‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbreChapitre 64 sur 174 · I.A JOURNEE CHAMPÊTRE · texte numérisé non relu

I.A JOURNEE CHAMPÊTRE

Florval ainsi critique les erreurs Dont il ne peut garantir sa jeunesse : Car trop souvent aux rives du Permesse Pour le laurier il néglige les fleurs.

De ces récits rencliaînement paisible

Du triste amant redoublait le chagrin;

Il observait un silence pénible.

De sa maîtresse il se rapproche enfin :

«Rassurez-vous ,je vais par mou absence

Favoriser vos innocens projets.

— 11 n'est plus temps d'éviter ma présence ;

J'ai pénétré vos senliiuens secrets.

— Un autre plaît , et Laure est infidèle.

— A. vos regards une autre est la plus belle.

— En lui parlant-vous avez soupiré.

— Vous l'écoutiez, et vous n'écoutiez qu'elle.

— Aimez en pai.x ce rival adoré.

— Soyez heureux dans votre amour nouvelle.

— Oubliez-moi. — Je vous imiterai. » Yolny s'éloigne, et pour cacher ses larmes Du bois voisin il cherche l'épaisseur, Laure en gémit ; les plus vives alarmes Vont la punir d'un moment de rigueur.

La Vanité se trouvant satisfaite,

Bientôt l'amour parle en maître à son c*œur :

Elle maudit sa colère indiscrète,

S'accuse seule, et cache de sa main

Les pleurs naissans qui mouillent son beau sein.

Le regard morne et fixé sur la terre , Volny déjà, seul avec son ennui, Était entré dans la même chaumière Que sa maîtresse habitait avec lui.

Faible, il s'assied sur ce lit de feiiillage Si bien connu par un plus doux usage.

LA JOURNÉE CHAMPÊTRE. i05

Là tout-à-coup , au milieu des sanglots,

Son cœur trop plein s'ouvre, et laisse un passage

A la douleur qui s'exhale en ces mots :

« Ah ! je lirais d'un œil sec et tranquille

De mon trépas l'arrêt inattendu;

Mais je succombe à ce coup imprévu.

Et sous son poids je demeure immobile.

Oui , pour jamais je renonce aux Amours ,

A l'Amitié cent fois plus criminelle ,

Et dans un huh cachant mes tristes jours ,

Je haïrai ; la haine est moins cruelle. »

Tous ses amis entrent dans ce moment.

Le cœur rempli de crainte et d'espérance,

Laure suivait ; elle voit son amant,

Et dons ses bras soudain elle' s'élance.

L'ingrat Yolny, pressé de toutes parts,

Ne voulut point se retourner vers Laure ;

Il savait trop qu'un seul de ses regards

Eût obtenu ce pardon qu'elle implore.

« Ah! dans tes yeux mets au moins tes refus.

— Je suis trahi, non, vous ne m'aimez plus. •>

Sa main alors repousse celte amante

Qui d'un seul mot attendait son bonheur;

Mais aussitôt condamnant sa rigueur.

Il se retourne et la voit expirante.

A cet aspect quelle fut sa doulcirl

Il la saisit , dans ses bras il la presse.

Étend ses doigts pour réchauffer son cœur,

Lui parle en vain, la nomme sa maîtresse,

El de baisers la couvre avec ardeur.

De ces baisers l'amoureuse chaleur

Rappelle enfin la bergère à la vie;

Elle renait, et se voit dans ses bras.

Quel doux moment! son âme t^op ravie

Retourne encore aux portes du trépas;

Mais son ami par de vives caresses

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