‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbre (volume 2)Chapitre 4 sur 61 · I-K PÈRE · texte numérisé non relu

I-K PÈRE

Noire ennemi plus que nous est j^éné: Cela console , et nous pouvons attendre.

JÉSUS-CHRIST

A ces messieurs nous devons un dîné; Bon ou mauvais , il convient de le rendre.

LE PÈRE

Ainsi soit-il. D'archanges radieux Qu'une douzaine aille inviter ces dieux.

Le groupe ailé s'acquitte du message.

On accepta, mais pour le jour d'après :

Gens du bon ton ne se hâteut jamais ;

Se faire attendre est assez leur usage.

Le lendemain ils viennent un peu lard.

Chacun se lève , ou leur fait politesse ;

A table ensuite on se place au hasard;

Elle est étroite ; on s'y pousse , on s'y presse,

Et l'on sourit déjà d'un air malin.

Pour tout diner l'on voit quelques hosties

Sur la patène avec grâce servies ,

Qu'accompagnaient six burettes de vin ,

Non de Bordeaux , de Champagne , ou du Rhi n ,

Mais de Surêne; et l'on assure même

Qu'à sa naissance il reçut le baptême.

Les conviés, peu faits à ces façons,

Disaient tout bas entre eux : Nous souperons.

Pour amuser ses dédaigneux confrères, Le doux Jésus : qui s'y coanaît vraiment. Après dîner fit jouer des mysières.

On commença par le commencement.

Et sur la scène on mit^e premier homme, La première Eve et la première pomme.

Du frais Éden ces lieureux possesseurs , L'un jeune et beau , l'autre jeune et jolie , Les bras pendans allaient de compagnie.

D'un pas distrait ils marcliaient sur les fleurs , Cueillaient des fruits, avalaient l'onde claire, Pour tout plaisir denicbaient les oiseaux, Jetaient du sable ou crachaient sur les eaux, Bâillaient ensuite , et ne savaient que faire. Ils se couchaient ensemble, et dormaient bien; Ils étaient nus, et ne pensaient à rien. Le diable arrive : il pariait comme un ange; Eve l'écoute, et la pomme elle mange.

Sans ce malheur, qui fut heureux pourtant , Le genre humaiu restait dans le néant.

Que dis-je ? heureux ! Le fruit croqué par elle, Et qui servit à son instruction , Nous vaut à tous une indigestion , Forte, terrible, et déplus éternelle.

Ce dénoûment déplut à Jupiter.

«Monsieur, diî il, vous faites payer cher Une reinette. Aux gourmands encor passe; Mais à leurs fils qui n.'cn ont pas goûté! Dans le néant aller chercher leur race, Pour^'la damner! Quelle sévérité!»

Monsieur répond: «J'ai trop puni les hommeb , J'en conviendrai; qu'y faire? Je suis bon , Mais je suis vif; j'aimais beaucoup ces pommes; J'y tenais , moi , pourquoi me les prend-on ? »

La scène change; ou découvre un village, Dans ce village un petit atelier, Où travaillait un pauvre charpentier.

Pauvre i non pas ; femme gentille et sage Est un trésor ; mais il n'y touche point ; Son avarice est grande sur ce point.

y. 8 LA GUERRE

On voit encore une arrière-boutique ,

Un lit modeste , une vierge dessus,

Dont les attraits ont dix-huit ans au plus,

El qu'assoupit un sommeil angélique.

Il faisait chaud ; cette vierge en dormant

A dérangé l'utile vêtemont

Qui la couvrait; sa robe se replie,

Et laisse voir ce qu'on ne vil jamais.

Sa jambe nue et sa cuisse arrondie

En s'écartaut semblent chercher le frais.

Un beau pigeon au plumage d'albâtre,

Du ciel alors descend sur le théâtre.

Son rouge bec et ses pattes d'azur,

De son gosier le timbre clair et pur,

Son auréole, et surtout ses manières ,

Le distinguaient des pigeons ordinaires.

Sur la dormeuse il plane galamment ,

S'abat ensuite , et léger il se pose

Juste à l'endroit délicat et charmant

Où des amours s'ouvre à peine la rose.

De son plumege il le couvre un moment ,

Ses pelits pieds avec adresse agissent ,

Son joli bec l'effleure doi'cement.

Et de plaisir ses deux ailes frémissent.

« A.uriez- vous cru, messieurs, que d'un pigeon

Il pût jamais résulter un mouton ?

Dit le papa d'un air grave et capable.

En nous , chez nous, tout doit être infcroyable.

On croit pourtant et voilà ce qu'il faut.

J'aime à l'excès les énigmes sans mot «

Du Paradis la troupe infatigable,

Pour terminer, joua la passion ,

Et joua bien. Les conviés, dit-on.

Goûtèrent peu ce (Irame lamentable.

Mais un malheur qu'on n'avait pas prévu

Du dcnoûmeul égaya la tristesse.

DES DIliTJ X. -^'J

Bien flagellé le héros de la pièce Etait déjà sui la croix étendu.

Ou choisissait pour ce rôle pénible Un jeune acteur intelligent , sensible , Eeau, vigoureux, et sachant bien mourir ; Il était nu des pieds jusqu'à la tête : Un blanc papier qu'une ficelle arrête Couvrait pourtant ce que Vvn doit couvrir. Charmante encore après sa pénitence , La Magdeleine au pied de la potence Versait des pleurs : ses longs cheveux épars, Son joli sein qui jamais ne repo.se.

Du crucifix attiraient les regards; Il voyait tout , jusqu^au bouton de rose ; Quelquefois même il voyait au-delà.

Prêt à mourir, cet aspect le troubla.

Il tenait bon ; mais quelle fut sa peine , Quand le feuillet vint à se soulever ! »» Otez, dit-il, ôtez la Magdeleine, Otez-la donc, le papier va crever. »

Soudain il crêv»; et la Vierge elle-même Pour ne pas rire a fait un vain effort.

«<Le tour est bon, dit le Père suprême,

On le voit bien , le drôle n'est pas mort. »

Cet incident finit la «raj^édié.

On se sépare avec cérémonie ;

Et les païens retournent dans leur fort

Eu répétant : « Le drôle n'est pas mort.»

FIN nu CHANT Sh«COND.

CHANT TROISIÈME

Abandon et détresse des dieux païens. Combat. Sainson vaincu par Hercule. Des saintes commandées par Judith forment mie attaque séparée ; elle ne réussit pas; mais Juditii y gaj^ne quelque chose. Les païens battent en retraite. Elocus de l'Olympe. Priape et les Satyxes font une sortie.

Abandonnant la terrestre demeure,

Un jour, dit-on, six hommes vertueux,

Morts à la lois , vinrent à la même heure

Se présenter à la porte des cieux.

L'ange parait, demande à chacuu d'eux

Quel est son cuite ; et le plus vieux s'approche,

Disant :.Tu \-ois nu bon mahométau.

t-'ANGE:

Entre, mon cher, et tournant vers la gauche, Tu trouveras le quartier musuhnan.

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