LES MÊMES ; MADAME PAULINE ÉTODRNELLE
PAULINE
Croiriez-vous, ma chère, que l'idée de votre départ m'a tourmentée toute la nuit. Gomment peuton se décider à quitter Paris au moment de la rentrée de Talma et de mademoiselle Mars ?
MADAME DÉTREVILLE.
Que voulez-vous? ma santé m'est encore. plus chère que mes plaisirs.
PAULINE
C'est singulier... Mais en effet savez-vous, ma chère, que vous êtes bien changée!... Et puis ce
qui m'afflige, c'est que nos médecins n envoient guère leurs malades aux eaux qu en désespoir de cause.
MADAME BEAUVERLET, avec Cofére.
Madame^ vous auriez pu nous épargner une aussi triste réflexion .
PAULINE
Mais, madame,je nefaisque répéter ce que j entends dire tous les jours...
MADAME BEAUVERLET, à ^art
Elle n'en démordra pas.
MADAME DÉTREVILLE, à marfawie Beauverlet.
Ne la grondez pas. {A Pauline.) Oui, ma chère Pauline , c'est un mauvais pronostic qu'un voyage aux eaux par ordonnance de médecin ; cependant je ne pense pas qu'il faille encore en tirer une conséquence aussi rigoureuse. Mais parlons de ce qui vous intéresse, de Charles...
PAULINE
Mon mari?... voilà trois jours que je ne l'ai vu ; il a ses affaires et j'ai mes plaisirs... Il ne veut pas me sacrifier les unes , je suis bien, bien résolue de ne pas me priver des autres, ce qui fait que nolis ne voyons pas le même monde , que nous nous rencontrons rarement dans les mêmes lieux, et que nous sommes ensemble le moins possible.
- MADAME DÉTIREVILLE.
Mais sais-tu, mon enfant, que tu prends un petit
Ii8 LES VISITES DU MATIN.
air bien dégagé pour m apprendre une ^u&si mauvaise nouvelle ? Comment , vous êtes mariés depuis dix-huit mois tout au plus, vous vous aimiez comme on s aime à vingt ans, et déjà vous êtes assez étrangers 1 ^n à l'autre pour passer trois jours sous le même toit sans vous voir!... Prends-y «garde, Pauline ; la légèreté de caractère compromet le bonheur et quelquefois aussi Thonneur dune jeune femme presque autant que Imconduite.
PAULINE, se levant.
En venant vous faire mes adieux je ne m'étais pas préparée à entendre un sermon; je craindrais d affaiblir mes regrets en prolongeant ma visite; trquvez bon , ma chère bonne , que je vous quitte plus tôt que je ne laurais voulu.... Aussi bien ma marchande démodes,, mon maître de cpmposition, et mon écuyer, m'attendent che» moi; nous ferons aujourd'hui une partie de cheval dont vous entendrez parler à Bagnères-de-Luchon.
{Elle sort,)