‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbreChapitre 116 sur 174 · LE VAISSEAU LE VENGEUR · texte numérisé non relu

LE VAISSEAU LE VENGEUR

Sur rOcéan jamais la France

Ne déploya tant de grandeur.

Son bras de l'Anglais oppresseur

Punissait la longue insolence; Du joug de ces tyrans, et si vils, et si fiers, Qui toujours sur le nombre ont fondé leur courage , Nos libres matelots affranchissaient les mers; Leurs chants républicains échauffaient le carnage ;

Et. quel que soit l'arrêt du sort , Ils tiendront leur serment : la victoire ou la mort !

Mais bientôt à leurs vœ\ix les venis sont infidèles ,

D'un souffle contraire emporté , Le Vengeur combat seul , de la ligue écarté.

Quatre flottantes citadelles EVe leur canon sur lui dirigent tous les feux. Il y pépoud : long lemi>s le succès est douteux.

La voile déchirée aux vents lai^^se un passage ;

Le rapide boulet emporte le cordage ;

La vergue, sans appui , frappe les mais rompus;

Ils se brisent, et le navire

Au gouvernail n'obéit plus;

Et nos braves marins de dire :

"Feu,stribord! feu, bas-bord! Des voiles et des mâts Servent à qui vent fuir, mais nous ne fuirons pas. »

Ces mois augmentent leur audace.

Deux vaisseaux d'Albion, de débris tout couverts, S'éloignent du combat ; d'autres ont pris leur place,

;r, .MELANGES.

Du Vengeur cependant le<; nieaibies enlr'ouvci Is

Laissent de toutes parts entrer Tond!" fatale :

Plus d'espoir ! La flotte rivale Criait à nos guerriers : «Imprudens rendez-vous; Baissez ce pavillon , ou vous périrez tous •>

«• Eh quoi ! la superbe Angleterre Dans ses ports verrait le Vengeur Suivre lâchement un vainqueur!

Quel affront pouv la France entière! Nous libres, nous républicains ,

Par un marché honteux achetant notre vie.

Nous pourrions nous livrer à votre perfidie 1 Et des fers chargeraient nos mains ?

A nous déshonorer, osez-vous bien prétendre ?

Les Français aujourd'hui ne savent plus se recdre.

Ainsi parlant, nos matelots,

Déjà poursuivis par les flots.

Montent sur le tillac : en signe de leur joie,

De tous côtés leur main déploie

Les pavillons aux trois coulcuis.

Et la flottanle flamme, et les pavois vainqueurs

Les chapeaux qui couvraient leur lète Sont élevés dans l'air comme en un jour de fpte.

La mer s'ouvre; ces mots heureux

Consolent leur âme héroïque :

France ! Liberté ! République !

Ils disent, et les flots se referment sur eux.

Troupe invincible et magnanime,

De votre dévoumeut sublime

La France instruira l'univers.

De sa reconnaissance entendez les concei ts.

Du vaisseau que votre courage Refusa de livrer k l'infâme Albion

Elle suspend la noble image

MELANGES. .y.

Aux voûlts de son Panthéon;

Au pinceau fidèle elle ordonne

De vous reproduire à nos yeux;

Et 5ur l'immortelle colonne ^ Elle écrit vos noms glorieux.

Ces noms éclatans dans l'histoire,

De nos jeunes marins orneront la mémoire; El dans tous les combats ces enfans de l'honneur

Se ressouviendront du Venfreur.

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