‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbre (volume 2)Chapitre 5 sur 61 · I.*ANGE · texte numérisé non relu

I.*ANGE

Entre, et rejoins les tiens sous ce porti(jue. Venons à toi , quelle religion As-tu suivie?

LE SIXIÈME

Aucune.

l'ange.

Aucune .**

LE SIXIÈME

Non.

l'ange.

Mais cependant quelle fut ta croyance?

LE SIXIÈME

L'âme immortelle, un Dieu qui récompense Et qui punit ; rien de plus.

l'ange.

En ce cas , Entre , et choisis ta place où lu voudras. Ainsi raisonne , ou plutôt déraisonne Un philosophe, un sage de nos jours.

Sage insensé! mais que Dieu lui pardonne. Si Dieu le peut, cet étrange discouis, Franç-ils, croyez tout ce qu'ont cru vos pères; Femmes; aimtz ce qu'ont aimez vos mères j Croyez, aimez; et lorsqu'il vous plaira, Du ciel pour vous la porte s'ouvrira. Non , tirrêtez : la guerre vient d'éclore Dans ces hauts lieux; le royauoie d'azur

'62 LA GUERRÎ-

A Jésus-Chrit n'appartient pas encore :

On va combattre ; attendre est le plus sûr.

Trop négligés dans leur petiî domaine

Les dieux païens subsislaient avec peine:

L'tncens manquait. Leurs rivaux plus heureux

Escamotaient les terrestres prières ,

Les chants discords , les offrandes , les vœux

Et les parfums là-haut si nécessaires.

Gens affamés n'entendent pas raison.

Peu satisfaits de leur maigre pitance ,

Quelques Sylvaius d'un appétit glouton

Pleuraient un jour leur première abondance.

Leurs poings fermés, leurs regards menaçans ,

Sur les chrétiens se détournaient sans cesse;

Ils déclamaient contre l'humaine espèce;

Quand tout à coup un nuage d'encens

De leur humeur adoucit la tristesse.

« Bon , dit l'un d'eux , ceiui-là vient à nous;

De sa vapeur d'avance je m'enivre.

Comme il est gros ! Amis , rassurez-vous;

Pour quelque temps nous aurons de quoi vivre.

A bien dîner à tort il s'attendait.

Quarante saints, qu'un ange commandait, Au Peradis convoyaient ce nuage.

Il s'approcha drs Sylvains étonnés , Et passa juste à deux doigts de leur nez. Ce qui n'était qu'un simple badinage, Au sérieux fut pris par ces pandours.

De Jupiter l'ordre est précis; n'importe, A coups de sabre ils tombent sur l'escorttî. L'escorte a peur ; elle crie au secours : En attendant les coups pleuvent toujours. L'ange, privé de ses ailes rapides, A pied s'enfuit; on houspille les saints;

Tout se disperse , et déjà les Sylvaiiis Sur le convoi portent leurs mains avides. Du Paradis accourent par bonheur D'autres chrétiens qui leur font lâcher prise. D'autres païens arrivent par malheur, Qui des premiers soutiennent l'entreprise. Trente contre un ces chrétiens combattaieni; Plus aguerris, ces païens les frott?ient, Et la victoire est encore indécise.

Mais j'aperçois Samson. Tiemblez, faquins! L'arme fragile, instrument de sa gloire , Vaincra toujours : cette heujeuse mâchoire Brisa cent fois celle des Philistins ; Fuyez, vou^ dis-je , ou c'en fst fait des vôtres. Et toi , Sarasou, prends garde aux sept cheveux Qui font ta force ; invincible par eux , Défends-les bien ; laisse arracher les autres. Le casque en tète , il s'élance d'un saut Au premier rang. Un Sylvain téméraire Pour le combat se présente aussitôt.

« Attends, dit-il, attends; mon cimeterre Va chatouiller cet énorme derrière, Et de ce dos mesurer la largeur.

Je ve'ix ... » Soudain la mâchoire funeste Sur la mâchoire atteint ce di&coureur, La pulvérise, el supprime le reste De sa harangue : alors chaque païen Se défendit sans parler, et fit bien.

Samson triomphe, et le parquet céleste Des dents qu'il brise est déjà parsemé. Par un courrier intelligent et preste , De ce dégât Hercule est informé.

A ce récit le vaillant fils d'Alcmène Répond : « J'y courà; » et, quittant les remparts., P'un pas rapide il traverse la plaine, Et des chrétiens étonne les regards.

Lorsqu'en hurlant une hyène sauvage ,

De qui la faim augmente encor la rage ,

Du Gévaudan abandonne les monts.

Le feu jaiUit de sa rouge prunelle;

L'effroi , la mort , descendent avec elle

Sur les troupeaux épars dans les vallons;

Tout fuit, eufaus, chiens, berger et moutons.

Des Philislius l^^ vainqueur intrépide ,

Se promettant un triomphe de plus ,

Seul attendit le vainqueur de Cacus.

Impunément on n'attend pas Alcide.

De prime-abord , au héros des Hébreux

De sa massue il porte un coup affreux.

Brave Samson , ton casque est mis en pièces ;

Ton crâne saint, frappé sî rudement ,

Est ébranlé sous ses croûtes épaisses;

Ton large front s'incline forcément ;

Ton œil se trouble et voit mille étincelles;

Sur tes grands pieds un moment tu chancelles ;

Un seul moment. « Ce n'est rien, ce n'est rien. >

Il dit; ce mot fait rire le païen.

O du Très-Haut assistance imprévjue!

De la mâchoire un coup miraculeux

En mille éclats a brisé la massue.

Le fier Samson relève un bras nerveux ;

Le lier Alcide au visage lui lance

Le court tronçon qui formait sa défense,

Et brusquement le saisit aux cheveux.

A cet aspect tous les chrétiens pâlissent ,

Et leurs clameurs dans les airs retentissent !

«< Maudit païen ! il va les arracher.

Laissv.rons-noi;s dans sa main furieuse

De notre ami la tète précieuse ?

Défendons-la. Ferme ! osons approcher. «

D'un épervier quand la serre sanglante

Vient de saisir l'alouetle tremblante,

Qui s'élevait en chantant jusqu'aux cieux , Aux sous plaintifs que pousse la pauvret le , Du bois voisin le peuple harmonieux, Moineau, pinson, sansonnet et fauvette, S'élancent tous sur le tyran des airs, Que n'émeut point leur impuissante rage. Suivent son vol, et de leurs cris divers Font vainement retentir le bocage.

Tel des chrétiens le courage discret Défend Samson ; mais sourd à leur colère , L'autre tirait sur l'épaisse crinière, Tant et si fort, qu'il emporte tout net. Et montre aux siens le bienheureux toupet. Ce fut alors que les cris redoublèrent. Du gros Samson la factice vigueur S'évanouit, et ses genoux tremblèrent.

Il voulut fuir; l'intraitable vainqueur D'un coup de poing acheva sa défaîte.

De nos héros l'âme était stupéfaite.

Leurs ennemis s'élancent de notiveau Pour se saisir du nuage en litige.

A reculer d'abord on les oblige; Car nous tenions à ce friaird morceau ; Mais l'appétiî chez eux se tourne en rage. Revenant donc en vrais déterminés, Ils forcent fout et s'ouvrent uii passage. Il fallait voir sur l'odorant nuage Les ccmbattans follement acharnés.

