‹ Œuvres complètes d'ʹElisa Mercœur de NantesChapitre 23 sur 46 · I.OUI8 ^ ET £E BÉHl^DICTIIf · texte numérisé non relu

I.OUI8 ^ ET £E BÉHl^DICTIIf

ailleurs , mais que tous assurerez avec la plus admirable audace être un fragment du bais de fa vf aie croix ? Où sont les miracles que devait me procurer la possession de cette misérable relique <|ue j'ai eu la bonhomie d'acheter cinquante écus d'or?... Je n'aurais pas payé davantage une cotte de saint ! Quand je pense à tout ce que j'ai perdu de prières qui m'eussent été profitables en les adressant à Notre-Dame de Gléry , ou au bienheui:eux saint Martin de Tours, Pâques-Dieu I messire de Yersois, je ne sais comment, pour vous témoigner ma reconnaissance de l'excellent marché que vous m'avez fait faire , je ne commande pas à mon compère Tristan de vous faire passer de votre «ordre de saint Benoit dans son chapitre de Gordeliers !

— Sire, répliqua Yersoîs avec le plus grand calme , Votre Majesté se souvient-elle de la vertu que je lui ai dit être particulièrement attachée à la possession de cette relique ?

— Oui, celle de dénoncer la trahison ;t

444 l'^^^is XI ET LE hijsimcTun.

mais , pour faire preuve de cette vertu , qiiel traître envers notre royaume ou notre personne nous a-^t-eUe découvert? Aucun, et pourtant , nous autres souverains ,- c'est une triste compensation da notre, puissance, nous ne vivons guère sans en avoir qiaelqu'un autour de nous« . .

— Le vœu de la veille , continua le moioe d*un ton prophétique et majestueux, n'est pas toujours exaucé dès le lendemain. Ce n'est souvent que lorsque l'ouvrage est achevé que nous nous apercevons que le ciel a travaillé pour nous. . . Totre Majesté me permettra-telle de lui demander à quelle époque elle a réclamé pour la dernière fois, dans sa royale prière, l'intercession de cette relique ?

— Hier matin, répondit le roi d'un ton beaucoup moins dur, tant imposait à sa mauvaise humeur l'air calme et rassuré du bénédictin.

-«- Puis -je également vous demander, Sire, quelle est, après qu'elle eut achevé

IXSVIS XI ET IS BiNÉDICTIN. 44^

cette prière , la première personne que rencontra Votre Majesté.

— Attends !. . • . Le cardinal de La Balue et TéTëque de Verdun, Guillaume d'HareU'court f sont entrés ensemble dans notre cabinet de travail où je m'étais rendu en sortant de itaon oratoire . »

A cette réponse , les yeux du moine étincelèrent d'un regard triomphant; et, continuant à s'adresser au roi, dont la colère tombait devant l'assurance du maintien de son interlocuteur :

— « Je ne chercherai pas, Sire, à défendre ' plus long-temps auprès de Votre Majesté la ' vertu de ce fragment de la vraie croix que ^ j'ai eu l'hoimeur de lui vendre; mais je la supplierai , avec les plus humbles instances, de vouloir bien accepter , comme un dédommagement de la perte de ses royales et précieuses prières , cette relique d'une toute autre nature et qui aura peut-être une plus puissante et plus miraculeuse influence. »

En même temps Versois^ avança la main

446 lODIS XI EX L& E^NliDIGTIN,

pour présenter au .roi les deux, lettres et Yaor neau que Bellée avait confiés , en expirant , à Fastucieux et parjure confesseur, qui avait jugé plus à propos y pour son intérêt , de ne pas les remettre à leur adresse.

Louis XI prit les lettres., et d^abord les regarda d'un air machinal ; mais , en cacaminantv avec plus d'attention les mots éorits sur l'enveloppe et en reconnaissant la main qui les avait tracés , cette vue lui arracha cette exclamation de violente surprise « ou plutôt ce cri d'aise et de soulagement qui échappe à quelqu'un qui trouve enfin ce qu'il cherchait depuis long-temps avec toutes les angoisses de l'attente, et n'espérant pins le rencontrer; ses doigts furent prompts à briser le cachet et à rompre les nœuds de la chaîne de soie qui enlaçait le papier ; ses yeux avides eurent bientôt dévoré le contenu des.d^eux missives.

