; elle fit arrêter les chevaux et descendit.

Elle réfléchissait, indécise sur le choix de plusieurs étoffes qu'on s'était empressé d'étaler devant elle, lorsqu'un nom, qu'elle entendit prononcer tout près d'elle , par un commis causant à demi voix avec une demoiselle de boutique , la fit tressaillir depuis les cheveux jusqu'aux ongles et lui retira tout le sang vers le cœur. Elle s'arrêta, penchant l'oreîUe; et, feignant d'examiner ce qui se trouvait sur le comptoir, elle écouta.

Si elle fût morte avant d'avoir entendu ce qui se disait, elle fût morte heureuse; mais en ne vivant qu'une minute après l'audition de ce fatal dialogue , c'était assez de temps écoulé pour mourir la plus infortunée de toutes les femmes/

Grand Dieu! ce Roger qu'elle adore, qui déjà doit à son amour le n(mi qu'il porte.

QUATAC AMOURS. aOQ

le rang où il est parTenu , la place qu'il oe*cupe ; cet homme à qui elle ferait présent de sa Tie, sll- la lui demandait, lui donne lâchement une indigne rivale. Le baron de la Veille sacrifie à la Taniteuse coquetterie d'une grisette Tamour à t^idre, si excluâf d'une noble 'marquise. Il rit avec la petite fille de la folle ^ crédulité de la gtande dame ; il la foule aux pieds , la couvre d'opprobre., la froisse sous son mépris et rit de la perdre !

Et la malheuteuse, en apprenant tout cela, n'a pas senti sa vie brisée par cette atroce secousse morale. Ses yeux sont secs , sa voix est tranquille; elle écoute, elle parle.,. Oui, mais son cceur ! Oh ! supplices de Tenfer, vous ne devez pas être plus terribles aux damnés que cette soufirance ne le fut à son âme ! Pitié pour elle ! ,

Encore , si Tamour ^i^pirait quand le mé^ pris arrive , si là haine pouvait obéir en ve< nant au cœur lorsqu'il l'appelle à son secours;^

si ce mot imposteur , cette parole de dépit ^

St\0 QUaTME AMO!lMI$4

ee cH de veiigeaiiçe^ je îroub dëWfite , pou* vait é^e ntzÏI Maie h^aa ! qu'il faiit.de temp4 et d'efforts pour faire une vérité d^ ce dou^ lôureux> mensonge! Quel touroient de 00 pouvoir i'exercer sur ociiui (JU'on inépriâ^l Que ia haine serait doui^e aloirft l iMte Gomnne resdavé impatient delibârlé qui Il^ peut briter le joù^ de son tyfàti ^ Yàm» Tt$të iong-tcmps attachée à Famour.

Tant que madame de FeriHont n eut pas revu Roger ^ ce ne fut rien encore auprès de ce qu^elle ressentit en l'apercevant. Gomment peindre une semblable situation? impossible. La pensée Q^a point d'images pour là rendre. ^^

Ambrotsine voulait eii vain s'envelopper d'une feussè Indifféredce^ grimacer i|e dé«r dain ; elle essaya , mais ne ^xxï continuer ^ et sa douleur brisant les dignes impuissantes que I1Û opposait.sa âerté de femme outragée se répandit en tiisiides reproches, lie baron, qui s'était d'abord aperçu à la froideur de

QtfAMt AatooHs. ail

la marquise qu'elle avml aa w^e' dans le cœnr, et que c'était lui qu'allait diei^ cher la foudre^ aida lui»méme à rexpl(H noà, sachant trop le danger d'un dépit concentré pour le laisser fermenter dava»» tage. EUe.parlC

Uy aurait eu maladresse extrême ,« firate impardonnable à sa ]»ésence d'esprit de se retrancher derrière une dénégation eom'^ plète. Il aroua une partie des torts reprodiés , et, dails cette faible portion de vé' nté 9 tKMiva un solide appui pour étayer son mensonge. Il fit lé confus, le repentant, le désespéré; il pleurât Rien de plus fort de persuasion aux yeux d'une femme que des larmes dans ceux d'un homme. La puissance AsB pleurs d'un amant l'emporte à un point extraordinaire sur le pouvoir de ceux d'une Biaitresse. C'est en apparence une irrécusa- Ue preuve de désespdir , d'innocence ou de wpeatis^; et les larmes que versa Roger, répandues avec toute l'habileté, la rusé, la politique de son machiavélisme amoureux ,

a 12 QUATRE âMOUftS.

pr<Hluisira[)t sur l'àffensée uae .partie de 1-effet qu'attendait ^offenseur.

Elle pardonna dono , mais sans rècé?oir intéiwurementuucûn bien de scmindulgeâce; ^Ue pardonna par résignation à son infbr^ tune. La première goutte de fiel venait èe toucher ses lèvres , et il était dit que la vie pour elle devait à chaque instant augmenter d'amertume.

Le séjour de madame de Kersanec à Paris se prolongeait comme celât devait être. Le motif de son voyage était un vieux proùès rajeuni, et l'on smi que la noire magicienne que l'on nomme chicane, .peut d'un seul coup de baguette bhanger en mois les.|oufs employés aux soins d'un procès.

Avec quelques instances que la mérqime fût pressée par le baron de Saint-Aire d'avancer le jour de leur mariage , <[ùelque irrévocable que fût encore sa résolution d'fimr gon sort à celui de Roger , elle avait paiement arcèté' d'attendre pour former cette union le retour de la comtesse de Kersanec. Mstisoe

QUATRX AMOtmS. 31 3

retard , causé par te dey<Hr fiUal ^ n- alarmait plus Fimpatient capitaine. La chaîne d'Ambroisine était rÎTée,. il n'appartenait qu'à la volonté du despote de briser les fers de Tesclaye. Gertain de son pouvoir sur l'esprit de madame de Ferment, Roger lui écrivit un jour le billet que voici : .

c lia belle Âmbroisine,

•Je anis un malheureux j hier j'ai eu Fa ( faiblesse de nie laisser entraîner au . jeu , t j'ai joué, j'ai perdu, et je dois au yicomte c d'Esty quatre mille francs sur ma parole. « Ce serait en vain que j'espérerais pouvoir, à • «moi seul, satisfaire à cette dette d'hon- « neur ; je me vois forcé de m'adresser à qui « m'aime. J'ai plusieurs amis qui , sans « doute , se feraient un véritable plaisir de « m'oMiger , mais je croirais faire outrage à- « k tendre afiection que tous ayez pour moi , « si je m'adressais à un autre qu'à ma toute «bonne etbien-aimée Ambroisine. C'est donc

iii4 QUAThE AMpDBS.

« ^QWf mon ange» dont je Tiens. prier Tolip^ «^eance 4e tQqir au secoiiEs de la folie de « 0elm qoi idplâtre et qui ne pe^t jwnaia « assez adorer l'unique amie de

t Roge;r»'baroi^4e Saint-^Aibb. »

« Si TOUS êtes assez bbnne pour mé prêter * celte somme , j'espère pouToir tous la ren- < dre bientôt ; la fortune est capricieuse t t hier elle m'a été séTère , j'ai tout lieu d'es- « pérer qu'elle me sera douce demain. Je € ne lui demande c|u'un sourire, et je Tac bandonne après , la coquette. >

Roger était donc un joueur de projfession y il le fallait , pour aToir risqué 4e perdre agitant qn'il ayait perdu. G'^ait un joueur^ Vous souTenez-^yous^ de l'horreur qu'éprou-* Tait la marquise à la Tue d'une table de jeu?^ Quel conp tetrible pour elle, que la lecture d'un semblable billet !

Elle le reçut dans un moment où son esprit ^ait agité d'un de ces accès de dé-^ fiance contre TaTenir, qui enfièTre même

QUATIIK AMOimS. 91 5

quelquefois les Ames les plus hearettses» On Sait que par l'effet de oette stupeor mpmentàBée , tous lés seàtimens les plus actift éprouvent nnê sorte d'engourdissement léthai*giqu9 ; e^est alors que^la railon vient de* mander compte aUï passions de ce qu'elles ont fait, de ce qu'elles peuvent feire encore. Elle juge froidement totes les actes du cœur et condamne plus qu'elle n'absout... Revêtue d'au surcroît de puissanée, elle en

profite pour décréter les plus knportans ar*

rètft. C'est l'instant le plus propice pour prendire une forte résolution.

Armée d'un pénible courage et renvoyant. ses larmes , de peur que leur empreinte hu^ mide ne trahit l'émotion dont elle voulait faire un secret pour elle ^eUle , Ambroisine répondit ainsi :

c Je voi|iB envoie, en billets de banque, « les quatre mille francs que vous devez au < vicomte d'Esty. Cette dette d^honneut ac* « quittée^ je vous conseitte, en fionie,^ de vous

&i6 qvATKR AmomiBi

« en teftirrli avec l.a fortune. VoUs la nom^ « me/ coquette, et tous avez rsâsoo* Groyess* « moi , ne chercher plus à • obtenir ses bon- M nés grâces, retournez sur vpp paf^., lundis « que vous pouvez encore sortir de la voie « dangereuse où vous êtes entré.

c Je viens de, recevoir une lettre de ma « n^ère; qui me demande auprès d'elle; je «pars jei^li. Les' «soins qu'il faut \que je «( donne aux apprêtg de mon voyage ne me « permettront de recevoir aucune visite dags c la journée; je vous le dis,, pour vous épar- « gner uue course inutile, s'il youd avait « pris l'envie de vous présenter chez moi. c Ce soir je vais au concert ; demain , ma c soirée est également prise. Ainsi , je ne c pourrai vous voir avant mon départ. Yeuil- « lez donc , dès ce moment , recevoir les « adieux de votre très humble ,

« Ambroisine ns Ferhont. »

La marqurâe sonna.

— «Ivonnet, portez cette lettre chez le ba^

Q0ATAX AMOURS. âl^

ron de Saint-Aire. C'est sans réponse $ reve^ neznte. »

Roger , dont le visage s'était animé d'une expression de joie à la me des quatre* billets de banque , fronça le sourcil en parcourant les froides lignes que venait de tracer la main de madame de Ferment. Il froissa le papier avec humeur , le jeta à terre , pois le releva, le lissa, le ploya tranquillement, le mit dans un coffiret qui renfermait la cor-« respondance de la marquise.

— « Voici, murmura-t-il, de longues lettres qui vous feront repentir de ce petit billetl Âb! noble dame! vous vous croyez libre, parée que vous- ne sentez pas le joug. Eh bien ! nous saurons l'appesantir. Mon tendre oiseau ; vos ailes sont coupées , vous ne vous envolerez pas.

La journée s'écoula, sans qu'il se fût présenté pour forcer la consigne ; le soir vint. Comme Ambroisine était bien disposée pour ^ aller an concert ! Elle y fut pourtant, ne vou-* lant pas entendre sènner l'heure qui rame-

â 1 8 QUATRX AilOlIRS.

naît Roger vers eUe , au. même endroit où elle éprouvait tant de plaisir à l'attendre, tant de bonheur à lere^oir.

. Il était nti^uit lorsqu'elle rentra che^. elle.

— c Je ne me couchecai pas, dit-ëlle â sa fi^mnae de chambre , it faut que j'écrive ; donnez-moi mon pteigiaoii^' du matin. C'est bien ;- laissea^-moi.

Elle était $eule depuia quelques miuutes , lorsqu'un faible bruit, venant du coté de l'alcove , lui fit tourner la tôte*

— «ÂhlRogçr! -

— jlmbroisine I

— Uonsieur ! eomment étes-vous ici?

— Qu'importe ? m'y voilà. Et je nfi m'en irai que lorsque vous m'aurez entendu.

— Je vous écouterai dentain; veuillez avoir la bonté de vous retirer, ou mes gens.*.

— Prenez-y garde, le bruit de ^otré son* nette pourrait trouver de perfides échos.

— C'est vrai , dit la. marquise , d'un ton d'amertume et d'efiroi ^ en laissant retomber sur la cbemittée la mi^iu dont elle allait

QUATAE AXOUftS. 2\g

Bairir an cordon de sonnette. Que me you« lez-Tous 9 monsieur ?

-H Ce que je veux? Texplication de TOtre billet de ce matin ^ ciprice ou ferme résolu* tion, je veux savoir la motif de votre départ^

— Je vous Fai écrit : ma mère m'attend.-

— Non ! «Ile. né i[ous attend pas^ N'essayei pa^ de le soutenir 9 Ambroisine^ la feinte vous serait trop difficile. Vous voulez partir ^ parce que votre esprit est las de se jouer de mon cœur , parce qu'après avoir enfoncé le poignard dans le sein de votre victime , vous ne vous sentez pas la force d'assister à son agonie. Eh bien , ou vous guérirez la plaie c|^e vous avez faite.» ou vous soutiendrez Is^ vue de votre crime. •• Vous ne partirez pas«

— Qui m'en empêchera , monsieur ?

— Moi , madame I

— Yous ! en vertu de quel droit , s'il vous plait?

— En vertu de celui que vous m'aveaj donné sur vous , en me faisant croire à votre amour. Pensez-vous qu'après m'avoir dit :

a U 0 QlTATRE ' AMOUtiS. '

je vous aime I après avoir fait pour moi de cette phrase*, vraie ou fausse , un* supréiQe . arrêt de la destinée , vous ayez maintenant la liberté de me dire : je ne vous^imais pas , ou je ne vous aime plus, sans quH me soit permis 'de vous - demandef pourquoi? Vous avez^ainsi disposé de mon existence morale pour l'empoisonner de regrets , la dessécher d'illusion , la jeter aux serres du désespoir. Quoi ! vous ppurriez me rendre impunément à jamais malheureux, et moi , je ne pourrais vous adresser un reproche de mon infortune ï . Non , Aoibroisine , les dtoils d un amant lui sont acquis, plutôt par l'amour qu'il éprouve que par celui qu'il inspire. Si vous avez abdiqué les vôtres , j'ai gardé les miens ; et je vous le dis encore , vous ne partirez pas.

— Fort bien , monsieur ! continuez ce rôle de maître qu'il vous a plu de choisir. Quant à moi , comme rien ne me force d'accepter ' celui d'esclave que vous voulez me faire prendre , je le refuse. Continuez cette

^ctoeà TOUi( 8eul, je ne me sens nuUeiDent déposée à vauB âonnec la réplique. »

fto^er.regwda fixement madame de Fermont. R^téchissant , d'après sa réponse glacée, qn'O avait tout-à-fait manqué cette pipemière attaque, il résdiut de changer de batterie, .et^ prenant toul â- coup, d'autres armes, fut s'asseoir diHiB uni/buteuil auprès d'elle , laissa tomber âa Mte> sur les matins d'imfaroistn^; et, mettant dabs sa voix l'apparence de la plus {M'ofonde émotion :

— « Mon amie ! ma bien-^aimée I continuaft-il , pardonne-moi , je suis si malheureux I Dîs-ittoi que tu oubtie» mes torts , que tu rest^as , que tu miaim^ ! Ambroisine, sois bonne , sois géaéreupe , pardonne au pauvre iosoEiséqni t'oubrage, rends-*lui sa rikisonou prends pitié de sa démence 1 Tu m'as promis du bonheur, tu le sais; ne me reprends pas «e que tu m'en as déjà donné. Tu ne sais pas tout ce que tu m'ap fait de mal aujourd'hui, combien j'ai déjà dépensé d'existence à souffrir 1 Oh I rep^as-toi .^e ma peine, que

5122 'QtTiltRE AMOm».

toi geiile as causét, Amlïroigittel Faié-moi iâ dette; dis-ino} que t» m -aimes, et non wu-^ lement je ne serai phis malheureux , maSk je n'autai jamais enqore éprouvé tant de bon-f heur !• . ,•''•- . -'

Il avai^ relevé là fèfte , ses t^uie attachaient sûr ceux de' la niaiHjuise leui; vèjg^rd le {Ans pasMonné. Jamais Anibroisine ne Pavait in plus beau ! jamtffs la ravissante fi^^ure cla baron ùe s^étaît empréifite d'u'iie expresnon plus séduisàMe, plus ihagtqne, que ce na^ lange de douleur et d espoir qui Tanimait alors! Si die avait eu eônsetvé «on estime pour lui comme élte avait gardé son lOiOur^ grand Dieu i ^'êlle^^è'Mt sentie fière- de Fàimérj qu'elle eût reAisé avec foie ^4re^ certaine de perdre au change d'Àler cet or^gueil dé son ^œùr pour dontier un diàditeie à son front! Mais hélas! elle le-méprisiait^ et Tamour ql^'elle éprouvait po«r loi était dans te moment atroce à ressentir. Que} supplice d^âmè^ quelle angoisse indicfidè^ que dé voir ce visage embelU d'une beauté

noofollei O marquûrç! BMrqttnel il fallait ipEievo9i0 cuaBin bien du eoutra^e pour cesser de l'adorer.

