ISN EL ET ASLEC}A
«< Un loii;^ soupir écliappù dv sa bouoho Suivit c(;s n-.ols : il fiappe, el celle fois La porte cède à la main qui la louche. De la p'ideur il ménagea les droits.
Rusla Loutcuse a voilé sou visage; Elle rour:;it de ses premiers désirs, Elle rougit de ses premiers plaisirs.
Son jeune sein du cygne oifre l'image, Quand sur uu lac balancé mollement Il suit des flots le léger mouvement.
Dans sa tendresse elle est timide el douce; Tantôt ses bras entourent son amant, Tantôt sa main faiblement le repoussé; Et son bonlieur fut un enchauîemeut.
Il dura peu ; la trompette éclatante Le lendemain rappela les guerriers.
Rusla frémit, et sa voix gémissante Maudit en vain les combats meurtriers.
Olbrown y court. Seule avec sa tnstesse Vécut alors l'inquiète Rusla.
De noirs pensers affligeaient sa tendresse; Combien de fois de pleurs elle mouilla Ce lit témoin de sa première ivresse!
Combien de fois sa plaintive douleur Redit ces mots échappés à son cœur!
« Dans ies combats ne sois poiut téméraire ; Crains d'exposer une tête si chère, Crains pour mes jours, et du guerrier puissant Ne brave point le glaive menaçant.
Mais il te ciierche au milieu du carnage; Tu l'attendras, je connais ton courage, Tu l'attendras; que de pleurs vont couler l Le trépas seul pourra nie consoler. »
" Jeune héros, des amans le modèle,
ISNEL ET ASLÉGA. 133
Dans le sentier où la i^loire t'appelle Tes premiers pas rencontrent le tombeau. Astre charmant , astre doux et nouveau , Tu n'as pas lui long temps sur la colline ; De ton lever que ta chute est voisinel Tu disparais ; que de pleurs vont couler! Le trépas seul pourra me consoler. »
<> A chaque instant inquiète , éperdue , Sur un rocher que la mousse a couvert Elle s'assied , et du vallon désert Ses yeux en vain parcourent retendue.
Si tout-à-coup sur le chemin poudreux Le vent élève une épaisse poussière, Son cœur palpite, elle craint, elle espère , Sa bouche au ciel adresse mille vœux , Et le plaisir brille sur son visage Comme l'éclair qui sillonne un Jiuage.
Le vent s'apaise , elle voit son erreur, Baisse les yeux , se plaint de son martyre , Laisse échapper une larme , soupire , Et du rocher descend avec lenteur,
« Après six mois un sinistre murmure , L'n bruit perfide et trop accrédité , Pergnit Olbrown victorieux , parjure.
Sur d'autres bords par l'hymen arrêté.
• « Par le trépas si l'on perd ce qu'on aime , On croit tout perdre; un voile de douleurs S'étend sur nous; le chagrin est extrême, Et cependajil il n'est pas sans douce. n*s ; Mais regretter un objet infidèle.
Pleurer sa vie, et rougir de nos pleurs ! C'est pour l'ar'.our le plus grand des malheurs. Belle Rusia , cette atteinte cruelle Perça ton âme, et depuis ce moment
nr, ISNEL ET ASLÉGA.
Vers le. tombeau tu marchas It-nlemeut. » Dans les eiiiuiis se llétrireiil ses charmes ; Ses yeux éteints ne trouvaient [)!us de laiiiies. « O toi (lu'ici rappellent mes soupirs, Dit-eUe enfin , ô toi qui m'as trahie. Que le remords n'attriste point ta vie ! Tandis (pi'ailleurs tu trouves des plaisirs , Moi, je succombe à ma douleur moitelle; D'un long sommeil je m'endors en ces lieux; Et le rayon de l'ain-ore nouvelle, Sans les ouvrir tombera sur me^ yeux. »
î' L'infortuné qui ne pouvait l'entendre
Quittait alors les rivages lointains :
Il espérait, toujours lidèie et tendre.
Avec l'amour couler des jours sereins.
« Rusla, mou cœur a gardé ton image ;
Ton nom sacré, dans l'horreur des combats,
A fait raa force, et bientôt dans tes bras
Je recevrai le prix de mon courage. »
Disant ces mots , d'un pas précipité
Il traversait la plaine et le villai^e.
Un doux espoir brille sur son visage.
Il voit enGn cet asile écarté ,
Ce simple toit qu'il croyait habile ;
Mais à l'enlour règne un profond silence.
Il entre, il cherche, et cherche vainement.
Que fera-t-il ! incpiiet, il balance ,
Et sur le seuil il s'arrête un moment.
Déjà son air devient rêveur et sombre.
A quelque pas , siu- le bord d'un ruisseau ,
Ses yeux enfin découvrent un tombeau
Qu'un chêne épais protégeait de son ombre.
A cet aspect de crainte il recula.
D'un pied tremblant sur l'aride bruyère
Il marche , approche, et , penché sur la pierre j
ISNEL ET ASLEGA. J35
Il lit : « Tombeau de la jeune Rusla. »
Isnel écoule , et son âme se trouble , A chaque mot sa tristesse redouble ; raille penscrs tourmeutaient son esprit.
Mais le sommeil sur ses yeux descendit ; Kt dans uu songe il vit sa bien-aimce Paie, mourante, et d'ennuis consumée.
Le lendemain il dit à ses héros:
« Amis, la gloire a suivi nos drapeaux. Et nos succès passent notre espérance; Arrêtons-nous, et que notre imprudence Ne risque point le fruit de nos travaux. «
Avec transport les guerriers obéissent.
Au cha" p natal ils retournent joyeux ; Kt, déposant l'aeier victorieux, Devant l'amour leurs courages fléchissent. Alors pour moi commença le bonheur, (>hére Aïua , des belles la plus belle; A mes regrets je suis eucor fidèle , r.l ton image est toujours dans mon cœur.