‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbre (volume 2)Chapitre 39 sur 61 · DAVID ET ABISAG · texte numérisé non relu

DAVID ET ABISAG

Ce nouvel avis parut sage.

Mais long- temps il fallut chercher.

Enfin , dans nij petit village On trouva l'heureux pucelage Qui près<lu roi devait coucher.

On reconnut son existence; D'Abizag il portait le nom.

Un jeune berger du canton Le pourchassait avec constance :

Après trois mois de résistance , Il chancelait dans ses refus; Un jour encor, il n'était plus.

La vanité souvent l'emporte Sur l'amour, même féminin.

La belle hésita , mais enfin L'ambilion fut la plus forte.

Jézahel tombe à ses genoux, Et d'un air suppliant et doux :

« Ton cœur a connu la tendresse.

Peut-il oublier sans retour Et ma constance et la promesse Que ta bouche fit à l'Amour .^ « Tu trouvais tout dans cet asile, Des bois , de» ruisseaux , uu beau joui-j Des fêtes, un bonheur tranquille, Et les hommages de l'Amour.

« Tu me quittes; et moi , cruelle,

DE LA JitBLE.

Je garderai dans ce séjour Le souvenir d'une infidèle , El les tourmens de mon amour.

ïu vas chercher un diadème.

Pars, mais tu pourras à ton tour Regretter, sur le troue même, Le baiser que donne l'amour. »

Abisag, d'une voix émue : « N'obscurcis point par le chagrin L'horizon brillant et serein Qui se découvre- à notre vue.

Je tiendrai ce que j'ai [)romis.

Au roi l'amour n'est plus permis.

Pour lui ce nouvel h} menée ,-- N'est qu'un remède seulement, v .

De la bergère couronnée «s^atBTr * En secret tu seras l'amant.

Je te vois déjà, capitaine, Puis colonel, puis général.

Fidèle et né pour la victoire , Vers le plaisir et vers la gloire Tu marcheras d'un pas égal.

Par Jézahel sera cueillie Celte rose qu'il croit jolie, lEI qu'il faut porter à la cour :

Je la réserve à sa tendresse ; ! Et pour gage mon cœur lui laisse Un baiser que donne l'amour. »

Elle joignait à la jeunesse

Beaucoup d'attraits , quelque finesse,

Un naïf et doux enirelicn :

Du prince elle échauffa la glace.

Mais sans la foudre j il dormit bien ,

(iO LES GALANTERIES

A son épouse rendit grâce , Ë^t de la rose ne dit rien.

Mais au bout d'un mois, celte rose, Qui trouvait qu'au bandeau royal Il manquait encor quelque chose , Voulut, sans en dire la cause, Visiter son hameau natal.

A sa réchauffeuse jolie David ne disait jamais non; El d'ailleurs celte fantaisie Annonce un cœur sensible et bon.

Son apparition soudaine Du berger calme le chagrin.

Elle repart le lendemain Très satisfaite et vraiment reine;-

Jézahel , quelques jours après , Quitta le hameau pour la ville.

Sur lui d'un roi faible et facile On accumrla les bienfaits.

Toujours cher à sa protecirice, Quelquefois d'un jaloux soupçoii Il sentait le vil aiguillon :

Un mot dissipait ce caprice.

Abisag et tous ses appas Couchaient à côté du monarque.

Et pourtant il ne péchait pas ; De la bible c'est la remarque.

Lecteur, quitte à pécher un peu , Il faut, dans l'hiver de ton âge , Imiter ce roi juste et sage , Qui fut selon le cœur de Dieu.

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