Ccfpendai^ Bio^ la regat^dait tbojoiirs.

Madahie de ,Feroiont- se taisait; son omir saigitait du sitoaee que Ibi* iiaposait sa tai^ 6on;''plitB elfe le trouvait beau, plus illui faigait peur. * • . • '

Oh \ dis-moi doue que • tu ne' partiras pts I que tu lU^aiènes I que tu seras tua femtike! Tu ne tois doho pas que je suis le condaniué; que tu tt le juge, que j'sitteuds tav^oiysé; pour savoir si je dois vivre ou mourir. Si tu m'aimes ! dis-lé-taoi ; si tu tte hais l âis-4e auftri; mais pëtle, il Aut que je sache moii sort Parlé doue , AmbrtiStQé ! ma tortûfé est àsséH longue , ue la prolongé pa$ davMHtage ; ton silence est par trop cruel; Parie'^ réponds-moi, m'aimes-tu? mon Dieu m'aimes^tu?

— Oui ! rlépondit-elle d'une l^oix déchi^ raîite! oUt , Je t'aime ! je suis bien' malheur reuse de ne pouvoir m'empéehèr de t'-afmer^»

aa4 QGAVB âBlOUBS.

— Malheureuse.! quand tu sam que je t'adore, quaud ton amour méprend ionensé de bonheur.

-r- Oui, maUieureusè, répéta-^^Ue ; si Ton pouvait acheter poiip som oœur, tous les sentimens qu^oo véùdrail éprouver, je paierais volontiers de laaa vie Une heure de haine ou d'ihdifféfence pour mourir en te détestait, ou, du;moinS) eu ne t'aimaut plus.

— Que Teux«tu dire, Ambrcdsifte? ta ne crois donc pas è mon amour, tu ne sens donc pas que je t'idolâtre? Quoi! ma voix, mes regards , mon émotion , ne te sont point des garans de mon cœuri! Que veux-tu que je fasse pour te prouva *que jet'aime? Quelque tâche pénible que tu veuilles m'imposer , si je parviens à te convaincre ^ /{u'elle me s»a douce à remplir l...« Mais tu m'as promis de rester, n'est-ce pas?

— Moi , non , je veux partir , je le doi?.

— Tu «eux me quitter , me faire mourir de ton absence! Que t'ai-je fait pour m'abaadonner «insi? car c'est une fuite. Tu ne

ifOÂTKt AMOURS. â^S

veux donc pklf éHieT m^ femme? Et fon serment, os^rais-tii le trahira Tu m'as promis d'être é moi, tu t'en sonViens?

— Si j'ai eu , reprit la marquise d'ûh ton plus digne , la fidblesse de tous faire ce serment, je dois avoir la force de le rompre. Vous - me demandiez rexplication de mon hiHet , la .voici: je reprends la pah>!é tjue je vous ai donnée et je vous rends ta vôtre; -

— Tu ne véshi plus m'épimser,' Ambrôisine, dis-tu vrai?

— «Oui, Ao^er { nechercliezpoint à cbnn^ittre leawtif d'une sMaMablerésoIution ; qu'il 4ous suffise de savoir que je ne serai jamais votre femme. N'essayée pas de combattre ma volonté ; je vous aveirtls d'avance qu'elle est a^-» sei forte pouY résister è tontes vos attaquesJ D'après cet aveu, nous ne devons plus notis^

revMr ; je pars pour ne plus éh'e exposée à votts.rencontrer encwe : séparons-^nous ^ans éclat, quittea-mùî sans me hsnr, et laissc^-moi vous fuir sans VduS mépriser.

— Non, tune me quitteras pas ^ tu tîen-

IIL i5

ââ6 Q^^IMI ^^VB»^

dras tapiromesse;. tpifPfi vcm^ pw^iiiQ UlQrJ et je mourr^î» i»i ta n'ét«ii«:p«|» jifnoi* 7u m*A^ partieas, tun'as.^s^le droit |lçidif|)!t>8ea?de ton sort> î; : • ! ■' ' ' 't.': « . -

— Vo^s Tpu* tiroipcipes^, Roger; je ae reçptiy nais en ceci que ma volonté pouir: aFbitj^»^ yeux faire^ .pf^Mijçe^de ma, tth^té;:en pefîitftiit Totre mai^Y Je pe Voua épouçertd fs!^*. TMi( est dit y jpa^si<9ur(. / -

--f-Tfi m'^pous^fas ^ Ambroisioe^ tu le dois, il le faut. > * ►"- > "'-■

— Nony, monsieur» la« seul^ f^écëiisité quli y ^pour moi y €*est d'ftb^ è • nia ) taiacMÎ qui dicte-mon refus^ : •* ^ . — ^Tu pii^pottsfertfs , te 4uHJe , continua Roger d'qqe vœx terrible -^[LfS^bissa*!: itrec^ fureur la j^ain^i^ m^dalAë. fb^ Feimont^ noble marquise' , Iç . pçitît ^ b won > sera i^n maitl'e^ si t<Hi^ o?g¥|eil me;9efii9evj Ift/r^y^ur m'accep(Qra< : T^u : ^bo briseras ^pns . tes Um' aans tç meurtrjpr:-^ }es i^oitipi^ JPîère àfôï^' broisine, ma haiçe .est venimeuaer: ■'"''

— Quoi! mopsienfç, voioa -pourriez

— La menace réussit qudquefois » quand la prière est vaine.

— Et de quoi m'osez-vous menacera

— Devine I

— Ah ! je ne veux pas chercha.

— Tur m'as écrit un billet tan peu dur ce

matiii, mais ta plume a parfois] été plus

tmdre. - -^ Grand Dieu 1 mes lettres ! vous oseriez

abaisser â ce point. . .

— Piwrquoi pas ?

— Kogérl vous seriez un grand monstre I

— C'est possible. Mais si je ne puis sans lâcheté laisser impuni l'affront que me ferait un rival en m^enlevant un objet aimé , pourquoi te respecterats-je encore quand tu ne veux plus de mon amour?

— Vous me rendrez ces lettres.

->— Te le^ rendre ! Et ma vengeance !

— Et votre honneur, Roger I '

— As-tu pensé au tien , imprudente mar-* quise, lorsque tu m'as fpumi de pareilles armes contre toi ?

2 28 QUATRE AMÔOli^.

— Je suis perdue! s'écria-t-elle pâle et frémissante d'une atroce frayeur.

— Oui. tu Tes el sans retour*» si tu ne rétractes à l'instant même l'arrêt que tu yiens de prononcer. Veux-tu m'épouser P

— Non, jamais ! .

— Eh bien ! puisque tu m^y forces , choisis. Yeux-tu signer ce papier, c'est une promesse de mariage portaat un dédit de deux cent mille francs; ou veux-tu que demain tes lettres d'amour imprimées apprennent à toute la Tille les secrets du cœur de la fière marquise de Ferment?

. — O ciel! qu'os^s-vous dire ?

— Veux-tu signer ce dédit ?

— Je respecte assez mon nom pour n!en pas revêtir un acte d'infamie.

•-— Tu n'as pas craint de signer tes amoureux billets , ^t je ne veux pas , par un frivole scrupule , priver plus long*temps , toi , de ta renommée d'auteur , et le public , du plaisir de te lire.

— Roger ! vous n'exécuterez pas cet odieux

QUATRE ABIOURS. 2129

projet, -TOUS voulez m'épouyanter ! mais ?otre conscience. • .

— Ne serait qu'une sotte , si elle me privait de ma yengeance I

— Hais que vonlez-vous faire? c'est horrible! c'est d'un scélérat profondément coupable !

— Il n'y parait pas , puisque tu préjf%res supporter les effets de ce crime à signer ce

dédit.

— Mon Dieu! mon Dieu! je n'étais donc

qu'un être réprouvé, puisque vous m'avez donné de l'amour pour un pareil homme ! Mon cœur , as-tu bien pu l'aimer ?

— Maintenant , par pitié pour vous , c'est moi qui vous conseille de partir au plus vite, et je ne vous engage pas au retour , car je ne vous soupçonne pas un assez grand courage pour soutenir tous les assauts qui vous seront livrés. De quel front supporteriez-vous le reproche amer ou la raillerie cruelle des r^ards juges qui poui'suivront les vôtres? Comment verriez-vous les femmes qui vous

J^O QUATBfi AMOURS*

entouraient, pour s'abriter de votre crédit dans le monde , dédaigneusement se détour* ner de votre chçmin ou répondre à vos paroles d'aménité : je ne vous connais pas , je ne veux plus vous cotmatti^e. Comment pourrQz-vous entendre ces niots railleurs, terribles , prononcés à demi-voix^ mais prèa de votre oreille, par des rivales heureuses de votre honte, ou par quélques<*iins de ces hommes dont la malice ou la vengeance se nourrit du désbonneur des femmes ? Comment verrez-vous de loin ces gestes réprobateurs qui désignent l'objet qu'ils indiquent au mépris ou à l'insultante compassion du public? Comment...

— Ah ! par pitié, monsieur ! n'achevez pas cet horrible tableau , vous ne l'avez déjà que trop avancé.

— Signeras-tu ?

— O ma mère! ma mère! dit^dUe en sanglotant, que tu es loin de prévoir Tavilîs^ement de ta malheureuse fille ! Idoi qui

faisais ton <>i%aéil / je ne ferai donc plut que ta hoBte I ma pauvre mère ! *

— 7û Sauras • voulu , noble marquise. Si ]e%*éttaque, ceine sèraf du moins qu'après t'avoir fsrit ina déclaration de guerre, qu'après toih Mftts du ttaité'dè paix; Hëfléchis èien aux siâfes dEé ton f efiis:; ayant d'onrrir facile du ti^, tois si tu vèul te mesurer cobtrèlul.»

fffadutië deF^AMinf gàrddt le^flence et a fête. Roger, d^ndut,- finmonile de- Tant éBe, Àttosdaitsa répoAs<e/

— «Donnez, monsieur, dit-elle enfin; donn^fc, <je s^tiëtJâii.

' Elle »*âp]^oeha'de'8on secrétaire ^ Touvrit, s'as^^et {ftStHnè filame. Kogér, ëàns quitter Ve papier, le plaça devant eile^

— %i\feu3t-4u qtié je Kse? conânua-t41.

— Non , c^esf inutile. »

EUe^signav t ^ -

H ploya fe papier; Teif ferma tMnquillèment dans son portefeuille,* et; par la plus suinte métamorphosa , revenant de la ftireur

Zpt^. QUATRE AMOUAS.

à la tendresse , comqpie il était paM^ . de la tendresse à la fureiB* :

— « Mon Ambroisine, ^reprit-il delà voix la plus doucement émue^ pacdonne-m^ le mal que. je viens de te faire. Il le faUait pour toi'-méme ;. car il valait mieux une torture d'un moment qu'une souffirance de toute la vie. Mon.ipgel^ega^de^oioi sans colère ^ j'ai besoin de voir ton cœur dans tes yeux^ d'^ prouver dq bonheur ai^rès lesuj^lice que j'ai sou£[ert â fein4re le mépris , la ^aine , la vengeance , à t'accabler , à te sembler coupable.

— Quoi ! dit la marquise . étonnée en regardant fixement Tastucieux eapitaioe, que signifie ce nouveau langage ? ^ «l'ave^^vous pas assez insultée , après tout ce que vous avez mis de fiel dans vos menaces? Qpe veulent dire ces mielleuses paroles 9

— Que c'est malgré moi que j:'ai été réduit, poi^r t'^rracber.une nouvelle prùmesse d'être ma fenune, de me swvir de l'odieux moyen que je viens d'employer. Si tu savais

<;iUTRE AMODRS. â33

Combien chaque parole de mépris m'a été cruelle A prononcer ï Toi , l'objet de ma vénération , de mon culte d'amour , je t'ai insultée, je t'ai £sdt paraître avilie, ma bien* aimée, c'éCût un horrible eflfort, je souffrait jhxû que toi , mais il FefaHaiL

— Comment cela?

-* Ce matin , en recoTant ta lettre , en li* saut ce fintal congé» car o'en était un bien formel, j'ai été sur le point de détenir fou* Il m'a fallu l<mg-temps pour ramener ma penséb. J'ai préru la résistance que tu m'opposerais, et j'ai cherché des armes pour la Taincre. J'en at trou^ de puissantes, et je suis Tenu. J'ai réussi A gagner la ^femme de chambre , qui m'a caché id et s'est engagée A me faire sortir sans être aperçu du reste de tes gens%

— Dans tout cela, monsieur, tous n'ayez, agi que pour vous, et je sms dispensée de la reconnaissance.

— Eh quoi ! si je t'eusse laissée, partir , n'aurais-tu pas regretté d'avoir fui? Tu partais

«eulèiaent pour te sauver jie moi. Le mottf, je rignore et ne veuk pas cheroher à le oonnatfrè. Mais tu m'aimes ^ quelque envie que tu puisses avoir der.mehfir, tu m'aimes I^ Ne ibe trouvant plus pour tm jreux , )ak- m'aurai»tu jpas^toujours dberchéidu^ 'cceûr?'Ciroi8-tu que l'absence soit si facile â* sfîfair? En me rèfu^nt ta main , ' ton oi^ueâ ' iti<^iet t'aurait peut-être dit de la^ dc^nner à^^ùn autre; mais à qui? à quelqu'un qvte^ttt aurais liai, plÉBce que tu n'aurais- pu l'ai^iier^ esè il n'y ^ ide place dana tiq tuàAe 'cmxt comme le tkn que pour un.senL objet, livrée bientôt à de>pGdgnans regret y ta^tendrèsse pour mm n'ejâ^t été qu'un moment sulsjuguéé, tu l'aurais sentie revenir plus ifortéi et plus puifr* santé V et tu aurais éta^neUemént smiffert des suites douloureuses d'un seul moment d^er»

reur. * ^ -• *

' — Vous êtes bien spign^^ix de ni^on bon** heur, Roger, c'est dommage que vous n'obligiez qu'une ingrate.

— Si tu Tes encore , tu ne peux toujours

QUATAV ilKHmS» 935

réire. Tu me remerdef^as liieÉilèt de t'ttvoir fait passer par uae Tioleiite secousse de Biidbeiir, pour te rmidreàla fiâicité qqe tu laissais échapper, si je n'avais eu le coimge d'oser Ja retenir.

— Si je suis aveugle encore^ dessillez !doiic mes yeux, il m'est: trop pénible dé lie rien Yoir du service que vous prétendez m'atoir rendu*. /*":..!

-^^ Ah ! tu n*as pu croire à. la sincérité ^ mes oÉirayçs. Ces lettses , . fue je t'ai menacé de publier y non, jamais d'autres .rcr garda que les miens ne parcourront ces lignes enchanteresses , ces caBMtères sacrés , tracés pour moi par ta.mainadoDéeb Je les croirais souiHés par. les yemtmèasM de .mon meilleur ^mi. Ton honneur >m'€8t plus précieux encore qu'il ne t'est cher; si tu n'avais pas consenti à me ârenouveler la. promesse d'être ma femme, je serais mort, car jen!anrais pu vivre sans toi ! mais je ^serais mort innocent du moindre outrage à mon Ambroisine , à celle qui m'eât été la viel

a36 QUATRX AIWURS.

