‹ Œuvres complètes d'ʹElisa Mercœur de NantesChapitre 17 sur 46 · JULIETTE · texte numérisé non relu

JULIETTE

Un mot à nous deux. Ne venez-Tous pas de nous faire retrouvei' dans madame la baronne Juliette de Saint- Aire, une personne de connaissance , mademoiselle Ju* lietté de Kersanec , cette victime , dont la destinée fut par une mère offerte en holocauste au souvenir d'une sœur, à la mémoire de l'infortunée Ambroisine de Fermont, l'épouse du meurtrier de la marquise, la femme de Roger, enfin ?. . .

QUATRE AMQURS. ^'v 3^5

Elle-même. Vous voyez où elle est arrivéej- Toicî comment elle y est venue :

Roger aveàt ck)nné sa démission. Ayant de la fortune , il . n'avait plus besoin d'un état. En. devenant riche , il avait engagé tout son temps au plaisir. Mais à Renpes^ il rencontrait à chaque pas , dans tous les objets , sur tous les visages y quelques mots épars de rhistoire de madame de Fermont. Ne pouvant se rendre aveugle , il fallait aller où il n'aurait rien à voir qui > lui rappelât cette portibn de «on pa^sé^, que l'arrêt d'un pouvoir secret et dominateur refusait à l'oubli.

Quelques' jours après son mariage, sa volonté de maître décida quil fallait quitter la Bretagne , pour aller s'établir dans la ca-' pitale. Il fut obéi sans objection , et il vint habiter Paris avec sa femme et sa belle-mère.

Quelque odieuse que fût pour elle la vue de son gendre, la comtesse voulut suivre sa fille. Elle espérait que sa présence servirait de frein au baron , pour le retenir dans les^ limites, sinon de l'amour, de l'amitié du

moins, des bieoséances envers sa femme.

Souvenir vivant de la faute de celui, qui était devenu son fils , elle se flatta de 4'espoir de servir de sauvergarde à Juliette. Il fallait être bien facile à s'illusionner pour ^ croire^à tout...» Mais que voulea^-vous? quand la rai« son s'en va.. «.a

Le baron était loin de trouver beaucoup de charmes^daps la société de la comtesse. Mais en la séparant de sa mère , *sa fenfme lui serait nécessairement retombée sur les bras , c'est-à-^dire qu'il » aurait fallu Faecom-» pagner partout , lui servir de mentor , s'initier dans mUie détails superflus de l'intérieur de i^a maison, recevoir d'ennuyeuses confidences.*. Non , non... Il valait mieux qu'une telle charge fût supportée par une mère que par lui. Et il se résigna à la société de ma^ dame Ajd Kersanec.

Juliette qui, jusqu'à l'époque de son ma-^ riage, n'avait trouvé d'affectiohs dans le monde que l'amitié de sa vieille tante, amitié grondeuse, égoïste; Juliette qui, à son'

entrée dans la vie , avait été saluée par la haine d'une mère, se persuada aisément que Dieu lui faisait don d'une nouvelle exi stence pour lui faire oublier les chagrins de la première. :La comtesse Tavait accueillie avec bienveillance. Peut-être cette réception annonçait - elle que son cœur allait payera sa fiHe sa dette de sentimens. L'époux qu'^ellé offrait ne -pouvait manquer de plaire à là jeune fiancée qui n'avait point encore entendu prononcer pour elle un seul accent d'amour. 'Deux choses cependant troublaient ce bonheur qui paraissait lui être destiné , la mort de sa sœur et sa séparation d'avec sa tante. Celle-ci n'éprouvant nullement le désir d'habiter dans les mêmes lieux , sous le même toit que sa cousine de Kersanec, se décida, voyant qu'on allait marier sa nièce , à aller demeurer chez son fils , époux d'une iTemme charmante et père de plusieurs enfans , dont les soins allaient doucement entourer la vieillesse de leur a!eiile.

La jeune fille céda vite à la séduction. Roger fut aimable pour elle tant que durèrent les préparatifs des noces , et l'acte qui de spn prétendu lui fit un époux, lui: sembla un pacte de bonheur paçsé devant Dieu pour l'éternité. Hélas ! cette erreur si brillante et si douce devait traverser sa vie comme un éclair qui traverjse l'espace. .Cejt aspect de bonheur était présenté à l'âme ^e la baronne comme la vue des c^eux que l'on montre par un rafinement de torture à. un prisonnier que l'on sort du cachot ténébreux où iManguissait depuis langues années pour l'y rejeter un instant après.

