‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbre (volume 2)Chapitre 38 sur 61 · DAVID ET BETHSABÉE · texte numérisé non relu

DAVID ET BETHSABÉE

Peut-être David en son âme Avait calculé tout cela, Lorsque sans crainte il immola Le mari dont il prit la femme.

Bethsabée entrait dans le bain Sans soupçons et tout-à-fail nue ; Sur elle du palais voisin Le roi laisse tomber sa vue. ^ « Quelle est, dit-il aux courtisans, Cette femme brune et jolie Dont l'aspect a troublé mes sens ?

— C'est l'épouse du brave Urie.

Urie en fidèle soldat

De Joab a suivi l'armée; Ici son épouse alarmée Attend le succès du combat.

— Je la vois toujours plus charmante.

Je veux par un mot d'entretien Rassurer son âme tremblante; Qu'elle vienne et ne craigne rien. »

C'est en rougissant qu'elle arrive.

Le tête-à-tête dure peu; Mais en s' éloignant de ce lieu , Sa rougeur est encor plus vive.

Le prince à Joab écrivit ; De sa main il voulut écrire ; Et bientôt Joab répondit :

«^ En ce moment Urie expire. •>

David ,'^bien et dûment prêché

DE liA BIBLE. 55

Par uu docteur plein de sagesse , Pleura quelque temps sou péché , Mais garda toujours sa maîtresse.

AMNON ET ZAMAR.

Son fils alors , le jeune Amuon , Brûla d'une coupable flamme Il voulait au fond de son âme Cacher sa folle passion.

«< O pendant terrible et funeste!

Disait-il; Zamar, ô ma sœur!

O doux nom qui fait mon malheurt Lien sacré que je déteste !

Empoisonné par les remords, Cet amour est illégitime , Je le sais ; et l'aspect du crime Semble ajouter à mes transport?. •»

Il veut combattre ; vaine attente !

De cet objet victorieux L'image revient sous ses yeux Toujours plus* belle et plus puissante.

Frappé d'une juste terreur, Il a lui ; mais Zamar absente Brûle ses sens , remplit son cœur; Il la nomme dans son délire, La nomme , lui parle et l'entend ; Il la repousse à chaque instant ; Et dans l'air même il la respire.

Tantôt sur le bord des ruisseaux.

Couché dans l'herbe fleurissante , De sts pleurs il grossit leurs Ilots, Et la voix seule des échos Répond à sa plainte touchante.

Quelquefois sa douleur s'aigrit ; Alors sur des rochers arides Il promène ses pas rapides Auprès du torrent qui mugit ;

Alors des moissons et des plaines Il hait le spectacle riant , Et parcourt des forêts lointaines Oïl règne un silence effrayant.

Dans un délire involontaire Ainsi s'écoule tout le jour; Faible enfin, épuisé d'amour, Il cherche son lit solitaire :

Mais l'amour encor l'y poursuit ; Ses larmes coulent dans la nuit, Ou si quelquefois il sommeille, Ce repos même est sans douceurs ; Un songe lui rend les erreurs Et les souffrances de la veille.

Amnon cède enfin au transport

Qui l'entraîne vers ce qu'il aime.

« O Zamar ! c'est toi , c'est loi-même ,

Qui dans mon cœur a mis la mort.

J'en jure par le Dieu terrible,

J'ai résisté , j'ai combattu ;

Mais dans ce combat si pénible ,

O ma sœur! l'amour a vaincu.

Ce mot seul cause tes alarmes.

Va , mon cœur est fait pour t'aimer.

Mes yeux pour contempler tes charmes.

Le monde ose en vain me blâmer.

Suis ces deux ruisseaux dans leur course

Échappés de la même source,

D'abord ils coulent séparés;

Puis un même lit les rassemble,

Et leurs flots vont se perdre ensemble

Sous des ombrages ignorés.

Prenons ces oiseaux pour modèles :

Le mêrtie nid fut leur berceau ;

Et déjà le même rameau

Les voit amoureux et fidèles.

Abel fut aimé de sa sœur, Et Dieu sourit à leur bonheur.