-^ J'espéraiB qu'après a^oir écouté tout ce que tous m'avez dit, après avcfir sigué Feogi^ement que tous m'avez fait prendre , vous renonceriez du moSns à l'hypocrisie,

— Hypocrite, grand Dieu! quand je n'ai jamais parlé plus vrai.

— Je le désire , mais j'ai grand'peine à le croire.

— Oh! tu le croiras, mon amie, mon ange!..; Et quand veux*tu combler mon bonheur? quand veux -tu que je sois ton uKiri?

— < Je ne le sqis pas encore. Mais jusqu'à l'époque de notre mariage , je ne souhmte pas de vous revoir, R<^er; abstenez-vous de vous présenter chez moi. . •

— Et le monde... Ambroisine, qu'en dirait*il? que penserait-il de ce refroidissement ? Songe à lui, si tu ne te souviens pas de moi.

— Rievenez donc alors poui' le monde, pour lui seul , à qui je viens de faire un si grand sacrifice. S'il le savait!^..

QUATRE AMOURS. ùH'J

— Ah ! ^'il rignore.

jamais I laissez-moi , Roger , j ai besdn de repos.

— Tu me pardonnes?

— Oui.... allez!»

n sortit enfin , après a¥oir osé appuyer ses lèvres perfides sur la main qui Tenait de loi signer un billet de deux cent mille francs*

— c Le monstre^ et je Taime > ! s'écria la marquise après qu'il fut parti.

C'était une horrible vérité que ce mot. O femmes! soyez donc riches! soyez grandes

ijlames ! aimes et oroyez qu'opi vous aime

vous voyez !

UN SUICIDB.

Qaelque» jours s'étaient écoulés • depuis cette odieuse scène dans laquelle lto(^ afslt déployé tout son infirmai talent dramatique. La marquise était calme , c'est-à-dire paraissait calme. Elle n'avait fait aucun reproche à sa femme de chambre , le seul complice du baron; mais elle Tavait envoyée à Paris, en lui disant que madame de Kersanec désirait avoir auprès d'elle une personne de confiance.

QUA71IK AaiaoRS. aSg

Vmma^n le pjua iminotiAUx d? l'amitié là plus attetftiw. n'aitrait pb rian découivif ' àextréarêimAte au fhiîd de la pieniBée de jmmh dame de JPermailb Mais nous qui saoaiBée dans leaeerèl de^^a peiôe, noua ptéaufoODS fadlement comliiien. el)e dawt aoaffitir,.et noin àffiairdiaaDoaè Feieèa du covràge aveq lequel eUetréuksiaaaitàleiacb&ia tranqitfUîlé» Elle recevait Roger comme à Fordinairey ms& devtfnt le mimda..;. Elle attait élite avec le ftoa Ipraiid. aom de ae trofiifec aeole' af e& JniU Deraot témmiiB , elle ae. ccmtraigfaait lâaaca pour sourire aux hrillautèa aiGHlieaduJ^Brici^z pouip «applauâif 'à sa fprfiee, ft aou amabilité , pom? Të^ndrieaux ileuai^aa qu'on fiqaaatidé^ lui. MaiB.'ëU0iiiB>8e:8ehtaft')>asias3e»dé[lei^ pouirl'édqiffcépwltr d^amiauri PoUs n^ Y.emi' là ; il.|ui-ainraita£yitt Un aecôurajaunttturek^^ et ee nHétaib plnr^tertempa dealmiira^a.

Une . foiar seuleAient: ai de» r^arda anvlai ayaièôtt à)ok*8'taftè4!ro96'S<m viaage^^ uhrdflati de sim: ooeibrreùi paru aul* aes traits. £Uél caiàaàit* laved un ' "ancSèn- aivocat qu'elle ûcfti*

2l4o QnATRS AMOtmS.

naiMait depuis long-^temps ; die paslait de jari^mâence , de procès conpliquéB, dq causes crimindles. Elle lai demanda, «n a'ayaDt Tair de ne lui ai^i^esser qu'une, oisivequestion , ce qu'un juye ordonnerait du sort d'un homme qui, en employant les pkts effrigrantet menaces, aurait ocmtraint une femme sans défense à lui signer un dédit* ^ •

— cC -est un cas de galères! » répondit froidement l'avocat qui ne solipçbnnait pu Je motif de la question , ne se doidant pas du mal que faisait la réponse.

Un cas de galères 1 ô ciel I Roger -n'était donc pas criminel seulratient d'i^près sa conscience, il l'était donc aussi devant la kiL.. Quoil si la inarquise paiiait, la mson du l^ourreau flétrirait donc celui qu'elle adore de l'ineffaçable empreinte dé te seeail réprobateur qui marque le corps. du €dupable du cachet de son infamie ! QuOi ! ce front si pur serait brûlé des feux du «oleâ , ce teint si frais, si velouté^ serait bruni, hilé

QUATEB AMOURS, ui^ï

par. la brise des mers! Sa voix, qui sait dire, Iwsqu'ii le veut , de si douces paroks ^ n'aurût donc plus que de grossiers accens pMix eu frapper les échos du bague! Sa mardàe, si noble et pourtant si lé|g[ëre, serait ralentie par le poids de la chaîne , par celui do. boulet du forçat ! Ses délitâtes mains aux do%ts eflUés se meurtriraient à de rudes tràr Taux ! Quoi ! cet élégant Roger n'aurait plus pour parure qu'un grossier yôtement pour^M^e du malfaiteur ! il n'aurait pour ami , pour compagnon de ses fers, qu'un voleur, untrai-tre, un parricide peut-être, • • Qudle image ! et pourtant!.; 4

Le jour de sa fête approchait i tous les ans à pareille époque elle réunissait. le soir ses mm les phis dhers^ ses connaissances les plus intimes. C'était une espèce de ftte .de famille que ces momens consacrés à l'acquit des redevances de vœut que le cœur était censé présenter â lui seul. Quelque peine qu'elle eût à l'âme, Ambroisine ne voulut pas

se soustraire au touchant plaisir de recevcnir m. te

^^2 QUATRE AMOtTRS.

de seaiMables liomttiageft. ËHe fit àùnù i^Mt disposer pour cette fête, Conime sa mère n'était pas là pour présider aulL préparaliis de la soirée , ce fîit la marquise qui ftit obligée de Tdtter elle-wéme «ax apprèU nécessaires.

Son appaiteifteni était ordinairement orné d'une grande quantité de ffleuri attificieltes, elle les fit toutes placer dans te grand saSon et fit décorer sa chambre à coucher de osasses de fleurs réelles, que le madn on lui avait envoyées pour bouquet Roger, pouf sa pàit, lui en avait fait apporter tout un jardin des plus rares, des plus embaumées de la saismi , sorties des serres du plus câèbre jardinier. Ce voisinage de fleurs menteuses çt de OevM vraies avait quelque chose de mystérieux et d'emblématique. C'était pour ainsi dire une image du monde. Le faut mérite déguisé cherche le jour et brille du plus vif éclat, mais ne produit rien, n'a point de par fiims ; lorsque lestalens véritables, les franches vertus restent presque toujours à demi-cachées

4âtt8 Tombre, tnak embaumeot leur sdlitude dé lem suflye eocenê. Le jardin artificiel bril^ lait éclairé par les lustres du salon , tandis que le parterre transplanté dans la cbambre à coucber ne recevait de clarté que la faible lueur que répandait line lampe voAée. On respirait dans cette piède un air balsamique et frais ; les rideaux qui drapaient la croisée étaient rabattus , mais la fenêtre ouverte bissait passer un léger souffle d'air qui caressait les tendres arbustes dont les branches fleiibles firémissaient doucement sous ce baiser du soir.

La marquise resta dans le salon , mais les personnes qui étaient là passèrent tour à tour dans la chambre pour payer un tribut ^admiration aux attraits parfumés du délicieux bosquet.

Âmbroisine était ce soir^là plus affectueuse que d'habitude; une faible nuance de tranqu31e mélancolie ajoutait à Faménité de ses regards, à la grâce touchante de ses paroles d'amitié.

l44 QOATRK AMPUBS.

— € Il n'est pas tard, .disait-el)6 è^ chaque femme. qui se levait pour sortir. Okl restez encore ! »

Et l'on restait, car il y avait une prière de cceur dans ce peu de mots. Enfin, peu à peu tout le monde se retira, et quand à son tour, Roger lui dit adieu en déposant un baiser- sur sa main, ses doigts tremblans répondirent à la pression de ceux du baron.

— 9 Adieu, répliqua-t-elle , adieu, dit-elle encore d'une voix plus émue; et son regard' qui se reposa sur celui de Roger, fut longtemps à s'en détacher. Adieu!... > Sa main se d^agea, il sortit; bientôt die fut seule.

. Ses domestiques allaient emporter lesfleurs de sa chambre.

— « Ne dérangez rien , leiur . dit-dle, c'est bien comme cela.

-;- Mais, madame, l'odeur vous incommodera peut-être.

— Non, non! laissez, j'aime à respirer ce parfum. »

Lesfleurs restèrent, la fenêtre fut.fianaéey

QI7AT1UI AHOUtiS. ^45

et lafénËine de chambre qu'elle avait A son service depuis quelques jours seulement laissa, après l'avoir déshabillée , sa maîtresse libre d^abandonner sa pensée aux songes du sommeil ou aux rêvés de Tinsomnie.

Le lendemain , environ à neuf heures du matin, Roger reçut uAe lettre portant le tim« bfe de la poste oA* eUe avait dû être jetée le jour précédent. Elle était datée de la veille Taprës-midi. C'était récriture de madame de Fermont. La voici ;

t Ne donner p&s une larme à quine soufire

< plus , mais donnez un remords au sou- • venir de votre faute. Adieu , Roger ! adieu

< à voua ainsi qu'au monde , à mon amour «comme à la vie. Merci de la mort que « vous m'avez apportée sans le savoir; merci^ n vous venez d'être bien généreux envers « moi. Yous m'avez fait le plus beau présent « que je pusse recevoir de la destinée.

« Vous ne m'entendez pas, Roger, vous ne

< comprenez pas sans doute ni mea adieui;

^6 qVkTSM AM0Qll^.

ni BM recoooaiMaao^ ? Eh bloal s^nhes d:eoic que lorsque vos y?»ux parcourront cette lettre^ la main qw. Ta tracée pour TOUS sera d^a raiilte et glacée pwr la mort Oui y morte lapàunt| Ambroinne que tous âurcK tuée TOtts^méme , car sa TÎe tenait à son eatirae pour tous, et en la forçant i TOUS mépriaer, tous raTW réduite à mou*rir pour se sauTer de son aoaour.

« Peut-être à Tinatimt même on tous rece- Trez mes adieux , les médecias api|)déspour constater le décès de la marquise de Fe]>ndont, penchés sur son cadaTre, cher^ant -en T wi une dernitee étincelle de l'existence éteinte, interrogeront-4k d'une main assurée , et d'un geste douteux, son cœur muet et ses froides Teines, son sein immobile» Rien, plm rien,, qu'ils ne cherchent plus, l'âme est partie , où donc esl-dle ? Dieu seul le sait.

t Je Tais mourir ; mais aTaat de m'en aller Tars un autre monde , j'ai dû songer au simTonir que je laisse après moi ; j'ai d4 ne

QVAT&S AMOtaS. 24?

pas entachier de I4 souUlure d'un smcidç le wb\» nom que j'ai reçu de ma famille, oeim <|ue m'avait doBo^^ mon époux. Je pouvais me précipiter du haut d'une fenêtre élevée* Les eaux de I9 Villaioe pouvaient m'envelopper ^*\m voile humide , me rouler dans leurs ondes gonflées, me jeter m^nrtrie sur la grève. Le pmson pouvait glissçr dans mon sein une mort lente ov rapide, à m09 chflÂx; mai^ en expirant ainni, OA dirait : Elle est morte par désespoir d*amQW?« Mais en m'empoîsopnant , tous mes gens, soupçonnés du meurtre de )0iir maitr^^o» serai^it traînés au tribunal, accusés, et condamnés peut^t^e comme in^ aâ$as9ins. Non » je ne vejux pan à mon oiphre un sacrifîce^ d'innocentes victimes. j(f^ piourrai ; mais ma mort ne oiiera pas ve^guMoe à 1^ justice d^ hpmq^es; mais mm diw p98 quoj'ai ?ou)il moiorir*

« C'e^t vottA-m4me, Roger, qui, en m'envoyapt ce matii?^ p^iNilf^t àe% fleurs aw piarfums ^^0fSS^i ^'^\^ donné la

iî49

clef d'une porte par où je puis sortir sans entraîner personne après moi, sans laisser l'opprobre sur le seuil, pour marqpaer mon passage.

< Telle est ma constitution physique , qu*il m^a toujours été impossible de supporter aucun parfum , surtout celui des

fleurs. Aussi n'^-je jamais eu dans mon appartement que des fleiurs artifieielles. €elles que vous m'avez enîroyées ce matin « placées dans ma chambre à coucher, y resteront toute la nuit, leurs exhalaisons embaumées se répandant autour de moi, chargeront Tcdr d'esprits âiortels. Bt der main , quand ma femme de chamlbre entr'ouvrira les rideaux de mon Kt, la vie aura fui de mon sein et Tamour de mon coéiur. J'aurai passé d'un sommeil parfumé à celui qtii n'a pas de réveil sur la terre; Effrayée de mon silence, de mon imao*bilité, elle appellera, on viendra-, et quand l'arrêt , tl n'ese jp/u^ d* espoir j aura été pro^ nonce ^ alors on dîrd: QueUe imprudence!

QbATRE AMOVRS. !à^Q

itoucher avee des fleurs auprès de soil pPattYre marquise de Fermant! mourir ainsi t quand la^te lui était si belle! Noble, riche^

< jeune , aimée ,' quelle proie pour la tombe ! c Et des pleurs d'amitié seront peut-être r6tpandues sur moi, mais pas une larme t d'amour ne coulera pour me pleurer, i Car si vos yeux sont humides ^ ils ne seront % mouillés que de pleurs d'étiquette , tribut « exigé par la bienséance. Car on sait que f TOUS deviez m'épouser ; et, pour le monde

< et pour vous, vous serez obligé de regretter

< la perte de votre fiancée.

« Maintenant, Roger, la vérité m'est per-

■ mise. Lorsque je voulus vous- reprendre

■ mon sermient , quand je vous écrivis ce i billet , ' la cause de ma mort , celui que je

< vous adk'essai en vous envoyant les quatre « mille ^anos que vous me demandiez , j^eus «besoin, pour vous récrire, d'appeler' à « moi le peu de raison qui me restait encore; « Il me fallut bien du courage pour oser « vous regarder sans prisme, pour tous voir

tel que iqub ^tiete* Je yi>wk ceip^toipplai âxmo I j^ vous vis saos nmoiir « sans vespecl mêiKie pour moi. Je Vous via joueur, q'étidt vous, qui vous-^ôme veui^» de voua OHmtrer à moi sou* ce deroi^ aspect , et pourtant 9 vous saviez bien l'iiorreur que j'jpi toujours eù^ pour le jeu. Quaud vous m'ftppuraissieaE ainsi, Roger, quels que ^sseut mes setititiieus pour vous, devais-je les écouter, vous ^cigager ma vie pour en foire le jouet de votre vanité ? Car j'étais noble et riche. C'était une marquise» doitf le rang s'abaissait au niveau de celui où elle vous avait fait monter; et monsieur le baron , à défaut d'ancêtres à lui , peurvait parler des aîevix de sa femme. L'or de madame pouvait, poussé par 1^ maip de monsieur, rouler dign^mem si}r un tapis v^t. Puis, la petite grisette pou*vait trouver un escalier aui( de^és facilea, pour descendre de la mansarde au premier étage- ^ YoiUi quelques-unes des images qui sfi

pfésentèrent â moi| quand mes yw% des-

siUés regardèreot du oôté de mou ayenir I

de moa avenir uni au TÔtre ! Je ne tous

ra]qpeUerai point les menaces que vous

m'avez faites, quand vous m'ave? forcée

de vous signer un dédit. Gravées dans mon âme t en tristes caractères , elles ne sont

pas sans doute epcore effacées de votre pensée. Relisez^es, si vous Tose^i sana horreur de voua*méme.

