Livre le fort et s'éloigne avec crainte
Du noir cachot creusé dans celte enceinte
Sortent alors des gémissemens sourds:
On ouvre, on voit sous cette voûte impure
Deux cents Français enchaînés, presque nus.
Que tourmentaient la faim et la froidure.
Pâles, mourans, dans la fange étendus.
A cet aspect d'abord même silence,
Puis même cri : Poursuivons- les, vengeance î
Dans Londre alors les six princes rivaux , Jockeis légers, pour disputer Énide Ont [-.réparé leurs rapides chevaux.
Le roi lui-même à la course préside.
Sur des gradins se placent les seigneurs. Des gentlemen la brigade si fière, 7»larchauds, courtiers, et filous et boxeurs.
>I7G COUDAM!
Femmes , enfans , enfin la ville entière.
Mais du combat le prix noble et charmant ,
La belle Énide en son appartement
Voulut rester; à la mort résolue,
De ce tournoi elle craint peu l'issue.
De tous côtés s'arrangent les paris.
L'e.«poir, le doute, agitent les esprits.
Les six rivaux s'élancent dans l'arène,
Et de la voix animant leurs coursiers,
Souples, debout sur leurs courts étriers ,
Le cou tendu, touchant la selle à peine.
Au même instant ils arrivent au but.
L'heureux Harold sourit à leur adresse:
Le courtisan , enviant leur vitesse,
Claqua des mains, et le peuple se tut.
Tous sont vaiuqueurs, et le prix est unique;
Quel embarras! le roi leur dit : Boxez.
Ils rechignaient, la course est pacifique,
Mais non la boxe. « Eh quoi! vous balancez ? »
Ajoute Harold. Enfin donc ils se placent ,
De loin toujours s'observent, se menacent,
Parent les coups qu'on ne leur porte pas,
Frappent l'air seul , et long-temps divertissent
Les gens grossiers qui riaient aux éclats.
Les courtisans derechef applaudissent.
<c Vous boxez tous avec même talent,
Leur dit Harold ; il faut finir pourtant.
Les coqs , les coqs! » On les cherche, ils paraissent.
Armés soudain de piquaus éperons.
Des six héros ils reçoivent les noms ,
Et fièrement sur leurs ergots se dressent.
Mais tout-à-coup ces digues champions
Baissent la queue, et légers ils s'échappent.
Sous les gradins les princes les rattrapent.
Au bruit du fifre et des aigres clairons ,
On les ramène au combat : plus poltrons,
GODDAIM! 177
Leur fuife prompte t>xcile un nouveau liie. Qu'avaieut-ils donc? Puisqu'il faut vous le dire, Ces coqs, messieurs , n'étaient que des chapons.
Des cris de peur alors se font entendre : "Un revenant, un démon, un Français!
Où donc, où donc? Là-bas, dans le palais. Est-il seul? Oui. Tout vif il faut le prendre. » De ce tumulte, impatient lecteur, Dans l'autre chant vous couoaîtrez l'auteur.