CHANT NEUVIÈME
Raoul et Albert dans l'ile de "Waille; défaite dé» Danois ; mort d'iVlkent et de ses complices ; Raoul refuse la couronne , et h\ fait donner à la .jeune Emma. Entretien d'Harol et dlsaure. Douleurs de JuIp ; état malheureux d'Ollide. Aldine délivre Raymond et d'autres prisonniers. Histoire de Caldor et d'Esline; Caldor est tué par Roger.
De Wailte expirait la puissance.
Le brave Arthur au tombeau descendu Aux ennemis la livrait sans défense, Et sans danger l'audace avait vaincu-
LES ROSECROIX.
Le sage Olcap, trop affaibli par l'âge, Son fils , à peine au quinzième printemps , Quelques soldats vieillissant loin des camps Au nombre en vain opposaient le courage ; Ils sont tombés sous le fer des Danois. Alkent , assis dans le palais des rois , Insulte au ciel; sa rage inassouvie.
Qui des vaincus poursuit encor la vie , De la cité fait un vaste tombeau.
Sunon , Saldat , complices de ses crimes , Jusqu'à l'autel vont saisir ses victimes. Les temples saints sont livrés à Crodo. Mais de Raoul, enfin paraît la floUo, Qu'un vent propice eî la main du pilote Légèrement conduisent dans le port.
Il vengera ceux qu'il n'a pu défendre.
Sur leurs vaisseaux les Danois vont l'aiteudre. De loin les traits volent avec la mort ; Plus près on livre un combat plus terrible. Le sombre Alkent , qui se croit invincible, Dit à Raoul: « Ici que cherches-tu.?
Au camp d'Harol ta sœur est prisonnière ; Cours; mais peut-être, ambitieuse et fière, Le diadème a tenfé sa veiiu. »
Pendant ces mots, le Français intrépide Commande aux siens l'abordage rapide.
On voit partout les avirons dressés , Les longs grappins et les gaffes mordantes. Les crocs jetés sur les voiles pendantes, Et les harpons d'un bras nerveux lancés. Le vil Sunon , qu'uu Dieu vengeur inspire , Imprudemment saute de son navire.
Sur le tillac où la française ardeur Des matelots accusait la lenteur, Et dit : Albert , qu'a vu naître la Seine , Pourquoi chercher une mort si lointaine?». IV. i4
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C'était l'instant où déjà rapprochés.
Malgré l'effort de sa horde nombreuse
Les deux vaisseaux sous la gaffe accrochés,
F.l balancés sur la plaine onduleuse,
S'entrechoquaient ; de fureur écumant ,
Il frappe Albert, qui pare adroitement ,
Et sur le mât sa lame s'est brJséeî
Vers le flanc droit l'atteint un bras plus sûr,
Et du liliac il tombe; un san^ impur
Soudain jaillit de sa tète écrasée,
Et de la vague au loin souille l'azur.
Sur son navire Alkent menace et tonne
« Un grand danger. Danois, nous environne.
C'est aujourd'hui qu'il faut vaincre ou mourir.
Tournez les yeux , et voyez sur la rive
Nombreux encor les Wailtains accourir.
Ils ont trompé ma veng(îance attentive.
A ce combat qu'aucun d'eux ne survive.
Anglais, Wailtains, Français, tout doit périr. »
Dans les vaisseaux qu'a saisis l'abordage
Se prolongeait un horrible carnage.
Ceux-ci percés tombent du haut des mâ's ;
Ceux-là , surpris dans la cale profonde ,
En le fuyant reçoivent le trépas ;
D'autres mouraient précipités sous l'onde ,
El hors des eaux s'élève eucor leur bras.
Sur le tillac des flots, de sang ruissellent :
Là sans espace on frapre de plus près ;
Là les mourans sur les morts s'amoncèlcnt ,
Et là bientôt triomphent les Anglais.
Raoul alors impétueux s'élance
Sur le navire où fier et menaçant
Le traître Alitent brandit son ter tranchant.
L'écu léger qui forme sa défense
En vain s'oppose à ce fer acéré;
Jusqu'à sa main Ja pointe a pénétré.
LES ROSEGROIX. 1'»^
Alkent sourit ; 6a vi|;oureuse adresse De sou rival méprise la jeunesse.
Mais du Français le glaive inattendu Trompe lé sien, déchire sa poitrine, El va plus loin percer son bras charnu ; Le sang rougit sa blanche et douce hermine. ^ Il fuit, il court, traverse les vaisseaux, Et de Saldat invoquant le courage , Serré de près par le jeune héros, Pâle et tremblant il gagne le rivage.
Entre eux accourt et s'arrête Saldat, Guerrier puissant, mais traiire à sa patrie , Et fier encor de sa gloire flétrie.
Le coup subit qu'en parant il rabat Perce à demi sa cuisse musculeuse ; Il chancelait; l'acier obliquement Ouvre son front, et sa morl douloureuse hst de son crime un juste châtiment.
Dans le palais Alkent cherche un asile, Ht la frayeur y pousse ses soldais.
Là renfermés, leur défense est facile; Sur les Anglais pleut alors le trépas.
Mais des Wailtains la foule désarmée Veut la vengeance, et la veut sans retard. Et sur les toits ils lancent au hasard La poix ardente et la torche enflammée. Le feu s'éteint, renaît de toute pari , > Langtiit encor; d'un aquilon propice Enfin l'haleine embrase l'édifice.
Les assiégés, frémissans, éperdus,' Dans le palais sonl déjà répandus.
Plusieurs, fuyant vers une mort plus douce, Veulent sortir; la flamme les repousse.
On les voyait confusément courir, Tenter du pied les solives brùlaules, Gravir les murs, des fenêtres croulantes
'\m LES ROSECROIX.
Sur le pavé s'élancer el mourir.