CHANSON X
Où es-tu , belle Taouna ? le roi s'éveille, sa main amoureuse s'étend pour caresser tes charmes : oii es-tu, coupable Yaouna? Dans les bras d'un nouvel amant, tu goûtes des plaisirs tranquilles, des plaisirs délicieux. Ah! presse-toi de les goûter; ce sont les derniers de ta vie.
La colère du roi est terrible. — Gardes, volez, trouvez Yaouna et l'insolent qui reçoit ses caresses.
ils arrivent nus et enchaînés : un reste de volupté se mêle dans leurs yeux à la frayeur.
Tous avez tous deux mérité la mort , vous ia recevrez tous deux. Jeune audacieux, prends cette zagaie, et frappe ta maîtresse.
Le jeune homme frémit; il recula irois pas, et couvrit ses yuux avec ses mains. Cependant la tendre Yaouna tournait sur lui des regards plus lieux que le miel du printemps, des regards ou l'amour brillait au travers des larsies. Le roi furieux saisit U /.»'^;\k' rcdnulttblc, et la lance avti'
CHANSONS WAUECASSES. 407
vigueur. Yaouna frappée cbancelle , ses beaux yeux se ferment, et le dernier soupir entr'ouvre sa bouche mourante. Son malbeureux amant jette un cri d'horreur. J'ai entendu ce cri; il a retenti dans mon âme , et son souvenir me fait frissonner. Il reçoit en même, temps le coup funeste, el tombe sur le corps de sou amante.
Infortunés ! dormez ensemble , dormez en paix dans le silence du tombeau.
CHxVrsSON XI.
Redoutable Niang ! pourquoi ouvres-tu mon sein dans un jour malheureux?
Qu'il est doux le souris d'une mère lorsqu'elle se penche sur le visage de son premier né! Qu'il est cruel l'instant cîi cette m.ère jette dans le fleuve son premier né, pour reprendre la \ie qu'elle \ient de lui donner ! Innocente créature '. le jour que tu vois est malheureux ; il menace d'une maligne influence tous ceux qui le suivront. Si je t'épargue, la laideur flétrira tes joues, une fièvre ardente brûlera tes veines^ lu croîtras au milieu des souffrances; le jus de l'orange s'aigrira sur tes lèvres; un souffle empoisonné desséchera le riz que tes mains auront planté ; les poissons reconnaîtront et fuiront tes filets: le baiser de ton amante sera froid et sans douceur ; une triste impuissance le poursuivra dans ses bras. Meurs , 6 mou fils! meurs une fois, pour éviter mille morts. Nécessité cruelle! redoutable
<08 CHANSONS MADECASSES.
CHANSOÎN XII.
Nahandove , ô belle Nahaudove! l'oiseau nocturue a commencé ses cris , la pleine lune brille sur ma tète, et la rosée naissante humecte mes cheveux. Voici l'heure ; qui peut l'arrêter, Nahandove, ô belle Nahandove ?
Le lit de feuilles est préparé; je l'ai parsemé de fleurs et d'herbes odoriférantes. Il est digne de tes charmes, Nahandove , ô belle Nahandove!
Elle vient. J'ai reconnu la respiration précipitée que donne une marche rapide ; j'entends le froissement de la pagne qui Tenveloppe : c'est elle, c'est Nahandove , la belle Nahaudove!
Reprends haleine, ma jeune amie; repose-toi sur mes genoux. Que ton regard est enchanteur ! que le mouvement de ton .sein est vif et délicieux sous la main qui le presse! Tu souris , Nahandove , ô belle Nahandove!
Tes baisers pénètrent jusqu'à l'âme ; tes caresses brûlent tous mes sens : arrête, ou je vais mourir. Meurt-on de volupté , Nahandove, ô belle Nahandove ?
Le plaisir passe comme un éclair; ta douce haleine s'affaiblit, tes yeux humides se referment, ta tête se penche mollement , et tes transports s'élei- [înent dans la langueur: Jamais tu ne fus si bell. Nahandove , ô belle Nahandove !
Que le sommeil est délicieux dans les bras d'une maîtresse! moins délicieux pourtant que le réveil. Tu pars, et je vais languir dans les regrets et les désirs; je languirai juscju'au soir; tu reviendras ce soir, Nahandove, ô belle Nahandove !
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