‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbreChapitre 140 sur 174 · RADOTAGE · texte numérisé non relu

RADOTAGE

De notie Piade le grand maître A dit : Rien n'est beau que le \rai.

Mais sur notre Pinde peut-être Le beau vieillit, et maint essai Nous promet sa chute prochaine.

La sottise est técoode et vaine.

Yous le voyez , un vrai nouveau Qui ne veut FÏen de la nature, Un vrai, dont la Raison murmure.

Menace le vrai de Boileau.

Les novateurs à la Cntique Opposent la faveur publique, Celle au moins de leurs feuilletons, De leurs amis, de leurs patrons, Et du commis à la boutique.

D'où vient que loin du droit chemin Se disperse leur vague essaim ?

Une femme élégante et belle Avertit les yeux et le cœur.

O quelle gloire et quel bonheur D*en faire une amante fidèle!

Mais combien de fâcheux rivaux, De jours et de nuits sans repos !

Que de soins peut-être inutiles!

TSon, non : abaissons nos désirs.

Cherchons des conquêtes faciles.

Et moins cher payons nos plaisirs.

On prend quelque laide grisette; Soudain sa laideur est beauté; Et la crédule Vanité Y voit UM2 Vénus complète.

Plurès a le talent des mots; Son esprit est dans son oreille ; On ne sait où son cœur sommeille :

Il arrondit son style faux, Orne le vide et le colore ; Et l'ampleur d'un habit pompeux De sa muse à la voix sonore Cache le squelette honteux.

Quand Despréaux voulait écrire ^ Si riche de pensers divers, Il asait quelque chose à dire, Et le disait en quelques vers.

A genoux devant sa méthode.

On s'en fait une plus commode.

Nous écoutons peu les bavards.

Mais nous les lisons, et sans peine Nous suivons tous les longs écarts, Et les détours, et les relards De nos romans à la douzaine.

En trois volumes leurs auteurs Étendent l'intrigue légère De quelque amourette vulgaire.

Et leur goût enseigne aux lecteurs Comme on file un cnlant à faire.

Romanciers, favoris des cieux , Vous seuls vraunent avez des yeux; La Nature est pour vous sans voiles.

O combien de pensers profonds , Combien de sentimens féconds Dans un clair de lune ou d'étoiles! XJn précipice.^ avidement J'écoule sa voix sympathique; Un désert.^ quel tressaillement A cette voix si romantique!

Dans les ruiiTCs, dans les bois , Sous les rochers, partout des voix.

Je hais la tienne, sotte Histoire.

Chez toi jamais d'illusion; nien pour rimaglnation; Ta froideur glace ma mémoire.

Il faut refaire le passé.

Déjà l'ouvrage est commencé.

Oui, nous allons de noire France Retoucher les siècles obscurs , Siècles de sang et d'i^^'norance, Dont nous ferons des siècles purs.

Fiers barons , faciles baroniics, Gros abbés d'abbesses mignonnes, Princes et voleurs suzerains, Maîtresses , royales catins , Brigands avec ou sans couronnes , Soyez vierges et presque saints.

Auteurs, on a dans cette lice Profit et gloire : courez tous.

Certes , le momenî est propice , Et les paris s'ouvrent pour vous.

Le vrai toujours est inflexible; Il désenchante ; quels legrets !

Eh bien ! combattez ses progrès:

B-éenchantez , s'il est possible.

Les sciences et la raison Gênent un peu notre Apollon.

Vous le savez , ces malheureuses.

Dont nous dédaignons le soutien, Froides et quelquefois railleuses , A la prose, aux rimes pompeuses, Résistent et ne passent rien.

Mais ce sont personnes tranquilles; Quand elles sifflent , c'est tout bas.

Avec elles point de débats.

Chantez pour gens moins difficiles; Chantez haut; du bruit, des éclats :

Il est des oreilles débiles Que persuade le fracas.

Quittez la prosaïque plaine; Cherchez sur la cime lointaine Uu vieux Liban, du vieux Athos , La nébuleuse rêverie, La sublime niaiserie , Et la vaste sensiblerie Des grands romans à grands pathos.

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