LA SAI6N1ÉE
Quoique un pied dans la tombe et l'autre près d'y descendre , car Louis XI a des faiblesses qui font craindre pour ses jours, Louis ne peut oublier qu'il est roi et ne veut pas que les autres l'oublient. . . Sous des prétextes frivoles, il envoie des ambassadeurs dans les cours étrangères ; il comble de préisens les envoyés des autres puissances, mais il ne les voit point ; car il craindrait que l'ai-
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tération de ses trailme le fit croire moins redoutable, et Louis veut être redouté... Louis ne se montre qu'à ceux qui Tentourent... Olivier-le-Dain et Tristan-l'Hermite isont les échos des ordres et des lois qu'il dicte du fond de son cachot royal ( i ) , dont les portes ne s'ouvrent plus que pour livrer passage à des moines superstitieux (s), à des physiciens et à des marchands de reliques (3)... Louis, qui croit voir sa guérisou attachée à toutes les reliques qu'il n'a pas , prodigue les trésors de l'Etat pour se les procurer; mais il plie en vain sous le poids de ces saints topiques, ils* ne peuvent lui procurer un seul instant de calme. Louis XI ne sait plus à quel saint se vouer pour re-
(1) Louis XI, sur la fin de sa \ie , fit entourer d'un treillis de fer le château du Plessis-les-Tours , et en fit parsemer les fossés et les chemins en'^ironnans de dix-huit mille trappes et chausses- trapes.
(a) Les chanoines de Cologne vinrent au Plessis pour s'assurer des revenus que Louis XI avait donnés à leur église en vertu des reliques des trois rois qui lui avaient été vantées.
(3) Un marchand lui vendit une petite image d'argent 160 livres.
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culer sa mort; il ne voit qae trop qu'il ne doit plus compter sur le secours des reliques , des offrandes et des prières pour prolonger SCS jours, et pourtant Louis voudrait vivre... Sa vie est nécessaire, il le sent... Que deviendrait la France s'il mourait?... Louis doit tout tenter pour se conserver à son bon peuple qu'il aime ; il ne doit faire fi d'aucun moyen. . . Si le physicien avait dit vrai. . . si le sang. innocent pouvait!... et aussitôt Olivier parcourt les villages des environs et revient suivi d'une paysanne , portant dans ses bras un enfant endormi. Olivier lui a dit que le roi veut-du bien à cet enfant... Pendant que la bonne villageoise , toute honteuse de paraître devant le roi dans ses habits de travail , car Olivier n'a pas voulu lui donner le temps de prendre ses biaux atours , fait des révérences plus gauches les unes que les autres, Olivier parle bas au roi... Louis s'aperçoit de l'embarras de la pauvre femme dont l'enfant vient de se réveiller et pleure pour avoir le sein de sa
mère; il va à elle , la prend par la main , la fait asseoir près de lui et Teut qu'elle donne à téter à son joli marmot qu'il prend dès cet îpstant soos,^ protection,, et il. baise l'enfant au front 4. : L'enfant , sans çespect pour la Majesté Royale, passe une de ses petites mains daos h CftUieir de l'Ordre de Saint- Mi jchel que le roi a. au cou, et ce n'est pas •sans peine que la mère parvient à lui faire làcher prise. •;• Louis aime les braves gens ; il sait que la villageoise, a son père qui est infirme et qu'elle lui.^PPi^^. les plus tepdres soins (c'est ce qu'Qlîyier lui a. dit tQutb^s)., Louis Veut que ce. vieillard ; ne manque de rien , et il donne l'ordre à Olivier de faire compter dès le JQur même à la villagqoise^ uo.e somme pour l'entretien de . son vieux père et ; pour celui du petit mariqot ;;et il dit à la paysanne que chaque anniée, à pareil joui;, elle en recevra une semblable... Dè^sqifejes forces de Louis lui :permettront,d^sor tir , il, veut aller maiiger la soupe avec- le vieHlard... Louis
ne se plaît ,qu'avec ses bons paysans qu'il
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porte dans sôta cœur et qu'il sait lui être tout dévoués.. • La villageoise assure Louis
qu'il n'est pas un seul membre de sa famille qui ne donnât son sang pour racheter la vie de son roi. « . C'est parce que Louis est sûr de rattachement de cette famille pour laquelle il est disposé à toilt faire (car il ne veut pas que ceux qu'il aime connaissent la gêne)> qu'il serait heureux de lui devoir quelque chose ;. . • et il demaude à la paysanne si elle ne serait pas satisfaite de participer à la guérison de son souverain. Sur sa réponse, Louis lui dit que les physiciens ont déclaré qu'il ne recouvrerait la santé qu'en butant du sang d'enfans à la mamelle ; que c'est le seul moyen de corriger l'âcreté du sien , fruit de ses longues et constantes fatigues; car on ne peut se dissimuler \eê peines qu'il s'est donnée^ pour anracher ses bons paysans à l'esclavage où les avaient condamnés les grands. Que c'est pour accbtnplir cette tâche qu'il s'était imposée , que sa santé s'est altérée... Et il propose à la villageoise de