Ce Dieu qui voit couler nos larmes N'est pas aujourd'hui plus cruel :

Je suis plus sensible qu' Abel , Et Thirza n'avaii pas tes charmes. »

Zamar ne lui répondait pas; Sa résistance est incertaine ; Tremblante elle refuse à peine , Et fuit à regret de ses bras.

Cependant la noire tristesse D'Amnon flétrissait les beaux jour».

Il rejetait les vains secours Que l'art offrait à sa faiblesse.

« Du tombeau si l'on veut m'ôter, Dit-il, que Zamar se présente Avec la liqueur bienfaisante Qu'elle seule sait apprêter. »

Zamar lui porte le breuvage , Il la voit, détourne les yeux , Et baisse un front silencieux ; Des larmes baignent son visage; Un long soupir sort de son cœur ; Il avance une main brûlante.

Reçoit la toupe, et de sa sœur Il a louché la main tremblante.

I^a coupe échappe de leurs doigts ; Ils frissonnent , Amnon succombe, Et Zamar sans force et sans voix Tombe, se relève, et rerombe.

Pauvres humains 1 de vos erreurs L'inconstante est souvent exirème; Et souvent aussi les pécheurs Sont punis [.ar le péché même.

Tout-à-coup dans le cœur d'Amuon

Dieu mit le remords et la honte ,

Et du dégoût le froid poison.

Faut-il que ma muse raconte

Ce trait affreux ? « Soçs , laisse-moi ,

Cria-t-il; fuis un misérable.

Fuis donc; dans mon âme coupable

Ta présence répand l'effroi.

Va gémir et pleurer ta gloire ;

El du bonheur empoisonné

Que ta faiblesse m'a donné

Périsse à jamais la mémoire! »

Zamar lui répond en pleurant -.

<« Quels mots sont sortis de la bouche !

Ton premier crime fut bien grand ;

Mais, crois-moi, quand ton bras farouche

Ose me chasser, tu commets

Le plus noir de tous les forfaits. »

A ces mots elle se retire.

Ses pas incertains s'égaraient.

Dans sa douleur elle déchire s Les vêternens qui la couvraient; . De cendre elle souille sa tête , Meurtrit l'albâtre de son sein , Veut parler, rougit et s'arrête , Sur ses beaux yeux porte sa main.

Rougit encore, et parle enfin :

« Le deuil doit être ma parure, pourquoi ce riche vêtement ?

Pourquoi cette blauclw ceinture , Qui des vierges est l'ornement ?

« Hélas! de la robe royale Il est flétri l'antique honneur;

De la tunique virginale Un crime a souillé la blancheur.

« Barbare , tu causas ce crime; Élait-ce à toi de m'en punir.?

De ton amour je fus victime; De ta haine il faudra movrir.

« Haïr est un supplice encore.

Moins à plaindre dans mon malheur.

Je te pardonne , et je n'implore D'autre vengeance que ton cœur. »

Mais la vengeance fut affreuse , Puisqu'Absalon dans sa fureur Immola son frère à sa sœur, A sa sœur qui , plus malheureuse Après cet outrage nouveau , Suivit le coupable au tombeau.

Dans cette aventure cruelle, De David l'âme paternelle Connut la douleur et l'effroi.

Mais de ses peines la plus dure Fut de vieillir. Un prince, un roi Devrai t-il donc de la nature Comme un autre subir la loi ?

C'est vainement que son altesse Avalait , aux yeux d'un docteur, Ces vins dont l'heureuse chaleur Dans les sens porte la jeunesse ; En vain d'une fourrure épaisse On tient ses vieux membres couverts; Giacé par quatre-vingts hivers , De froid il grelotait sans cesse.

<< Il faut, dit l'un des courtisans, Chercher, trouver une pucclle ,

hU LES GALANTE fUES

Pucelle, vraiment , fraîche et belle , El qui joigne à cela seize ans.

De plus , qu'elle soit caressante :

De sa majesté complaisante La couche elle partagera , Et sur son sein réchauffera.

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