En sens contraire on le pousse , on le lire ; Chacm y met la griffe : on le déchire , On le dépèce; et les flocons épars.

Chargés d'encens, volent de toutes parts. On court après. Notre milice entière Du Paradis débouche en ce moment.

Du grand Michel tonne la voix guerrière; II marche, avance et crie : Alignement!

r.6 LA GUERRE

La Trinité, qu'escortaient six mille Anges, Se place ensuite au quartier-général , Bénit trois fois ses nombreuses phalanges, Et de l'attaque arbore le signal.

Pauvres païens , la résistance est vaine ; Vous le voyez ; que peut une centaine De combattans , que peut l'Olympe entier Contre une armée innombrable et chrétienne ! Le parti sage est de vous replier.

C'est ce qu'ils font, non pas sans quelque peine. Serrés de près, les cotips hâtent leurs pas. De poste en poste on les pousse, on les chasse. Mars et Bellone arrivent , et leur bras De l'ennemi réprime un peu l'audace.

Des rangs entiers sont renversés par eux. On voit bientôt sur le pavé des cieux D'anges, de saints, un abattis immense.

Mais d'autres saints , d'autres anges tous frais , Que prudemment d'autres suivent de près, Du fougueux Mars fatiguent la vaillance. « Morbleu ! dit-il , c'est à ne plus finir. " Las de frapper, mais toujours formidable. Le dieu s'arrête, et soutient sans pâlir Des bataillons le choc épouvantable.

Laissons-le faire, et suV le Paradis

Tonnions les yeux : on n'y voit que les saintes}

Qui, babillant, se confiaient leurs craintes

Sur le combat livré par leurs amis.

De ce troupeau dédaignant la cohue,

Plus loin Judith se promène à l'écart.

La tête basse, elle marche au hasard,

Elle est rêveuse, et semble très émue.

Aux demi-mots qu'elle laisse échapper,

A son regard , à scn geste on soupçonne

Qu'un grand dessein occupe l'amazone, £t qu'elle trouve une tête à couper.

Judith revient, et fortement s'écrie : « Morbleu! j'enrage; au lieu de babiller, Que n'allons-nous en silence étriller De ces païens au moins une partie?

Secondez-moi dans ce projet heureux ; Que d'entre vous les plus braves se lèvent ; Prenons en flanc ces brigands peu nombreux ; Déjà battus, que nos bras les achèvent. »

Sa tête haute et son air triomphant.

D'un poing fermé le geste renaissant, Son autre main sur sa hanche placée , Sa jambe droite avec grâce avancée.

Mais plus encor la nouveauté du hit, De son discours assurèrent l'effet.

A ses côtés trois cents femmes se rangent , Et prudemment leurs habits elles changent. Pour éviter tout accident fâcheux On prend des saints la jaquette légère, Le bouclier, le casque , et la rapière , El l'on promet de se battre comme eux.

Du ciel Judith connaissait les passages: Sun bataillon derrière les nuages Se glisse , avance ; et se croit bien caché. Mais sur l'Olympe en ce moment perché , L'aigle attentif le découvre sans peine: A Jupiter il en fait son rapport.

Au même instant le dieu du Pinde sort , Et de soldats il prend une centaine.

Au pas de charge il marche à ces hussards , Et brusquement se montre à leurs regards. Qui fut penaud.^ Ces vaillantes donzelles S'arrêtent court, délibèrent entre elles, ni. 4

Et la moitié déjà tourne le dos.

Le général , que leur faiblesse irrite;

Gronde, pérore, et jurant à propos,

Tant bien que mal au combat les excite.

De son côté l'intrépide Apollon A sur deux rangs formé son bataillon.

Du fourreau d'or sa lame était tirée.

« Qu'esî-ce .î* dit-il : ce maiulien indécis, Ces blanches mains, ces genoux arrondis. Ces petits pas , cette marche serrée , Annonceraient de faibles ennemis.

De ces guerriers l'allure est malheureuse. Voyons pourtant , car la mine est trompeuse. Sur le plus proche il s'élance aussitôt , El pour frapper son bras nerveux se lève. Notre héroïne, au seul aspect du glaive. Pâle d'effroi, raisonne ainsi tout haut : « Après le coup immanquable est ma chute : Pour abréger , je tombe avant le coup. » Et sur l'arène une prompte culbute Étend la belle. Apollon rit beaucoup; Mais remarquant sous la courte jaquette De sa frayeur une excuse complète :

*« L'avez- vous vu ? dit-il à ses soldats ; C'en est bien un , je ne m'abuse pas.

Tant mieux! levons ces trompeuses casaques; Ne tuons rien; mais des claques, des claques.

Ce mot heureux circule promptement.

Sur l'ennemi chacun tombe ^aiment; Gaîment encore aux claques l'on procède. Le jeu s'échauffe, et m^lbeur à la laide r Toujours sur elle on daube fortement.

Sur la beauté la main aussi se lève; Prête à frapi>er , jamais elle n'achève :

On la voyait relomber doucement, Du blanc satin caresser la surface, Et quelquefois la bouche prend sa place.

Les unes donc à grands pas détalaient ;

Avec lenteur les autres reculaient.

On les rattrape, et l'assaut recommence.

Il plaisait fort ; c'était un jeu de main ,

Qui ne f,it pas pourtant jeu de vilain.

Des culs de lis restaient eu évidence :

De la victoire on voulut profiler;

Ob les retourne; ils y comptaient d'avance.

Quelle altitude ! et quel profond silence i

On entendrait une souris trotter.

Des généraux doivent se baltre ensemble ,

El la Judith appartenait de droit

Au dieu du Pinde. A l'écart il la voit.

« Viens, dit tout bas la sainte, viens, et tremble.

Je ne 'veux point disputer, tu m'auras;

Mais cet honneur, bien cher tu le paîras. »

Par Apollon aussitôt entreprise ,

Sa chasteté résiste faiblement ;

A sfcs désirs elle est bientôt soumise ,

A tout se prête, et hâte le moment

Où de ses sens il va perdre l'usage.

Mais prenant gcût à ce charmant ouvrage.

Elle oublia de conserver les siens.

Dans le plaisir Apollon la devance

Au but arrive , et soudain recommence.

« Bon ! dit Judilh , à présent je te tiens. »

Sa main alors subli}ement ramasse

Le fer tranchant auprès d'elle placé.

Le dieu la voit, et son bras avancé

Retient eu l'air le coup qui le menace.

« Peste, dit-il , je remplis vos souhaits >

Je recomaience, et votre mnin cruelle Veut m'égorger! Que feriez-vous , la belle , Si ma faiblesse eût manqué vos attraits ? Seriez-vous point la Judith ? Oui , vous l'êtes Et votre zèle en veut toujours aux têtes. Moi , je suis bon ; loin de vous imiter, A vos appas je prétends ajouter. »

Le traître alors touche d'un doigt perfide

Le point précis où naît la volupté ,

Ce point secret, délicat et timide ,

Dont le doux nom des Grecs est emprunté.

En même temps quelques mots il prononce,

Des mots sacrés sans doute ; et pour réponse ,

Le point touché subitement s'accrut.

En frémissant vTudith s'en aperçut.

