‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbre (volume 2)Chapitre 36 sur 61 · THAMAR ET JUDAS · texte numérisé non relu

THAMAR ET JUDAS

Un jour à ïhamar on apprit Que judas , pour un court voyage S'éloignant du toit qu'il chérit , Allait passer près du village.

Elle quitte alors prompteinent Du veuvage le vêlement; D'herbe et de fleurs elle couronne L'ébène de ses long* cheveux , Entoure d'anneaux précieux Ses bras et sa jambe mignonne , Découvre un des globes de lis Que voile l'usage sévère , El prend la tunique légère Des courtisanes de Memphis.

Une heure à peine est écoulée , Descendant du coteau voisin , Le beau-père sur le chemin Rencontre une femme voilée.

« Son maintien gracieux et doux Me plait , dit-il ; sa taille est fine ; Ses mains blanches comme l'hermine Retombent sur ses deux genoux. ~

Abordons-la Belle inconnue.

Qu'un sort propice offre à ma vue, Que le Seigneur soit avec vous !

Malgré le voile qui vous cache, Vos attraits ont touché mon cœur :

Voulez-vous que ma main détache La ceinture de la pudeur?

— Je ne suis point femme publique.

Mais celui qu'un usage antique Rend l'arbitre de mes destins Semble m'oublier. — Je vous plains.

— Malgré mes droils , il me refuse Un époux. — Prenez un amant.

Son injustice est votre excuse.

— Le puis-je? parlez franchement.

— Sans doute , et de la circôustance Vous devez même profiter.

Ces biés qu'un souffle ami balance Au plaisir semblent inviter.

— Il est vrai ; mais pour récompense Qu'obtiendrai je ? — Un jeune chevreau, Que chez vous je ferai conduire.

— Au traité je veux bien souscrire, Si pour garant j'ai voire anneau.

Sur l'avenir qu'il me rassure.

— Je vous le doune, mais pourquoi Joignez-vous à voti e parure

Ce voile jaloux ? — Jurez-moi De le respecter. — Je le jure. »

Le soir même le bon Judas Dit à son esclave fidèle :

« Ecoute, et prouve-moi ton zèle.

Dans le troupeau tu choisiras Un chevreau , qu'il te faut conduire Discrètement et sans mot dire Au village qu'on voit là-bas.

Dans ce lieu cherche la demeure D'une femme qui ce malin , Assise sur le grand chemin , Avec moi s'entretint une heure.

En échange de ce chevreau Elle le rendra mon anneau. •»

L'esclave , malgré sou adresse , De la femme ignorant le nom , Ne put remplir ja mission.

Avee constance , avec tristesse , De porte fn porte promenant L'animal craintif et bêlant , A tous les passans il s'adresse:

Et les passans répondaient tous :

« Cherche ailleurs cette courtisane.

L'homme au chevreau : fille profane Jamais n'habita parmi nous.»

Mais bientôt du même village Il reçoit ce triste message :

« Thamar a blessé ton honneur ;.

Et de sa taille la rondeur Décèle un honteux adultère.

Prononce , et dis ce qu'il faut faire.

— Il faut obéir à la loi. Qu'elle paraisse devant moi. »

On va la chercher, on l'entraîne^, Ses mains mignonnes on enchaîne , Et la voilà devant Judas.

Son visa est baigné de larmes ; Et chacun regrette ses charmes Déjà condamnés au trépas.

» O fille autrefois si chérie!

Quel est l'infâme séducféur Qui cause aujourd'hui mon malheur.

Qui t'arrache aujourd'hui la vie?

— Voici l'anneau qu'il m'a donné.

— Que vois je! père infortuné!

Je suis seul injuste e! coupable.

Tu vivras, fille trop aimable.

Mais le ciel sans doute est lâché.

Thamar, implorons sa clémerce.

Ensemble nous avons péché , Faisons ensemble pénitence. »

• LES GALANTERIES Lecteur, tu souris à ce trait:

Mais du patriarche indiscret Que l'exemple au moins te profi.le :

Si îu vois gentilles catins Assises sur les grands chemins , Tourne la tête , passe vite , Et redoute les blés voisins.

JOSEPH ET NITÊFLIS,

Judas avait un jeune frère

Qui déjà croissait en vertus :

Peut-être ses vœux ingénus

Du ciel fléchirent la colère.

Joseph, esclave dans Memphis ,

A l'amoureuse Niléflis

Innocemment avait su plaire.

Lui seul à son gré la servait ;

Sans humeur et sans négligence ,

Lui seul avec intelligence A ses ordres obéissait ;

Lui seul de sa chambre approchait.

A chaque instant sa voix l'appelle ;

A chaque instant Joseph est là ;

Faites ceci , faites cela;

Et toujours louange nouvelle.

Un soir, dans son appartement ,

Cet esclave , attentif et sage

Allait, venait , et proprement

Pvaugeait tout selon son usage :

«Joseph, dit-elle, en ce moment

Nous pouvons être heureux sans crainte

Je suis seule; plus de contrainte, *

Et jouis des droits d'un amant.»

Ainsi parlant elle se couche

Sur des coussins voluptueux ;

Le désir humecte ses yeux

Et le baiser vient sur sa bouche ;

DE LA BIBLE. /jO

Son sein tout à coup dévoilé S'enfle, et palpite avec vitesse ; Et sa main cherche avec mollesse La main de l'esclave troublé.

« Je ne suis point perfide et traître , Lui dit Joseph; n'attendez rien. '

Je serai fidèle à mon maître , A votre bienfaiteur, au mien.

— Nos plaisirs seront un mystère Impénétrable à mon époux.

— Rien n'échappe au Dieu de moa père ; Ses regards sont fixés sur nous. «

Alors sur l'esclave modeste Nitéflis veut porter la main ; Entre ses bras le manteau reste , Et Joseph disparaît soudaiu.

Il eut raison , car Dieu lui-même Disait aux enfans d'Israël :

« De l'étrangère qui vous aime Fuyez le baiser criminel.»

ZAMBRl ET COZBI.

Non loin d'une ville parjure

Où l'on adorait Belphégor,

Une source qu'on voit encor

Donnait une onde fraîche et pure

Qui roulait sur un sable d'or,

Le thym et la fraise sauvage

Se disputaient ses bords aimes ,

Et des orangers parfumés

La protégeaient de leur feuillage.

C'étoit là qu'au déclin du jour

On voyait les jeunes pucelles

Puiser ensemble ou tour à tour

L'eau qui coulait exprès pour elles.

Un soir le curieux Zambri

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