TOUS LES SAINTS
Allez, bien du plaisir.
t)ébarassés de Moïse et de Biaise , Nos gens enfin savouraient à leur aise hes voluptés le poison dangereux , Et s'en donnaient comme des bienheureux. Le Carpion , muni d'une bacdianle,
e.j LA GUERRE
Et la tlatlant d'une veïx tremblotante,
Disait : « Je dois, charmante ïhéoné, *
l'offrir aussi mon frugal déjeûné. »
Elle sourit, et sa lèvre jolie
Dévolement reçoit la blanche hostie.
Mais que dit-elle à ce repas nouveau?
— « Ce pain est fade. — Ek non, c'est de l'agneaU. Nous autres saints, nous vivons de mystères. Bois, maintenant; et n'en crois pas tes yeux,
Car ce vin-là... Le Falerne vaut mieux.
— C'est cependant un dieu que tu digérées.
— Quel conte ! — Un Dieu réel et bieu.vivant. Mais ne crains rien : quoique très-succulent ,
Il est léger; aux malades il passe.
— Me voilà sainte! — Et sainte je t'embrasse. » Mons Guignolet s'y prenait autrement ;
Car des pécheurs diverse est la manière.
Avec Aglaure il ose indécemment
Parodier tout ce que l'on révère.
Suï l'occiput il lui presse le jus
De ce raisin qui porte à la luxure.
Puis d'une croix y trace la figure,
Et dit ces mots : « Au nom du grand Bacchus ,
Et de l'Amour, et de Véaus encore.
Je te baptise, et je te nomme Aglaure. »
Avec deux doigts unis dévotement ,
Sa ronde joue il frappe faiblement.
« Que fais-tu donc? dit en riant la belle.
Je te confirme ; et ma voix te rappelle
Tes vrais devoirs, si simples et si doux.
Trois mois sacrés les renfermeront tous;
Sur ces trois mots ton culte entier repose :
Le pampre vert, et le myrte et la rose.
Au mariage il nous faut procéder.
Je suis ensemble et l'époux et le prêtre.
Que tes beau.^; yeux © 9sent me regarder;
Prends l'air timide, et tache de paraître Ce qu'à coup sllr tu ne voudrais pas être , Vierge. — Est-ce bien.^ — Pas trop mal. — Donne-moi Cette main blanche en signe de ta foi. Je nous unis d'une chaîne invisible , Conjungo nos. Croissons pour le bonheur, Croissons en grâce, eu désir, en vigueur; Ne décroissons jamais : s'il est possible; Multiplions , et Dieu nous béniia.
Or, maintenant, mon épouse nouvelle, Jure avec moi d'être toujours fidèle.
— J'en fais serment , le tiendra qui pourra.
— Bravai Bravai Mais de la pénitence Le sacrement est nécessaire aussi.
De tes plaisirs confesse la licence ; Ke cache rien ; l'on ne ment point ici.
— Tous mes péchés sont péchés de jeunesse j El vous pouvez en deviner l'espèce.
Devinez- vous .^ — ïrès-biea! toujours Vénus. Combien de fois? — Oh! je n'en compte plus.
— Compte à peu près. —Dix mille.— Tu te vantes; Mais d'un seul mot je peux tout effacer ; Absolfo te. De ces fautes charmantes
La pénitence est de recommencer. »
Les mains alors il étend sur ses charmes...
Saint Guignolet, le tocsin sonne, aux armes !
Vaine semonce! il est sourd au tocsin,
Et dit tout haut : « De l'Amour libertin
Et de Bacchus j 3 M ordonne prêtresse.
De leurs autels fais prospérer la messe ^
Prêche en leur nom ; mais point de longs discours ;
Prêche d'exemple, et prêche tous les jours. «
Vous le savez, frères, chaste est ma lyre;
Le Saint-Esprit, qui me souffle et m*inspire,
Me presse en vain; je n'ose peindre tout.
O Guignolet ! vous n'étiez pas debout.
Mais il soupire, et sa voix affaiblie Laisse échapper quelques mots languissaus : « Ceci , ma chère , est mon âme et ma \ie. « Aglaure ensuite, en reprenant ses sens, Répond tout bas : " J'aime Veuckaristie. » Pour elle encor Guignolet officie , Et de baisers fortement appuyés Couvre son front ,. et ses mains , et ses pieds , Les pieds surtout ; ô parodiste impie ! « Que fais-tu là? — C'est VexCréme-oncdon . Tu dois bientôt descendre sur la terre, Et , sous l'abri des treilles de Cythère , Tu vas remplir ta douce mission :
Aux voyageurs cette onction est bonne; Reçois-la donc, et pars; adieu, friponne. »
Vienneul alors les autres bienheweux
Que soutenaient leurs malignes compagnes.
Ces renégats, l'ivresse dans les yeux,
Le pampre en main; chancelans et joyeux,
Allaient courant les célestes campagnes.
Aux sons lijilés des féminines voix ,
En rond l'on danse , on se heurte, on se presse ,
On rit, on jure, on bronche, on se redresse;
Et ces couplets sont répétés vingt fois :
» Ma trinité , c'est la bouche de rose. Le sein de lis , puis encore autre chose. On l'aime au ciel, on l'aime et in terris'; On la conçoit, on la voit , on la touche. Vive le sein, autre chose est la bouche! Yive l'Amour ! Amen , io Cypris !
« L'heureux Bacchus avait une baguette.
Et par Moïse elle fut contrefaite.
A l'ancienne il faut croire. Et perche .'
C'était de l'eau que donnait la dernière : C'était du vin que versait la première. Vive la treille! Amen^ io Bacchel »
Survient Neptune, et sa voix magistrale A suspendu la sainte bacchanale.
« Du Paradis s'avance un corps nombreux ; Il vient à nous; rentrez, mesdemoiselles. Et vous, messieurs, vous fuirez avec elles. Si de l'enfer vous redoutez les feux. >» Gens comme nous ne prennent pas la fuite. S'écrie Esral. El nous les attendrons.
Poursuit saint Jean. Et nous les combattrons, Dit Guignolet. Et nous les rosserons, Dit Carpion , qui vainement s'agite Pour échapper à quatre jolis bras Dont les efforts l'arrachent aux combats. De ces héros la valeur on enchaîne, Par leur jaquette en riant on les traîne. Ils résistaient : de nouveaux bataillons Leurs poings fermés défiaient le courage. Bronchant toujours, et toujours fanfarons. Par des hoquets coupant les faibles sons De leur voix rauque, ils parlent de cRrnag<», Et dans l'Olympe entrent à reculons.
On les conduit sous de vastes portiques. Trop fatigués de leurs farces bachiques , Tous à la fois s'étendent sur le dos ; Point à'Ângelus , de vêpres , ni d'office ; Et le sommeil, aux ivrognes propice, Charge leur» yeux de ses plu» lourds pavot;.
Fin DU CKAWT CINQUIFMK,