On lui donnait trop ou trop peu ; la belle

S'écria donc •• Suis-je mâle ou femelK;?

Elle s'élance , et frappe à tour de bras Le dieu malin, qui riait aux éclats. Tout en riant , adroitement il 'lare.

La foule alors arrive et les sépare.

Vous avez vu des duègnes le troupeau Mal figurer dans ce combat nouveau , Et par la fuite aux claques se soustraire. De tant courir il n'était pas besoin; A les poursuivre on ne s'empressait guère. Elles font halte à six cents pas plus loin , Et tristement regardent en arrière.

A cet aspect, lecteur, figurez-vous, El leur surprise et leur dépit jaloux.

Que n'ose point une femme en colère !

La frayeur cesse ; on revient sur ses pas , Et Ton retombe eu êcumant de rage

Sur les pécheurs qui ne s'en doutait nt pas. lîeaucoup avaient terminé leur ouvrage; Mais il restait encor quelques traîneurs; El ces derniers se prêtaient à merveille Au cliàliment infligé par les vieilles.

D'une maiu sèche on claque ces cîaqueurs; El leurs amis , qu'amuse un tel spectacle , A la leçon bien loin de mettre obstacle , Disaient : il faut leur apprendre à finir. Ceux-là punis ,• les prudes implacables Fondent soudain sur les saintes aimables Qui du combat s'étaient fait un plrtisir. Pour préluder d'abord on s'invective; Aux coups de poing par degrés on arrive ; La rage augmente; on se prend aux cheveux; Au nez , au sein , à la jaquette , aux yeux , Ailleurs encore; et la troupe acharnée, Que des païens animent les propos, S'en va tomber sur les deux généraux.

Que fit alors l'héroïne étonnée ?

D'une voix forte elle cria : « Holà ! Séparez-vous. Quel excès d'indécence !

•Vit-on jamais ixu-eille extravagance !

Quoi! vous veniez combattre ces gens-là, Et sous leurs yeux.... Le trait est impayable! Au corps , au cœur, vous avez donc le diable.^ Séparez-vous, coquines, ou ces n.ains Vont arracher le reste de vos crins. » Déjà l'effet a suivi la menace.

A droite, à gauche, elle frappe, et terrasse. Lors Apollon et ses heureux soldats , Gais et contens retouinent sur leurs pas. Ce lieu, témoin de leurs folles aliaques, Fut surnommé la Chapelle des claques.

De vrais combats les alteadaiwit ailleurs.

dî LA GUERRi;

Leurs compagnons affaiblis, hors d'iialeiney Piiaienr. déjà ; la foule des vainqueurs Entourait Mars; Mars résistait à peine.

« Que voulez-vous, brigands du Paradis?

S'écriail-il , quel démon vous travaille? N'approchez pas, sotte et vile canaille, Ou de nouveau , moi , je vous circoncis. » Malgré les traits qui picuvent comme grêle, Sur les vaincus entassés pêle-mêle D'un pied barbare il monte et s'affermit. Frappé cent fois, son boirclier gémi4 : N'importe , à fuir il ne peut se résoudre. Seul contre tous il resie insolemment, . Comme un rocher que battent vainement Le vent, les flots, et la grêle, et la foudre.

De son palais le souverain des dieux Voit des chrétiens le triomphe rapide.

Sa main saisit la redoutable égide, Et sur son aigle il monte furieux.

«N'écoutez pas une aveugle colère, Lui dit Minerve, et cédez au destin.

De vos efforts qu'espérez- vous enfin?

Ainsi que vous ces gens ont leur tonnerre ; Il est tout frais, et le vôtre a vieilli. Pourquoi lancer au Christ enorgueilli De vains pétards ? cachons notre impuissance De îa douceur donnons-lui l'apparence.

Voiis le voyez ; nos braves champions Font éclater un courage inutile.

Qu'ils rentrent tous ; ils sont à peine mille , Et les chrétiens comptent par millions.

Que de ces murs la force nous protège ; Nous y pouvons soutenir un long siège.

Moi cependant , chez les dieux étrangers J'irai compter noire n<ésaveuture ,

Notre faiblesse et nos pressans dangers : De leur appui leur intérêt m'assure< »

Cette leçou , mais surtout cet espoir ,

Calma du dieu la fureur indiscrète.

A la prêcheuse il donna plein pouvoir »

Et sans délai fit battre la retraite.

Il eut raison ; ce combat inégal

A ses guerriers allait être fatal.

ï5elîone et Mars, affamés de carnage ,

N'obéissaient qu'en frémissant de rage.

Plus furieux à ce dernier moment,

Ils se pressaient d'assommer et d'abatti'e ;

Puis en arrière ils marchaient lentement ,

Et quelquefois revenaient brusquement

Sur les chrétiens qui tombaient quatre à quatre.

Ou les eut pris de loin pour les vainqueurs.

En ordre ainsi les païens se retirent,

De la montagne ils gagnent les hauteurs,

Et renfermés dans leurs murs ils respirent.

L'ardent Michel se présente aussitôt.

Et des remparts il veut tenter l'assaut. Mais tous n'ont pas son courage héroïque. Le jour fuyait , et l'ombre pacifique Au doux sommeil invitait le soldat :

Poiu* murmurer chacun ouvrait la bouche, Quand le Trio , qui jamais ne découche , Au lendemain renvoya le combat.

Devant le mur, autour de la colline.

Vingt bataillons par Michel sont placés ; Au Paradis le reste s'achemine, Sur des brancards emportant les blessés.

On n'entend plus le fracas de la guerre ; Après la gloire on cherche le lepos ;

Kt le poltron, ainsi que le héros,

Au doux sommeil a livré sa paupière.

Priape et Mars, aux portes du palais ,

Elaieul de i;arde avec tous les Satyres.

« Eh quoi! dit Mars , tu rêves? tu soupires ?

De ces brigands tu crains donc le succès?

— Moi? point du tout; mais Pcnnui me consume.

— Je m'en doutais. Aux Satyres vraiment r^^ Ce mélier-ci ne convient nullement.

Veiller sans fruit n'est pas Votre coutume; La continence est pour vous uu tourment : Que jp vous plains! — Mal à propos tn railles. Dans ce moment je songeais a«ix batailles; Un grand projet occupait mon esprit.

Qu'est-ce? Voyons. — Je voudrais à profil ?tlettre ce temps qu'au sommeil on enlève.

— Par qu' 1 moyen ? — J'en connais uû. — Achève.

— Tu sais la guerre; ainsi tu conviendras Qu'il n'est jamais de siège sans sortie; C'est une règle au Parnasse établie.

Sur ces messieurs qui sommeillent là-bas , J'en veux faire uue; et ne t'oppose pas A mon projet. Mes Satyres fidèles, Ainsi que moi connaissent les chemins ; La nuit est sombre; il faut qu'à ces gredins J'aille couper le sommeil el les ailes.

— Embrasse-moi , mon ami ; tes soldats Doivent aimer les nocturnes combats; Hâtez-vous donc, et partez pour la gloire. » La porte s'ouvre; aussitôt ces pandours, Enveloppés de l'ombre la plus noire.

Quittent l'Olympe, hélas! et pour toujours.

FIN ne CHANT TROISIEME.