Une fois éloigné des lieux témoins de sa faute^ Roger brisa le^ joug sous lequel les bienséances l'avaient courbé pendant ^quel* ques jours. Il eut bientôt fait d'anéantir jusqu'à la dernière entrave ; et , retiré dans une liberté élargie , il ne fut plus que lui-même: joueur, liber^lSiF, railleur , acerbe des préjugés les pl^"^ sacrés , athée endurci du culte social. ...

Devenu noble, riche , le jeu qu'avait joué le lieutenant ne pouvait plus suffire aux ruineux passe-temps du baron. Il fallait agrandir les chances au niveau de sa fortune. Il avait commencé avec de l'argent, continué avec de Tor , il fallait poursuivre avec du papier. Ce n'était plus que des billets de banque qu'il croyait .'pouvoir livrer décemment aux caprices du hasard, dont lé souffle rapide emporte souvent ces feuilles légères biea loin de celui qui les abandonne à cette course aventureuse. Elles passent sans cesse de Fhôtel au palais , du palais à la simple maison; mais reviennent-elles où elles ont déjà passé ?

Ce ne fut bientôt plus assez, pour Roger ^ de Frascati ni du Palais-Royal. Il voulut , à ces jeux qu'on n'avoue qti'à voix basse, en joindre un dont on peut parler haut, soit qu'on s'y ruine ou qu'on s'y enrichisse : la bourse, les chances dç la hausse et de la baisse , l'agiotage enfin. Ajoutez à cela la passion des coulisses , la gloire d'être profès

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dans l'ordre gastronopiique , et vous. aurez i|ae idée de la rapidité de la pente où glis^ saient ^ la fois et 1^ richesse et le bonheur de la baronne. Hélas ! pour elle un ^loux rêve d'un jour, et puis une effrayante et durable réalité ?

Gomment rendre^ au juste la position de la eomtegse , lorsque Tânie de son gendre se fut montrée à ses yeux ? Ds^ns cette horrible situation, un nialheur lui manquait encore pour compléter sa somnqie d'infortune. Il lui arriva ce malheur , et ce fut d'aimet Juliette.

Oui , de l'aimer. £n la détestant , sa conscience prenait une part dans les revers de la jeune femme. En l'aimant, chaque nouveau tourment qui venait au oœur de sa fille retombait sur le sien. plus poignant et plus lourd. Cette amitié si long-temps refusée, cette affection tardive, mais forte, mais puissante de toute sa matiirité , donnait un aliment inépuisable au remords du sacrifice de la destinée de sa dernière enfant, fait par elle

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au fiouyepir de la première. Et, dans chaque émotion de ce sentiment yengeur , la comtesse recevait un coup de poignard à double lame qui blessait à la fois son âme et sa raison.

£t .cette fragile raison , cette pauvre expérience humaine qui , pour s^en aller de vous, n'attend pas toujours que votre âme/ vous quitte, se sépara de la pensée de cette femme et s'en alla pour ne plus revenir. Mais en fuyant, loin d'emporter avec elle aucun élément de douleur , elle laissa par sa place vide une étendue plus vaste à la faculté de souffrir , et cloua le désespoir à cette pensée gangrenée qu'elle abandonnait pour toujours.

La mort ne pouvait pas être loin. La veille du jour où elle vint prendre sa proie , Ju- • li^tte , qu'une affaire importante avait contraiate à sertir un lUoment, trouva en ren*tra0t chez ^Ue sa. mère évanouie , serrant dans ses mains un papier tout froissé par cette pression convulsive« C'était une lettre, que la baronne , aidée de ses domestiques ,

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parvint, non sans peine, à d^ager des doigts qui la retenaient. La comtesse, revenue à elle, ne parut pas chercher l'objet qu'on lui. avait pris , et s'endormit bientôt d'un profond sommeil. Madame de Saint-Aire, assise auprès d'elle , voulut prendre , tandis qu'elle reposait, connaissance de *la lettre (mystérieuse sans doute ) qu'elle lui avait ôtée des mains. Que devint- elle en la lisantl c'était la lettre d'adieux de la marquise.

