SOUVENIR
Dcjà la nuit s'avance, et du sombre orient Ses voiles par degrés dans les airs se déploient. Sommeil, doux abandon, image du néant, Des maux de Texlstence heureux délassement. Tranquille oubli des soins oîi les hommes se noient El vous, qui nous rendez à nos plaisirs passés. Touchante illusion, déesse des mensonges. Venez dans mon asile, et sur mes yeux lassés Secouez les pavots et les aimables songes. Voici l'heure où , trompant les surveillons jaloux , Je pressais dans mes bras ma maîtresse timide ; Voici Talcove sombre où, d'une oile ra[)ide, L'essaim des voluptés volait au rendez-vous; Voici le lit commode où l'heureuse licence Piemplaçaitpar degrés la mourante pudeur. Importune vertu , fable de notre enfance, Ft toi, vain préjugé, fantôme de l'honneur, Cûmljien peu votre voix se fait entendre au cœur! T a nature aisément vous rôduii au silence ;
Et V0UC vous dissipez au flambeau de l'Amour, Comme un légerbrouillard aux premiers feux du jour, Momens délicieux, où ne sbaisers de flanmie, Mollement égarés, se cherchent pour s'unir; Où de douces fureurs s'emparent de notre àrae Laisscut un libre cours au bizarre désir ; Momens plus enchanteurs,raais prompts à disparaître Où l'esprit échauffé, les sens, et tout notre être , Semblent se concentrer pour hâter le plaisir; Vous portez avec vous trop de fougue et d'ivresse; Vous fatiguez mon cœur qui ne peut vous saisir, Et vous fuyez surtout avec trop de vitesse; Hélas! on vous regrette avant de vous sentir. Mais non ; l'instant qui suit est bien plus doux encore. Un long calme succède au tumulte des sens ; Le feu qui nous brûlait par degrés s'évapore ; La volupté survit aux pénibles élans; L'âme sur son bonheur se repose en silence ; Et la réflexion , fixant la jouissanre , S'amuse à lui prêter un charme plus flatteur. Amour, à ces plaisirs l'effort de ta puissance Ne saurait ajouter qu'un peu plus de lenteur.