< En me contraignant â vous signer cette promisse ^ qu'aveas-vous fait, Roger? Vous vous êtes rendu coupable froidement d'un ^^0ntBt que les lois puniraient d'une peine infamante , al cette cause était portée au tribunal. Ce n'est pas Tamour, c'est l'inténH seul qui voi^s a fait commettre cette faute , dont vow n'igQoriea pas quel pouvait être )e châtiment > Vous saviez bien, quand voii» la fîtes, que si j'osais vous en accuser^

votre épaule fumante eût reçu réterneUie

empreinte de lettres ignominieufies ! You» aux galères, Roger! vous! et rien qu'uD

a5:2 QUATRE AtfOUllS.

seul mot pourrait yous y conduire !

non , tous saviez bien que je ne le dirais pas , ce mot terrible ! que le saérifice de ma vengeance était nécessaire à mon cœur, à mon nom ! Apprenez donc maintenant que lorsque j'ai revêtu de ce nom le fatal dédit que vous avez entre les mains , je n'ai signé qu'après avoir pris l'irrévocable résolution de briser à la fois , et la chaîne qui m'attachait à vous, et les liens qui retenaient mon âme. Oui, la mort seule peut expier la honte d'avoir aimé un homme tel que vous !

« Insensée que j'étais! quand je demandais au ciel de me faire aimer aussi , moi. Ingrate envers mon sort , je l'accusais , je voulais de l'amour; Dieu m'en a envoyé dans un jour de colère ! c'est la j>omme fatale que mon âme a cueilliel

te Et pourtant je les regrette encore , ees courts instans d'erreur où je me crus aimée. Oh ! si dans mon dernier sommeil dont je vais m'endormir , un songe ayant

QOATIIS AMOimS. 253

T08 traits, TOB regards, yotre accent, pou- Tait yenirà taoipour me parler ce langage imposteur qui subjuguait mon cœur trembtaat à l'écouter ; si, dans ce dernier rêve, je TOUS croyais encore; si je retrouvais Témotion de bonheur que j'éprouvais à vous entendre!...

« Que dis-je, malheureuse! Ah! fasse plutôt le ciel , que votre image ne s'offre pas à ma pensée, que j'aie fini de l'amour ayant d'achever la vie ! que le dernier fantôme de mon imagination ne revête que la forme chérie, que les traits de ma mère! qu'il prenne sa voix et me dise : Je te pardonna d.e fn'ôter ma filIC: ! Ma mère ! ô mon Dieu ! que deviendra-t-elle , en apprenant la mort de son Ambroisine , de ^a fille chérie? Ah! qu'elle ne maudisse pas ma mémoire ! qu'elle oublie mon crime !

qu'elle ne charge pas ma tombe de sa haine ou de son mépris! Ma mère !. E( c'est moi qui vais porter à son cœur un sem-^ blable cov|p! moi qu'elle a tant ,aiipée(

-254 Q1TATRS AMOimS.

c Qu'elle donne A ma sœnr les sentimens ^ qu'elle eut pour moi ; que ^ Juliette ob- « tienne à son tour cette amitié si tendre < dont elle m'entourait ; puiftsé-je Ini léguer « le bonheur d'être aimée de ma mère ! Mais^ c hélas ! ma soeur va posséder cette fortune c qui me fut si fatale. En devenant plus « riche que je ne Pétais , puisse-t-elle ne pas t rencontrer un homme qui , attiré par sa « richesse , lui fascine le cœur comme vous c avez fasciné le mien ! Oh mon Dieu ! si tu « lui donnes de Tamour , mets-en pour éOe « dans Fâme de celui qu'elle aimera! C'est ^ assez d'une victime , que la destinée de ma •c sœur ne soit pas une continuation de mon « sort !

€ Ma mèrel ma sœur! et je ne puis les «voir avant d'expirer. Mais peut-être, en € les voyant, je sentirais s'évanouir la triste •« résolution que j'ai prise : je n'oserais plus ^ mourir, et je le dois ! Quoi ! vous m'avez ^ donc fait une nécessité du crime que « je vais commettre ! Oh ! que Dieu me par-

QUATRE AMOVRS. ^55

donne de soitir de la vie bbm qu'il m*aH dit : Yietift ! Saûs doute , fautids dû acceiH t^la destinëe que vous m'aviez faite, baisser la tète et m'incliuer sous mon ttialheur. Je 0*ai f>u supporter la pensée de vous m^riser, elle a été plus forte que mon courage, dileTa brisé et je m'en vais, car je ne puis plus rester. .. Adieu donc ! < Ignorée du inonde , la cause de ma mort vous est connue, Roger; sellez-vous indiscret ? votre conscience vous perpiettrat-elle de Fétre? Malgré tous les maux que vouft m'avez fait soufiHr, j'ose encore me flatter de votre silence. Ah ! si le remords de votre ^Ute peut trouver place dans votre âme , si vous pouvez un moment me regretter pour moi ; que ces actes par lesquel* , sans le savoir , je vous livrai mon sort; que ces lettres fatales, dont vous m'avez menacée de vous iervir pour me déshonorer vivante, soient sacrifiées à mon souvenir, comme une oSrande expiatoire; que ces gages d'amour, ces

â56 QUATRE AJIfOimS;

« preuves de ma folie, soient remis aux « mains de ma m^re, de ma. mère qui .sait c tout 1 C'est la dernière prière (|ue mon « coeur TOUS adresse i il tous l'envoie avec c votre pardon. Ne la repousse^ pal! Songez c qu'ils sont sacrés, les irœux que l'on jette « du bord de, la tombera qui reste après soi

< dans la vie^ « .

« Je le sens , je ne voudrais plus vous voir^ « et pourtant il. le faut encore une fois! car c,*vous allez venir m'appqrter aussi, vous,

< vos hommages. Il faudra que mes ^eux suc bissent vos regards ^ que ma voix. réponde c à la vôtre. Ah ! du moins ^ en nte retour- « nant.du côté de quelques-uns de ces hôtes « que j'attends pour célébrer* ma fête! je t. rencontrerai des regards d'amitié, j'enten- ,4draidu moins dans leur voix des paroles «vraies, des accens du coeur! Oh! puisse « la miepi^j en leur répondant, ne. laisser f éphapper aucun de ces mots involontaires^ $ de ces mots perfides qui trahissent tout « ynpeçret!... Puisse aucune larme n'arriver

QVATRK AMOimB. 267

« devftBt eux. jmqu'à mes paupiëroi ! Piiis- « sio^TOus ne pas sorâr le dentier !

«.Adieu, Rogerl adieu IJe vous pardonne! » Apre» avoir acheré la lecture de cette let* tte^le baron, la tenant encore à la main, s'avait» dirigea ?ers 1» terre un regard morne çt fize^ et pMisa««. A quoi songeaiMl, le malheureux? Avait-il horreur de luinnéme? Qui sait ? peutrdtre 6ui » peut^-ètre non» Quelques pages «nétf re , et le mot de rén%me est au bout.

-^ c Ce n'est pas possible N s'écria-t«-il eofini Et comme il prononçait ces mots , sa porte s'ouvrit avec bruit. C'était un des gens de la marquise venant lui annoncer la mort de sa maltresse asphyxiée par des fleurs. — c Ah ! c'était donc vrai , * murmura sa pensée. Et ses lèvres laissèrent échappeY cette exclamation de désespoir, faux ou réel, mds 4e surprise feiftte.

^ — t Que dites-vous, Charles? la marquise est morte! Où est-elle? montrez-la*moi ! Je

veux la voir! O mon Dieu ! morte ! >

il èd rendit, ou plutôt cçumt sur-le-champ à l'hôtel de Fer mont. La jtiâ;tice l'y aVah déjà préoéd^. Des hommes de loi feisaiént p^AefJes scellés, tandis que les médb<4ns, ^{>elés isainem^it à son sâcoiirs>, après avoir cQQstaté le genre de mort de la marquise , aba»d6nnaient son corps aui d^piers ^ins de la région.

BjOger passa au trav^^s de la foule cpi eii^ oombrait Fhôtel , entra dans la chambre o^ Ton avait déjà' allumé le cierge (unéradfê,

dont la flamme lugulxre vacillait au gré du vent , que la^ croisée ouveirte laissait passer pour décharger Tair des parfums homicides qui s'étaient exhalés du calice^ des fleurs qu'on avait portées dans la cour.

Le baron s'approcha du lit où reposait le oadavre qui attendait un cercueil ,^ découiri^ le visage de la mof te , s'inclina , et ses^ lèvres brûlantes cueillirent, u* funèbre baiser Sur la bouche glacée d^Ambroidne. Il lui prit ensuite la main droite, en 6ta un simple anneau d'or, qu'il passa à L'un de ses doigts...

QUATRE AMOimS. 2^

et s'en fut sans avoir prononcé un mot, «ans qu'on eût osé lui en adres^r un seuL On respectait trop . sa douleur, son déses* poir, pour lui parler.

— «Le malheureux 1 se disaitH)n, il Tai^ mait! »

UN SERUBNT.

Madame de Ferment n'avait tracé se»

adieux au coupable auteur de sa mort qu'après avoir écrit cçux qu'elle adressfdt à madame de Kersanec. L'infortunée avait dévoilé, aux regardé de sa mère jusqu'au moindre secret caché dans les replis de son cœur, qui bientôt allait cesser de battre. Elle avait détaillé jusqu'à la plus petite des circonstances qui avaient amené pour elle le triste

QUATRE AMOURS. :26l

réBultat qu'elle adlait subir de son erreur, de son amour. La marquise employait dans cette lettré les plus touchantes supplications à demander pour sa sœur Tamitié d'une mère; elle adjurait égalemeut la comtesse^ par les noms les plus sacrés , par la prière la plus ardente , de nliésiter à aucun sacrifice pour enlever au misérable, pour qui elle allait mourir , les lettre» «qu'il possédait encore.

— r« O ma mère , lui disait-elle , que ces

• • • preuves de mon aveuglement he demeurent

pas au pouvoir du malheureux qui m'a tuée ! Tant qu'il restera dans ses mains , ce funeste dépôt serait une continuelle menace d'oppYobre à mon souvenir. A quelque prix qu'il veuille le vendre , s'il ose encore en trafiquer, n'importe, rachetez-le; que la mémoire de votre fille né soit pas souillée. »

Ce ne fut pas de la même manière qu'avait battu leeœur de Roger, que palpita celuî de la comtesfsc, à la lecture des adieux d'Amhroisine. Rappelez-vous toutes les nuances

^62 QUATRE AUOI7aS.

du caractère de madame de Kj^rtaQec , sou* Teiie^¥ou9 de son exdusiye amitié pour la marquife^ dé son orgueil ^ et repréifeotez*- Yous la situation de son âkne eo rebevatit'lis foudroyai^te npuTeUe de la mort d^ sa 'fille. Elle l'ejûrt suivie, si madame de Fermont ne lui eût laissé un doToir sacré k remplir, ^hli de rassurer son ombre. La oMârquise aTsâft mis sous Tenvetoppe une boikcle de ses bbbr yeux ; à la* vue de cette relique sur laquelle était tombé son premier regardi la comtesse avait frissonné, et, "avant d'avoir kt un seul mot, une voix seorète, une voix terriUe, cdle du pressentiment , lui avait dit : Ta fiUë n'est plus. *

La lettre d'Ambroisine commençait par cette pbrase : Au nom du ciel , si vous n'êtes pas seule, ne lisez pas,, ou veillez sur Votre cœur 1 et finissait par cette recommandation ; Ne partez pas aussitôt ap^ès avoir reçu cette lettre. Attendez l'avis officiel de ma morte On sait le temps qu'il faut pour venir de Paris à Rennes. N'arrivez pas un jour trop

QUATflLE AUDURS. a63

t4l S le monde, par un^oid calcal, pourrait peut-être Aoupçoniter; . • . Attbndef , je vous eu rappUei'

C'était le itaatâil, et la comtesse se disposait à sortir, qihSaUd on lui remit le paquet qui arrivait de Rennes* Elle était Beule heureuiement lorsqu'elle rouvrit lihre de pleurer , . elle ne pleura • pas^ C'est qu'une souffrance tkop poignante s'arrête 9u costir et y reste ; tdus les élémens sont alors attirés vers le fo^f er . de l'existence de l'âme, ^teur de le croire insensible, celui qui , frappé db quelque grand coup moral , n'a ni soupir , ni larmes à donneir à son infoftalie ; s'il a les yeux, secs , si sa voix est tranquille , c'est qu'il est trop malhisqr^tt^ pour se plaindre , c'est qu'il ^souffre trop peur pleurer.

La comtesse ne pleura donc pas ; elle ap-pda , demanda son châle et sortit. Elle reit<eontra dans la rue «me personne qui l'arrêta pour lui parler d'affaires; elle écouta avec autant d'attention , répondit avec autant de calme qu'elle aurait pu le faire avant le triste

d64 QDAT»B AMOORS. ^

message de la marquise. Elle eonfinua sa route , ejl entra «dan^ une égHie dont la porte se trouTait justement tendue 'de noir. On allait célébrer une messe funèbre, et déjà le eonvoi était entré dans f église.

Madanae de Kersanec s'approcba d*uti bénitier ^ y mit la main , et trempa dans fèau sainte la boucle de dbcTeux d'Âmbroisine qu'elle tenait serrée- entre ses doigts , eHe* la retira toute mouillée , la mit dans son lÎTre de messe^ entre les feuillets de Voffice des morts. .

Le prêtre était è Pautel; elle s^approcba à portée d'entendre les paroles eonsaorées. Elle ]Mria aussi) elfe, pour le^repos d'une âme, mais ce n'était pas pour la paix de celle qui avait animé le eorps que renfermait ^le cercueil qu'on venait d'apporter. Après sa prière , sa voix murmura sourdement des paroles qui n'étaient pas tracées sur les pages que ses yeux parcouraient. C'était un serment pror-

noncé devant Dieu , devant son ministre qui ue l'entendait pas , mais dont la présenPce \à

(IfUATlIE AMOURS* a65

sanctifiait; c'était celui de rattafiiire au dernier Tceu de sa fille ; de retirer des mains dé l'assassin de la marquise les lettres qui Ta- Tsient perdue I

Madame de Kersanec' reçut le lendemain la confirmation de la nouTdle du malheur qu'dUe u^mt appHs la Teille. Alors elle songea à son départ

Depuis la mort de madame dé Ferment , Roger éiait resté enfermé dies lui. Il avait facilement obtenu de son colonel la permission de se dispensa d'accomplir, pendant qudque temps 9 les devoirs de son service militaire. Ses amis s'étaient présentés pour le voir , mais une sévère consigne les avait empêchés d'entrer. Tout le monde le plaignait, car sa retraite semblait à tous la preuve de ses regrets*

Huit ou dix jours iq>rès son arrivée, la comtesse lui écrivit, pour lui redemander les lettres de la marquise. Nous ne rapporterons pas lef expressions dont s'était servie cette malheureuse mère : on doit présumer que

â66 VQUATUt AMOOAS.

Ba douleur ^vpdt puiSé de l'ëloqiiencè dans son âme. La réponse du baron fut la demande d'un rendez-Yous qui lui fut accordé.

Hoger n'apportait pas les lettres ; le premier prétexte du refus qu'il en faisait, était qu'A ne Toùlait pas se dessaisir de ces gages de l'amour dp son Âmbrpisine , .qui rappe* laient à ses yeux comme à son cœur Tàinie qu'il avait perdue. Saiis doute lui seul âTait causé la mort. de la marquise; mais était-il aussi coupable que malheureux? N'ayait-^fl pas été tout simple à lui de Touloir. s'assurer le don de la main qui lui atait été promise? Pouvait-il penser en lui faisant signer un dédit à l'exagération du désespoir de madame de Ferment? Pouyait-il se douter du fatal dénoùment d'un pareil drame?

De tels argumens furent repoussés comme ils devaient l'être.