Après tout ce qu'elle avait fait pour an^ntir la fatale correspondance d'Ambreisine, madame de Kersanec aurait dû nécessairement joindre cette lettre aux amoureuses épttres que la flamme avait dévoréefi. Mai^, domptée par un pouvoir inexplicable, par un invincible sisntiment de superstition erronée , jamais , quelque nombre de fois qu'elle l'eût tenté, elle n'avait pu détraire ce monument irrécusable du suicide de madame de Ferment, Souvent, pour se justifier à ses propres yeux, elle faisait en secret lec-^ ture de ce funeste papier.

C'est sa prière de mourante , se disait-elle, c^est du bord de la tombe qu'elle me Ta adressée. Sacré pour moi , j'ai dû exaucer le dernier de ses vœux ; oui , je Fai dû ( Et, soul^ée un momçnt , elle reployait la lettre en répétant dans sa pensée ces mots justificateurs : Je l'ai dû l

Quelle atroce -réyélation pour Juliette , que celle d'un pareil secret! Quoi! c'était à l'homme qui avait causé la mort de sa sœur qu'elle était unie pour jamais. Le monstre ! et depuis quelques mois elle portait dans son sein un enfant à lui. Oh ! combien elle sut gré à son cœur d'avoir, sinon par la haine, du moins par le mépris, remplacé l'amour qu'il avait éprouvé ! Ma pauvre sœur ! Ah ! grâce à Dieu , s'écria-t-elle ! je ne l'aime plus le malheureux. Réfléchissant ensuite à la précipitation de son mariage, il lui fut facile d'en deviner le mystérieux motif. Et, comme si le sort eût été jaloux de lui laisser la moindre erreur consolatrice , le lendemain de ce jour préjudiciable à toute su vie , . on

l'arrachait du lit de ^sa mère expirante qui,

dans Taccès du délire qui précéda sa mort , référa à sa fille jusqu'à la moindre circonstance de son odieux hymen.

L'infortunée ne se révolta pas ^ elle baissa la tête et accepta sa destinée dabs toute sa plénitude de déceptions et de regrets. Cepen* dant il était encore pour eUe dans l'avenir \ine espérance de refuge, un aventureux appui qui étayait son âme et l'empêchait de succomber sous son fardeau de malheur. Ce n'était point de rapprocher de la vertu un époux qui de jour en jour s'en écartait da^ vantage : il était trop loin pour revenir. Il ne pouvait que faire une halte ou poursuivre jusqu'au but. Le retour était impossible. Mais l'espoir qui l'éclairait d'un pur et calme rayon , c'était de presser contre son cœur ému , d'élever avec la plus minutieuse soili-' citude maternelle l'enfant qu'elle allait mettre au jour , c'était d'être mère dans l'immense étendue de ce mot si susceptible de nombreuses et différentes interprétations. Et ce

bonheur qu'elle demandait atec tant d'affeC" tueuses instances , ce bonheur qu'elle se sentait faite pour saisir sans en laissser échapper la moindre parcelle. ... eh bien 1 Dieu le lui envoya. Elle mit au monde un héritier du nom de Saint-Aire.

Qui l'aurait cru?... lui-même ne l'eût pas soupçonné, Roger, qui, avant la naissance de son fils, ne s'était pas donné la peine de penser qu'il . devait naître , s'aperçut qu'il était au monde moins aux regards avides qu'il arrêtait sur lui qu'aux battemens précipités de son cœur.

Tant que son fils vécut , Roger parut vouloir se rapprocher de sa femme, mais dès qu'il eut acquis la triste certitude qu'il avait cessé d'être père , rien ne fiit capable de le retenir ; et, sans pitié pour les larmes de la jeune mère penchée sur le berceau de son

fib^ cherchant à réchauffer de son haleine lirùlante Thaleine glacée de son enfant, il â'élançahors des lieux où. gisait encore Têtre qui naguère faisait battre si délicieusement son cœur.

