III
456 LOUIS II ET LE BÉlféDlCTIN.
Guyenne pour apanage. Louis fit proposer au jeune duc de Guyenne (ear depuis lors il porta ce nom) une entrevue pour confir* mer leur traité de réconciliation fraternelle ; cette entrevue eut lieu près du château de Ghartou, situé dans le Poitou. Qn con* «tndsit y sur la rivière de Bray , un pont de bateaux, au milieu duquel fut placée une petite loge ^ séparée au milieu par une grille de fetf au travers dé laquelle les deux frères devaient se revoir et se parler.
Tous deux y vinrent , suivi chacun de douze officiers ; le reste de la suite étant placé sur les deux bords de la rivière. Le duc se découvrit et s'agenouilla dès qu'il eut aperçu le roi, et, en entrant dans la petite loge, il s'agenouilla encore. Là , les deux princes , après avoir écarté leurs gens , se parlèrent à peu près pendant une demi-heure; le duc supplia le roi de le laisser passer de son côté. Louis hésita ; mais enfin, rappelant ses gens, il y consentit ; alors le jeune Charles , se je* tant à ses pieds , lui baisa la main et lui demanda humblement pardon de sa révolte ;
le roi le releva , l'embrassa et lui montra lés lettres du cardinal et de d'Harencourt , tous deux vendus â la Bourgogne. Les deux prélats donnaient avis au jeune prince d'un secours d'hommes que Gharles^le-Téméraire se dis-posait à lui envoyer pour appuyer ses prétentions. Ces deux lettres enjoignaient en outre au duc de Berry de persister à ré* clamer l'entière exécution du traité de Péronne en dépit des offres , des menacés ou . des caresses de Louis , ou du moins de ne renoncer à la Champagne qu'en obtenant la
cession du comté de Poitou comme une dépendance du duché de Guyenne. Charles avoua tout , en s'excusant dans toute la sincérité du repentir d'un jeune cœur qui se croit coupable et pleure sa faute. Le roi , pour prouver au duc qu'il était touché de son repentir , lui donna le collier de l'ordre de Saint-Michel , mais it lui refusa la grâce de ses deux complices impunis encore, mais dont le châtiment, pour être ajourné, ne perdait rien de l'éclat et de la rigueur que
458 LODIS XI £X L£ B£lf EDIGTIN .
devait y apporter la vengeance d'un monarque aussi fardé et ingénieux dans sa haine que Fétsàl Louis XI. En effet » à peine fut-il de rfiftour afi chfàteau du Plessia-, qu'il fit enfermer La Balue et d'Harencourt chacun dans une de ces^ages de«fer dont ils avaient été les inventeurs et dans lesquelles un homme ne pouvait rester assis ni se tenir debout , et pourtant le cardinal y demeura onze ans y malgré les réclamations que Rome prodigua en sa faveur. L'undes deux traîtres
fut enfermé dans la. citadelle de Loches et l'autre le fut dans le château du Plessis-les- Tours, sous la chambre du roi.
On fit , sur leur disgrâce, les vers smvans rapportés dans la Chronique de Jean de Troyes.
Je»n de La Balue A perdu la yuQ De SCS évccbcs.
Monsieur de Verdun K*en a plus pas un :
Tous sont dépêchés.
La Teille de celte célèbre arrestation, le nouTelabbé, frère Faure de Versois, franchissant les guichets du château du Plessis , vint rendre hommage et prêter serment de fidélité au roi Louis comme abbé de Saint- Jean-d'Ângely ; il était suiyi par deux frères de son couyent, menant en laisse deux légers et beaux lévriers noirs entièrement sans tache , portant un collier d'argent sur lequel était grayée cette courte devise , faisant, par rapport à l'uniformité de leur couleur, al- Ipision au dévouement de celui qui les offrait : — Sans tache au cœur.