CHANT SECOND
Deux, cents vaisseaux fendent l'humide plaine. Le prince Ansclare, à la gloire volant, A uos pêcheurs livre un combat l>rillaut ,
166 goddam:
Puis près de Dieppe il aborde sans peine.
Tons SOS Français bravent la mort eerlaine ,
Et sur la rive ils .sautent les premiers.
Quelques Anglais descendent les derniers.
Ceux-là bientôt dans le pays s'avancent,
Du villageois rassurent la Irayeur;
Mais, par la haine emportés, ils s'élancent^
Sur le soldat (pie cherche leur fureur.
L'Anglais, moins prompt, et qui toujours calcule
Visite au loin maisons, fermes, châteaux.
Taxe le pauvre, et pille sans scrupule.
Saisit l'argent, les bons vins , les troupeaux,
Et, qui mieux est, des lemmes et lillelles,
De tous états, soit nobles, soit grisettes :
De ce butin il charge ses vaisseaux.
Mais les Français, dont l'aveugle courage ^
Voulait cueillir un laurier criminel,
tiienlôt vaincus regagnent le rivage.
Que fait alors l'Anglais lâche et cruel?
De ses vaisseaux il leur défend l'approche,
A ce refus ajoute le reproche,
Les rend aux flots , sur eux knce des traits ,
El part, tout lier de ce double succès.
Dans Albion celte nouvelle heureuse
Cieutôt circule. Une fêle pompeuse ;
Au Ranelagh se prépare à grands frais ;
].e mois passé l'on y fêla la paix.
Chacun y va promener sa Irilesse.
Voyez entrer celte riche duchesse.
Belle toujours, dans une élection
Heureux qui peut l'avoir pour clKnui)iuii !
Dans les cafés, dans les clubs, nur la place,
Elle se montre, et pérore avec grâce,
Chez les votans passe, repasse encor.
Et, le nommant d'une voix familière,
Au savetier elle offre un pot de bière,
GODDAIM !
Ses blanches mains, et sa bouche, et son or.
Voyez plus loin celte nymphe galante, Dans son maintien si grave et si décente, Elle connaît comme nu ambassadeur La politique et ses profonds mystères, Et vit tramer le complot qui naguères Fit chez les morts descendre un empereur.
Remarquez-vous ces beautés ? Rien n'égale
De leurs yeux bleus la douceur virginale.
Mais ces yeux bleus dévorent les romans.
Ces vierges donc , et leurs jeunes an)aiis ,
Devers l'Ecosse ont préparé leur fuite;
Et là, malgré le refus pateruel,
Ils s'uniront d'un lien solennel.
Tran([uillenîent ils reviendront ensuite.
En France , hélas ! cette mode est proscrite.
Ces beaux salons, ces lustres, ces concerts,
•Des diamans le brillant étalage,
Ce grand concours, ces costumes divers.
Plaisent d'abord ; mais sur chaque visage
Ou voit empreint l'ennui silencieux.
Le Gnome Spleen a soufflé sur ces lieux.
Pour le souper la foule se parfage ;
Et toi;t-à-co«ip circule un bruit fâcheux;
« La sombre nuit, et les vents et l'orage,
Ont j)rotégé Guillaume et ses soldats :
Deux corps nombreux, après quelques cumbal-^
De l'Angleterre ont touché le rivage. »
A ce récit, se lèvent à la fois
Tous les soupeurs, et muette est leur crainte.
Le Gnome l'ride, errant dans cel'.e enceinte,
Du lord Mora prend les traits et la voix.
• Eh bien , Guillaume enfin va nous connailre,
Dit-il ; soupons ; Kyor s'est avaucé
1(j« GODDAM !
Pour le combattre; et par CunbriJ peut-être Le jeune Ernest est déjà repoussé ; Soupons. » Chacun se rassied sans mot dire , Et l'appétit sur les lèvres expire.
Loin d'eux Kyor appelle nos regards.
De tous côtés ses phalanges guerrières Livrent aux vents ses jeunes étendards.
Vous le savez, ces llotlantes bannières Au temps jadis, au lieu des léopards, Offraient aux yeux l'emblème des renards. Au premier rang sont les auxiliaires, Les Écossais , dans les rochers nourris , Qu'Albion paie, et voit avec mépris.
A ses héros ce rempart est utile.
Au premier choc il résiste immobile , Et des Français il repousse l'ardeur.
Guillaume vole, et se place à leur tête : Contre une digue avec moins de fureur Fondent les flots qu'irrite la tempête.
De toutes parts le glaive ouvre les rangs : Au bruit confus des casques qui gémissent , Des traits lancés qui soudain rebondissent , Des fers brisés , des javelots sifflans , Se mêle alors le long cri des mourans. Enleudez-vous la fanfare guerrière?
