‹ Œuvres complètes d'Étienne JouyChapitre 28 sur 72 · ENTRE LUI ET MOI · texte numérisé non relu

ENTRE LUI ET MOI

Lui. — Quel en est le titre?

Moi. — Cambyse, ou le Juge prévaricateur.

Lui. — Cette fois vous ne craindrez pas les applications ; grâce au ciel nous vivons dans un temps où l'on ne voit pas de magistrats prévaricateurs. Mais, si votre tragédie n'a rien à craindre de la censure , ce sujet lui-même ne vous offre-t-il pas un écueil insurmontable?

Moi. — Aucun; c'est un trait d'histoire pur et simple que je mets sur le théâtre. Vous avez vu au Musée ce tableau hollandais...

Lui. — Quoi! ce malheureux juge que le féroce Gambyse fait écorcher vif sous ses yeux pour faire recouvrir de sa peau le siège du prévaricateur?

Moi. — Il n'est point de serpent ni de monstre odieux Qui, par Fart imité, ne puisse plaire aux yeux.

Lui. — N'en déplaise à Horace et à Boileau , jamais cette maxime poétique ne sera applicable à notre théâtre qu'avec beaucoup de restriction; il y a des monstruosités que nous supportons dans le monde réel , et qui nous feraient horreur sur la scène : d'ailleurs, quel serait le but moral ou philosophique d'un pareil ouvrage? de faire abhorrer également une justice inhumaine et une exécrable tyrannie. Je trouve très bien qu'on punisse les juges prévaricateurs, mais je ne veux pas qu'on les écorche.

Est modus in rébus.

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