‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbre (volume 2)Chapitre 16 sur 61 · CHANT DIXIEME · texte numérisé non relu

CHANT DIXIEME

»inbat général. Bravoure de saint Joseph. Épouvante et fuite de Jésus-Christ. Sac du Paradis. Si- .tualion très-critique de la Vierge et de la Trinité. Arrivée de saint Priape, et triomphe du christia- |Bisme. Épilogue, fin du monde et fin du poème.

Ilvin pigeon , ma piété tremblante Se plaint à vous de vos propres bienfaits. Pourquoi toujours à rnes pinceaux discrets Présentez vous quelque image galante?

us LA GUERRE

Je l'ai quitté ce pays des amours , Pays charmant malgré tous ses orages, P^ys des fous envié par les sages , Où j'ai perdu la moitié de mes jours.

Il part ainsi l'homme qd'un sort contraire iorce à voguer vers un autre hémiiphère; tJn vent léger que le nord a produit Vient arrondip la voile déployée.

La mer écume, et la terre qui fuit A l'horizon semble déjà noyée; En soupirant il lève enco.r sa main Pour saluer le rivage lointain , Et gardera dans son âme attendrie IJn doux regret pour la douce patrie.

Au seul repos je restreins mon bonheur. Voudriez- vous réveiller dans mon cœur Des souvenirs que ma raison redoute?

Voudriez-vom me tenter? Non, sans doute ; Dictez-moi donc de plus sages accords ; Laissons en paix les vestales chrétiennes; Et, pardonnant à leurs saintes fredaines, Dn sombre Odin repoussons les efforts.

Notre avant-garde occupait la frontière, El du matin récitait la prière, Quand*les païens lui tombent sur le^ bras. A leur retour ou ne s'attendait pas.

Chacun pourtant fait bonne contenance; Au pas décharge on s'ébranle, on avance. Mais , à l'aspect de ces fiers ennemis , De ces géans que le nord a vomis, Aux longs sourcils, à l'oeil creux et sauvage, Nés dans les bois , durcis par les hivers , Et d'acier brut gcossièrement couverts.

Nos gens en vain rappelaient leur courage. Surpris, tremblans, et pâles de terreur,

^|ps se disaient : Allons , n'ayons pas peur. ' iRientôt après on fuit à toutes jambes,

Jamais poltrons ne furent plus ingambes.

De notre armée ils rejoignent le gros,

Font volte-face, et semblent des héros.

Le grand Michel sourit de leur vaillance ;

Odin arrive , et l'action commence.

Or, dites-nous, esprit inspirateur,

Qui le premier sut renverser son homme.

Ce ifut Joseph . Pourquoi rire , lecteur?

Ce fut Joseph hii-raème , et voici csmme.

On le voyait , de son rabot armé ,

Sortir des rangs , montrer son poing fermé ,

Puis sur ses pas reculer au plus vite.

Un Scandinave , à la fin irrité

De son audace et de sa lâcheté ,

Sur le pauyret court et se précipite.

Le bon Joseph s'était apparemment

Laissé conter, et croyait fermement

Que l'on échappe à l'ours le plus farouche

• Lorsque par terre à plat ventre on se couche : Il s'y jeta , disant ce fameux han Qui n'est qu'à lui, qu'on a mis en bouteille,

\ Et dont l'Eglise honore la merveille. L'autre emporté par son rapide élan, Du pied le heurte, et trébuche, ot culbute Dix pas plus loin : Joseph pendant sa chute Se relevant , sur lui fond aussitôt.

Et sur ses reins promène le rabot.

L'angp Uriel, dont la voix l'encourage, S'écrie alors : » Ce début glorieux De la victoire est pour nous le présage. . Marchons, chrétiens, exterminons ces dieux. Il marche donc , et sur sa tête altière L'Olympien lance un foudre vengeur.

€e foudre est vieux; de sa flamme.piemière

A peine il reste une faible chaleur ;

Mais cependant divine est sa nature ;

Mais il partait d'une main ferme et sure ;

Mais il est lourd; et s'il ne.brùlç pas.

Il peut du moins casser têtes etî)ras.

L'ange étendu sur la céleste arène

Sans mouvement, sans pouls, et sans baleine,

A. l'hôpital fut soudain emporté.

Cet incident, ici-bas ordinaire,

Des fanfarons rabattit la fierté.

Un Oremus leur semble nécessaire;

Et Raphaël s'écrie avec humeur:

« Vous faites bien d'invoquer le Seigneur;

Mais le Seigneur, qui vous croyait plus braves ,

Vous répondra : Païens et Scandinaves

Seront vaincus , si vous avez du cœur. »

Comme il parlait , un second foudre arrive ; '

Ses yeux il rase et de clarté les prive.

Voilà nos gens qui tremblent derechef.

Quelqu'un alors leur dit : « La chose est triste;

Mais un moment nous rendra notre chef.

Vous savez tous qu'il est bon oculiste. »

A l'aile droite on se défendait mieux.

De Gabriel la bravoure tranquille

Y soutenait un combat difficile.

Thor sur son char se dresse furieux ,

Et fait voler sa massue invincible :

L'ange l'évite en inclinant son front ;

Elle revient; mais notre ange est plus prompt

Son bras nerveux décharge un coup terrible

Sur l'un des boucs au timon attelés.

