‹ Œuvres complètes d'Étienne JouyChapitre 12 sur 72 · XXX PREMIER PROCÈS · texte numérisé non relu

XXX PREMIER PROCÈS

térêt du royaume et pour son propre salut, des relations récentes et sacrées avec une autre puissance...!

(( (Jusqu'à ce que les ministres de S. M. B. aient consulté leur cour, et obtenu des pouvoirs directs) ne nous trouvant point autorisés à compromettre S. M. sur la question de la régence , nous pouvons encore moins consentir àla proposition qui a été faite d'appeler M. le comte de Provence pour y exercer les fonctions de régent; parceque (le motif est remarquable; écoutez, messieurs), parceque ce serait DESTITUER S. M. britannique , avant t époque sti-pulée, de l'autorité qui lui a été dernièrement confiée à Toulon.

« Ces raisons ne nous obligent cependant pas à nous opposer au désir que pourraient avoir les habitants de cette ville de porter leurs hommages aux pieds de ce prince , et de lui exprimer tous les vœux que doivent inspirer ses vertus personnelles, ou que peuvent réclamer les droits de sa naissance. »

Ce refus parut inexplicable aux royaUstes. u Je « ne chercherai point, dit M. Gauthier de Brécy « (page 3o), à pénétrer les motifs qui purent décide der les alliés à abandonner une si belle cause. » — Ni moi non plus ; mais enfin voilà le fait , et vous savez que je ne veux m attacher qu'aux faits.

Pendant que les Anglais se montraient si soigneux d'empêcher un prince français d'aborder en France ,

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ils affectaient, il faut en convenir, une bien grande indifférence sur le sort des Toulonnais. Au lieu de montrer des égards et des ménagements pour ceux qui les avaient appelés, au lieu sur-tout d'user de leur influence pour faire régner Tordre et la paix , ils trouvèrent bon que la réaction s organisât sous leurs yeux , et que le parti qui, par leur secours, se trouvait momentanément le plus fort exerçât ses vengeances sur le parti que leur seule présence avait comprimé.

Dans les pièces jointes au dossier de la procédure contre M. Jouy, se trouve sous la cote troisième un imprimé envoyé par les plaignants, et qui est intitulé : Recueil des pièces à charge des autorités et habitants contre-révolutionnaires de Toulon en 1793. Dans ce recueil, on voit que les réactionnaires avaient institué un tribunal populaire-martial, pour juger les gens du parti contraire. C'est de ce tribunal que parle M. de Brécy en disant, comme si c'était la chose du monde la plus simple (pag. 25 eta6): it Le tribunal criminel continua les procès des révo- « lutionnaires qui étaient en prison; la guillotine fut « supprimée , et l'ancien supplice , la potence, fut i( rétabli, il '

En effet, messieurs, dans le recueil des pièces dont je vous ai parlé se trouve un jugement ainsi conçu :

« Louis , par la grâce de Dieu et par la loi con-

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« stitutionnelle de tétai, roi des FrançaiSy à tous « présents et à venir, salut :

« Le tribunal populaire-martial de Toulon a u rendu le jugement suivatnt..., contre J.-B. Gueit, «accusé...

«Considérant qu'il est prouvé... (suivant diffé* « rents faits) qu'il n'a rien oublié pour ralentir la tt fermeté des bons citojrenSy encourager et enhardir « les scélérats et les forcenés, et parvenir, par cette « voie, à faire livrer la. ville de Toulon, son port et «ses arsenaux, à des armées de brigands, ennemis « jurés de la royauté , et de tous les habitants honunêtes de cette ville, qui avaient voué au fond « de leurs cœurs une fidélité à toute épreuve à la faa mille des Bourbons...

« Vu l'article 1 1 du titre II, première section du « code pénal , et l'article 2 , deuxième section , <« titre I de la même loi... (laquelle loi, notez bien, '*< dit que « tout condamné à mort aura la tête tran- « chée) , » le tribunal condamne à f unanimité ledit « J. B. Guéit à être transmarché des prisons royales « à la place Saint- Pierre pdUr être pendu et étran- «9/^, jusqu'à ce que mort s'ensuive, à une potence « qui, pour cet effet, y sera élevée. »

Ainsi, vous le voyez, on n'était pas plus sage ni plus modéré chez les Grecs que chez les Troyens; on vengeait des horreurs passées par des horreurs présentes, et l'on préparait ainsi des horreurs à

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venir : c'est le crime et la faute de tous les partis.

SfiditionCy doits , scelere, atqùe Ubidine^ et ira Iliacos intra muros peccatur et ultra.

Cependant le gouvernement alors établi en France regarda Imtroduction des flottes ennemies dans une ville française comme une trahison; larmée républicaine vint mettre le siège devant Toulon, et, après trois mois de combats, la reddition de la place devint imminente.

Déjà l'étranger songeait à la retraite... Mais ici encore quelle fut sa conduite envers les habitants et la ville de Toulon? Vous peindrai-je le rivage couvert au point du jour par une foule de citoyens désespérés de se voir lâchement abandonnés, tendant dés mains suppliantes vers ces perfides vaisseaux qui, en s'éloignant, ne répondaient à leurs signaux de détresse que par des détonations qui se croisaient avec les décharges des assiégeants? vous peindrai-je notre escadre détruite, nos vaisseaux emmenés, incendiés ou coulés, bas; le Thémistocle, qui servait de prison aux patriotes , sautant avec les prisonniers, l'explosion des poudrières, l'incendie des magasins et des chantiers, et l'arsenal entier de la marine sur le point d'être consumé par les •flammes ,.si les galériens, rompant leurs fers , ne fussent parvenus à couper le feu ? Quel sujet de tableau pour nos artistes , Toulon préservé du feu des Anglais par le dévouement des forçats ! ! !

Eraiitf. en prison. . c

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Enfin la ville est reprise ; des vengeances atroces vont avoir lieu: je les déplore et j'en gémis, non pour justifier des réactions plus récentes, mais pour les détester, pour les condamner toutes également, de quelque part qu'elles soient excitées. Le tribunal populaire-martial sera remplacé par un tribunal révolutionnaire; des confiscations vont être prononcées : que sais-je où se portera l'ardeur des représailles? Au milieu de ce deuil on ordonne des fêtes; des hymnes sont composés pour célébrer ce qu'on regarde comme une victoire ; toute la haine de l'événement se reporte sur l'étranger; et à côté du poète républicain Ghénier on voit un versificateur royaliste , qui depuis a rédigé le Conservateur, composer un hymne pour célébrer la retraite des Anglais et détester la perfidie d'Albion ! Tous ces faits , messieurs, tous sont prouvés par les pièces les plus authentiques: ce sont des décrets insérés au bulletin, dès jugements, des proclamations, des rapports officiels de généraux commandant le siège, et, pour tout dire enfin, les rapports mêmes de l'ennemi.

En effet vdici ce que dit Sidney Smith dans son rapport à l'amiral anglais : « J'ai mis le feu à tout ce « qui s est trouvé à notre portée; c'est à regret quej'ai « été forcé d'épargner quelques établissements , quel- «ques vaisseaux, mais j'espère que sa seigneurie w sera contente de ce que nous avons fait. >»

Mais nous! devions-nous, pouvions-nous en être contents ? en présence de tel^ résultats, pouvions-nous

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