LA JOURNÉE CHAMPÊTRE. W
Du voyageur il est peu fréquenté,
Et n'offre aux yeux qu'une beauté sauvage.
L'autre présente un tableau plus riant :
L'épi jaunit; Zéphjre, eu s'égayant,
Aime à glisser sur la moisson dorée ;
Et tout auprès la grappe colorée
Fait succomber le rameau chancelant.
Ces deux coteaux, arrondis en ovale,
Forment au loin un vallon spacieux,
Dont ia ^^ature, admirable eu ces jeux,
A bigarré la suiface inégale.
Ici s'élève un groupe d'orangers
Dont lesfruils d'or pendent sur des fontaines;
Plus loin fleurit, sous l'abri des vieux chênes,.
Le noisetier si chéri des bergers ;
A quelques pas se forme une éminence.
D'où le pasteur appelle son troupeau;
De là son œil suit avec complaisance
Tous les détours d'un paisible ruisseau:
En serpentant , il baigne la prairie,
Il fuit, revient dans la plaine fleurie
Où tour à tour il murmure et se tait ,
Se rétrécit et coule avec viiesse,
Puis s'élargit et reprend sa paresse,
Pour faire encor le chemin qu'il a fait :
Mais un rocher barre son onde pure;
Triste, il parait étranger dans ces lieux;
Son ombre au loin s'étend sur la verdure.
Et l'herbe croît sur son front sourcilleux.
L'onde, à ses pieds, revient sur elle-même.
Ouvre deux bras pour baigner ses ccutoui's,
S'unit encore , el dans ces champs qu'elle aime
Va sous les fleurs recommencer son cours.
Voilà l'asile où la troupe amoureuse Vient accomplir le projet de Volmou.
CKJ LA JOURNEE CHAMPETRE.
Là n'entrcu'. noint^rÉliquette'orçiieilUuse, Et les Ennuis attachés au bon ton, La Libellé doit réijnor au village.
Uu jupon court, parsemé de feuillage, A remplacé l'enflure des pauiers ; Le pied mignon sort des riches sculiers Pour mieux fouler la verdure fleurie; La robe tombe, et la jambe arrondie A l'œil charmé se découvre à uioitié; De la toilette ou renverse l'ouvrage; Dans sa longueur le chignon déployé Flotte affranchi de son triste esclavage : La propreté s'iccède aux ornemens ; Du corps éiroit ou a brisé la chaîne;^ Le sein se gonfle et s'arrondit sans peiue Dans un corset noue par les amans ;
- Le front , caché sous un chapeau de roses , "se soutient phis le poids des dirimaus; La beauté gagne à ces métamorphoses ; Et nos arais , dans leur fidélité.
Du changement goûtent la volupté.
Dans la vallée on descend au plus vite , Et des témoiïis on fuit l'œil indiscret ; La Libe:-tc , l'Amour , et ie .Secret, De uos bergers forment toute la suite.
Déjà du ciel l'azur était voilé ,
Déjà la Nuit de son char étoile
Sur ces beaux lieux laissait tomber son ombre
li\vA pied léger on franchit le coteau ,
Et ces chansons vont réveiller l'Écho
Oià reposait dans la caverne sombre :
" Couvre ie muet uuivers , Parais, Nuit propice el tranquille ,
LA JOURNEE Clï^yVIPÈTRL".
Et fais tomber sur cet asiie La paix qui règne dans les airs.
Ton sceptre impose à la nature Un silence majestueux; On n'entend plus que le mur.nure Du ruisseau qui coule en ces liau.x.
Sois désormais moins dilieente, ilelle avar.t-courière du jour; La Volupté duuce et Iren^blante Fuit et se cache à ton retour.
Tu viens dissijTer les mensonges Qui berçaient les tristes nioriels ; Et la foule des jolis songes S'enfuit devant les maux réels.
Pour nous , réveillons-nous sans cesse , Et sacrifions à Vénus.
Il vient un 'emps , ô ma maîtreése , Où l'on ne se réveiik plus.>-
Le long du boLs quatre îuits de feuillage Sont élevés sur les bords du ruisseau : Elle Sommeil, qui se plaît au village, N'oublia poiutcel asile nouveau.
L'ombre s'enfuit ; l'unante de Cépliale De la lumière annonçait le retour, Et . s'appuyant sur les portes du jour , Laissait tomber le rubis et' l'opale.
Les habitaus des paisibles hameaux Se répandaient au loin dans la campagne ta oorueujuse éveillait les troupeaux ; En bondissant les folâtres agneaux Allaient blanchir le flanc de la moulagno; De niilk; oiseaux le raniaue éclatant