CHANT QUATRIÈME

Histoire du Juif Paiither, de Marie, et de Joseph. Saint Elfin renie Jésus-Christ , et désert»^. Sainte Geneviève et Saint Germain. Piiappe et ses corapagaons sont faits prisonniers, acceptent le baptême , et viennent sur la terre fonder les ordres mo ■ nastioues.

En vérilé, frères, je le, répète,

Anges et saints pèle-mèle étendus,

Mais décemmeuî couverts d'une jaquette ,

Dormaient alors du sommeil des élus.

L'un d'eux pourtant, sujet à l'insomnie,

De ces ronfleurs fuyant la compagnie,

Se promenait avec le bon Elfin ,

Du Purgatoire arrivé le matin.

Elfin disait : Fais cesser ma surprise,

Ami Panther, et parle avec franchise.

Je te croyais au fin fond des enfers.

Jérusalem a vu notre jeunesse

IN arguer les lois , afficher la mollesse ,

Et des Romains imiter les travers.

Les jeux bruyans, les belles courtisanes.

Les longs dîners, et les soupers profanes ,

Du Paradis ne sont pas le chemin.

Je me damnais, la vieillesse^y mit ordre.

Privé de dents, je ne pouvais plus mordre.

De Jésus-Christ le système divin

Me plut alors ( j'aime les paraboles ) ;

Je l'adoptai , sans trop l'approtondir.

Et, sur mes pas craignant de revenir,

J'assommai vite un prêtre des idoles.

Je fus briilé tout vif, et bien martyr.

Je t'en réponds : je soutins la gageure;

Sans cris, sans pleurs . j'endur.ù !a torture.

4(î LA GUERRE

Sur des tisoiis cuisaut^à petit feu, A mes bourreaux je faisais la grimace.

Mais quelquefois murmurant à voix basse, Entre mes dents je disais : Sacredieu!

Et ce mot seul , qui ternissait ma gloire , Pour vingt mille ans me mit en purgatoire. Là, de nouveau, chauffé, cuit, et recuit. Mon corps chétif en charbon fnt réduit. L'argent peut tout : de charitables femmes De temps en temps rachètent quelques âmes Du Purgatoire , en payant grassement ; Et ce trafic abrège mon tourment.

Juge, mon cher, si c'est avec délices Que de la nuit je hume la fraîcheur.

As-tu connu ces horribles supplices.?

Es-tu martyr, ou simple confesseur ?

— Ni l'un ni l'autre. — Au moins la pénitence De tes excès répara la licence?

Tu fus dévot ? — Jamais; en vérité.

Pensant, vivant, comme à mon ordinaire.

Pour être saint il m'en a peu coûté; Je n'ai rien fait, je me suis laissé faire.

— Explique- loi. — Lorsque Jértisalem Ne m'offrit plus d'axeuture nouvelle, Je la quittai. Non loin de Bethléem, Je possédais une terre assez belle.

Je comptai seul y passer quelques jours; Quand le hasard , qui m'a servi toujours , Me fit connaître une jeune griselie, iirune, il est vrai , mais du reste parfaite ; Son vieux mari , trc.s-mauvais charpentier. Ne gagnant rien, vivait dans la misère. Je l'otTupai , je doublai son salaire , Et j'agrandis son chétif atelier.

Par mes bontés sorti de l'indigence, Il s'épuisait eu longs reinercîmens j

Et sa moitié, seusible à ma constance.

M'en lit aussi : mais quelle différence Je m'y connais', les siens furent charmans. Je trouvai tout dans ma jeune maîtresse , Beaulé, fraîcheur, innocence et tendresse. Sans soins , sans art , à mes sens étonnés , Depuis long -temps muets pour les Pbrynés, Elle rendit la vie et la parole. ,j^,

J'en eus besoin ; l'époux n^aligncment ^

Avait laissé tout à faire à l'amant.

D'un tel malheur sans peine on se console. Un accident, au bout de quelques mois , Inquiéta notre vierge discrète ; Moi, j'en riais; sa taille rondelette Ne pouvait plus tenir dans mes dix doigts. Cet embonpoint me la rendait bien chère. Le vieux mari, qui s'avisait à lort D'être jaloux, exhala sa colère.

De l'assommer je fus tenté d'abord; Mais la pitié vint modérer Kna bile.

Dans son grenier j'allai donc me cacher; Là, vers minuit, sautant sur le plancher, Par ce fracas j'éveillai l'imbécile.

Et je lui dis avec un porle-voix :

« Tôt! dieu te parle, écoute, misérable : Ta femme est grosse , et ne fut point coupable ; Resperte-la; je le veux, tu le dois.

Point de soupçons, d'humeur, ni de querelle. A son insu j'ai fécondé son sein ; Je bénirai l'enfani qui naîtra d'elle, Fille ou garçon; sur cet enfant divin J'ai des projets : honore donc sa mère, r<'ais bon ménage ou gare le tonnerre ! » Cette menace effraya le bai bon ; Dès ce moment sa douceur fut extrême.

L'aimable vierge accoucha d'un garçon,

Et ce garçon , c'est Jésus-Christ lui-même.

— Quoif notre Dieu? — Notre Dieu. — Quel

blasphème !

— Sa mère ici jouit d'un grand pouvoir. Elle voulut auprès d'elle m'avoir,

Et se chargea d'arranger celte affaire.

J'y consentis , car je l'aime toujours.

On se permit quelques malins discours; Je rembarrai les plaisans du parterre , Et de ma vierge un coup d'œii les fit tùire.

— Quand je vivais, j'ai souvent «utendu De Jésus-Christ conter ainsi l'histoire.

De Bethléem ce bruit s'est répandu

Chez les païens ; mais j'étais loin d'y croire. Il est ton fils! Et moi, qui bonnement Ai pour cet homme enduré le çiartyre ! Sur des tisons je me suis laissé cuire ; Pour qui.^ pour un... — Ton zèle assurément Fut excessif, et je t'en remercie.

— Dans votre ciel je ne resterai pas.

Non , sacredieu , je vole de ce pas

Chez les païens : bon soir. — Autre folie! Arrête , écoute. ..« Elfin ne l'entend plus : Il désertait, en reniant Jésus.

Panther en vain se met à sa poursuite : L'obscurité favorisait sa luile, Kt dans sa coursa il dépassait les vents, las de chercher, et las surtout de rire, Le jeune Hébreu revenait à pas lents.

TJn léger bruit sur la gauche l'attire : Avec prudence il approche, et soudain Il reconnaît la voix ranque d'Elfin.

« Oui , disait-il , l'affaire est immanquable. Ici tout ronfle, cl pour un coup de main, '^amais iasJaul ne fut plus favorable.

'oas, Piiape, aMons, il faut enfin

Féminise»' ces onze mille vierges , Pour qui Cologne a brûlé tant de cierges. Ce troupeau-là, des autres séparé.

Offre à Taudace un triomphe assuré. >• « Bon! dit tout bas le fripon qui l'écoute : Un coup de main, la surprise, l'effroi, Des cris d'alerte, et du trouble sans douter La circonstance est heureuse pour moi.

Dans ce fracas , je peux à ma petite Faire en secret une courte visite. ^

Du sanctuaire où le divin Trio Dort quelquefois sous un double rideau, A pas pressés notre sainî se rapproche. Pour la décence on a construit tout proche Une chapelle, où la Vierge au besoin Se retirait sans suite et sans témoin.