— < Ah! ah! cardinal, je vous Ueas donc enfin. Et vous aussi . vous vous en mêliez , mon petit monsieur de Verdun.. •• Pas mal,

LOUIS XI ST LB BÉlfiDICTin^ 44?

en vérjité, pour un noviciat de conspirateur,!. C'est. dommage qu'une pierre tous attende au milieu d'un si beau chemin ! Mais vous ne p^sser^ pas. contre sfips. vous y heurter. • ^

El Louis qui se disait cela recommença , daens^'excès de la joie de sa haine, sa lecture; et;, regardant ensuite, l'anneau du cardinal , orné . d'une pierre précieuse , sur laquelle étfât gravé le. sceau de sou éminence, et que lui-ii)Amç avait donné à son ex-favori :

— fYQUs ffiite^. un digne usage dçs présçns que Apus vous avons faits,messire de La Balue» A merveille,, continua«t-il : sceller, avec la , hi^^ que je lui ai donnée cominc un gage de CQU^AUce , l'acte de la plus infàpie trahison I.Cest un raffinemeut de parjure! Le motustie , après tout ce qu'il a reçu de moi ! je l'ai retiré du sein de la fange , je l'ai pris au dernier barreau de l'échelle , et , de ma main puissante, je l'ai haussé par degrés jusqu'au faite; je l'ai gorgé d'or et d'honneurs. Au fait, il était juste que cela arrivât : je n'a-

44^ LOUIS XI ET £e' BÉNéDIGtlN. '

vais plus pour lui de faveur en réserye; lé sac était vide, et pourtant j'aurais dâ penser que la teconnaissance ne dure qu'au-* tant quil reste encore quelques bîefifait9 au fond de la besace du bienfaiteur ! ! — Par la bienheureuse dame de Cléry ! s'écria

le roi en repliant les lettres qu'il tenait , voilà ce qui s'appelle une précieuse relique. Je gagérais que celle-là, vous ne la tenér pas d'un'

pèlerin revenu de là Terre-Sainte , mais plutôt de quelqu'un ayant entrepris un voyage vers l'enfer ; et , s'il n'est pas arrivé , je me charge volontiers de lui donner un saul^ conduit revêtu de notre seing royal. »

Yersois raconta alors comment l'anneau et les lettres étaient tombés entre ses mains.

— € C'est bien , sire moine, vous êtes un digne et loyal serviteur, et nous serons maître reconnaissant. Tous venez dé me faire (aire un marché d'or ; c'est moi maintenant qui vous dois du retour. J'espère que vous voudrez bien accepter notre parole de roi pour caution du crédit que vous nous faites et de

LOUIS U BT LE BiNiDICTIM. 449

la promesse que nous yous donnons de payer

largement les intérêts de notre dette

Olivier !

Le barbier, qui s'était tenu à qudque distance , s'approcfaa de Louis qui lui parla à demi-^Yoix , en lui recommandant le bénédictin avec qui il le laissa; et, suivi de Tristan- THermite, le roi, donnant un refrain de cor, partit au galop pour rejoindre la chasse. La première personne que le roi aperçut fut l'abbé de Baigne ; il l'appela.

L'abbé de Baigne , véritable type pour l'esprit et la douce malignité d'un prêtre courtisan , possédait la qualité la plus précieuse pour un flatteur de prince , celle de ne s'étonner d'aucune difficulté, lorsqu'il s'agissait de ss^isfaire à quQlque fantaisie royale ; car les monarques, habitués à être traités comme des dieux terrestres par ceux qui les approchent , se persuadent facilement qu'il existe réellement une assez grande analogie entre eux et là Divinité pour que leur volonté ait le droit de prononcer ce fat lux créateur.

lU. 29

4i$P lÛVn Xi ST £E m&RÉDIClIll.

An nbmhn des* talons tant soit peu mondaïag que possédait le réyérend père , se trouvait celui de s'entendre parfaitement à rinvention <et à la eonféction ^'instrumens mnsioaux. Bien querhwmonie soit la langue des anges, le temps que Tabbé consacraii à Ja musique ne tournait guère au profit de ses ooeupatiotis religieuses, ni de son avancement dans Tégliae ; car, malgré la faveur dont il jouissait auprès de Louis XI , Tabbé n'avait qu'à grand'peine obtenu , pour tout bénéfice, qu'une abbaye de bénédictins , celle de Saigne. Mais, n'ayant d'autre ambition que celle de vivre sans soucis â la cour, de s'y rendre utile 9 en fait de plaisir, par l'agrément de son esprit et la souplesse de son caractère, il s'était fait un bonheur plus facile à porter que celui d'un évéque ou d'un ministre , et s'était acquis une forte part dans la familiarité du souverain qu'il divertissait par ses spirituelles saillies et ses inventions originales; en un mot, l'abbé était, pour aitisi dire, rinfendantdes menus*plaisirs de la cour.

£09» XI n tt nfcnÉDiCTiH. i^5i

Le rdi donc iui ayâfnt dit «Igtte d*â{^té^ cher :

— € Mon cbcr abbé^ lai ditMil^ je vous reilcontre fort à propos i j'ai un sei^ce à voÀi deniMider,

— Amoi,Sirë?

^^ Oui, j'ai bcfiôiti d'une abba^ de bëdédiotiâs ; ceUe de Saigné est tout joBtemeiil éû ropdre de saiïit Benoit , et je tém prie de ^uloir bien me la céder.