Le feif jaillit de sa corne divine;

Saisi d'effroi, de douleur il piétine,

Heurt€ le char dans ses bonds redoublés ,

DES DÏEU\. 151

Se jette à gauche, et toussant à voix furie, Son compagfton et son maître il emporte.

Le loup Fenris , l'aigle de Jupiter,

Dans ce combat d'éternelle mémoire

A nos dépens se couvrirent de gloire.

L'un dévorait. L'autre plane dans l'air ;

De temps en temps il fond comme un éclair

Sur nos héros; son adresse est extrême,

Et vainement on voudrait regimber ;

Puis il remonte , et laisse retomber

Sur chaque tête, à l'endroit 4u baptême ,

Les casques lourds qu'il enleva lui-m^me.

Sur leurs coursiers les trois filles d'Odin D'une aile à l'autre allaient avec vitesse. Caracolant et combattant sans cesse.

Malheur à ceux qui barrent leur chemin ! Les lances d'or à dix pas les renversent. Les bataillons sous leur* pas se dispersent. Mais Gabriel de ioin s'offre à leurs yeux : Tranquille et fier, beau, brillant , radieux , Cet ennemi leur paraît digne d'elles.

Un triple coup frappe son bouclier; Un autre suit; de l'élastique acier, Qui retentit, sortent mille étincelles.

L'ange étonné recule quelques pas, En souriant remarque leurs appas.

Et dit ensuite : «Avec trop d'avantage Vous m'attaquez, et de votre courage Eo ce moment d'autres pourraient douter. . Sur ces chevaux vous n'avez rien à craindre ; •Te suis à pied , je ne peux vous atteindre. A vos efforts si je sais résister.

Que dira-t-on.? que devient votre gloire ? Si vos coursiers vous donnent la victoire ,

i:.2 LA GUERRE

Un tel triomphe a-t-il de quoi flatter?

Voyons pourtant, et gardez-vous de croire

Qu'ici je tremble : on ne refuse pas

D'être battu par d'aussi joUs bras; « ,

>' Non , attendez , et nous allons descendre , »

Dit Gonduia , sensible à ce propos.

Et les trois sœurs sautent de leurs*chevaux ;

Et Gabriel «on gea il à se défendre,

Mais tout à coup il s'arrête et reprend : . « Ce sacrifice, entre nous, n'est pas grand. Je n'ai sur moi qu'une robe très fine;

Un dur acier couvre votre beau corps.

Pourquoi gêner cette taille divine ?

Dégagez-la, nous combattrons alorsi»

Ces mots adroits qu'il prononce avec grâce ,

Et dont le secs est écrit dans ses yeux ,

Font beaucoup rire et n'en valent que mieux:

La grâce est toirt , ayec elle tout passe.

« Il a raison , » dit la vive Rista.

On rit encore, et l'armure on ôta.

Quel doux moment ! la transparente gaze

Laisse admirer à l'ange connaisseur

De mille attraits la forme et la blancheur.

Muet, l'œil fixe , il semblait en extase.

Filles d'Odin , redoutez ce lutteur.

« Mais allons donc , et mettez-vous en garde, «

Dit Gonduia d'un air malin et doux.

L'ange repond : « Dès lors qu'on vous regarde ,

Il faut céder, la victoire est à vous.

Comment peut on lever sur tous ces charmes

TJn fer tranchant , les blesser, les meurtrir.

Lorsqu'on voudrait de baisers les couvrir.?

Point de combat, ou prenons d'autres armes;

Luttons plutôt. « Nouvel élonnement,

Nouveaux coups d'œil , nouveaux éckls de rire ;

Et Gonduia répète : « Il e^t charmant.

A sa demande il faudra bien souscrire, je veiux le vaincre; il n'importe comment. »

A l'aile droite à lutter on s'apprête ;

A l'dile gauche on criait au secours ;

Et vers le centre on se battait toujours.

Le grand Michel avait Odin en tête ,

Et résistait; c'est tout dire en deux mots.

Ce général monte un coursier rapide.

Son fier maintien, son courage intrépide

De ses soldais font presque des héros.

Odin frémit de honte et de colère ;

Et, brandissant un long^épieu pointu ,

Qui lui paraît une paille légère, Sur son rival il fond comme un tonnerre Dont le fracas au loin est entendu.

L'ange s'incline , et l'arme meurtrière , De son beau casque emportant le cimier, Frappe à l'épaule un innocent guerrier, Qui par malheur se trouvait là derrière ; C'est saint Thomas. Sur le parquet d'azur, Le ventre en l'air, ce vénérable apôtre Tombe aussitôt, disant : Il est bien dur Dans un combat de payer pour un autre •' Au même instant le redoutable Odin Tire son glaive ; et Michel qu'il menace , D'un coup heureux entamant sa cuirase , De sa peau dure écorche le chagrin.

Le dieu sourit , et sa riposte est prête : Si rudement tomba l'acier fatal , Qu'il pourfendit et le casque et la tête, Le cavalier, la sell^ et le cheval.

Les deux moitiés séparément tombèrent ; Les deux moitiés soudain se rajustèrent; Mais la douleur fait succomber Michel , Et d'un pas faible il rejoint Rapliaël.

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