IV
Contemplait leur troupe folâtre Courant sur le gazon fleuri.
La beauté plaît, quoique idolâtre.
Del'Hébreux les sens sont émus.
A ce jeune essaim d'infidèles Il trouve des grâces nouvelles.
Des traits jusqu'alors inconnus; Toujours la nouveauté nous tente.
Une entre autres vive et piquante S'approche, une cruche à la main.
Et sur l'étranger qui l'admire Elle jette un regard malin Qu'accompagne un malin sourire.
Un second coup-d'œil l'enhardit L'imprudent l'aborde avec grâce , Saisit la cruche, la remplit.
Et sur sa tête la replace.
Par un salut il est payé; Pui^ Cozbi rejoint ses amies ; Et déjà des vertes prairies Elle avait franchi la moitié :
Alors elle tourne la tête.
Des yeux son amant la suivait , De la main il la rappelait.
La fripponne aussitôt s'arrête , Laisse tomber sa cruche, et dit, En feignant un léger dépit : « Maladroite! de la fontaine ' Faut-il reprendre le chemin?
Oui, sans doute; c'est double peine; Mais ce vase doit être plein. »
Elle revient d'un pas rapide:
Zambri la reçoit dans ses bras, Et presse d'une b juche avide Ses chai mes nus et délicats.
«J'entends du bruit, dit-elle, écoule.
— Ne crains rien, ce sont des oiseaux, lis s'aiment , se cherchent sans doute, Et se trouvent sur les rameaux.
Fai«5ons comme eux , et mieux encore.
Que tes regards sont enchanteurs !
Viens , et couche-toi sur les fleurs ;
Le feu du désir me dévore.
— Dieu! je tremble à ce bruit nouveau.
— C'est l'orange mûre et dorée , Qui de sa tige séparée
Tombe et flotte sur le ruisseau.
Sois tranquille en ce lieu ; personne Ne troublera notre bonheur.
— Eh \mn ! presse-moi sur ton cœur; A tes baîsers je m'abaudoune. »
Le ciel, qu'Irritaient leurs transports.
Charge Phinès de les surprendre.
Il vient, frappe , et ce couple tendre S'aime encor, dit-on, ckez les morts.
Que l'erreur à l'homme est facile!
Que son œil est louche et débile!
Combien ses principes sont faux !
Devrait-il à son ignorance Joindre encore l'impertinence Qui juge et tranche à tout propos!
Caïn assassine son frère ; De ses filles Lot est l'amant; Avec adresse à «on beau -père Thamar escamotte un enfani; Ruben séduit sa belle-mère:
Voilà, disons-nous i(.i-bas, Des forfaits; gare le tonnerre!
Mais Dieu, qui s'y connaît, j'espcre> Les voit, et ne sourcille pas.
Toucher fille madianile,
Et baiser sa gorge prescrite , A nos yeux trompés c'est un jeu ; Aux yeux du Seigneur c'est un crime Digne de l'infernal abîme.
Ne baisons rien, et touchons peu.