— « Madame , difrôl ensuite en commençant à changer de ton, mon mariage avec k marquise me promettait la plus douce existence , le sort le plus brillant. En la perdant »

QUATRE AHOljftS. ^67

j'ai perdu dioo aTenir, etfè toux le rëtrou-

ver. Ces lettreu

— Combien Toulez-yous les vendre? Puisque TOUS osez en être le marchand , mon devoir est d'en être Tacquéreur. Quel prik en voule»-vou8?

-^ Le prix, madame, le seul prix auquel |e puisse consentir à les céder... c'est

— Parlez, monsieur, parlez; de semblables débats me fatiguent. Voyons , combien tous en faut-il?

— Eh bien ! madame , si vous voulez reprendre ces lettres , sachez donc qu'elles ne passeront de mes mains dans les vôtres que

^ le jour où mademoiselle Juliette de Kersanec deviendra madame la baronne de Saint-Aire.

— Vous, mon fils! s'écria la comtesse. •• jamais !*

— Comme vous voudrez , madame. Mais je vous avertis que je chercherai d'autres marchands , car si vous refusez d'acheter, je ne renonce pas à vendre.

a68 QUATAS AMOVBS.

—Les deux ^ceat mille firancs que porte le dédit, lç8 TOiilez-Yous , tnoiisieur?

— Non, madame , yous êtes trop loin de compte ayec moi ; acceptesE-mpi pour geadre, ou je garde les lettres.

-—Ah! vous Tendez à prix fixe! ditlacpmr tesse ayec une expretsion d'accablante konie. Malheureuse Ambroisine! Toilâ donc celui que tuadoraisl.....

— Mademoiselle de Rersanec sera-t-elle^... — N'achevez pas, monsieur, vous me faites

horreur !... Yous avez commis un premier crime à vous seul; tous en voulez éommettrë un second, et tous me déijnandez froidement d*étre Totre complice ! Quoi ! c'est après m'aToir enleTé une fille chérie , que tous me • proposez d'entrer avec tous en communauté de forfaits pour m'aider à m'ôter l'enfant qui me reste encore !

— Je TOUS le répète, madame', je ne suis pas répréhensible du suicide d' Ambroisine t et en tous demandant la main de mademoiselle Juliette , ce n'est pas , je le pense , tou»

proposer de.la tiier. En me la dcmmint, tous la marier à moi plut^ qu'à un autre , qui ne serait peut-être pas un gendre pré£6l*able à celui que j^ tous offre; T<Nilà tout.

— Yoilà tout ! Vous êtes bien aveugle ou bien familiarisé avec de pareilles circonstances, ^si tous ne faites pas attention à ce qui reste I

— Mais, madame, réfléchissez aux chances de TaTenir de votre fille. Si tous la mariez , tous ne lui ferez faire probablement qu'un mariage de couTenance ; tous lui imposerez un époux aimé ou non , peu importe \ tous ne tous en inquiéterez pas beaucoup , du moitis je le crois; car Totre cœur ne s'est pas souvent souvenu d'elle, f i ,

^— Ah ! monsieur î vous me' faites un reproche bien douloureux, bien terrible à supporter. Oui , vous avez raison , je n'ai que trop oublié que j'avais deux 0ifans ! J'aurais d|^me le rappeler; mon coe^ aurait dû faire deux parts égales de ses a^ê^ctions, je'serais moins malheureuse aujourd'hui ! Mais si je

sui» CQUpable de n'a^^ir paa donné à ma fille ramitîé que lui de^ak sa unèise , j'en, suis punie bien cruellejneiàt. C'est trop, pour la peine que je mérite , de l'odieuse proposition qqe je Tfens d'entendre.

— En quoi odieuse , madame?

— Vous ne le savez pas , monsieur ?

I — Ce que je Sai^ ,' madame , c'est que vous

. exagérez beaucoup^trop Tétrangeté de la .situation où noiis nous trouYons tous les deux placés en ce moment. Si vous pouviez laisser un peu de sang-froid succéder à la passion qui vous domine , vous verriez que l'horreur que vous it^spire ma demande de )a main de votre fille ne repose que sur une basé fragile, qu'un ipstant de réflexion peut détruire.

-r £u effet, continua la coQitesjse avec le même ao^ept d'ironie , j!ai eu tort de me crciire Qffe9sée9 j[e r^vien^ de iQon erreur, ^t je prie mofpsi»ur l^e litarcfn d!éire persuadé dq toute ma rçptinnaiasfiQçe pour Tliçnneur

QUÀTRl AMOtJRS. ^7 1

qa'fl veat bien me faire en jogeatit ma fa-^ mille asses digae pour d'allier à la siehne.

— . Vous me faites un reproche inutile , madMue ; oar ma vaftité ne se trouTe nulle^' ment blessée du tMi% cjtie la tAtre vient de hni faucer. Yous ateÉ mal Tiaé. Si je ne méritb paff de porter le tttve que totis a^ez bien youlu aider 'V^s^mème à me faire obtenir, du mdins n'ai«-je pas le ridieule orgàeil d& croire le méiîter..J'ël reçu lé nom de baron comme uu présent, et non comme une. paie. Noble aujourd'hui , je me souviens encore que je n'étais hier qu^un pauvre j^ébéien ; et si je me rappelle que je suis tout ooiivellement affranchi du oollier de la ror ture, soyez persuadée que vous n'avez prêté aucun secours à ma mémoire. Mais, madame, si mes parchemins sont pâles auprès des vôtres , si ïe temps ne les a pas encore revêtus

de so|i augusie cachet, slls n'ont point un

nuage de poussière aristocratique à jeter aux yevtx d'un lecteur ébloui ; si mon arbre généalogique, enfin , n'a point encore poussé

2'J2 QUATBS AMQUJIS.

de rejetons pottr s'agrandir de leur fenfllagei je ne crois pas, madame, que ce soit à tous de remarquer la stérilité de sa végétation. Car s} TOUS me trouviez suffisamment noble pour succéder au feu marquis votre gendre , je dois TOUS paraître d'assez bonne maison poi)r épouser aujourd'biii mademoisdile votre fiUe. Mais revenons à la question dont nous nous sommes inutilement écartés. Bour* qUQi voulez*voUB. les lettrea dé madame de Ferment?

— Vous ne vous en doutez peut-être pas ! Vous àseï me demander pourquoi je veux arracher ces preuves de Taveuglemént de ma malheureuse fille des mains de son meurtrier! '

— Madame!

— Oui, son meuirtrier, je le répète., car c'est vous qui l'avez tuée ! Ces lettres , je les veux pour les sacrifier à son souvenir , po^r garantir sa tombe de l'outrage dont pourrait la souiller une infâme indiscrétion de votre

QUATRE AMOTTIIS. 273

part ; pour garder aabk et pur le nom qn^dle a porté!

—-Pour rassurer Totre cwgueil qui treaible. ¥oilâ. PuisqMee u'est que pour le monde enfin que TOUS Toulez racheter cette correspon-* dance âiâoUreuse, concluez donc. En signant d'une main mon Contrat de 'mariage, de l'autre , je vous rends les lettres d'Ambroisin^ Mon s0ence me sert de dot. Entré dans votre famille , il est de mon intérêt de la faire respecter; rhonneur de votre nom devient la^loire du mien. De plus, vous justifiez entièrement aux yeux du monde*, en me prenant pour fils, le choix qu'avait fait de moi le cœur de la marquise. L'hymen de votre fille sanctionne l'amour de sa soeur.

— C'est-a-dîre que le malheur d'AmiNToisine me fait une nécessité de l'infortune de Juliette.

T— Vous allez trop loin , madame. En l'épousant, je £&rai de mademoiselle dé Kersanec ma compagne et non ma victime.

Sans doute , mon cœur ne pourrait recomm. i8

oàencer pour elle Famour qu'il ressentait pour madame de Ferment ; mais le sonvepir d'Ambroisine serait Tégide prdtectricie de Juliette. C'est en r^^rettant savsœur que je Fentourerais 'de soins et d'affections^ ma Gonscienôe aurait besoin, pour soi-même v du bonheur de ma« femme, et je* »«

- — Ne voos donnez pas4a peine, de poprsuivre ,* monsieur; ne dépensez pas inutilor ment de votre éloquence. Youlez-Youà trois cent mille francs des lettres ?

— Non,i madame ; je vous en ai dit le prix, c'est à vous de voir si vous voulez le mettre. Mais je vous laisse , pesez bi^i chacune de mes paroles et tâchez d'être plus raisonnable quand nous nous reverrons. »

Quel ^aloguéî Et c'était à une mère ayant perdu sa Elle adorée, que celui qui l'avait privée de son enfant osait imposer les conditions d'un semblable marché !

- Cette conversation produisit peut-être sur la comtesse (un effet plus terrible encore que celui de la mort de la marquise. Sa rai*

son eoi reçut une secousse violente , et iHe»tôt elle fut en proie à une sorte i^e délire muet et concentré; concert moral qui lui rongeait le cœuré Attentite â \eiller sur sa douleur , le secret en restait dans son âme. Hais un. orage continu grondait sourdement dans cet esprit fracassé , <]ue remplis» saient parfois de silencieuses et fantastiques frayeiirs.

La pensée de Toir une tache au noble nom de Kersanec, Hnsupportable appréhension d'une insulte à la mémoire de sa fille, la torturaient d'atroces inquiétudes. La vue des cheveux d'Ambroisine qu'elle ayait trempés dans l'eau consacrée; l'aspect du portrait de la marquise, la lecture de sa lettre d'adieu, le souvenir du serment pro« nonce pendant cette messe funèbre à laquelle elle avait assisté.... tout semblait prendre une forme; chaque idée devenait un fantôme poursuivant son esprit. ReposaitHsUe un moment , sa fille lui apparaissait. Elle la voyait , entourée de fleurs aux parftims mor-»

!à')6. QUATRE AMOURS.

tels; elle TentendaU lui crier : «Ma mèrel sauvez m'a mémoirei »

C'était trop, beaucoup trop, et malheu* i^eusement la haineuse iodifférence que madame de Kersanec avait toujours eue pour Juliette , ne pouvait que l'aider à succomber dans cette lutte continuelle. Le souvenir de la morte intéressait plus son orgueil que la destinée de la vivante. Déplorable erreur d'une âme de mère ! pour être presque un crime , tu n'en existais pas moins.

La comtesse osa se demander sans fris-= sonner de s'adresser une pareille question , si les remords , qu^l éprouvait sans doute , ne pouvaient faire que le baron se crût obligé de rendre sa femme heureuse; et, lorsqu'elle se fut répondu que c'était possible , elle fit venir Roger et lui dit :

— < Je ne puis vous accepter pour gendre qu'en mariant ma fille séparée de biens.

— Madame , réplîqua-t-îl froidement , je dicte les conditions et ne les reçois pas. Je garderai les lettres en question pour en dis-

poser autrement au psofit de mon avenir, ou j'épouserai votre fille sans qu'il y ait au contrat cette clause que je ne puis accepter. » Huit jours après cette entrevue, la comtesse lui disait :

— c Eh bien ! monsieur > soyez donc mon gendre !

Madame de Rersanec se hâta de faire venir Juliette , qui était auprès de la vleiHe tante qui Tavait élevée. Elle lui dit : — < Je vous marie ; voilà votre époux. » Et la jeune fille , en voyant son fiancé, remercia sa mère et se dit en secret :

— « Oh ! si ma sœur vivait encore ! je serais bien complètement heureuse! Car ma mère ne me hait plus. . . et mon mari, je Taimerad l »

Et le jour du mariage de sa fille , la comtesse jetait au feu, qui les dévorait jusqu'aux derniers vestiges , les lettres d'Ambroisine , le marché venant d'être conclu.

Pauvre baronne de Saint-Aire! si tu sa-^ vais!. ...

xnr

l'échelle aetournéë.

Et Dérigny! qu'en ayez-vous fait? VoîTà probablement ( si toutefois tous avez là bonté de vous souvenir de lui ) une question que vous allez nous adresser. Si , au lieu de nous dire.celaànous, qui ne jouons dans le drame de la vie d'Arthur que le simple rôle de spectateur, vous nous demandez plutôt ce qu'ont fait de lui le temps et la fortune ^ voici ce que nous répondrons s

QUATRE AtfOCRS. 2^g

Trois ans étaient venusse joindre auxvingt aimées qu'avait déjà vécu madame Dérigny àv l'époque où nous avons fait connaissance avec elle. Vous vous rappelez que la première fois que nous l'avons vue,. elle s'occupait de sa toilette , pour la fête qu'elle donnait le sou*. Alors un nche collier de diamans relevait encore dp son lumineux éclat la fraîche beauté de ses épaules au co^tour^ romain. Vous vous souvenez de la magnificence du bal que donnait le vaniteux Arthur, de la richesse, des oruemens prodigués dans ses

vastes salons Vous n'avez peut-être pas

oublié non plus cette moquerie jalouse dont les expressions , confiées par des lèvres perfides à de malignes oreilles , parcouraient les rangs des convives. . . Tout cela ne s'est pas efiacé de votre mémoire... Eh bien!...

Cet Artbur, que tout le monde ridiculisait, dont rorgueil souriait à ces impuissantes attaques de l'envie mécontente, est encore l'objet d'une raillerie presque générale. Mais yironie autrefois douce à sa vanité, est main-

:2$Q QÙATAE AMOUllS.

tenant amère à son cœnr. C'est que jadis on èe moquait des e&tra^agances du xiche, et qu'aujourd'hui on iQsulte aux regrets du pauvre.

Si vous voulez le voir, présentez-vous chez lui sans crainte d'être obligé de faire une faction dans son antichambre, sans redouter qu'un laquais au front sévère, aux tnaqières importantes, ose vous dire d'un ton défendant la répliqué : « Monsieur n'y est pas, i lorsque vous entendez la voix de monsieur ,* quand ce même valet vous . quitte brusquement pour se rendre à l'appel dé monsieur, qui sonne dans l'intérieur, quoique monsieur n'y soit pas , a dit l'oracle.

Mais nous devons vous prévenir qu'Arthur Dérigny n'habite plus cette belle maison située sur le port et dont il occupait lé gi*and ap- . partement. Il loge maintenant au troisième étage d'une modeste maison anciennement bâtie dans une rue tranquille et sombre.

Si vous montez chez lui , tenez-vous à la

QUATRB AMOURS. 28 1

corde d'appui qui règne le loog du mûr, ne lAcbiez pas un instant ce fil d'Ariane , et baissez la tête de peur d'atteindre de trop près, non point à la hauteur, mais à l'abaissement de là Toûte de l'escalier. . • Tons yoilâ devant la porte ; mais quelqu'un qui tous précédait de quelques marché s'est arrêté au but que vous destinez à votre ascension. Déjà la sonnette a fait entendre sa voix argentine

On ouvre, ne laissez pas refern^er (a porte, entrez aussi et suivez le visiteur qui suit une jeune servante qui le guide vers les maîtres de la maison.

— t Mon oncle ! s'écria Arthur en se levant avec empressement.

— Monsieur Rémi! dit Francîsca, que vous êtes bon de ne pas nous avoir oubliés; il y a si long-temps que nous ne vous avions vu! N'est-ce pas, Arthur?

— Oui , mon oncle nous a bien négligés. . ^ Il savait pourtant tout le plaisir que«... J'esr

uçri?. • • •

— ^AUone, mon neveu, embrassezf-moi donc pour me prouver au moins que je ne suis pas

dans les indiscrets.

— Oh ! jamais, balbutia Dérigny en serrant le bon vieux prêtre contre sa poitrine agitée.

— Et ce joli petit ange veutnil aussi m*embrasser ?

— Sans doute , répliqua vivement la jeune mère en enlevant dans ses bras un charmant petit garçon d'environ deux ^ns. Allons, Ambroise , embrasse ton oncle. »

L'enfant, dont les grands yeux noirs par^ couraient d'un naïf regard d'étonnement ce visage nouveau , eut bientôt fait connaissance avec la physionomie toute paternelle de l'excellent curé ,• et, lui jetant ses petits bras autour du cou , l'embrassa bruyamment comme un vieil ami , en bégayant : c Papa. . . beau ! . . . papa! »

— «Ah ! tu te nommes Ambroise , dit M. Rémi avec un sourire.