JR.entré dans le tourl;>illon dont la naissance de son fils Fayait tenupendant quelque temps éloigné , Roger ne mit plus de frein aux déréglemens de ses passions , il s'y abandonna sans honte et sans remords*; et, sans souvenir aiissi, comme sans honte et sans remords, il continua de livrer au gouffire du jeu le brillant héritage que la marquise de Fermpnt et la comtesse de Rersanec avaient laissé à Juliette. U ne se fût probablement pas souvenu quel lien l'unissait à la sœur et à la fille de ses deux victimes , s'il avait pu , sani^ son secours, se défaire des biens qu'elle possédait

Un jour, qu'après un mois d'absence, et que , ramené par le besoin d'argent , Roger av^it, sans succès, essayé tour à tour la {»*ière et la menace pour obliger sa jeune épouse

QUATRE AMOVR». 337

à lui sigïier ua nouvel acte de teste. Bu^ rieux de sa rési&tance , il ne craignit fm^ pour ly contraindre/ d'employer loé plus odieQx traitemefts.

Révoltée d'une telle violence , Juliette ,

désWritée de famille, de bonheur,....

d^amis,.... sans larmes pour soulager son cœur,. . . . seule à lutter contre sa destinée ,. . . 1 comprit tout ce qu'elle avait à craindre pour son avenir, si elle le laissait plus long-temps aux mains de Tépouxqui s'en était emparé, et qui le dépensait avec une si effrayante rapidité ! Elle savait bien qu'elle ne pourrait le reprendre à elle seule , cet avenir qui s'était montré à elle si large et si brillant , et que si elle osait en demander compte à celui qui, sans pudeur, en disposait au gré des caprices de la haussé et de la baisse; que sa voix serait

impuissante à se faire entendre ! Elle

implora celle des lois.

La flcandaleiise conduite de Roger rendit peu difficile à obtenir la demande en sépa-

lU. 22

558 QUATKE iiiimims.

ntioo quB la* barimiie de Sâlii^Af re eut le courage de solliciter.

Enliôremeut retirée du moade depuis sa séparation , seule avec une femme de oham^ bre , elle occupait un modeste appartement dans le voisinage du Luxembourg. La proumité de cette belle promenade , où chacun peut s'isoler comme il lui plait , avait engagé Juliette à choisir ce quartier de préférence a tout autre. Là , du moins , elle ne serait pas exposée à se trouver en face de l'assassin de sa mère et de sa sœur ; elle savait bien que Roger ne quitterait ni la Bourse ni Frascali pour venir se placer devant elle. .. . L'émotion qu'elle éprouva en l'entendant parler et en l'apercevant qui traversait avec un jeune homme le petit bois du Luxembourg, où elle se promenait en lisant , car c'était bien Roger qui avait prononcé cette phrase : « Allons donc t il est fou , etc. , etc. , etc. 9 > prouve qu'elle avait eu raison de s'éloigner 4esilieq(xqlie fréquentait ethii^sotla^voix et la Vtte vemocint d# rèireitler dans^soi»cieiir

„««««^ , ÎÎ9,

lOttteB ]qs souffrasiceft qu'il y avait jetées; et pourtant plus de trois ans s'étaient écoulés depuis ifUB lé aôn de cette voix n'wvait frappé son oreilite , depuiâ que sea regards n'avaient rencontré ceui de Aog«r.

Je ne sais ce qu'il en seiait advenu pour Juliette de cette rencontre inattendue , si le mélancolique Arthur Dérigny, qui l'examinait depuis »ne heure sans qu'elle s'en aperçût 9 n'était arrivé fissèzà temp», en la voyant chanceler, pour l'empêcher dé faire une chuté.

Pauvre Juliette , puisse ce secours qui te fut prodigué avec un si touchant empresseineiïrt ne pas te devenir funeste ! . . . . Puisse- t-il ne pas te faire regretter un jour les contusions qu'il t'a évitées L .. • Les contusions, .... elles s'effacent, Juliette Mais le malheur,.••• jamais !ll!....

Heureux de ton approbation , Dérigny va

retourner chez toi Ton âme, ouverte a !^\

toutes les souffrances , recevra l'entière confidence des espérances non réalisées de la

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sienne. Tu le plaindras, Juliette, tu compatiras à sa peine,. car tu la comprendras ; mais n'oublie pas dumoins que la pitié est bien son-^ Tent raTant-coureur de Tamour. Arthur te parlera d'abord de son fils , de son joli petit Ambroise, desafemme, de sa bonne et froide

Françisca; puis il ne t'eù parlera plus

Mais il te parlwa de toi;... toujours de toi.*. de lui.... de son amour. •.^. Car il t'aime, Juliette ; s'il te le dit , tu peux l'en croire.... Mais s'il te jure qu'il t'aimera toujours, qali n'aimera que toi,.... oh ! par pitié pour toimême , Juliette , tâche de ne pas l'entendre, songe à ta soeur, rappelle-toi que cette belle, jeune , noble et riche marquise de Fermont mourut pour av^ cru à de pareils sermens..

