‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbre (volume 2)Chapitre 17 sur 61 · III · texte numérisé non relu

III

13/î LA GUERRE

Quel contre-temps ! sa chute et sa retraite De ses soldats annonçaient la défaite.

Pour s'échapper chacun formait Son plan. Sauve qui peut ! crie alors yn quidam. Tous le pouvaient; la déroule est complète

Du Paradis observant tout cela

Le saint Trio craignait pour sdn empire.

«Va ; dit soudain le vénérable Sire,

Cours , mon cher fils , et preud ces foudres-là. «

En rechigaant Jésus prit, le tonnerre,

Et dépouilla d'un mouton débonnaire

Les traits heureux: Sur ses membres bénis

De blanc linon il déploie un surplis ;

Son cou divin s'entoure d'une fctole;

Il élargit sa brillante auréole ,

Grossit sa voix , raffermit son maintien ,

Marche à grands pas ; bref , il était très bien.

Ce nouveau chef, qui doit être invincible , Rend aux chrétiens l'espoir et la valeur: Le plus poltron se croit déjà vainqueur. Jésus, armé de la foudre terrible, Tourne la tête , et la lance au hasard ; Soudain Heimdall est couché sur l'arène. Ce premier coup l'anime ; un autre part; Du grand Odiri il brise l'étendard.

Et de héros renverse une douzaine.

Le dieu piqué se retourne vers ThoV; « Cours, et punis cet al)bé téméraire.

Son père ici ne soffre pas encor ; Fils contre fils , tu vaincras , je l'espère. Entre tes mains je remets mon tonnerre, r,

Le vaillant Thor, de plaisir transporté , Vole au combat ; et d'un autre côté L'on voit aussi Jupiter qui s'avance.

es attributs de leur triple puissance Ces fiers rivaux s'entourent à la fois. Les vents fougueux accourent à leur voix ; De toutes parts s'assemblent les nuages , Les tourbillons précurseurs des orages , Et les frimas enfans des noirs hivers.

En même temps se heurtent dans les airs Le chaud , le froid , et le sec , et l'humide ^, La blanche neige et la grêle rapide, Les flots de pluie , et le givre perçant , L'obscurité, l'éclair éblouissant, Les feux follets erraas dans l'atmosphère , El les éclats de ce triple tonnerre Que prolongeait l'écho retentissant.

L'homme , étonné d'un désordre semblable , Se cache et dit : il fait un temps du diable,

Jésus alors, certain de son pouvoir.

Se croit vainqueur, et, dans ce doux espoirp

Par un sourire* aux Païens il insulte.

Mais au milieu de cet affreux tumulte,

Qui dans le ciel ramenait le chaos ,

Sur lui soudain fondent ses deux rivaux ;

Et déjà même , aux foudres insensible ,

L'Olympien, impétueux, terrible.

Tendait le bras pour le prendre au collet :

I Notre sauveur à ce geste frissonne ; Son front pâlit, la force l'abandonne; 11 fuit : que dis-je? en fuyant il volait. Près de son père il retourne au plus vite ; Et reprenant sa forme favorite, l'riste , honteux , de chagrin il bêlait, lorsque spn dieu prend la fuite , sanS douta L'homme chétif a droit d'en faire autant. Gabriel seul aurait pu d'un instant De nos soldats retarder la déroute;

436 LA GUEÎIRE

Mais autre part on a su l'arrêter.

Vous occupiez le plus beau de nos anges , Filles d'Odin ; et, sans vous en douter, En l'occupant vous battiez nos plialauges.

Tout fuit , tout cède au vainqueur courroucé.

D'un saut rapide il franchit le fossé

Que fraîchement avait creusé la crainte;

Du Paradis il inonde l'enceinte ;

Le sanctuaire est aussitôt forcé.

O honte ! ô crime ! on rosse les Puissances ,

On jette à bas six mille Intelligences

Qui figuraient dans les processious ' .

De leurs gradins les Trônes on renverse ,

On foule aux pieds les Dominations ,

Et des Vertus le troupeau se disperse.

Du saint Trio les gardes résistaient ;

Et d'une main tenant la balustrade ,

Par de grands coups de l'autre ils éçafi'taient

Les in«olens qui tentaient l'escalade.-

Mais l'on empoigne et l'on jette à leurs nez.

Devinez quoi ! les têtes chérubines

Aux frais mentons , aux lèvres purpurines,

Que dans un coin trouvent cçs forcenés.

La garde fuit , à l'autel on fait brèche ,

Et l'on arrive à ces esprits divins

Qui jour et nuit brûlent sur leur bobèche :

Dessus l'on souffle, adieu les Séraphins.

En attendant, lecteur, qu'on les rallume , L'aigle s'abat sur le tendre pigeon Qui s'enfuyait, le grippe sans îaçon , Et dans les airs il fait voler sa plume. Le Saint-Esprit, qui m'inspire , prétend • Qu'il eut grand' peur dans ce critique instant.

Le loup Fenris du beau mouton s'empare, ^< Assez souvent tu te laisses croquer, «

DES DIEUX. Uj7

Criait lé monstie ; et sous sa dent barbare Les os divins commençaient à craquer.

Il faut tout dire. Odin, qui sur son siège Voyait la Vierge immobile de peur, Vers elle étend une main sacrilège ,' Jure par F, et pour comble d'horreur Il ajoutait : « C'est le droit du vainqueur ; Et vous cachez en vain, belle Marie ^ Ce que vos saints ncJmmeat l'ignominie. »

Voici bien pis. Le pèrç , en pâlissant ,

Pour s'échapper de son trône descend ;

Mais Jupiter, l'arrêtant par la manche ,

Saisit de plus sa barbe longue et blanche

« N'arrachez pas? n'arrachez pas ! morbleu j

Dit le Pater. Ecoutez , je liens peu

A mon autel, à l'encens qu'on me donne,

Et sans regret je vous les abandonne ; .

Mais laissez-moi ma barbe, au nom.de j^icu! »

L'autre sourit, et d'un effort coupable

Il secouait ce menton adorable.

A cet excès d'abomination, Complète fut la désolation, Tous les chrétiens prosternés en silence , A demi-morts, attendaient leur sentence.

Mais un bravo mille fois répété Se fait entendre ; on voit soudain paraître Un animal que l'on croit reconnaître , Coiffé -i'un froc, de laide empaqueté, Les reins serrés d'une blanche ficelle , Montant à pic vers la'voûie éternelle, Et dans les airs par six anges porté l C'était Priape , il dit d'une voix forte : << Paix là, faquins 1 à quoi bon ces combats? Ici l'on plaide, et l'on juge là-bas.

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