— Oui , c'est moi qui ai voulu qu'on loi

QOAtRs AMOims. a83

donnât ce nom , répondit Frànciséa , c'e^t le vôtre y et j'ai pensé qu'il porterait boidieur à mon fils.

— Tous allez déjeuner avec nous, dit afiec* tueusement Dérigny tin peu revenu de Vé^ motion qui Tavait troublé à la vue de son oncle.

— J'accepte d'autant plus volontiers , que je m'étais déjà moi-même invilé à déjeuner avec vous. — Ainsi, ma chère nièce, je suis votre convive.

* — C'est trop aimable à vous, monsieur Rémi , » répondit^Ue en se levant pour aller donner des ordres.

En attendant que le déjeuner soit prêt, laissons Arthur se remettre entièrement de son trouble , tandis que le curé continue a % jouer avec son petit neveu , et causons à noue deux du changement survenu dans la fortune de Dérigny; car il est bien clair que ses alSTaires ne sont plus au même point où nous les arons laissées.

Nous vous avons dit autrefois qu'il avait

placé la plus grande partie de son héritage en actions sur de certaines entreprises que la nouveauté avait fait réussir au-delà de toute espérance. Nous avons ajputé qu'ébloui par ces premiers succès , Arthur n'avait plus mis de bornes à son goût pour le l^xe , et n'avait reculé devant aucune dépense pour satisfaire à sa frivole et ruiueuse vanité V En vain la prudence de sa femme avait essayé de l'éclairer de ses conseils. II s'était obstiné à ne pas regarder du côté de l'avenir ; et marchant à l'aveugle dans le présent , il s'était tout à coup heurté contre une circonstance qu'il aurait dû prévoir pour l'éviter. Sa fortune fut brisée du choc , et alors il fallut regarder autour de soi et se baisser pour ramasser les vestiges épars de cette splendeur entièrement fracassée.

Une concurrence s'était établie » et le suû« ces de l'entreprise dans laquelle il était in-^ téressé , tombant soudain devant la réussite du nouvel établissement, les créanciers d'Arthur ( toute personne qui dépense beaucoup ,

QtJATtlS AMOI}tl8. 285

de paie . pas toujotars comptant ) firent succéder à leur patience une inquiétude qui parlait assez haut pour être entendue. Leur débiteur, qui n'avait été que fou , demeura honnétehomme. Il vendit, pour payer ses dettes , . son magnifique mobilier, les diamans de sa femme et une maison de campagne qu'avant la chute de sa fortune il s'occi^pait à faire changer en palais de plaisance/ Il ne lui resta qu'un modeste ameublement, la maison dont il occupait un élfage, une autre sur les ponts et une petite rente sur les fonds dé l'état; mais sa conscience s'était échappée saine et sauve du naufrage.

Après le déjeuner, [le curé prenant les mains de son neveu et de sa nièce , les serra contre son cœur d'une forte pression amicale :

— > « Maintenant , leur dit-41 avec la plus délicate bienveillance, parlons de vos affaires, et surtout ne me cachez rien. Puis-je vous être de quelque utilité ? Je ne suis pas un richard , mais je puis obliger mes amis. Par-

286 QUATRE AMOXJRS.

le2-moi franchement, avez-^yous besain de moi pour satisfaire â quelque créancier ?

— Non , mon oncle ; je vous remercie de tant de bonté , j*ai eu le bonheur de m'acquitter entièrement.

— Et que comptez-vous faire? Yoyons, comptez-nK)ivos projets.

— Mon dessein est de nie rendre à Paris, pour solliciter, aifprès du ministre du commerce, une justice à laquelle nous avons droit de prétendre, mes associés et moi. Cette malheureuse aflfaire , pont être man* quée , ne doit pas être entièrement perdue ; et je ne me croii;ai oBligé d'en abandonner les suites que lorsqu'il me sera bien dé^ montré qu'il n'y aura plus de possibilité d'en rien faire.

— Vous avez raison, Arthur^ je pense comme vous que, dans de semblables circonstances , vous ne devez pas , comnie le dit le bon peuple , jeter le manche après la cognée. Et quand devez-vous partir ?

QCfATRE AMOURS. 287

— Très prochainement, dans trois semaines , un mois , tout au plus tard.

— Et vous , ma nièce ^ accompagnerez* vous votre mari ?

—Oh! non, répliqua tristement Francisca; cela ne se peut, quelque envie que j'aie d« le suivre partout. Une femme et un enfant Iqi sersdent UB^e trop grande charge â Paris.

-:- Et vous resterez ainsi toute seule, avec votre petit Ambroise et votre gouvernante ?

— Il le faut bien ! je n'ai pas de mère pour être auprès d'elle.

— Je vous avoue, moja oncle, dit Arthur en soupirant, qu'un des résultats les plus pénibles de mes extravagances ( car il fout bien l'avouer, je n'ai été qu'un fou), est pour moi la nécessité de me séparer ainsi de ma femme et de mon fils , et de ne pouvoir les laisser dans une situation plus heureiise.

— Allons, mon ami, du courage, dit la jeune femme; je soufinrai de ne pas vous voir, mais je vous attendrai, et chaque soir j'espérerai votre retour pour le lendemain. »

288 QUATBfi AMOURS.

Dérigny embrassa la main de j»a femme ; et, se retournant vers son fils, il le caressa en silence; puis une* larme de repentir brilla dans les yeux de ce père, qui naguère avait «peu songé à cautionuQr Tàvenir de ^n enfant!

-^ c Ma chère nièce , reprit le curé , tous n'avez pas de mi^re , m'aves^yous dit ; >mais vot^s avez un oncle qui vous aime, un parent dévoué, dont la. position sociale et Tamitié pour vous peuvent vous servir d'appui.

Youlez-vQus accepter un appartement dans ma cure , loger chez moi et venir avec votre enfant embellir de* votre douce présence la demeure d'un vieillard qui vous porte dans son cœur et -qui s'efforcera, dans sa canstante .sollicitude , de vous faire oublier ce qui lui sera possible d'effacer de vos regrets ? Voulez-vous ?

— Mon excellent oncle! prononça Dérigny avec une profonde émotion.

— £h bien ! ma nièce ?

— Si je ne craignais de vous embarrasse^,

mon bon monfiiear Réoii » j^AOceptarais avec une grande jaié Yotce généreuse prc^siiioDu . • mab je ¥0us gèn wats , et l'embarras d^uQ enfiuiL.**

-^ Ma chère petite^ ou est tou|Mr8 bien chez soi , lorsqu'on s'y trouve avec .des aniab Décidez-Yous çt ne soi|gei;.à mol ^ dans ceci , que pour tous persuader de tout le plaisir que j'ëprouTerai â Toys voir près de moi. Diteç, m'acceptez-TOus ppur votre chaperpn.... Arthur, me confiez-vous votre dou- Ue trésor? •

Dérigny hésita un moment, regarda sa femme , et dit :

— «Oui, mon oncle, devenez son protecteur, son soutien, son mentpr; veillez sur elle et sur mon fils. C'est au plus noble cœur qui me soit connu, au vôtre, que le mien confie ce qu'il a de plus cher' dans le monde. »

Francisca se joignit à son mari , pour remercier le curé, avec tôUte la naïveté dHine

véritable reconnaissance.

ra. 19

UQO QUATRE AMOURS.

-^ « Voilà qui est dit , cootiniULM. Rémi : je ne m'en retournerai qu'avec tous trois. Car IL faut bien que mon neveu, procède à votre installation.... De gFâce5 ma- bdUe amie, tâchez de ne pas trop^ vous ^inuycr

aveo moi !

^ — M'ennuyer ! y pénsez-vous?

— Eh oui ! la société d'un pauvre prêtre n'est pas une |[randé distraction pour une jeune femme habituée comme vous l'avez été, à tous les plaisirs que prodigue le monde, dans les fêtes que se donnent les heureux. Lorsque le calme succède au bruit dont on avait pris l'habitude , on entend résonner long -temps ènccre dans sa mémoire l'ëcho de ce bruit assoupi, et le silence déplaît, ou du moins a bien de la peine à plaire. La tranquillité du continent ennuie le marin accoutumé au grondement des flots.

1— Oui 9 sans doute, quelquefois; çcifiis 09 ^ souvent aussi besoin, du silence^ popr.s^

rqK>8er de la fatigue du bruit... Et je serû bien 'chez vous. * •

— Comme tous . n^ëtee jaioais Tenue .-met ▼oir , cela soit dit sans repvodhe , ma .obère nièce, je dois vous esquisser ie taMeau'4lp TexisteiKce que vous mènerez à;la/eBre.» B'»* bord 9 je. vous pré?iei|s que mon vieux vi^* eave tous fesa unecour assidue et JDtéreasAeJ La- &Teur qu'il vous . demandevâ . «ein '. de Ifil prêter, sinon une attentive, au moins nue patiente oreille , pour écouler tour 4 tdur chacun des innombrables récits qu'il ^ depuis près de soixante -dix ans entassés les uns sur les . autres dans sa large mémoire. Si TOUS lui donnez^ toute ratlention qu'il TOUS demandera , vous serez sûre de kd pa«^ rattre charmante; et, par amitié pour lui, je TOUS prierai de Toujpir 'bien lui plaire. Quoi^ qu'un peu raconteur « c'est un excdlent homme; et d'ailleurs, ma chère en&nt,' lorsqu'on a^dépensé presque tout son.avenir , . on est bien excusable de chercher dan^ let passé et de revivre par le souvenir les nom*

9g2 QCATRK xmom».

hreÊMBOf «iiaée»; quWa éé^ féoil. Voifii p<Hir M. Leroux , mon vicaire. PoijHr qua TÎ^iUe ^ontBraanle-, je tous réponds qu'elle ft'enisaàdwsii très hlkn avec mtce jeûne bonp« et qh'dfe «Sflfterà vatre .petk . AmlNr4»30 , jieiU;-* 6tf6 eofiore .plua qu'elle ne cbérit m ponte fevorittL. Noua avons p<Kuf voisina plUdiews Inlâtaitf d'ancâéns châteaux^ qui ae fimfnt un n^aiiplaisîr devmii fétfçr daoa l^sv ttna^ noir, s'il vl>u8pl^lt d'en firanohir le. aeuilfé^ di^.i Quant à aies fidèles et bfaves pariM^ siéns^ !il suffira que roua aoyex la nièm de M. le iLcoteur^ peitr qu'ils voud aiAionl.et \oiis seapectent à l'égalM'ttne priiiitesM; et:, à propoe de ces bons pa^ns» si Vdus Y^iileis me rendria msL service qui leur aoit.pi!^t£^9 c'est de^'bjre transporter vatoe pîndp .^if^eo vos làaenblesj fm m6 rat>]^Ue :if»ila;at^frfi3iT tendit dire que k>rsqi»ç vousé^i^^ ^uçpxhvjmij à Bar<klouAe, y^m Wmhm qwlqwfpis l'Mgue de la chapelle, D^puia J^a»g*. tetnpa notre petite ^se n a plua d'oKg[i|e ; et, si ivpus le vouUf^9 je ferais porter 1<3 ^ifxkmr

QUATRB Amooss. $g5

che TOtro piano dmns im tirtbime; là^ der^ rière wê, voile , toqs nous joueriez quelques dira »€%ieuiL, et le présent que fons leur teicps de eette haimonSe vous rcpfidMtt à jvmie Vo)>jet du colle de ia receannnaisce, de ctti vfmpks et frpurcs Bretons / cpd ' né sauraient plus de quel moyen ^e servir pour vous témoigner leur y^nération.

— Rien de plus facile que de leur pro* curer cette satisfection, â ces bonnes gens que j^aime déjà sans les connaître... Nous U'ouï^tîerons pas mon piano.

-^Prahcisca sera trop heureuse, mon cher oncle, de pouvoir vous être agréable en quelque clio^e.

— C'est mol, mon neveu, qui serai trop heureux que 'votre femme veuille bien in'acceptèr pour son hôte. Ainsi, ma nièce, veilà qui est dît : vous caresserez, vous gronderez Vôtre l^etît aage , vous ne vous effaroucherez pas trop de la familiarité des poules de ma gouvernante , vous écouterez mon vicaire , vous &stm de la i|iiisîq«ie, vous broderez,

^94 QirATRB AMOURS.

VOUS VOUS promènerez , tous rendrez qiiel> ques YÛftes ' et vous en recevrez ; vous cauifeven avec moi bieû souvent de vôtre mari , et dioi/ je ferai tout ee que je pourrai «pour que ;voii8 ne vous eBÔau^fiez pas trop dan» un bouig'deSretaçne et près d^un vieux curé. >

Quelques Jours suffirent pour changer en réalité les projets de M. Rémf.

Lors(pie sa femme fîi^ entièrement îa^ stallée chez- son oncle , Arthur se sentit le cœur plus léger. Là , du moins , Francisca trouvait un abri s^ ; là . elle ne devait rencontrer aucun dçs regards qui , Fayant saluée riche 9 pourraient Finsulter pauvre. D'ailleurs^ le repos et Tair de la campagne étaient devenus nécessaires pour rétablir la santé de la jeune femme, altérée par la fatigue des fêtes et les chagrins qu'elle avait éprouvés. Il s'éloignait donc tranquille pour elle et pQur son fils , et par conséquent moins in^ quiet pour lui-même.

La surveille de son départ , Francisca lui

QUATRE Allouas a 2^5

prit le bras., Tismineiiâ dans une allée du jardin ei loi dit en se promenant :

— « Voyez*Toua bien , Ardiur, Yoilâ V&àâleoce pour laqudle Dieu in'a fonné le cosur. Si TOUS restiez avec nioi , si' Je voua voyais satbfait de votre situation présenloret né songeant plus à celle d'autr^is, que peuvrait-il me manquer pour être beureusè ? Je tous auraisy j'aurais mon fils et de bons, de' francs

amis seraient aveci nous. Oh^I je le sens , je serais bien* ebntente si tous ne partiez pas ! Hais Toiis, si tous, restiez, tous ne tous plairiez pas ici. Cette TÎe si simple et* si tran-* quille serait trepchétiTe pour tous , n'est-ce pas? n faut à TOtre bonheur plus qu'une femme qui tous aime , un enfant et quelques amis.'

~*Non' Frandsca! non!' j'aurais dans la la réunion 'dé biens si précieux plus que' de quoi satisfaire à mon ambition de fâicité, si là femme qui m'aime saTait m'aimer comme je Tondrais qu'elle le sût. L'amitié te suffit ; mais moi,' près de ce sentiment, il reste

âg6 QVATRE AW>€Rt.

dbn» dÉDD âme wàe br^e friàèe à nÉipIip et que ton aafoiir teal pourrait ceml^la'. Mam FanM>Ur9 eetta j^rémière paanoD de -mon cmv» est eiiié du tien* Toiià quatre «I9 i{«e je t'i^ime et tu ne m'isifane» pas enmre. "-

'^Vh mén Dieu! îiioii ami; es^-M. <{tie mmê cmyeas foe Taitiodr est l^nniiiiie fc*t de Feidstencetf Si eda était, atant d^aioBerel kmiqtt'ob a'aiine plus, que serait donc la nie^ D'aiMeiirs^ peafe^^TeuA qu^un même tenljimént éprouTé pte des millions d'ifttres ne puisse ef oir qn^une seule physionomie ^ les passions ne reflètentHsllea pas les niian«* ees dû caractère de ceux qui les resseOft»t ?