•^ Si» , répondit l'abbé sans paraître au^ Citnement ému de la demande qui venait de lui être faitt^, j'ai par malbeur la tête exces^ siv^ement dure. J'ai mis quarante ans à apprendre lea deux première lettres de l'alphabet^ qui sent A B. J'esp^è que Yoti^e Majesté voudra bien me donner autant de temps pour apprendre les deux lettres sul>séquentes, qui sont C D (i).

— Bien répondu, notre féal, répliqua le roi qui se prit à rjre; prenez tout le temps qu'il vous faudra pour apprendre C D, ou plutôt

(i) Historique.

45a M>U|t .XIJST .LE .BiNÉDICïlN.

.ne TOUS donnez. pas la peine ^ les étudier, car nous ne tous ferons répéter votre leçon. Nous, trouverons probablement , dans notre dei^é, quelc|ue abbé sachant- mieux son alphabet que vous. Mais , comme la musique vous est plus familière que la lecture, :et que vous connttssez. mieux vos notes que vos lettrès, il me prend envie de mettre votre science à répreuve en vous priant, de me faire un instrument à corde vivante 9 enfin -de me composer une harmonie de pourceaux (1)... Voyons , je vous jette lë gant, mélodieux champion , oserez*-vous le relever ?

— Je l'oserai^ Sire, répondit gaiement Tabbé rassuré sur la possession de son bénéfice; JQ ne m'avoue jamais vaincu avant le combat ; mais cependant j'oubliais qu'il est une condition sans laquelle je ne puis accepter le défi. .

— Et quelle est-elle , seigneur Orphée ?

— C'est qu'il me faudrait cette baguette

(i) Historique.

magique néceksaire à plus d'un enchanteur,

oe rameau d'or

— Je teui entends. Qu'à cela ne tienne , voua auras une ordonnance royale pour prendre sur notre trésor telle somme qu'il vous faudra.

— Alors je promets de faire enleûdre à Votre Majesté une mélodie telle que jamais peut*!être oreilles humaines n'en auront entendu de si étranges ; je ne réponds pas que ce soit un concert bien céleste.

-^ N'importe ; dites-moi , M. d'Ëvreux ne vient*41 pas à nous ?

— Oui f Sire , Son Eminence parait chercher Yotre Majesté.

— Eh bien ! allons à Son Eminence.

— kwtryoxkB eu une heureuse chasse aujourd'hui , cardinal ? La béte a<^t-elle donné dans le piège ? dit Louis d'un ton sàrdonique en s'adressent à son ex^avori Jean de La Balue , astucieux ministre d'un roi plus astucieux encore.

— Mon , Sire , les chiens en défaut !

— C'est jouer de malheur; vous qui vous

454 LOUIS XI Bt LB ràNÉDIGT m. ,

entendez si bien à dresser. une embufl^çade ! Mais je suis plus heureux- que vous , moi > j'ai dépisté deux renards^ qui Talent bien, je TOUS en réponds, le sanglier que tous au« riez pu mettre aux abois. »

Et Louis tourna le dos au cardinal. Et da ton- d'un homme que la seule pensée du plaisir dopiine :

• « Mon cher abbé , dit-il à Tabbé de Baigne en renouant aTCc lui le joyeux et burlesque entretien que TarriTée du cardinal aTait in* lerrompu , je crains bien que , qialgré tous Tos soiqs , Tos musiciens , tin peu gromme-

eurs de leur naturel, ne chantent en fauxbourdon et ne compromettent par-là TOtre réputation d'homme à talent.

— Sire , reprit l'abbé , Votre Majesté sait bien qu'en' m'imposant de tels chanteurs , elle ne m'a point imposé robl]g2([tiôn de leur mettre. des- sons;. harmonieux dans la Toix.

— C'est Trai , dit Louis en riant et en examinant attentiTement leTisagede La Salue, qui BTait poussé son cheTal près du sien et qui paraissait absorbé dans ses pensées.

^^ A quoi pensez-vous donc , cardinal P lui dit le roi en lui heurtant le bras ; qui vous rend si soucieux ? Le sanglier qui vous est échappé ^ous tient*il tant au coeur que vous ne puissiez en détourner votre pensée ? Laissez, croyez-moi, sans regret, à cette pauvre bète les courts instans qui lui restent; elle ne saurait vous échapper.

Le cortège étant arrivé à la grille du château du Plessis-les-Tours , Louis dit adieu à Tabbé de Baigne, et rentra, suivi du cardinal et de Tristan rHermîte.

Le résultat de Tentrevue du roi et du bénédictin fut que le prince Charles , n^ayant plus de. communication avec le cardinal et révéque de Verdun, qui lui faisaient parvenir les nouvelles les plus secrètes de la cour de France et de celle de Bourgogne , se décida , d'après les conseils de son favori Odet d'Aydie , seigneur de Lescun , que Louis XI avait su mettre dans ses intérêts , sans toutefois le rendre parjure à son maître, à renoncer à la Champagne et à recevoir le duché de

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