LA PARTIE D'ÉCHECS
L'autre reste attéré dans sa doaleur muette , Et, du terrible mat à regret convaincu, Regarde encor long-temps le coup qui l'a vaincu. Delille.
— C'est assez parler de guerre; sur cet objet, comme sur beaucoup d'autres, la parole est maintenant aux événements... C'est M. de Chauvelin qui l'a dit : Jouons aux échecs. — Vous voulez vous faire battre. — Que le hasard soit neutre, et je parie pour moi. — D'abord, mon cher, il n'y a pas plus de hasard au jeu d'échecs qu'au jeu de la guerre; la victoire est toujours du côté du talent et des gros
bataillons Ccttnmencez donc par arranger vos
pièces^ votre roi n'est pas sur sa couleur, — Et vous qui parlez, où mettez vous vos fous? Il me semble que de tout temps leur place est auprès du roi et de la dame. — C'est que, dans votre maudit jeu, les fous et les cavaliers se ressemblent à s'y méprendre.
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— Tirons à qai aura le trait... — Je vous le donne; je me crois assez fort pour vous faire cet avantage. — J'accepte, je ne suis pas fier...
Savez vous que plus j'y réfléchis, et plus je per- ' siste à croire qu'il ne fallait pas entreprendre la guerre d'Espagne. — Bon ! vous y voilà encore ; tant mieux , je profiterai de vos distractions, je vous en préviens... — Soyez tranquille, je suis tout à-la-fois à ma pensée et à mon jeu; la preuve, c'est que je prends ce pion auquel vous avez très inconsidérément fait faire deux pas en passant devant le mien... Cette guerre est une faute dans toutes les hypothèses: les ennemis de la liberté des peuples devraient savoir, par expérience, quun peuple en révolution est un corps brûlant qu'il faut isoler et non pas saisir; les amis de notre gloire nationale auraient dû réfléchir que nos succès mêmes, dans cette lutte cruelle , ne peuvent être utiles qu'à l'Angleterre... — La marche est nouvelle, vous attaquez à-la-fois mes deux tours; mais elles sont à l'abri de vos coups... — Je les tiens bloquées, c'est tout ce qu'il me faut, et je marche en avant.
— En supposant qu'on ait pu croire la guerre indispensable, pourquoi diminuer ses forces en s'arrêtant devant Saint-Sébastien et Pampelune? on a beaucoup trop ri de la pointe du journal des Débats ; il n'y avait que cela de raisonnable. — Vous voulez entrer dans mon jeu , à ce qu'il parait? libre à vous,
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je retire mes cavaliers et je vous livre passage.-» Et moi je fais échec avec mon fou blanc ; — ^je le couvre avec mon pion , comme vous voyez. — Fort bien, mais je fais avancer la plus forte de mes pièces; — dans cecas, jero(3fue: venez chercher mon ipoi maintenant. — Patience! on saura se faire jour; je finirai par le dépouiller, j'en réponds sur ma foi... J'aurais marché droit sur Madrid, laissant à l'armée de la foi le soin de mes derrières... — Vous n'auriez pas empêché la retraite sur Séville. — Qu'importe? une fois maître de la capitale , j'aurais rallié au pouvoir légitime toutes les provinces centrales; j'aurais fait modifier, par une junte royaliste, la constitution des cortès; je l'aurais proclamée au nom de Ferdinand, et j'aurais ramené en France mon armée triomphante et glorieuse... Mais tandis que je parle vous faites votre chemin, à ce qu'il me parait; vous voilà sur mon terrain. — Je fais une diversion; cette tour me gêne, je la prends en échange de la mienne, dont je n'ai plus besoin. — C'est pièce pour pièce. — A votre tour échec au roi. — Par un cavalier que j'échange avec le mien. — Autre échec. — Par un pion que je prends encore; vous jouez au roi dépouillé , à ce qu'il paraît , sans songer à la position où le vôtre se trouve. — En occupant les gens chez eux, comme dit Figaro, on les empêche de se mêler de nos affaires...
Ainsi donc vous auriez voulu qu'on se jetât impru-
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demraent;danslecœurderEspagne?... — Nonjevous ai déjà dit que cette guerre me paraissait également dangereuse et impolitique; mais du moment qu'ion s était vu forcé de l'entreprendre, j'aurais désiré qu'on la fît de manière à s'assurer la seule chance de succès dont l'Angleterre ne ftlt pas en mesure de profiter; car, encore une fois, quel fruit pourrait-on retirer d'une entreprise dont le seul but avoué est de rendre la liberté absolue à Ferdinand , quand celui-ci est au pouvoir de ceux que les uns appellent ses ennemis, et les autres ses défenseurs, et qu'il est bien prouvé qu'on ne saurait l'atteindre dans la position qu'il a prise ?
— Échec au roi. : — Comment , au milieu de -toutes mes pièces? — ^^ J'ai paralysé tous leurs mouvements , et j e dois les prendre l'une après l'autre. — Maintenant, échec. — Je recule. — Nouvel échec — Je me place derrière mon dernier pion. — Je fais avancer ma tour; échec et mat.- — Point du tout, votre tour ne fait point échec, mais mon roi n'a plus de case : je suis pat, et la partie est nulle.
NOTRE SORTIE, etc. 3l5
k"* XXXI. [ao MAI 1833.]
XXXP CONSOLATION.