Pendant la nuit ses charmes y reposent. Le beau Panther, d'un œil brûlant d'amour Lorgnait la porte ; il rôdait à l'entour; Mais à ses v<ïux des importuns s'opposent. Devant le trône est un poste nombreux : Pour échapper au sommeil qui les presse. Ces désœuvrés causaient tout bas entre eux , Allaient, venaient et revenaient sans cesse. L'ange Azéuor, d'ici-bas arrivant * Désennuyait le céleste auditoire; D'un ton d'humeur il contait son histoire. Et des soupirs l'interrompaient souvent.

« Vous le savez, disait-il, sur la ferre. Près de Lutèce, au hameau de Nariterre, J'avais en garde une jeune beauté ; Chez les mortels, son nom est Geneviève. .T'aimais sa grâce et sa naïveté; • J'espérais tout de celle <;hasle élève.

ill. 6

of! LAGt'ERHE

Auprès d'un bois, sur le bord d'un rm'sîcai?. Elle habitait un petit ermitage.

Des voyageurs évitant le passage, Elle y veillait sur «n petit troupeau ; Elle chantait assise sous l'ombrage, Tressait des joncs ; et sa débile main Soignait de plus un modeste jardin.

Mais pour trouver une église, une messe,. Il lui fallait aller jusqu'à Lutèce.

Bans cette église elle voyait souvent Un jeune abbé , propre , doux et décent , Joli, bien fait, aux pauvres secourablè, Et qui sur elle , au moment de sortir, Jetait toujours un regard charitable , Accompagné du plus tendre soupir :

C'était Germain. A la sainte nouvelle Il en voulait ; mais pure autant que belle , Ma Geneviève alors soupçonnait peu Qu'on pût aimer autre chose que Dieu.

J'étais surtout l'objet de ses prières ; A tout moment son ange elle invoquait ; A lui donner des pensers salutaires.

Jamais aussi son ange ne manquait.

Soins superflus! Un matin la bergère, "Voulant aux prés conduire ses moutons , Voit qu'une eau pure a lavé leurs toisons ^ Et s'aperçoit qu'une main étrangère Dans son jardm n'a laissé rien à faire. Son esprit cherche et ne peut concevoir Quand et comment ce prodige rapide S'est opéré. Ce fut bien pis le soir.

Pour tout festih prenant un pain fort noir,. Elle s'en va puiser l'onde limpide.

Elle revient ; sa table offre à ses yeux Le lait durci , des fruits délicieux, "Un pain très-blanc , et le miel et la crcme.

À c€t aspect sa surprise esl extrêaie.

D'abord timide elle craint d'approcher; Et sur les mets qu'elle n'ose toucher Deux fois sa main de la croix fait le signe. Ne voyant pas s'altérer leur couleur, Ni leurs parfums , elle dit dans son cœur . « Ces présens-là me viennent du Seigneur ; Je les reçois , mais je n'en suis pas digne. •> En y goûtant, elle réfléchissait.

Sur ce miracle , et dans sa petite âme La vanité doucement se glissait; Car une sainte, hélas! est toujours femme. La mienne au moins de ce naissant poison Sut préserver à temps son innocence.

Elle savait, malgré son ignorance, Que sur ce point Dieu n'entend pas raison. Sachant aussi qu'à la moindre fredaine Il est prudent d'ajouter aux remords La discipline , elle cheifche la sienae. Bien résolue à fouetter son beau corps. Nouveau miracle! elle trouve à sa place Un gros bouquet de myrtes et de fleurs. Sur ses genoux elle tombe avec grâce , Et du Très-Haut reconnsttl les faveurs.

Mais cependant son péché la chagrine, Et sa ferveur brûle de l'effacer.

Pour suppléer à cette discipline Qu'elle n'a plus, elle veut ramasser |

Le caillou dur, et la ronce et l'épine; Sur ce beau lit elle prétend coucher.

Dans les buissons elle va donc chercher Épine et ronce ; et la nuit déjà sombre , Pour l'arrêter semble épaissir son ombre. Au même instant la plus douce des voix Lui dit ces mots : « Écoule et sois sans crainte , On pèche encore alors que l'on esl^sainle.

Dieu te pardonne; if taime tu le vofe.'

Ne cherche plus la ronce ni la pierre ;

Va , le sommeil est fait pour la paupière. »

Vive à l'excès, mars courte fut sa peur,

Et le chagrin s^éloigna de son cœur.

Elle regagne aussitôt sa chaumière.

Le vent sans doute éteiguil la lumière

Qu'elle y laissa : très-bien Ton s'en passait.

La jupe tombe , ensuite le corset ;

D'un léger voile elle entoure sa tête ;

Et la chemise est son seul vêtement :

Elle se couche. O prodige charmant !

Ce jour pour elle était un jour de fête.

Le lit, les draps , de roses sont couverts;

Leur doux parfum s'exhale danrj les airs,

Et tout-à-coup d'une voix amoureuse

Elle s'écrie : «« O vous , mon cher soutien ,

Ange du ciel, qui me gardez si bien,

De vos bontés Geneviève est honteuse ;

Car c'est à vous que mon modeste lit

Doit de c<;s fleurs la parure inconnue ,

N.'esl-il pas vrai ? — Sans doute, répondit

La, même voix qu'elle avait entendue.

Ah! ne crains point. — Connaissez mes souhaits ,.

Ange charmant ; montrez -vous à ma vue ;

Et couronnez ainsi tous vos bienfaits.

— Dieu le défend; un châtiment sévère....

— J'abjure donc ce désir téméraire.

Je vous crois beau. — Trop pour tes faibles yeux.

— Puis-je du moins vous toucher ? — Tu le peux. « L'ange s'approche; aussitôt l'imprudente,

Pour s'assurer qu'il vient du Paradis, Ose toucher sa tunique flottante , Sa main douillette et ses bras arrondis , De ses cheveux les boucles naturelles > Son joli nez , ses lèvres immortelle*

b*où s'éclïappait une aussi teadre voix, Sôu frais menton, et surtout ses deux ailes Qui constataient sa nature et ses droits. Cet examen , qu'elle prolonge encore , Trouble son âme, et sa tête, et ses sens. Elle se livre au danj^er qu'elle ignore; Ses bras tendus deviennent caressans ; Certain désir et l'entraîne et l'agite ; Un feu nouveau s'allume dans ,son sein ; Et sur ce sein qui se gonfle et palpite , De l'ange heureut elle presse la main^ Il profila de l'aimable attitude.

Et lui disait, pour ne pas l'étonner : « Dieu , qui m'entend , par moi te veut donner Un avant goût de la béatitude. »

Qui donc tenait cet amoureux discours ? Ce n'est pas moi, morbleu? dont bien j'enrage; De la parole on nous défend l'usage ; C'était Germain, qui depuis quelques jours Incognito logé dans le village, Kôdait sans cesse autour de l'ermitage.

Vous concevez ma honte et mon courroux. A son destin j'abandonne la belle, Et me voilà ; des esprits comme nous Ne sont pas faits pour tenir la chandelle. «

Ainsi parlait cet ange humilié.

