‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbre (volume 2)Chapitre 28 sur 61 · ADAM ET EVE · texte numérisé non relu

ADAM ET EVE

Nous savons trop à nos dépens

Comment le premier des serpens

Des femmes tenta la première ,

Et comment notre premier père

Acheva le fruit défendu

Que son épouse avait mordu.

Il leur en coûta l'innocence,

A nous aussi, hrûlans d'amour,

Sous des berceaux fermés au jour,

Du ciel ils bravent la défense ,

Et de leur première ignorance

Ils semblent craindre le retour.

Hélas ! il était impossible.

Mais enfin au feu des transports

Succède l'ivresse paisible;

Un bruit se fait entendre alors:

O ciel! c'est Jéhovah lui-même.

Leur trouble, leur crainte est extrême.

Pour échapper à l'œil divin ,

Les voilà qui prennent la fuite ,

Et qui se cachent au plus vite

LES GALANTERIES Dans l'épaisseur du bois voisin.

Bientôt le Seigneur les appelle, Et d'un ton ironique et doux :

« Couple obéissant el fidèle, Adam, Eve, où donc êtes-vous?»

Point de réponse. « J'irai prendre.

Et je saurai punir après.

Les insolens qui sont tout près, Et qui ne veulent pas m'enlendre»

A ce nouveau commandement, Il fallut quitter le bocage.

D'un figuier prenant le feuillage.

Ils s'en forment un vêtement.

Dans ce bizarre accoutrement , Ils s'avancent, mais lentement, Les yeux baissés , la tête basse , Joignant les mains , demandant grâce Confus, tremblans el consternés.

Tous deux de mensonge incapables Tels enfin que de vrais coupables Déjà jugés et condamnes- Adam précédait son amie:

Eve , craintive et pariant peu , N'aurait pu répondre à son Dieu.

Le péché l'avait embellie.

Son procès d'avance est instruit:

D'amour encore elle soupire, Et sur son visage on peut lire Ce qu'elle a fait pendant la nuit.

Eu femme sage et bien apprise.

Par dessus la verte chemise Qui ne dérobe qu'à demi De son corps ralbàlre arrondi.

Aux yeux du juge redoutable, Elle étend la main prudemment Sur ce qi'.'elle a de plus coupable ,

Sur ce qu'elle a de plus charraaot.

Dieu sourit , et dit en lui-même :

« Il est bien temps!» Mais aussitôt Reprenant d'un maître suprême Le front sévère , il dit tout haut :

« D'où venez-vous ?

ADAM

De ce bocage.

JKHOVAH.

Pourquoi ces robes de feuillage ?

A quoi bon s'accoutrer ainsi?

ADAM

J'étais ni;i , ma compagne aussi ; A vos yeux nous n'osions paraître Dans un état si peu déceot.

fKHOVAH.

Hier vous n'en saviez pas tant.

Quel hasard vous a fait connaître Et la décence et la pudeur ?

ADAM

Seigneur...

jéhov^h; Eh bien?

ADAM

Eve est si belle!

La pomme est si douce avec elle!

JÉQOVAH.

Il faudra payer sa douceur.

Homme ingrat, et yous, sa complice.

Vous, dont l'équivoque rougeur, El dont le petit air boudeur Semblent m'accuser d'injustice.

Sortez de ces heureux jardins , Sortez sans détourner la tète , Sortez donc ; ce séjour honnête

LES GALANTERIES N'est pas fait pour des libertins. »

A cette verte réprimande Il ajouta ce mot dernier:

« A propos , je vous recommande De croître et de multiplier. »

Sexe charmant, à votre empire Insensé qui s'opposera.

Eve elle-même vous légua Le don de plaire et de séduire.

Aux lèvres de son jeune époux, Lorsqu'eu riant sa bouche humide Offrit dans un baiser timide Le fruit qu'elle rendait si doux , Malgré la menace cruelle D'un maître qui savait punir, Il voulut se perdre avec elle , Avec elle il voulut mourir.

Maudit par son juge sévère, Sans secours errant sur la terre, Il disait avec un souris :

Eve, tu m'aimes, je l'adore, Et le baiser nous reste encore; Crois-moi, voilà le paradis.»

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