‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbreChapitre 60 sur 174 · Q2 LA JOURNEE CHAMPÊTRE · texte numérisé non relu

Q2 LA JOURNEE CHAMPÊTRE

De ce beau jour saluait la naissance.

Volmon se lève , et Zulinis le devance : Leurs yeux charaiés avec étonuement A sou réveil coufemplent la nature.

Ce doux speclacle était nouveau pour eux; Et des cités habitans paresseux, Ils s'étonnaient de fouler la verdure , A l'instant même où tant d'êtres oisifs , Pour échapper à l'ennui qui les presse Sur des carreaux dresses par la Mollesse Gherclient eu vain quelques pavots tardifs.

Reine un moment, déjà la jeune Aurore Abandonnait l'horizon moins vermeil; Volny soupire , et détourne surLaure Des yeux chargés d'amour et de sommeil. A ses côtés la belle demi-nue Dormait encore; une jambe étendue Semble chercher l'aisance et la fraîcheur , Et laisse voir ces charmes dont la vue Est pour l'amant la dernière faveur.

wSur une main sa tète repose; L'autre s'allonge, et, pendau'. hors du lit , A chaque doigt fait descendre une rose Sa bouche encoie et s'entr'ouvre et sourit. Mais tout- à-coup son paisible visage S'est coloré d'un vermillon brillant.

Sans doute alors un songe caressant Des voluptés lui retraçait l'image.

Volny, qui voit son sourire naissant, Paî'mi les fleurs qui parfument sa couche Prend une lose, et , près d'elle à genoux, Avec lenteur la passe sur sa bouche , Eu y joignant le baiser le plus doux.

Pour consacrer la nouvelle journée,

LA JOURNÉE CHAMPETRE. On dul choisir un cantique à rAmour ; Il exauça l'oraison fortunée, Et descendit dans ce riant séjour.

Voici les vers qu'on chantait tour à tour :

« Divinités que je regrette , Hàtez-\ous d'animer ces lieux.

Etres charmans et fabuleux, Sans vous la nature est muette.

Jeune épouse du vieux Titbon , Pleure sur la rose naissante ; Écho, redeviens une amante j Soleil, sois encore Apollon.

Tendre lo , paissez la verdure ; Naïades , habitez ces eaux , Et de ces modestes ruisseaux, Ennoblissez la source pure.

Nymphes, courez au fond des bois, Et craignez les feux du satyre; Que Philomèle une autre fois A Progné conte son martyre.

Renaissez , Amours ingénus ;

Reviens , volage époux de Flore ;

Ressuscitez, Grâces, Vénus;

Sur des païens régnez encore.

C'est aux cbamps que TAmour natjjLiit ;

L'Amour se déplaît à la ville.

Un bocage fut son asile ,

Un gazon fut son prec.-er lit ;

Et les bergers cl los bergères

Accoururent à son berceau ;

L'azur des cieux devint plus beau ;

Les vents de leurs ailes légères

Osaient à peine raser l'eau ;

tA JOURNEE CHAMPÊTRE.

Tout se taisait jusqu'à Zéphyre ; Et, dans ce moment enchanteur , La Nature sembla sourire.

Et rendre hommage à son auteur. >•

Zulmis alors ouvre la bergerie ,~ Et le troupeau (pii s'échappe soudain Court deux à deux sur l'herbe rajeunie. Volraon le suit, la houlette à la maiu. Un peu plus loin Florval et son amante Gardent aussi les dociles moutons.

Ils souriaient quand leur bouche ignorante Sur le pipefiu cherchait en vaiu des sous. Dans un verger planté par la Nature, Où tous les fruits mûrissent sans culture, La jeune Églé porte déjà ses pas.

Quand les rameaux s'éloignent de ses bras , L'heureux Taloi> l'enlève avec mollesse ; Il la soutient, et ses doigts délicats Vont dégarnir la branche qu'elle abaisse. A d'autres soins Volny s'est arrêté.

Entre ses mauis le lait coule et ruisselle; Et près de lui son amante fidèle Durcit ce lait en fromage apprêté.

Aimables soins! travaux doux et faciles ! Vous occupez en donnant le repos; Biens différens du tumulte des villes, Cil les plaisirs deviennent des travaux.

Le dieu du jour, poursuivant sa carrière.

Règne en tyran sur l'univers soumis.

Son char de feu brûle autant qu'il éclaire ,

Et ses rayons, en faisceaux réunis,

D'un pôle à l'autre embrasent l'hémisphère.

Heureux alors, heureux le voyageur

Qui sur sa roule aperçoit un bocage

LA JOURNEE CHAMPETRE. 93

Où le Zéphyr, soupirant la fraîcheur.

Fait tressaillir le niohile feuillage!

Un hassin pur s'élendaii sous l'ombrage;

Je vois tomber les jaloux vêtemens.

Qui, dénoués par la main des amaus,

Restent épars sur l'herbe du rivage.

Un voile seul s'étend sur les appas :

Mais il les couvre et ne les cache pas.

Des vétemens tel fut jadis l'usage.

Laure et Talcis, en dépit des chaleurs,

A la prairi* ont dérobé ses fleurs.

Et du bassin ils couvrent la surface.

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