Loin d'applaudir au courroux qui l'agite, De sa disgrâce on riait sans pitié.

On eût mieux fait pour notre Israélite De s'endormir. Dans un coin retiré.

Craignant les yeux, il se lassait d'attendre; Arrive enfin le moment désiré.

Des cris confus de loin se font entendre : «Alerte! alcrle! Aux brebis du Seigneur Piiape en veut. Deboul! qu'eu se dépêche!

5'ï LA GUERRE

Ils sont ici. Non , c'est là qu'ils font brèche.

A droite ! à gauche ! au Satyre ! au voleur ! »

Le rusé Juif, dans ce trouble propice Qu'entretenait le lugubre tocsin , Facilement accomplit son dessein.

Dans la chapelle en secret il se glisse.

« Qui va là? — Moi. — Qui vous? — A ce baiser, A mes désirs tu peux me reconnaître.

— Oses-tu bien?... — L'amour sait tout oser. — Quelle imprudence! On t'aura vu peut-être? ' — Non, les païens occupent nos soldais, On crie , on pleure , on caresse , on s'échine : Je viens aussi, mon ange, à la sourdine, Te violer; mais tu ne crieras pas.

— Tes yeux encor me trouvent donc passable? — Tu le sais trop ; l'amour, le tendre amour Est mon seul bien, il me rend supportable Du Paradis l'insipide séjour.

Je périrais d'ennui , sans ta présence.

Ces charmes-là sont les dieux que j'encense. Dieux du bonheur, dieux potelés et doux , Dieux complaiseus, tant fêtéi sur la terre, Je vous adore , et n'adore que vous. » Lecteurs dévots, laissons-le dire et faire; D'autres pécheurs attendent nos regards.

Sur eux les saints fondent de toutes parts; On les empoigne au milieu des pucelles , Non pas debout, mais couchés auprès d'elles; Non pai auprès ; qu'importe ? lis sont tous pris» Dans la capture Elfin n'est pas compris ; L'adroit Elfin, dès Tatlaque première, De ces pandours déserta la bannière, Et le fripon, pour éviter leur sori , S'était rangé du parti le plus fort.

Voilà Pnape et sa troupe cynique Devant leur juge, et pour eux c'est un jeu. L air impudent, l'altitude lubrique De ces vauriens , scandalisent un peu Du doux Jésus l'œil dévot et pudique.

Le beau pigeon, surpris et stupéfait, D un nouveau psaume entrevoit le suj«rt Mais le pater, qui de rien ne s'étonne ; " Or çà , Priape , avec tes corapagnons Que faisais-tu chez mes jeunes tendrons ? Parle.— Vraiment la question est bonne] Ne sais-tu pas ce qu'aux vierges l'on fait ^ -Ta violais.?- Mais... pas trop.-Réponds ml ht laisse-la tes phrases ambiguës.

- Soit; c'est à tort que vous avez niché Dans votre ciel ces vierges prétendues ; Uue moitié pour le moins a triché.

-Tu mens , coquin.-— Regardes-y,* bon Père, Et tu sauras qui de nous a menti.

La résistance est nulle, ou très-légère; Tu vois pourtant comme je suis bâti.

-^Vierges ou non, vaîre crime est le même • Vous mentez l'enfer... ou le baptême; il taut choisir.— Pouvons-nous balance- ^ Qu'on nous baptise: aussi bien je m'ennuie -Dans cet Olympe où l'homme nous oublie Et d où bientôt il pourra nous chasser. » '

Au même instant la cohorte profane Courbe la tête , et reçoit sur le crâne Trente seaux d'eau par des anges lancés. Pour ces brigands était-ce bien assez?

- Amsi soit-il, et nous voilà des voirez Di. saint Priape : allons: allons; emplovr.-uou,; Vous n aurez pas de plus fermes apôtre^, NI les païens de rivaux plus jaloux. »

Jésus alors : « Ils sont francs et sincères ,

Leur zèie est vif: mon père , employons-îes.'

■^ Qu'en ferons-nous? — Dès loug-temps je voulails

Chez les chrétiens former des monastères :

Dans ce projet ces gens nous serviront ;

Forts et nerveux, sans peine ils soutiendront

L'ennui du cloître ef, sa longue paresse :

A ces vertus ils joindront quelque adresse;

Et nos couvens bientôt se peupleront.

—D'un prompt succès, mon fils , ton plan est digne»

— Naissez , croissez, pour féconder ma vigne ,

Multipliez , Carmes , Bénédictins ;

Frères prêcheurs, Frères ignorantins,

Dominicains, Bernardins , Franciscains ,

Les uns chaussés , les autres sans chaussure,

•Barbus ou non, avec ou sacs tonsure.

Gris , blancs ou noirs , mendians ou seigneurs j

Et vous aussi, nonnes, mères et sœurs.

Moines en jupe, à la guimpe flottante.

Troupe jeûnante, et priante, et chantante;

Soldats du Christ, épouses de la croix ,

.Vous tous enlin/xjui vivrez de mes droits ,

Pour mes soutiens du doigt je vous désigne :

iNaissez, vous dis-je , et fécondez ma vigne.»

A ce discours noblement déclamé , Le Saint-Esprit en souriant rëpHque :

« Très-bien , mon cher, ce style est poétique. En" me lisant , votre goût sest formé. »

Tandis qu'il parle , on habillait mes drôles. De bianclie laine on couvre leurs épaules , Et leur poitrine et leurs membres velus : Un long cordon presse leurs reins charnus. TJn pied de bouc avec peine se chausse; OjQ l'élaj-gil 2 ou rallonge, on le fausse^

DES DIEUX. î)7

D'un pied de moine on lui donne Tampleur, Sans rien changer à sa première odeur.

On tond leur tête , ensuite on la décore D'irfi large froc noué sous le menton : Euibéguiué de ce blanc capuchon , Leur mufle noir paraît plus noir encore. Ainsi vêtus, d'un air très-dégagé.

De .lésus-Christ ils vont prendre congé,' Et chacun d'eux fait serment d'être sage.- 11 les bénit; en disant : « Bon voyage. » Anges et saints répètent : « Bon voyage. »>

Le beau Panther enteiid ce dernier mot;

Il en conclut que la scène est finie.

Droit sur la bouche il baise son amie,

La baise encore, et s'échappe aussitôt.

Mais un quidam, qui près de là repose.

Le voit sortir sans distinguer ses traits.

Comment garder de semblables secrets.^

Le lendemain il raconte la chose.

Ce récit plaît , et passe en un moment

De bouche en bouche , et d'oreille en oreille.

Pour V Angélus la Vierge se réveille ,

Et sort"enfirï de sou appartement.

Sa bouche encore et s'entr'ouvre et soupire j

Ses grands yetix noirs se ferment à demi.

La pauvre enfant, elle avait peu dormi.

On l'examine , et les plaisans de dire :

« De notre reine heureux le favori !

Est-ce Panther, ou l'ange petit-maître.

Ou le pigeon.^ Ma foi, tous trois peut-être.

Mais à coap sûr ce n'est pas le mari. »

FIN DU CHAUT QUATRItMK.

CHANT CINQUIÈME

De jolies Bacchantes séduisent et enivrent presque tous les chrétiens employés au blocus. Dispute scientifique et scanualeuse. Impiété de saii.t Carpion. Une païenne reçoit de saint Guignolet les sept sacremens. Extravagances de nos bienheureux ; Ils entrent dans l'Olympe.