Q uand, sans ^ard pour lesfiraiches années d'Elisa Mercceur^ sans respect ponr ses ver^ tus, pour son génie, comme sans pitié pour mes larmes, lamojrtrentraina dans la tombe, elle eut la douleur d'y descendre sans avoir TU se réaliser l'espérance la plus chère â son cœur; avant d'avoir terminé ses travaux, dont le produit aurait pu, disait-elle, dans le cas où elle viendrait à mourir, assurer à sa vieille mère un sort à l'abri du besoin.

540 <!DATIIS AMODRS.

sienne. Tu le plaindras, Juliette, tu compatiras àsapeîne,«ar tu la comprendras; mai) n'ouUiepasdumoinsquela pitié est bien son^ vent l'aTant-conreur de l'amour. Arthur te parlera d'abord de son fils , de son joli petit AmbriMse, desafemrae, de sa bonne et froide Francisca; puis il ne t'en parlera {Jus..... Hais il te parlera de toii... toujoursdetol.-.

de lui de son amour.*.!. Car il t'aime,

Juliette ; s'il te le dit ^ tu peux l'en croire.... Hais s'il te jure qu'il t'aimera toujours, qu'il n'aimera que loi,.... oh! par pitié pour 1«mdme , Juliette , tâche de ne pas l'entendre, songe à ta s<eur, rappelle-toi que cette belle, jeune, noble et riche marquise de Fermoot mourut pour avl^ cru à de .pareils

Quand, saus^ard pour les firalches années d'Elisa Mercœur, sans respect pour ses Ter* tus, pour son génie, comme sans pitié pour mes larmes, Umort Tentraina dans la tombe, elle eut la douleur d'y descendre sans avoir TU se réaliser l'espérance la plus ;chère à son cœur; avant d'avoir terminé ses travaux, dont le produit aurait pu , disait-elle , dans le cas où elle viendrait à mourir, assurer à sa vieille mère un sort à l'abri du besoin.

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S40 QUATRB^ AMOURS.

sienne. Tu le plaindras, Juliette, tu compatiras à sa peine,. car tu la comprendras ; mais n'oublie pas dumoins que la pitié est bien sou-? vent Tayant-coureur de l'amour. Arthur te parlera d'abord de son fils , de son joli petit Ambroise, de sa femme, de sa bonne et froide

Françisca; puis il ne t'eù parlera plus

Mais il te parlwa de toi*. • . toujours de toi.» . • de lui.... de son amour. 4... Car il t'aime,

Juliette; s'il te le dit $ tu peux l'en croire.... Mais s'il te jure qu'il t'aimera toujours, qu'il n'aimera que toi,.... oh ! par pitié pour toimême , Juliette , tâche de ne pas l'entendre, songe à ta sceur, rappelle^toi que cette belle , jeune , noble et riche marquise de Fermont mourut pour a\<fk cru à de pareils aermens..

Qaand, satts^ardpomf leafindchesMiDées d'Elisa Mercceur^ sans respect pour ses vertus, poilr son génie, comme sans pitié pour mes larmes, 1^ mojrt Tentr^na dans la tombe, elle eut la douleur d'y descendre sans avoir vu se réaliser Tespérance la plus :chère a son cœur^ avant d'avoir terminé ses travaux, dont le produit aurait pu, disait-elle, dans le cas où elle viendrait à mourir, assurer à sa yieille mère un sort à Tabri du besoin.

Ne pouvant joindre aux œuvres de ma pauvre enfant, le plan de ses romans, puisqu'elle n'en écrivait jamais , je vais tâcher, à Taide de ma mémoire , de faire connaître à peu près ce que devaient contenir les chapitres qui manquent. Je prie donc le lecteur de ne point considérer ce qui suit la lacune comme une suite que j'ai voulu donner au chapitre inachevé de Juliette (je sens trop ce que mon style aurait de disparate pour l'avoir tenté), mais seulement, comme un préliminaire que j'ai cru nécessaire à l'ex-r plication que je vais essayer de donner. J'ai pensé qu'il était à propos de hieii iaire con^ naître la situation dea personnages.