^^ fe te devine; tu veux me persuader que toute émotiort doit 6tre peisiMe chez toi» que ton esprit» toujours tranquille, ne pott regarder lé bonheur qu'avec calme et la peine aTee résignation* SaiM. doute, tu n*at pas un isioBient ceisé d'être Calme , lorsqu'il noms a fallu passer tout à coup de la spko'* deur a la médiocrité. Quand l'échelle de b fortune a été retournée pour nous, je t'ai

QQATBC AMOUR». 9Q7

étadiée arac sein , je n'ai âxuféB jiBtA toD émt mi fegmt du pakié^ n&iMywr da Tivet idr* T« fl»«fihié le» fliâu«ift]«mi.cMDimfcttt eiratai «f cuqMli h^hûni. Pavrqini? Q*«»t<qb'iiir difitrenta aux piairirt da méndè^ ta ipia Ui mmdià pps» tu ks •of^portais^ etitn ks las .tus fttto%iàe» ans it^t da'leur ]atéi«Me.. ll«if GBftè impasèiftilité ne prouta pas . 91a taii aèin ne paisse teafernkte auj3<in santMiaiit exalté, aucune orageuse émotion. }a.i'|tivaa près du berceau de ton fils malade. Alws , Fraucisca , ton cœur savait palpiter vite 9 ton sang bouillonnait, tes veines se gonflaient, tes yeux avaient des pleurs et ta voix des sanglots 1 alors tu n'étais plus tranquille 1

— Oh ! non , car j'étais mère et mon enfant souffrait.

— Eh bien! réponds-moi maintenant , Fraucisca, tu ne peux ressentir avec violence aucun sentiment ! »

La jeune femme baissa la tête et ne répondit pas.

— « Ainsi , continua-t-il , lorsque , séparé

99^ QUATRE AMOUBS.

de toi et de , mon iUs , je ne vivrai pta^ un seul moment sans. être. 4o«rmenlé d%sqiûé- Utde, et torturé du besoin de ▼«ms revoir; tandis que j'accuserai le. temps , que je maudirai la triste nécessité d'exister loin- de vous, toi', si ' la Tue d^Âmbroise te rappelle eon pèfre, tu penseius tranquillement à lui, et, patiente, ta m'attendras! Ah ! tU' es Bien heureuse*.. Et moi!... Enfin Dieu net le veut pas I »'

VKB BBNGOIITEB.

Nous avons dit quelque part dans cet ouvrage que la c|iicane, d'un coup de baguette, changeait en mois les jours destinés à lui être consacrés , c'est-à-dire qu'un plaideur novice qui s'imagine en quelques semaines achever le grapd œuvre d'un procès jusqu'au dernier ressort, passe quelquefois plusieurs années à débrouiller du chaos les plus minces conclusions adoptées par ses juges. • . C'est une ennuyeuse vérité , mais c'en est une.

Il y ayait près d'un an qu'Arthur était à Paris 9 et ses affaires ne se trouvaient pas alors plus avancées qu'elles ne l'étaient huit jours après son arrivée. C'est que l'année s'était écoulée sans qu'il eût obtenu de ceux dont il avait réclamé l'obligeance ou la justice, autre chose que de pompeuses paroles, de brillantes promesses. La plus légère réalité n'a* vait encore point étayé .cet échafaudage de protestations d'intérêt, d'assurances, de zèle infatigable. Et pourtant s'il n'en était que là , ce n'était certes pas sa faute. Il avait vu une partie des députés en audience de deux où' trois ministres , fait de longues stations ttâbs dé nombreuses succursales adminis^ ti^atives , présenté des mémoires aux chefs les plus influées. • , Tous ceux à qui il s^était

adressé lui avaient garanti l'avenir; mais aucun tie lui avait assuré le présent , et il aurait pu leur répondre avec raison : Eh mon Dieu ! messieurs, promettez moins, mais tenez plus ; je n'ai pas besoin de nouvelles espérances, je ne sais que faire de toutes celles que j'ai défà;

dlU^TBS Attoons. Soi

débarrt|886i><inoi 4e tout.oe Que j'^n ai é^hnt'^ tiles , et 4oiliieHiioi en échange la moiodM réalité K.,

Rien d'aotMiyeux, de briète comme la po« siUoQ d'un soUicit^r bu régime de Ywpoby surtout lof sqii'ékttgné defe lieux màll hàbir taiti séparé des objela aiuqucda . aoti ocplr élait accottiuacié, il ne trouvé ta .ceutmott dsMX lui aiioun lâaagiB ani pplur iuttis'çgcr la sien , pont s'aasocû^brir ou s'égayer selon qua sa physicaMmifi) à lui^ a'aaadmbrit oîi s'^aie^ lorsqu'il n'^nteoiâ alwline T6m affecteeus* \nk dexMttdar le €sowkp^ de sa jp^àn/é^^.pfnur Faiderà se CQOsoIerd'ufadésappoiiitenieBtoja à cr4ire à qurique^ heureuse ptobakiUli& Sa situàtiod resaemble enquèlqi^iâ'SôHei ioalle d'im namfiragé jeté sur une plagci dései^e, eC quille* yduK ttMtbécr vers l'Ooédi^V Q^ttenA Vappiarition^d'iiaei Voile, rapprochai d'^nfftisr seaiL aibérttMur , aUmil » aibendi iMJaHrs % et. *«. 4éco«ia^e ;rjie« • e*l|^ Yon^Q ! et le^ .WV^*

G'éte^jt surtout Ipr^qp'il ^riyfit à fafemmo el à sou Qucle, que Pépgpy .^ou|Eî:f^t daTan-*

SgO QDATllE ASOURt.

dans aion âme we Iv^e pbie  r«ÉipIir et que ton aalMtr lanl ponrraiL cemMer. Um i'uaoïiTi, oetta j^rtoiîëre paasion de -mon cmi» est ailé du lien. Toità ^aatre ans q» je t'ffime «t- lu ae m^sineK ]M8 enoere. '

— Bh mon Dieu! àmû smf, cél-e« qw TOM anjm ^pae TBibotir eit l'pHîqae bM de Feiiilteucelît Si cela ^taîl, avant d'aimer et Itin^'oh -n'aine phis, que serait dono la ^e> D'aSIeiira, peawzrvvua qu'un œéiae èentiow&t éprouTé par des millions d'^rt* iK puise «Toir qu'une amile phyiionomie? I«a paasiont ne rêfl&(ent-<«lles pas les utunces dti caractèrfl de oeûx qui les riesseot^t-^

^^ je te devioe ; tu veux me persuader qu; touto émotion doit ^tre paîaible ofaez toi, que ton esprit, toujours tranquille, ne prat regarder lé bonheur qu'avec calme et la peine avee résigpation. Saos.ddute, tn n'u pas un moment ceisé d'èlre cdme , lorsqa'it nmu a fallu passer tout à coup de la ipko-

QUATRE AUGDRB. Aff)

étudiée avec . soin , JQ o'al AuifMib :dAtift ton êmt ai fegmt du pafesè^ niiftajfsiir de Tinre^ mr« T« afttf^hué lei iaâttviûs}<M»:c0fiim6bl ermip afcuqllU if tlidiië* Sowpquni j^ o'^ptqti'iBr dUMreids aux plaisirs dû mtadê^ tu lia Ids mm^ii pm^ tu ks sii{qpèrtti)i| et^ta lés îas .vus s'élo%iiea an» Ttij^t de^leur pfésaMe.. Mab ceitè .^npasèiJbiUtë ne prouta pas . 910 too sein ne pttlssa tanfernite awûn exalté, aucune orageuse émotion, près du berceau de ton fils malade. Alors , Francisca , ton cœur savait palpiter vite , ton sang bouillonnait, tes veines se gonflaient, tes yeux avaient des pleurs et ta voix des sanglots I alors tu n'étais plus tranquille !

— - Oh ! non , car j'étais mère et mon enfant souffrait.

— Eh bien! réponds-moi maintenant, Francisca, tu ne peux ressentir avec violence aucun sentiment ! »

La jeune femme baissa la tête et ne répondit pas.

— « Ainsi , continua-t-il , lorsque , séparé

Soi QUATRE AMOURS.

Itgé de cette laBSiitndè de 8<H-mdme, de cette fatigue dlsblement qui engourdit le cœur et paralyse toute activité morale. C'était avec joie qu'il avait écrit «es premières lettres a&*e$sé'es à madame Dérigny; car il. entrevoyait déjà une solution rapide, et par eonséqueot un retour prochain. Mais plus tard S en' avait été pour lui de ce succès auquel if croyait toucher cc^nme de ces cliàleaux fiaqftastiques que les magiciens du moyenà^ faisaient sôudsdn'aj^araitre tout illuminés aux Tegsa*ds fascinés d'un chevalier errant ^aoré , par une iktàt sans étoiles , dans la^sèvnbre épaisseur d'une forêt. En vain, le pauvre chevalier, victime du maMn enêlianteiir, ôuU&int, à la vue dé ce mvnoir idéal, les fat%uès de sôu long voyage et l'épuiseaiient àè son fidèlp palefroi, réveillait du bruit d'une fanfa^re, aiguillonnait les fiancs ^amdigfss de son malheureux coursier^ . . Le château marchait comme lui ; et , par l'eSet d'un cruel enchantement, la distance qui se trouvait entre le voyageur et le castel où il espérait

QUATRE ' AMODRS. 3a3

rencontrer ^hospitalité ^ restdt infranclu«« sable^ Ainsi le résolfat qu'il attendait fuyait detaait^ Arthur qui le poursutTait toujours. £1, eniécriTantt à sa* fenuDoe,- il né poujrait que hn ^re : J^espère , mais c'est tout.

Albi«^pris*d^tln accès dé découragement » il edt Tolontiers tout abandbnné, potar par* tir lni**aiémè au litin^^desa lettre. Et, s'il restait^, c'est "que lUmage de son Ainhroise s^ofirait-à lui pour l^artèter. Je' sms père ; se disait-il, je ne dois pas, pour unpàu d'ennui,* priver, mon fils de son avenir.

Cet énnui^ que nul caprice n'avait aidé de détourner^ de son cours, pesah unijour de tout son poids sur lapensée de Dérigny. Il s^était pr&ienté diez un conseiller à qui on l'av^t adressé. Ne trouvant que le donie»^ tique, «qui lui dit que son -matlre ne serait de ntMÉrque dans. deux hettres, il laissa sa carte en recamniandïntid'ânnoncer sa visUe; et sortit: U s'arrêta un làsfant sur le seufl de la? porte cochère; s'intwrogeant pour savoir ce qu^ fisvait des deuK heures qui devnent

3o4 çxolvkêl amours.

s'ë^ottler aTaiurAudiénteâiioMMiUttii %a% y a pour tout homqie âé aiamèiift:&iÉ|>fiîflQ8 qui Vèmbàttsài/mt à yirte, saiu qmll ^hae sou'renf: s'expliquer d'bà Tient cet te difficulté d'existeoeâl Ârdur^^ encore iudécfo «ûrrcm»ploi dct OBtto |)anBeUè da téinpa^: gisait; /fait qudqoff» pais datts la rue ^ ionquey se IDOU^ vânt dèicant ubedeé^guBlèa-du Imaenbcrtirg) la vue dès «rbrés faii iaspirarimd&iil^isia de prommaée» . H entra xlaaS le jvdiii .et aé aU-» rigea du dù^ du petit Ixns. . .

Le ciel était nua^poux,- fe joui* êtattaondvre, il y avait de la mélaincelifi dans Tain Béiigny manl^itlenfteaft^t^s'oooupantâ passer l^eàu^ men de Iâ pliysianomie des promenfiwi asstt fobeê dansles allées dsbois^ oar le lcsa|M indédi» n'imoslaift pas à la codianoe^.. Arliuir renoenlrais4l on visage gai^ inBOUBiant , 4pal ye«a n'^ayant d'-autre reâet qâe cehd de la Ittttiièra:, ilaoupk-ldtidfdiiaie^ Mgmtattt de ne ipas avoir aussi, lâi^ uacoMf ilrati^piiilê, une oisive pekiBée.eoBiâsa i'étiieiitsaiis diMile le <wur et Ifi pensée de l'être au prfaiblç vi<-

QtJATilB AiHOURS. 3o5

sage qui passait près de lui. Mais rencontraitil une expression de tristesse , des yeux langnissans, dés lèvres pâles, un front aux rides anticipées.... alors il se disait : Dans le partage'que le sort fait aux hommes, combien de lots d^inforlune et combien peu da portions de bonheur! Et sa pitié généreuse donnait un soupir aul misères d'autrui.

Mais T>ien tôt ses regards ne se dirigèrent plus que vers un seul objet , non qu'il n'y eût plus à se promener qu'une seule personne et lui, mais il avait à lire, à présumer tatit de secrets de malheur en examinant une douce et pâle figure de femme qu'avaient rencontrée ses yeux , que tout disparut pour lui hors celle qui était alors Tunique but de toutes ses pensées. Et pourtant il ne la connaissait pas , il ne l'avait jamais vue , elle ne ressemblait à aucune personne qu'il connût , et cependant elle ne lui était pas tout-à-faît étrangère ; c'était une de ses intimes fictions réaMsées, c'était le type extérieur d'une femme

aimante et malheureuse.

3o6 QUATRE AMOUKS.

<]!etle personne, dont la mise anaon^it la simplicité du bon gQÙt, comme la démarche 'le laisser-aller du bon ton , pouvait avoir yiùgt-deux à vingt-troÎB ans ; elle était grande, mince et l^ère* Une certaine nonchalance répanclue dans, tout son. maintien donnait à sa taille flexiole, à sa tournure distinguée quelque chose de vague, .d'idéal, tenant un peu de l'apparition. Elle glissait plutôt qu'elle ne marchait, et, dans ce presque insensible mouvement, chacun de ses pas semblait tètre une impulsion donnée à ce corps aériço par l'élan d'un soupir. Elle était blonde^ très blanche, et^ son teint n'était animé que ce qu'il fallait indispensablement pour attester qu'il y avait de la vie sous cette frâe et dé-^ licate enveloppe. Elle avait le visage ovale', les joues un peu creuses, le ment(m légère* ment avancé , le front haut , le nez droit , les lèvres minces et paraissant accoutumées à une .contraction de profonde amertume , de douce et silencieuse tristesse; ses yeux bleus aux paresseuses paupières, au sentimental

T^ird devaient sans doute ayoir l'habitude des larmes, mais des Carmes venues du cœur des pleurs <{u'on se platt à répandre en secret , à laisser couler seulement pour, soimême. Tout enfin. dans cette femme portait l'empreinte d'un chagrin profond et déjà vieux, car les douleurs de l'âme commencent par l'agitation et se continuent par l'abattement..... Quelle occupation pour les yeux d'Arthur qu'une semnlable^ëtude extérieure! Elle se promenait en lisant et ne paraissait rien voir au-delà des ét|^oits feuillets d'un petit livre in-i 2 recouvert en moire brune et dont la reliure était ornée de légères feuilles dW où de métal doré appliqués aux angles de ce livre élégant. Elle méditait probablement à chaque ligne , savourait lentement le miel des^ pensées de l'auteur, car sa main ne retournait les pages qu'à longs intervalles, et selon toute apparence , du moins d'après l'expression de son intéressante figure , l'ou*'; vrage qu'elle lisait était sérieux , le style était triste, profond ou rêveur. 1. et son attention

So8 QWâTRE AMouks^.