Gens du bon ton , galaus auprès des dames ,

Et qui souvent surprenez leurs faveurs ,

Dans vos discours insolens et moqueurs

Tous dénigrez , vous outragez les femmes.

Celles qu'amour jeta dans vos filels ,

Que vous avez, ou que vous avez eues.

Celles aussi que vous n'aurez jamais ,

Celles encor qui vous sont inconnues ,

Toutes enGn à vos malins propos

Servent de texte , ou véritable ou faux.

Hommes ingrats! forts de vos privilèges ,

Four triompher de leur faible raisoo,

Vous osez tout ; de la séduction

Devant leurs pas voys semez tous les pièges^

Les soins adroits , les transports renaissans ,

Et la louange et la gaîté folâtre,

Et les soupirs plus doux et plus touchans,

Rien n'est omis ; elles ont à combatre

Tout à la fois vous, leur cœur, et leurs sens:

Et votre bouche accuse leur faiblesse ! ^

Et sans profit, souillant vc'sre bonheur.

Médians et vils, à leurs tendres caresses

Vous imprimez le sceau du déshonneur!

Lâches ingrats! corrigeant son ouvrage.

Si la nature à ce sexe charmant

Voulait donner votre force en partage ,

DES DIEUX 5îi

On vous verrait changer timidement.

Non pas d'esprit, mais au moins de langage* Que le mépris soit votre châtiment; Il vous est du : certains que la vengeance Ne suivra pas une facile offense , Vous outragez ce sexe désarmé , Flatté toujours , et toujours opprimé.

Par ses refus du moins qu'il vous punisse. Pour vous, lecteur, aux femmes plus propice , Sur leurs erreurs fermez vos yeux discrets, Et de l'amoui respectez les secrets.

L'on est souvent méchant par jalousie , Vous le savez : n'imitez pas les saints , Qui sur la belle et sensible Marie Se permettaient quelques propos malins.

Du Paradis tandis que le parterre ,

En médisant, égayait r^wg'e/M^ ,

Plus loin nos saints employés au blocus.

Riaient aussi, mais d'une autre manière.

De ces remparts, que leurs yeux observaient,

Sul^itenient une porte s'entr'ouvre :

On s'arme, on tremble, on regarde, on découvre

Un faible enfant que des femmes suivaient.

C'était l'Amour conduisant les Bacchantes ;

C'était un piège à nos héros tendu.

Far leur beauté ces prêtresses galantes

Peuvent d'un ange ébranler la vertu.

Nos gens alors reprennent leur courage ,

Serrent les rangs, et marchent à grand* pas

r»ur l'ennemi qui ne s'enfuyait pas.

Et qui gaîment poursuivait son voyage.

« Ces femmes-là n'ont pas peur, et font bien,

Dit l'ange Esral; j'aime assez les déesses. »

Saint Jean répond: « Leur habit, leur maintien,

Ne semblent pas annoncer des princesses.

f^<V LA GUERRE

— Reconnais- tu ce qtie portent leurs mains?

Un léger thyrse et d'excellens raisins.

Ce sont, je crois, de jeunes vivandières :

A nous combattre elles ne songent guères. La peau d'un tigre enveloppe à demi Leurs corps d'albâtre: et conviens, mon ami. Que leur beauté vaut bien les frais d'un siège. Quel air fripon! de pampres couronnés.

Leurs cheveux noirs , aux vents abandonnés, Font ressortir leurs épaules de neige.

Leors jeunes mains caressent tour-à-tour Ce bel enfant , qui sans doute est l'Amour.

— Serait-ce là le fils de Cythérée?

Non : voilà bien ses ailes , son flambeau; Mais je ne vois ni carquois ni bandeau. Remarques-tu cette marche assurée , Ces pieds de bouc, ce regard indécent?

Il a tout l'air d'un satyre naissant.

— Satyre ou non , partout il saura plaire : De l'autre Amour c'est sans doute le frère. »

A l'ignorant qui juge avec rigueur Cet e^tretien doit paraître un peu leste; Mais dans les camps cherche-t-on la pudeur ? L'oisiveté, l'exemple si funeste, A la licence y dispose le cœur :

On n'y croit pas à la valeur modeste; L'oreille y veut de graveleux discours , Des mots hardis; et l'homme le plus sage. Sans le vouloir, y prend en peu de jours D'un grenadier les mœurs et le langage. Il te sied bien, vain et chétif mortel , De critiquer ce que l'on dit au ciel !

Esral approche , et fortement il crie : « Halte-là ! — Soit , lui répond Agérie.

DES DIEUX. m

r^ OÙ courez-vous si gaîment? et pourquoi Porter ici votre pied téméraire ?

— Le sage dit; On n'est bien que chez soi. Quittant du ciel la demeure étrangère , Nous retournons sagement sur la terre.

— Je vous en crois; mais l'on ne passe pas. J'en suis fâché pour vos jeunes appas.

— Beau général, votre bouche est sévère; Heureusement vos regards sont plus doux. "Vous nous prenez pour femmes d'importance; Vous vous trompez : grisettes comme nous Peuvent passer, et sont sans conséquence.

— Mais vous portez des vivres à vos dieux , C'est aux chrétiens ua dommage, une injure.

— Non, ces fruits-là sont pour nous, je vous jure, On se nourrit autrement dans les cieux.

— Elle a raison. Quoi! ces grappes vermeilles Ne tentent point vos maîtres dédaigneux ?

— Jamais Noé n'en cueillit de pareilles. N'est-il pas vrai ? — Je le crois. — Faites mieux, Goûtez. — Oh ! non. — Goûtez-en , je le veux. . A vos soldats mes compagnes honnêtes

Ont présenté leur déjeiiner frugal ; Faites comme eux, aimable général.

— Eh bien! donnez, friponne que vous êtes.

— Je reconnais cette insigne faveur.

— De ces raisins exquise est la saveur. J*ai voyagé quelquefois en Syrie :

Du bon Noé je daignais visiter L'humble cabane et la treille chérie ; Chez Abraham j'aimais à m'arrêter ; Loth m'hébergea dans la ville coupable Dont le nom seul outrage la beauté :

Vous concevez comme j'étais fêté!

Des fruits choisis pour moi couvraient leur lable. J'ai touché même à ces fameux raisins m. 0

fî2 LA. GUIiRRE

Que rapportaient de la terre promise Les éclaireurs envoyés par Moïse :

Ils étaient bons, Ips vôtres sont divins. «

Tous déjeunaient avec pleine assurance.

Trop confîans, aucun n'a soupçonné

De ces doux fruits la magique puissance ;

Ils enivraient. Déjà l'ange étonné

Dans son cerveau cherche en vain sa prudence.

Il y trouvait le trouble et la gai té.

Il se console, et croit gagner au change.

Des étourdis qui l'avaient imité

Plus vite encor la tête se dérange.

Au milieu d'eux, de ses hardis projets

L'Amour malin contemplait le succès.

A nos soldats, que cbarmait sa figure ,

Il avait fait d'adroites questions;

Du bon Priape et de ses champions

Par nous il sut la bizarre aventure :

Il se vengeait , et nous le bénissions.

