DE LEUCADE
Je suis né dans une ville d'Étolie , sur les bords du fleuve Achéloiis. J'avais seize ans, quand je'çis pour la première fois la jeune Myrthé. ]Mes yeux turent charmés, et mon cœur se donna pour,>tonjours. Dès ce moment j'oubliai les jeux paisibles de l'eBlance. J'allais souvent rêver dans un bois voisin du village et peu fréquenté. INÎes pas s'arrêtaient toujours d*^vant une petite statue de l'Amour; je nommais Myrthé, et je soupirais. Un soir je déposai une rose aux pieds de la statue. Je revins le leu* demain, je retrouvai la fleur; mais elle était attachée à un bouton de rose fraîchement cueilli. Une agréable surprise me fit tressaillir; mille idées confuses se succédèrent dans mon esprit , et l'espérance descendit dans mon cœur comme la rosée sur une fleur altérée. J'entrelaçai d'une guirlande les pieds de la statue, et je rentrai dans le village. Déjà la nuit avait bruni l'azur des cieux; elle apportait le sommeil el les songes légers ; mais l'inquiétude qui p" 'agitait éloigna le sommeil , el les songes passèrent stiV mon asile sans s'arrêter. Le jour parut enfin; je m'approchai plusieurs fois de la cabane de Myrliié ; je voulais la voir, tomber à ses genoux . et lui jurer un amour digue de sa beauté ; mais je ne vis qu'une femme dont l'air froid et sévère inspirait la crainte. Je gaguai le l)ois tristement, et je me retrouvai, sans y penser, devant la statue. J'aperçus une jeune
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fille qui attachait une euirlaude à celle que j'avais déposée la veille aux pieds de l'Amour. Je m'approche sans hi uit et je mets ma main sur la sienne : elle fait un cri, se retourne, baisse les yeux, et rougit. J'élais à ses genoux; et je lui disais: Je t'aime, belle Myrihé; il y a long-lemps que je t'aime; j'en jure par le dieu qui nous voit et qi.i nous entend , je t'aimerai toujours. Mvrthè entr'ouvre sa bouche vermeille , et d'une voix douce comme l'haleine du Zéphyr: Je reçois ton serment, et j'en jure par le dieu qui nous voit et qui nous entend. Mon seul désir sera de te plaire toujours.
Je la voyais presque lous les jours au même endroit; je lui parlais de ma tendresse; elle m'écoulait; je lui eu reparlais encore, et elle m'écoutait avec un nouveau plaisir. Je pressais sa main sur mon cœur; mes lèvres effleuraient quelquefois ses lèvres de rose; je respirais son haleine parfumée; plus d'audace aurait offensé Myrthé ; son courroux m'eût repoussé loin d'elle , et je serais mort de ma douleur.
Un jour je vis la tristesse dans ses yeux. Elle me dit: Le ciel m'a donné une mère impérieuse; je crains que sa sévérité ne cause notre malheur; je crains.... Un baiser l'empêcha de poursuivre. Croismoi , jeune amie , la prévoyance est cruelle : ne perdons pas le présent à nous affliger d'un avenir incertain.
Le lendemain on m'apprend que Myrthé s'unira dans trois jours à un riche citoyen de Thermus. La foudre m'aurait frappé d'un coup moins terrible. Revenu à moi, je m'obstinais à douter de mon malheur. Je vole chez Myrthé ; je vois la porte de sa cabane ornée de festons et de guirlandes, signe trop certain de l'hvmen qui s'apprête. La rage s'empare de mon cnv.ir: j'arrache ks guirlandes et les