«toute entière était absorlbée par cette lecture. Presque cei^tâin de'n&pas être remarqué, même aperçu, Dérigny s'enhardissait à là contempler ; déjàr, pour là septième foîsr, il venait de passer devant elle lorsqu'une voix claire et sonore, une voix bruyante et connue jeta ces mots non loin de son oreille :

— « Allons •donc! il est fou, est-ce qu'on aime par le temps qui court I.... Ah! ma foi s'il fallait. ... »

Arthur se retourna vivement

— t Je ne me irompe pas, se dit-il, c'est Roger, c'est lui-même. Hé ! dites donc L . . »

MaisKoger ou son ombre, ainsi qu'un jeune homme qui l'accompagnait, étaient déjà hors de la portée de la vue de Dérigny,

— « Oui, c'est bien lui, cdntinua-t-il. Eternel railleur du cœur humain , je l'aurais reconnu rien qu'à cette phrase cpie j'ai surprise. Insouciant Roger! il se peut que vous n'aiàiiez pas , mais l'amour existe encore ; il y a aujourd'hui sur la terre la même somme dé sentimens qu'autrefois. Vieux cotnniêe funi-

QUATHS ANOCI^. ^09

vers 9 et dettiné à tivre autant que lui, le flaBibeau des passions^onUiittera d'échaufier de sa flamme mspiratrioe et fi^coode le cœur et la pensée de» hommes , tant que Tastre roi du Jour pnodiguera sa lumière aux cieiix, sa chalear à la terre. Youa qui nies rezistence de Famour, incrédule Roger, |egitg0rais yoloâtiers contre tous qœ le cœur de cette femme..» Ah! grand Dieu, que vois-je!... ». Il cQurt » il Yole , il est près d'elle ; près de la jeune inconnue qui s'était approchée d'un arbre contre lequel elle paraissait cherche^ un appui pour étayer la faiblesse de ses ge< noux défeillans ; une de ses mains blanches comme l'ivoire et sans doute glacée comme le marbre , était poçée sur ses yeux ^ l'autre main tenait encore le petit livre qui glissait insensiblement sous les doigts délicats. qui ne le serraient plus. Arthur se trouva près de la malade assez a temps pour la soutenir et l'empêcher de tomber. Elle af ait alors entièrement perdu connaissance. D'un bras ferme il lui enlaça la taille, la retint fortement

3lO QUATRE AMQUHS^

eontre loi, taudis qall lui approchait du visage un flacon d'éther quQ, par bonheur^'S portait coadtamment.sur luii. Les yeux de la jeune dame ne tardèrent pas à se rouvrir. Etonnée d'elle-même et de la présence de Dérigny ^ elle jette un faible cri y. repousse la main qui la secourt , se dégage 4u bras qui la retient jt fie recule , rçgarde où elle est et parait ehercher dans sa pensée Texplication de ce qui se passe alors pour elle.

— « Yous trouvez-vous mieux, madame?

kti demanda-t41 d'une voix timide.

— Âh I pardon, pardon,, monsieur, dit-elle enfin; combien je suis confuse l vous avez eu la bonté de me secourir; je suis désolée de k peine que je vous ai donnée;

— Trop heureux d'avoir pu vous être utile, madame; mais comment vous trouvez-vous?

— Mieux ou plutôt moins maL

— Permettez-moi de vous conduire jusqu'à ce baftc, madame, vous y serez mieux qu'ici. »

L'inconnue ne répondit pas, mais se laissa

QUATRE A|fOURS. ,Sl I

mener à la place qu'ôalni indiqttmt ; AAhur s-y.assit auprès délie.

Tous deux avaient fait ensemble un échange dont ni l'un ni Tautre ne semblait se douter. La dame tenait dans ses mains le flacon dé'D^rigny , tandis que lui tenait dans les siennes le petit livre échappé dés doigts de la malade. Au bout de detix ou trois minutes, Arthur renouvela son affectueuse question: .

-^ c Je me sens glacée d*un frisson de fièvre.. • J'ai besoin d'être chez moi.

— Eh bien, madame, veuillez accepter mon bras pour vous ramener jusqu'à votre porte. Je vous proposerais une voiture, mais je craindrais que le cahot vous incommodât. . . et si vous voulez...

— Non, monsieur, non, je vous remercie, je puis aller seule... Je marchejai lentement.

— Alors , madame , vous vous résignerez à être suivie, car je ne vous' quitterai pas que je ne vous sache arrivée chez vous.

— C'est inutile , monsieur.

3 12 QUATRE Ali0Oll&*

-~* Je vptt3 en conjure, madaime, ne. me

refusez pas, l'appui d'un bras vous est néces-* saire : fajible comme .vous l'êtes encore , la moindre inégalité du pavé pourrait vous faure*" faire une chute dangereuse ; et en permettait que je vous accompagne, vou^ êtes sûre d'é-. viter tout accident d^ ce genre. Voyons» madame, décidez-vous à' une chose aussi simple.,. Une majiade peut accepter le bras d'un inconnu.

— Allons, monsieur, je le veux.biçn, puisque vous êtes assez bon. . . . Cependant j'abuse peut-être,...

-^ Non , madame , spyez persuadée que vous me rendrez service-, car je prendrai congé de vous beaucoup plus tranquille sur votre état présent que je ne le serais si je vous quittais maintenant. > >

Elle se leva , lui prit le bras , et tous deux sortirent du jardin où, selon toute apparence, la scène qui venait de s'y passer n'avait point été remarquée ; personne ne s'était approché çle la jeune dame lorsqu'elle s'était trouvée

QUATRiB AMOURS. 3i3

mal. La route ne fut pas très longue, qooicpie le guide et celle qu'il conduisait marchassent ayec une extrême lenteur. Ils étaient au pied de l'escalier. •••.

— f Madame laJsaromie, dit le conderge, une carte pour vous. .

• — C'est bien Ridiard, répondit^lle; et; se retournant vers son obligeant conducteur, elle youlut lui jMréseQter ses remerctmeos.

— Je vous en prie, madame, laissex^moi ne TOUS quitter qu'à la porte de votre appartement. 9

Ils montèrent, une fepme de chambre vint ouvrir. Alors la baronne , d'un air em* barrasse , proposa à Dérigny d'entrer au sar Ion.

— Mille grâces, madame, ma présence se^ rait maintenant indiscrète. Vous avez b^oin de repos. Je vous quitte, veuillez recevoir mes hommages et mes vœux pour le rétablissement de votre santé.

-^ Et vous^ monsieur , veuillez croire à toute ma reconnaissance pour les soins em-

3l4 Q17ATRX AIHOUKS.

pressés que tous avez bien voulu me prodiguer^

Arthur la salua , et d^cendit.

Il s'était écoulé près de trois heures depiJMS sa sortie de la maison du conseiller; mais Hdée de l'audience qu'il attendait s*était entièrement efiacée de son esprit. Pressé de se trouver seul pour examiner tout à loisir l'état de sa pensée, Dérigny courant plutôt qu'il ne marche , heurtant au passage tout ce qui se trouva sur le même pavé que lui , risquant de se^ faire écraser par chaque voiture qu'il rencontre , allant en aveugle , en hébété , arrive chez lui , ferme sa porté , se jette dans un fauteuil « et là respire à Taise.

C'est alors seulement qu'il s'aperçoit qu'il tient encore le livre que lisait la baronne. Il tressaille , et ce cri lui échappe. • .

— ^ Ah ! je pourrai la revoir !

En effet , il est tout simple qu'il reporte ce livre qu'il a oublié de rendre. Mais ce n'est qu'à elle, à elle seule qu'il le remettra ;d'après ce qu'il a fait, on no peut refuser de le

QUATU AMOURS. ' 5r5

recevoir, surtout ayant uu semblable pré-r texte pour justification de sa visite. Il n'y a rien là qui doive offenser, rien qui ne puisse être fait* C'est une démarche permise , avouée par la plus austère bienséance. • . II là reverra l

Il la reverra ! Et d'abord cette idée andé prend à elle seule toute sa pensée et ses artères se gonflent, se tendent, s'agitent, et son front brûle , et le souffle manque à ses lèvres^,' et son cceur le gène dans son sein.... Quoi! déjà?

Mon Dieu, oui déjà ! Mais neraccusézpas, ne le condamnez' pas, cela devait être, c'était presque indispensable , c'est la conséquence naturelle de tout ce qu'il a ressenti depuis qu'il pense et qu'il éprouve ; c'est le résultat de tous les événemens , de toutes les circoixstances qui ont composé son sort dépuis qu'il existe... C'est un malheur sans doute, mais il n'y peut rien , ce n'est pas sa faute ; tout est comme il fallait que ce fût... C'eût été un miracle , si cela n'eût pas été.

3l6 QCiiTRS AMOUBS.

Gel« devait être! N'allez-^ous pas un peu vite? y ans n'ayez pas dit que ce fttt une de ces femmes, que Ton ne peut voir .sans s'écrier in volontaireinent : La belle créature ! Et dans' une inconnue qui se promène en lisant 9 qui se trouve mal, que Ton secotirt par rimpulsioo d'un mouvement de. pitié, que Von reconduit chez elle , toujours par Teffet de cette «némeimpubion, il n'y a pas...

Yous^ àves raison 5 pour la ^resqfie totalité des hommes, c'est un événeoientde passage, une des mille insignifiantes aventures jetées éparses sur le fond de la vie par la main du liasard , et qui sont pour ainsi dire le semis de la destinée. Mais, pour Arthur, ce n'était plus cela; ce n'était pa^Je hasard, mais le sort qui lui avait amené cet événement indsif, qui déjà creusait. sa pensée pour s'y mettre d'aplomb; et pourtant, comme vous l'avez dit , jamais la vue de la baromie n'a-* vait arraché cette exclamation : Qu'elle est belle, ou qu'elle est jolie! Mais qu'importent aux yeux d'Arthur la forme et la couleur du

(goxrnm AUQUâs» 5i7

tuâsiiue y qa'importe cette Beauté eoitérieure filée à la superficie, des traits ou du teint : ce qu'il* a yu^ lui, c'est le dessous de Téocrce^ c es !• • • •

Arrêtez, ce n'est pas dan» un moment qu'ont en ^ient a soulefer cette enveloppe pfays&que, à- voir à nu Tétre moral....

— Vous croyez? Roger disak un jour à Dé^ rigny , il y a des individus que Vapprends corps et âme dans une nrinute, et c'était vrtt ; Arthur neèonnaissait la baronne que depuis deux heui^es ; mais c'était beaucoup plite de tempd qu'il ne lui en avait .faHu pour ap** prendre cette femmCé Elle était triste et malheureuse; triste/ de^ queUe mélanco-* lie? malheureuse, de quelle infortune? il rignordt; mais une iemme pouvait goiâtter t«ute la sauveur des larmes , étant pour lui le chef-d'œuvre de la création humaii^; son émotion à l'espérance de revoir la baronne était donc juste.... Qu'en dites-vous, maintenant ?

11 avait ouvert le livre ; les Nuits d'Youngl

3l8 QUATRE AMOURS.

N'aTÛt^il paR iT Tattaitkm doaiiée à,t:ette lecture , deviné le getire de FouTrage . que méditait la promeneuse? Oui» SQU imagination tendre et réveiise devait plutôt s'alimenter de pensées dé. mort que se plaire à s'environner d'images d'existence. Young!... Oh ! qu'elle lui sembla belle en la voyant alors dans sa mémoire!

Il lisait 9 mais bientôt interrompant sa lecture , il retourne vivement les pages , revient au premier feuillet.... Une réflexion rapide avait conduit ses doigts agiles. ••, Son nom était peut-être écrit^sur ce livre. ...otti, le voilà....

Madame la baronne Juliette de Saint-Aire. C'est bien elle. Le conciei^e Fa nommée baronne en lui remettant une carte de visite.

Juliette 1 qu'il est doux ce nom » qu'il doit être facile de l'entourer d'un soupir amoureux 1

Puis son regard s'assombrit tout à coup; car il n'a que le doute pour répondre à cette question 9 qu'il ne s'était pas jencore

QlfiLTRB AMOURS. Sig

adressée. Est-elle veuve ou non? Si son mari existe , est-il avec elle ou soni*ib séparés par Tabsence ou autrement ?• • • Si le baron est à Paris , s*il est chez sa' femme , comment Dérigny se hasttdçra-t-il à reporter le volume oublié ?... Ohls-'il pouvait savoir. •• mais il y songe. • • Oui , cela se peut.

Le lendemain il passe dans là rue où demeurait madame de Saint-Aire, reconnmt la maison qu'elle habite, aperçoit une femme dans la loge du portier, s'avance, et demande :

— c Monsieur le baron de Saint- Aire ?

— Ce n'est pas ici, monsieur, lui répliquet-on ; nous n'avons dans la maison que madame la baronne de Saint- Aire. Quant au baron q^e vous demandez, nous ne le connaissons pas.

— Mille pardons , madame. »

Quelle réponse pouvait être plus au gré d'Arthur; il peut risquer sa visite ^ sans crainte de rencontrer l'œil fâcheux d'un mari; mais il faut attendre.

3âO QUATRE AMOUKS.

Quatre jours s'écoulent , Dérigny, à bout de da rédlgnation à la ' patience , se décide enfin â se présenter cheat la baronne.

Il Tient de terminer sa toilette ^ tt ya sortir ; on hli apporte une lettre de sa femme. Il l'ouvre, et 1» parcourt d^un regard mécontent. Malheureusement pour elle , la pauvre Franciséa ne s'entendait nuUettient à passionner son style ; elle écrivait comme elle sentait; ses expressions s'enchaînaient na^ turellementy simples ^ i^aîves , et pourtant choisies ; mais elles ne pouvaient émouvoir , elles étaient pont cela trop paisiblement vraies»

—Quelle femme! s'écria- t-îl avec humeur.

Il n'y a donc dans toutes les chances pro^ bables de la destinée humaine- auctme secousse , quelque violente qu'elle soit , dont elle puisse ressentir au cceur la plus l^re commotion. Rien aujourd'hui dans cette âme de plus qu'hier, de moins que démaki. Toa^^ jours la même, toujours; quelle insipide monotomie ! quelle existence de plomb !

QUATRE AMOURS. 3ai

il reploie la lettre , la met dans son por-«

tefeuiUe , et sort.

Si là baroane.est chez elle, s'il est reçu^ il^s'agfit pour lui d'ua arrêt dî^cisif ; c'est une partie de dés qu'il va jouer \ contre le sort ; c'jest Tavenir de son oœur à gagner ou à perdre.

Madame de- Saint-Aire était johez elle;- sa femme de chambre vint lui. annoncer que le monsieur qui Ta ramonée l'autre jour demande à lui remettre le petit Jivre qu elle pensait avoir perdu. La baronne hésite un moment; •• 4

— <« Faites entrer, » dit-elle.

Arthur est introduit.

Sa vie s'était alourdie de cinq jours au vol pesant , à la chaîne augmentée d'un surcroît d'existence, depuis sa rencontre au jardin du Luxembourg; et, depuis ce temps, il n'a^ vait pas vécu une minute saqs méditer sa visite, sans arranger le plan de cette cn-^ trevue , de manière à en obtenir un résultat

d'accord avec ses projets. Il fallait amener la

Sl^2 QUATRE AVOUES.

baronne à lui promettre de reaotiTeler sa visite. Il ne présumait pas qulLdùt être aisé d'en venir là dans un moment. Aussi combien avait-il été difficile sur le choix des moyens qu'il imaginait l que de précautions à prendre , que d'adresse â déployer , que de détours pour louvoyer autant que possible , et quel empire à prendre sur soi--méme pour se rappeler son rôle !

Dieu l'aida, ,il n'oublia rien. D'abord il s'excusa sur son audace, entra dans de bien-* veillantes questions de détails sur la santé de la baronne, dont les joues pâles et les yeux battus annonçaient la faiblesse* Il disserta sur les œuvres d'Yoïing; ensuite il, trouva le moyen de parler de lui , de sa splendeur passée, de sa situation présente, de sa femme , de son fils , de la lenteur de ses juges, de son ennui, de ses regrets, de son désir de revoir sa famille. Il causa de tout cela , sans qu'il parût étrange qu'il en parlât. Et lorsqu'on sut ce qu'il était , il demanda qu'on lui permit d'oser revenir.

QOATIIS AtfOURS. SllS

Madame de Saint-Aire refusa.

— c Monsieur, lui dit-elle, je ne reçois personne. Quoique demeurant à Paris, j'ai su m'y faire une existence d'ermite. Ennuyée du monde , j'ai su briser un à un tous les anneaux de la chaîne qui me liait à lui. Satisfidte de mon isolement , je cherche à Taugmenter autant que je puis... J'aurais refusé yotre visite, si la reconnaissance ne m'eût prescrit de la recetoir. »

Arthur ne jugea pas la partie perdue. Il eut raison , car au bout d'une demi-heure, la baronne lui dit en le ^conduisant :

— € Allons, monsieur, je le veux bien.

Vous viendrez m'apporter des nouvelles de

madame Dérigny ; nous causerons d'elle, de

votre enfant. Au revoir dono, monsieur. »

Il a gagné. Bonheur absent , tu reviens è lur!

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