DAVID ET ABISAG
Ce nouvel avis parut sage.
Mais long- temps il fallut chercher.
Enfin , dans nij petit village On trouva l'heureux pucelage Qui près<lu roi devait coucher.
On reconnut son existence; D'Abizag il portait le nom.
Un jeune berger du canton Le pourchassait avec constance :
Après trois mois de résistance , Il chancelait dans ses refus; Un jour encor, il n'était plus.
La vanité souvent l'emporte Sur l'amour, même féminin.
La belle hésita , mais enfin L'ambilion fut la plus forte.
Jézahel tombe à ses genoux, Et d'un air suppliant et doux :
« Ton cœur a connu la tendresse.
Peut-il oublier sans retour Et ma constance et la promesse Que ta bouche fit à l'Amour .^ « Tu trouvais tout dans cet asile, Des bois , de» ruisseaux , uu beau joui-j Des fêtes, un bonheur tranquille, Et les hommages de l'Amour.
« Tu me quittes; et moi , cruelle,
DE LA JitBLE.
Je garderai dans ce séjour Le souvenir d'une infidèle , El les tourmens de mon amour.
ïu vas chercher un diadème.
Pars, mais tu pourras à ton tour Regretter, sur le troue même, Le baiser que donne l'amour. »
Abisag, d'une voix émue : « N'obscurcis point par le chagrin L'horizon brillant et serein Qui se découvre- à notre vue.
Je tiendrai ce que j'ai [)romis.
Au roi l'amour n'est plus permis.
Pour lui ce nouvel h} menée ,-- N'est qu'un remède seulement, v .
De la bergère couronnée «s^atBTr * En secret tu seras l'amant.
Je te vois déjà, capitaine, Puis colonel, puis général.
Fidèle et né pour la victoire , Vers le plaisir et vers la gloire Tu marcheras d'un pas égal.
Par Jézahel sera cueillie Celte rose qu'il croit jolie, lEI qu'il faut porter à la cour :
Je la réserve à sa tendresse ; ! Et pour gage mon cœur lui laisse Un baiser que donne l'amour. »
Elle joignait à la jeunesse
Beaucoup d'attraits , quelque finesse,
Un naïf et doux enirelicn :
Du prince elle échauffa la glace.
Mais sans la foudre j il dormit bien ,
(iO LES GALANTERIES
A son épouse rendit grâce , Ë^t de la rose ne dit rien.
Mais au bout d'un mois, celte rose, Qui trouvait qu'au bandeau royal Il manquait encor quelque chose , Voulut, sans en dire la cause, Visiter son hameau natal.
A sa réchauffeuse jolie David ne disait jamais non; El d'ailleurs celte fantaisie Annonce un cœur sensible et bon.
Son apparition soudaine Du berger calme le chagrin.
Elle repart le lendemain Très satisfaite et vraiment reine;-
Jézahel , quelques jours après , Quitta le hameau pour la ville.
Sur lui d'un roi faible et facile On accumrla les bienfaits.
Toujours cher à sa protecirice, Quelquefois d'un jaloux soupçoii Il sentait le vil aiguillon :
Un mot dissipait ce caprice.
Abisag et tous ses appas Couchaient à côté du monarque.
Et pourtant il ne péchait pas ; De la bible c'est la remarque.
Lecteur, quitte à pécher un peu , Il faut, dans l'hiver de ton âge , Imiter ce roi juste et sage , Qui fut selon le cœur de Dieu.