‹ Œuvres complètes d'Étienne JouyChapitre 32 sur 72 · T CONSOLATION · texte numérisé non relu

T CONSOLATION

Il n'est point de misères attachées à la condition humaine qui ne soient accompagnëes de ces consolations qui , en' les adoucissant y en prouvent la nécessité. Nicole.

O slavery! slavery! disguise ihyself as thou wilt, tfwu bitter thing.

Sterne.

Servitude, servitude, déguise-toi comme tu voudras , tu es une chose amère !

Quand je pense que la plus grande moitié du monde est plongée dans un affreux esclavage, qu'en Europe seulement deux ou trois cent mille hommes, au moment où j'écris, achèvent de mourir au fond des cachots, je me crois libre à Sainte-Pélagie, et les réflexions où mon esprit s'abandonne ne naissent point d'un pénible retour sur moimême.

Hier soir, assis près de ma fenêtre, qu'avec uu

LA LIBERTÉ. 3g

peu plus de mauvaise humeur j'appellerais mon soupirail, je vayais s éteindre les dernières clartés du jour, et je regardais à travers mes barreaux ce ciel dont je ne découvre plus qu une si petite partie. Les juges ont beau faire, on n enchaîne point la pensée ; la mienne avait pris son essor, et, parcourant, comme dit Milton, la concavité de ce dôme aérien^ en un moment amena près de moi des hommes de tous les pays et de toutes les couleurs., qu'elle rapetissa, comme les diables de Milton, pour les faire entrer dans mon étroit Pandémo^ nium.

A mesure qu'ils se présentaient, je rangeais le long de mes quatre murailles , sans égard à la couleur de leur épiderme, des Cafres, des Italiens, des Tartares, des Turcs, des Brésiliens, des Grecs, des Patagons , des Persans; et passant ensuite la revue du genre humain dans la personne de ses représentants, je fis à chacun la même question :

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