Suivent les titres et l'explication des cha-. pitres qui manquent à ce roman.

J'ai pensé qu'il serait bien de placer sous chacun des titres de chapitres qui manquent à ce Mman l'exposé du plan du diapitrç^ même,

(Eiposë du plan du chipitre XV 1 qai devati fairt p^rlia d« romm

de tfuatrê Ampurs.)

LE BilAONtBE aaiNiy^Atftc.

Dérigay éttà% Mlowfié jEJ^an la Jbiaroppie de. SaiaterAice , €t «vidt oblABU» Â .f^gnpde. Mr Usfiictioa, 4e lai coosacrer les courts in- ^ stans ;qaQ lui: laisfdeiit les lumbi^Uies solU*citatioBS qu'il étiÂt 9k^ d^laipe. Il réfiilta de cette ^ inlUnitét ;oe qoi dfuiait en résH^Uer : que Ji^Aietle, àmt V^^m é%4i .amaiHQi, quoique froissée , et satis affection .aocuo^et enteadant les oontinueUeS' plaintes d'ArtlHUr

sur son malheur d'avoir épousé une femme dont Tâme était si peu ep harmonie avec la sienne, Taima.

Le bonheur, comine tout autre chose , ne peut vivre toujours; et celui qui n*avait besofai ni d'inquiétudes ni de. larmes pour s'alimenter ne pouvait convenir long- temps à Dérigny. Il lui fallait du malheur pour être heureux; Roger le lui avait ait, et c'était vrai. ^

Fati|g[ué de son monotone bonheur, car Juliette l'aime toujours, Dérigny, qui dans les commencemens la quittait à peine, s'en éloigne so^vent. Un jour qu'absorbé dans ses réflexions, il marche sans rien voir, quelqu'un lui ffappe l^ërement sur Fépaule ; il se détourne, et reconnaît Roger, ce beau lieutenant qui jadis avait excité si injustement sa jalousie. Arthur lui apprend que, par^ suite de ses mauvaises affaires , il s'est vu forcé dé venir à Paris pour y solliciter une placé dénfs quelque bureau, et lui parle du' chagrin qu'il éprouvé du peu de Succès de

QUATRE AMOI7R8. 345

ses démarches. Rqger lui propose de le conduire chee une dame de la haute société aTOD laquelle il est fort lié , et lui dit que cette dame recevant, chez elle les miuistres , leur recommandera son prot^é , e| qu'ils se trouveront trop heureux de faire quelque chose pour la belle solliciteuse. Et chen^nt aussitôt une de ses cartes daiis son portefeuille , il la donne à Dérigny afin qu'il puisse le venir prendre à l'heure conveiMiep Dérigny , en regardant sur la c^rte quelle est la demeure de son ami , s'aperçoit qu'elle porte un autre nom que le sien et le lui fait observer. Alors Boger raconte à Arthur que lorsqu'il partit de Nantes pour aller en garnison à Rennes , il y fit la connaissance d'une grande dame ; que , devant l'épouser, elle lui fit obtenir du roi le titre de baron ; que Sa Majesté l'avait autorisé à y joindre le nom de Sainte-Aire ; que, depuis lors , il n'en signait pas d'autre. Que cette dame étant morte quelques jours avant l'époque fixée pour leur mariage, il avait de-

346 QUATRE AMODRS.

mandé et obtenu madômois^le Juliette de Kersanec, sa sœur, pôurépotiae, el-die la^ quelle il vit 'séparé depuis plus de trois ans. 0Mgny comprit par4à que la baronne de Sainte-Aire , qui avait toujouÉ*s gardé sur ses chagrins le plus religieux silence, était la femme de Roger. Cette découi^rte ne l'em^ poche pas d*ëtre ponctuel au rettdé^tous que lui avait donné le baron. Roger le conduit chez madame Darbi , c*est le nom de la dame; Dérigny est ébloui de sa beauté; Juliette perd beaucoup à la compataison.

(Eipolé du plan du chapiire XYII qui d«Vftit faire partie du

roman de Quatre Amours,)

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