Vainqueurt; , vaincus, par ces sons excités, Bravent la lance , et la flèche et la pierre ; . Et du coursier les pieds ensanglantes Les couvrent fous d'une épaisse poussière.
Planant dans l'air, les paladins français (Jhe/. leurs neveux retrouvent leur vaillance Et leurs exploits : des Gnomes inquiets Vers eux le groupe avec crainte s'avance. Cheat leur demande et leiir offre la paix :
Son air est faux , sa voix trompeuse et douce. Robbing la suit , et son avidité Yout de couimerce obtenir un traité.
T,n rire amer aussitôt les repousse.
Pride indigné lève en jurant son bras# Nos chevaliers l'attendent ; il s'ai-rête, Menace encor, fait en arrière un pas, Puis deux, et fuit sans retourner la tète.
Les Écossais, de tous côtés rompus , De sanj,' couverts, avec gloire vaincus, En reculant conservent leur courage.
L'Anglais soudain les repousse au carnage. « Lâches, dit-il, pourquoi donc fuyez-vous? Nous vous payons, ainsi mourez pour nous. » Ces bras levés, ce barbare langage.
Des Écossais ont allumé la rage :
Sur leurs tyrans ils courent furieux, (leux'ci , malgré leur dépit orgueilleux, En combattant méditent leur i-etraite; Et les Français achèvent leul^ défaite.
Sur un coursier, qu'on nomme King Pépin *, Kyor s'enfuit, vole, et sur son chemin Aux laboureurs laisse des ordres sages.
« Abandonnez vos champêtres travaux.
Leur disait-il ; égorgez vos troupeaux , Brûle/ vos bois, vos granges, vos villages, Et que vos champs, de richesses couverts, Pour l'ennemi se changent en déserts. » Chacun riant de ces ordres étranges, Chez lui demeure , et conserve ses granges.
« Vils Écossais! j'aurais vaincu sans eux, Disait Kyor fuyant avec vitesse,
* Le rot Pépin,
Avec dépit >moius brave et plus heureux,
Cambrid sans douîe obtiendra la princesse. »
Cambrid, tout lier de ses nomljreux soldats, Du jeune Eflfcest a juré le trépas, Et prodiguait les paroles altières.
Stonbap survient , et lui dit : « De la paix Vous auriez dû conserver les bienfaits:
A mon pays ils étaient nécessaires.
Mais nos dangers doivent nous réunir.
J'ai donc armé ces braves volontaires; Comme leur cVef ils sauront obéir. »
Le noble duc, après un long silence, Répond enfin avec indifférence; « Le roi pour lui vous permet de mourir. » Il voit alors l'ennemi qui s'avance; Son front pâlit, et pourtant sa jactance A ses guerriers répète ce discours:
« Amis, mon bras protégera vos jours ; Du premier coup je briguerai la gloire; Au premier rang vous me verrez toujours. Suivez-moi donc; je marche à la victoire. » Il dit, et Flight, qu'il appelle en secret, De son coursier tourne aussitôt la bride. Pique les flancs: le vent est moins rapide; Comme un éclair il passe et disparaît.
Vous concevez des soldats la surprise.
Quoi! disait-on, ils évitent les coups, Ces beaux messieurs.^ Le combat est pour nous Et le succès pour eux.^ Quelle sottise! '- Après ces mots on doit fuir, et l'on luit. Et faiblement le Français les poursuit.
Le seul Stonhap, intrépide et fidèle, A nos guerriers oppose sa Valeur.
Soutient leur clioc, recule sans frayeur, Sauve sa tioupe et s'éloigne avec elle.
Le prince Au.sclare à Londres conduisait Tous ces forbans et son heureuse proie. Dans ses regaids sont Torgueil et la joio. Amant d'Énide, en lui-même il disait:
Elle est à moi ! Mais l'espoir l'abusait. L'or et les vins tentent sa troupe avide. Lâche au combat, au pillage intrépide, A ce désir elle succoml)e enfin.
Mais le moyen de régler le partage.^ Sur le convoi chacun porte la main.
Rapidement une rixe s'engage, Et tous alors boxent avec courage.
Leur général crie et menace en vain; En vain il frappe, il assomme, ii renvcrse- Ainsi des chiens racharuement glouton Brave les cris, les fouets et le bâton. Mais un seau d'eau tout-à-coup les disperse. Le jeune Ernest, suivi d'un escadron.
Chassait alors la fuyante milice ; Et sou aspect fut le seau d'ean. propice Qui dispersa les brigands d'Albion.