‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbre (volume 2)Chapitre 42 sur 61 · BE LA B1BI>E · texte numérisé non relu

BE LA B1BI>E

Mon maître à mes pieds^ s'humilie.

Esclave de ma fantaisie, Il espère et craint tour à tour.

Aux yeux de sa philosophie Je suis un enfant, mais hélas 1 Que^et enfant ouvre les bras , Aussitôt le sage s'oublie.

Il règne au milieu de sa cour :

Je fais bien mieux ; sans diadèule Je règne sur le roi lui-même.

Rien n'est joli comme l'amour. »>

Noire monarque vraiment sage

A reçu du ciel en partage

Tous les talens et tous les goûts.

Tantôt il prend sur ses genoux

Une beauté jeune et sanvqge ;

Il apprivoise sa pudeur;

Qui toujours s'étonne et refusa;

De son ignorance il s'amuse;

Il l'instruit ; mais a\£c lenteur,^

D'une main prudente il la flatte ;

Et cette rose délicate

Doucement. s'entr'ouvre au bonheur.

Tantôt, de voluptés avide,

Aux fleurs il préfère les fruits,

Cherche des charmes plus instruits,

Et vole auprès de Nicéide.

C'est là qu'il trouve le désir, '

L'emportement, la folle ivresse.

Et la science du plaisir.

Le roi sourit à son adresse;

Et dans cet amoureux métier,

De maître il devient écolier.

Du palais l'enceinte pompeitsc

Renferme un immense jardin; Une onde pure et paresseuse Y formait un vaste bassin.

Ses bords qu'un frais gazon lapisse ^ De fleurs sont toujouis parsemés,, Et des bocages parfumés La couvrent d'une ombre propice.

C'est un rendez-vous pour l'amour.

Les sultanes allaient ensemble S'y baigner au déclin du jour :

Du prince l'ordre les rassemble Et lui-même y vient à son tour.

Dans l'onde il se jette avec elles; Au milieu d'elles confondu, Comme elles il était vêtu. Sur les baigneuses peu cruelles Ses yeux, ses lèvres, et ses mains.

Multipliaient leurs doux larcins..

On devine aisément la suite D'un Jeu très innocent d'abord.

Trop heureuse la favorite

' Qu'il pousse en nageant vers le bord Dos autres l'orgueil se dépite; Elles retiennent un soupir, Parlent p'ius haut, nagent plus vite, Frappent l'oade et la font jaillir. *

C'était ainsi que du bel âge Le grand Salomon profitait.

Mais le temps rida son visage; rius triste alors il répétait ;

« Je touche à la froide vieillesse; Adieu la douce volupté.

Hélas 1 j'avais dans ma jeunesse Une assez belle v^inité.

« J'allais de conquête en conquéle ; L'obstacle irritait ma fierté; Noblement je levais la tête; J'étais brillant de vanité.

« Aujourd'hui morte est mon aucjace ; iLt j'entends dire à la beauté:

Prince, que voulez-vous qu'on fasse De ce reste de vanité.^

« O vous , dont le priulenips commence , Fuyez la prodigalité , Et pour l'automne qui s'avance Ménagez votre vaniié.^ «

Malgré celte hymne un peu chagrine ,

La gentillesse féminine

D'un vieillard pique la langueur.

S'il ne prétend plus au bonheur,

Avec son image il badine.

Des femmes se peut-on passer!

Des femmes se peut-on lasser !

On le peut lorsque leu" faiblesse

Usurpe d'un sexe plus fort

L'esprit, les mœurs et la rudesse.

Toujours ce ridicule effort

Les enlaidit. Par son courage ,

Par sa hère et mâle beauté,

Judith ne m'aurait point tenté.

Esther me convient davantage.

Tuer au lit est un talent

Dont rarement on fait usage;

Y plaire est son plus doux partage,

Dont on profite plus souvent.

ASSUÉRUS FT ESTIIKR.

Assuérus, nous dit la Bible, Prisait beaucoup cet art paisible.

A sa table il avait un jour Tous les libertins de sa cour ; Séduit par des chansons lascives, Et troublé par un vin fumeux, Il veut donner à ses convives Un spectacle nouveau pour eux.

« Eunuques , dit-il , que la reine Se montre sans voile à nos yeux , Sans aucun voile, je le veux, Portez-lui ma voix souveraine. « La sultane reçut fort mal Ce compliment oriental.

Surpris d'une pareille audace , Le prince: « Imprudente Vaslbi , Ton orgueil m'a désobéi ; Descends du trône, je te chasse^ Eunuques , dans tous mes états Allez proclamer sa disgrâce , Et cherchez-moi d'autres aj^pas.

La plus belle prendra sa place. »

Dès-lors on ouvrU le sérail.

Il se remplit de beautés neuves.

Mais pour entrer dans ce bercaif Difficiles étaient les preuves.

L'eunuque insensible et malin, En faisant son froid commentaire , Portait partout un œil sévère , Partout une insolente main.

Belles à la fois et jolies ,

Trois cents vierges furent choisies;

Et l'une d'elles chaque soir,

Entrant dans la couche royale,

Se livrait au flatteur espoir

De régner bientôt sans rivale.

î*our les parer, on leur donna Tout ce qu'exigea leur caprice; Car les femmes en ce temps-là Connaissaient encor l'artifice.

La seule Esther était sans art.

Un bain est préparé pour ellet Bientôt de la rose et du nard Son corps y prend l'odeur nouvelle.

Des cheveux d'herbe entrelacés, Des yeux modestes et baissés , Une robe fine et flottante , Pour ceinture un feston de fleurs Qui marque sa taille élégante, Quinze ans et des traits enchanteurs :

Telle paraît Esther tremblante Aux yeux charmés d'Assuérus.

Il la voit et n'hésite plus.

Le couple amoureux se retire Dans un pavillon écarts; Le goût lui-même a fait construire .

Ce temple de la volupté.

Il en a banni la richesse, L'or et le feu des diamans.

Tout y respire la mollesse.

Tout y parle au cœur des amans.

Sous leurs pas la rose s'effeuille; Et sur la blancheur des lambris Serpentent les rameaux fleuris Du jasmin et du chèvre-feuille.

Le plus habile des pinceaux A dessiné dans les panneaux Des images voluptueuses; Et, pour mieux fixer le désir, Partout sons des formes heureusss Il a reproduit le plaisir.

70 LES (rALANTERIES.

Simple malgré son élégance , An centre est un lit spacieux :

Il favorise la licence , Et les caprices amoureux.

Les rideaux de gaze légère. Que relevait un nœud de fleurs, De la sultane peu sévère Voilent les premières faveurs.

Faveurs charmantes ! bien suprême !

Au vif et doux emportement , Au\ transports de celui qu'elle aimC; Estber se livre mollement.

Ainsi dans sa course rapide On voit le fougueux Aquilon Troubler une eau calme et limpide Qui reposait dans le vallon.

Pour la femme la plus coquette, Régner est le nec plus ultra ; L'ambition est satisfaite Quand elle arrive jusque là.

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