Voyez un peu ces galantes prêtresses ^

Aux yeux lascifs, aux perfides caresses,

A nos guerriers tendre de jolis bras ,

De pampres verts orner leurs cheveux plais ^

Et leur presser des raisins sur la bouclie.

Aux coups légers du ihyrse qui les touche,

De leur bon sens le reste a disparu.

Dieu! quels propos alors se font entendre!

Chacun déjà d'une belle est pourvu,

Et dit Amen. Les saints ont le vin tendre.

De nos guerriers cependant quelques-uns, Toujours grondeurs et toujours importuns , Vieux, impuissans, qui jamais n'ont su rirc^ Et que l'Amour dédaigna de séduire, De ces péchés spectateurs envieux,

DES DIEUX. fia

Criaient, tonnaient et prêchaient de leur mieux.

MOÏSE

Comment, chrétiens! ici , dans le ciel même ! On punira cette insolence extrême !

Dieu saura tout, il est le Dieu vengeur.

SAIKT BLAISE.

Oui, faux élus, l'enfer va vous reprendre.

MOÏSE

Ils fout les sourds ; quel excès d'impudeur !

SAINT BLAISE

Oubliez-vous que votre créateur

Par un seul mot au néant peut vous rendre.^

li'ANGE ESRAL.

Mon créateur! Votre Dieu ne l'est point.

SAINT BLAISE

Vous blasphémez.

l'ange ESRAIi.

Les nations antiques Ont reconnu des esprits angéliques.

Le monde entier fut d'aocord sur ce point. Jui£i^et chrétiens, venus après les autres > Nous ont trouvés tout faits : soyez des nôtres ,. Nous dirent-ils , et peuplez notre ciel. Très- volontiers , répondît Gabriel; Et pour nous tous il portait la parole. Tais-toi donc , Biaise , et retourne à l'école.

SAINT GTTIGNOLET à MoïS€.

Quoi ! vous pillez Mages , Phéniciens , Brachmanes , Grecs , Parsis et Chaldéens ; Lépreux et nus, encroûtés d'ignorance, Du Nil au Gange on vit votre indigence Quêter, voler, au hasard ramasser De vieux haillons, les recoudre en Syrie, Sur votre corps sans goût les entasser; Et puis, tout fiers de cette friperie, Pour créateurs vous voudriez passer?

m LA GÛÉURE

SAINT CARPION à MoîSC.

ïoii beau serpent , natif de Phéuicie .

D'un autre Éden franchissant le fossé.

Attaqua l'homme , et s'en vit repoussé.

MOÏSE

Chicane. Allons , ma pomme est plus jolie.;

SAINT CAUPION.

Soit : mais déjà la curiosité

Bien avant Eve avait séduit Pandore.

Ce trait charmant , ta plume l'a gâté.

SAINT BLAXSE.

Quel baragouin !

SAINT GUIGNOLET

Et du déluge encore Oseras-tu t'attribuer l'honneur?

MOÏSE

je l'oserai, car j'en suis l'inventeur.

SAINT GUIGNOLET

Deucalion , Ogygès...

MOÏSE.

O prodige!

Saint Guignolet savant!

SAINT BLAISE

Il a trop bu.

MOÏSE

Carpion parle.

SAINT BLAISE

Il a trop bu, te dis-je.

MOÏSE

De ces raisins quelle est donc la vertu?

SAINT CARriOH,

Au grand Bacchus rends sa baguette antique ^ Sa double corne et son pouvoir magique.

MOÏSE

Si j'ai volé , ce fut sans y peuser.

SAINT GUIGNOLET

Au moins, mon cher, il faut l'en confesser.

SAINT CARPION.

Votre Samson, si gros, si ridicule.

Ressemble en laid au vigoureux Hercule.

Par une femme ils sont trahis tous deux.

SAINT GUMiNOT.ET.

Jephlé, son vœu , sa fille infortunée , Rappellent trop le Grec Idoménée.

MOÏSE

Vous tairez-vous, raisonneurs malheureux ?

SAINT CARPION.

De Josué vantez moins l'harmonie ; C'est d'Amphion la plate parodie.

Par ses accorda Amphiou bâtissait ; En détonnant Josué renversait.

MOÏSE

Des nouveaux saints voilà bien l'injustice! Des pauvres Juifs ils se moquent toujours. Que feriez-vous pourtant sans leur secours i* Otez la base, adieu tout Tédifice.

Le Christ est Juif, et Juive la beauté Que. l'Esprit Saint...

SAINT GUIGNOLET

Bah! bah! la Trinité!

Du nombre trois j'ignore ia puissance ; Mais de tout temps il eut la préférence. Bien avant nous le Gange proclama Vistnou , Schivea , et leur aîné Brama.

MOÏSE

La Trinité serait donc indienne.^

SAINT GUIGNOLET

Jadis rÉgypte avait aussi la sieune , Isis , Horus et le père Osiris.

Ou la retrouve en de lointains pays, ^ous combaltous la trinilé païeuue,

(>(j LA GUERRii

De cet Olympe antique souveraine.

Mais lis Platon , et tu reconnaîtras

Le germe obscur de la triple personne

Que pour du neuf aujourd'hui l'on nous donne.

SAINT CàRPIOîï.

Il a raison : in vino 'veritas.

SAINT BLAISE

Du grec?

MOÏS£.

. Eh non, du latin.

SAINT BLAISE

C'est tout comme.

Voyez l'ivresse ! il était si bon homme ! Ah çà, messieurs, croyez-vous à Jésus?

SAINT CARPION.

La question, mon cher , est délicate,

El distinguo. Je crois à ses vertus ,

A sa morale encore , et rien de plus.

J'admire aussi Zoroastre , Socrate ,

Confucius, tous les sages enfin

Qu'il traduisit, et que l'on damne en vain.

SAINT GUIGNOI-ET.

Mais à quoi bon transmuer une eau claire En vin fumeux , pour des gens déjà gris ? Pourquoi gâter Philémon et Baucis ?

Mal copier vous csi chose ordinaire.

MOÏSE

Eh quoi ! tu ris de cette impiété , Saint Jean ?

SAINT JEAN

Un peu.

MOÏSE

Ciel ! un évangéliste ?

SAINT JEAN

A ton avis , je suis donc un copiste?

l : MOÏSE.

Mais ce miracle est par toi raconté.

SAIWT JEAN.

Par moi ?

moïse. Sans doute.

SAINT JEAN

Apprenez, imbécilles, Qu'au siècle deux on fit ces évangiles ♦ Selon saint Marc, saint Luc et saint Mallhieu, Qui tout au plus savaient leur croix de Dieu , Selon moi-même et selon beaucoup d'autres. On fit aussi ces Actes des Apôtres, Qui ne sont point des actes de raison. ]N 'allez donc pas crucifier mon nom Sur ces recueils de sottises grossières , Et laissez-moi; j'ai bien d'autres affaires.

MOÏSE

O mon ami , reviens à toi , partons.

Ne touche plus ces profanes tétons.

Ils sont maudits.

SA.INT JEAN

Que le diable t'emporte.

SAINT BLAISE

C'est trop parler, Moïse, il faut agir. Au Paradis allons chercher main-forte.

MOÏSE

Allons , cher Biaise.

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