latsier tirer du sang a $on fiJs; que li A»^ tune: de som Miivit ât la Bienoe dépl^odeat de cette complaisance... Et moitié crainte , moitié intérêt 9 car elle croit ¥qir la fortune de son fils assurée , elle consent à le laisser saigner, >à condition, cependant » q4i'o^ ne lui tirera pas tri»p de sang,..«« El 0Ki4er prend une lancette et ouvre la veine â Ténfant... Louis XI, pendant que le sang coule, chercheà détourner l'attention de la paysanne qui a les yeux fixés sur son fils. . . Il lui frappe légèrement sur la joue , la nomme sa bonne commère,. .. lui montre une bourse en voyant pâlir son enfant, comme si la vue de For pouvait étouffer la nature dans le cœur d'une mère; mais Louis a beau faire, il ne peut lui dérober la pâleur livide de son enfant. . . Elle croit qu'il va mourir, elle crie , rejette au loin la bourse que le roi lui présente, le repousse lui-même avec effroi,... lui redemande son fils,... son fils dont il a ordonné le trépas.. . Et pendant que cette mère éperdue appelle sur Louis XI toutes les ma-
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lédictiolM du ciel, Louis, aTec une joie de tigre, boit le sang de son enfent (i) ' ! ^
(i) Tous les détails de cette scène dont je n'ai donné qoe si imparfaitement l'idée par cet exposé y aurait été d*iii effet des' plÉs dmnuitifiJie». Gbaque fois qu'Elisa me parlait d^ angoisses de cette malheureuse mère, font moniaiig refluait Tert'mon ooenr.
Ain ayant l'inteotioo de fidre un drame de Loais H, se pbisait à arrapger d'aTanoe des effets de scène qu'elle V (aire entrer.
(Esposé do plan do chapitre XXXIII qui devait faire partie de
ttwiff jatttû BMdltîhi.)
axxiii
«.A PRiGA€T|ON.
A peine une heure s'est écoulée depuis ^e Louis XI a bu le sang que contenait la
-coupe que lui a présentée Olivier, soit que le mélange du sang de Tinnocent ayec celui du coupable ne pét s'opérer facilement , ou que la crainte de vok se réaliser les terribles malédictions dictées par le désespoir d'une mère lui ait causé une trop forte émotion , Louis , en entrant dans son ora-
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toire où Olivier-le-Dain le coodaisait pour demander à Notre-Dame d'Embrun de faire que ce sang qu'il a bu puisse rafraîchir le sien , est tombé sans connaissance. Sa faiblesse, qui a duré plusieurs heures, a donné les plus grandes craintes pour sa vie... Revenu à lui, Louis comprend, à la consternation de ceux qui l'entourent, que 9ies jours ont été menacés... Après avoir passé en silence l'examen de chaque physionomie, il promène ses ragarda aur lui-même et s'aperçoit que l'accident qui a failli lui faire perdre la vie est le résultat d'une négligence impardonnable... 11 est sans reliques... Louis se rappelle qu'avant de boire le sang , il a oublié de prendre cette importante et utile précaution ,... et il se fait apporter par Olivier -le -Dain et par Tristan l'Hermite toutes les reliques qu'il a reçues du Pape. . . Il prend le corporal , le baise , le pose à nu sur sa poitrine , et se fait attacher à ses vêtemens toutes les autres reliques... Si Louis XI avait un bourdon à la main, on le prendrait
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pour un pèlerin revenant de la Terre-Sainte. . . Gela fait, Louis s'informe au Légat s'il doit s'attendre, ainsi que le lui a fait espérer le Pape, de voir bientôt arriver saint Prançoisde Paule... Le légat répond que^cette/aveur dépend de l'élargissement du cardinal de La Balue... Louis, q«i, Cffoit que le vertueux François-de-Paule pourra lui prolonger la vie, fait aussitôt remettre La Balue entre les mains des envoyés dfi Pape, avec recommandation à Sa Sainteté de punir le cardinal sitôt son arrivée à Rome... Louis donne ensuite l'ordre de faire meubler la maison qu'il a fait bâtir dans son parc pour saint François-de-Paule , afin que le saint homme puisse l'occuper en Arrivant. .
(CxpMë do plan do chapitre XXXiy qui devait f^ire partie de
LouU XI et le Bénédictin.)