DIALOGUE
usant et jouissant d une réputation de sagesse assez bien établie , pouvant produire au besoin de bons certificats de vie et mœurs ; vous ne trouvez pas excessivement gai de nous voir ce matin en prison ^ sous les mêmes verrous que des bandits et des vagabonds?
Moi. — Je trouve cela abominable, odieux, et je ne sais point plaisanter avec la morale publique.
Lui. — Prenez garde, mon cher confrère en prison et en philosophie, qu'il n'entre un peu de personnalité dans votre colère; car enfin nous ne sommes pas ici les seuls honnêtes gens, comme vous le saurez bientôt, et le mal dont vous vous plaignez pour la première fois existe depuis long-temps.
Moi. — Croyez-vous qu'en dix ans on puisse signaler tous les abus, constater toutes les injustices, relever toutes les sottises qui se font, s'établissent ou se perpétuent dans un pays comme le nôtre? J'ai pour habitude de ne parler que des choses dont j'ai eu l'expérience.
Lui. — Et vous vous plaignez quand on vous la fournit!... Mais causons de sang-froid : asseyez-vous sur le pied de mon lit, en attendant que j'aie fait venir une seconde chaise, et voyons ensemble s'il n'y aurait pas moyen de tirer quelque parti de notre situation. Nous sommes en prison, voilà un fait; nous n'avons à rougir ni devant les autres ni devant nous-mêmes du motif qui nous y conduit ; et