I.A JOURNEE CHAMPÊTRE
Florval ainsi critique les erreurs Dont il ne peut garantir sa jeunesse : Car trop souvent aux rives du Permesse Pour le laurier il néglige les fleurs.
De ces récits rencliaînement paisible
Du triste amant redoublait le chagrin;
Il observait un silence pénible.
De sa maîtresse il se rapproche enfin :
«Rassurez-vous ,je vais par mou absence
Favoriser vos innocens projets.
— 11 n'est plus temps d'éviter ma présence ;
J'ai pénétré vos senliiuens secrets.
— Un autre plaît , et Laure est infidèle.
— A. vos regards une autre est la plus belle.
— En lui parlant-vous avez soupiré.
— Vous l'écoutiez, et vous n'écoutiez qu'elle.
— Aimez en pai.x ce rival adoré.
— Soyez heureux dans votre amour nouvelle.
— Oubliez-moi. — Je vous imiterai. » Yolny s'éloigne, et pour cacher ses larmes Du bois voisin il cherche l'épaisseur, Laure en gémit ; les plus vives alarmes Vont la punir d'un moment de rigueur.
La Vanité se trouvant satisfaite,
Bientôt l'amour parle en maître à son c*œur :
Elle maudit sa colère indiscrète,
S'accuse seule, et cache de sa main
Les pleurs naissans qui mouillent son beau sein.
Le regard morne et fixé sur la terre , Volny déjà, seul avec son ennui, Était entré dans la même chaumière Que sa maîtresse habitait avec lui.
Faible, il s'assied sur ce lit de feiiillage Si bien connu par un plus doux usage.
LA JOURNÉE CHAMPÊTRE. i05
Là tout-à-coup , au milieu des sanglots,
Son cœur trop plein s'ouvre, et laisse un passage
A la douleur qui s'exhale en ces mots :
« Ah ! je lirais d'un œil sec et tranquille
De mon trépas l'arrêt inattendu;
Mais je succombe à ce coup imprévu.
Et sous son poids je demeure immobile.
Oui , pour jamais je renonce aux Amours ,
A l'Amitié cent fois plus criminelle ,
Et dans un huh cachant mes tristes jours ,
Je haïrai ; la haine est moins cruelle. »
Tous ses amis entrent dans ce moment.
Le cœur rempli de crainte et d'espérance,
Laure suivait ; elle voit son amant,
Et dons ses bras soudain elle' s'élance.
L'ingrat Yolny, pressé de toutes parts,
Ne voulut point se retourner vers Laure ;
Il savait trop qu'un seul de ses regards
Eût obtenu ce pardon qu'elle implore.
« Ah! dans tes yeux mets au moins tes refus.
— Je suis trahi, non, vous ne m'aimez plus. •>
Sa main alors repousse celte amante
Qui d'un seul mot attendait son bonheur;
Mais aussitôt condamnant sa rigueur.
Il se retourne et la voit expirante.
A cet aspect quelle fut sa doulcirl
Il la saisit , dans ses bras il la presse.
Étend ses doigts pour réchauffer son cœur,
Lui parle en vain, la nomme sa maîtresse,
El de baisers la couvre avec ardeur.
De ces baisers l'amoureuse chaleur
Rappelle enfin la bergère à la vie;
Elle renait, et se voit dans ses bras.
Quel doux moment! son âme t^op ravie
Retourne encore aux portes du trépas;
Mais son ami par de vives caresses