‹ uvres complètes d'Évariste Parny, poète célèbreChapitre 65 sur 174 · G LA JOURNEE CHAMPÊTRE · texte numérisé non relu

G LA JOURNEE CHAMPÊTRE

Lui rend eucor l'usaye de ses sens.

Qui peut complcr leurs nouveiles promesôes , Leurs doux regrcis , leurs (rausports rcnais>au.s Chaque témoin en devint plus tidèle.

iiglé surtout regardait son amaut , Et soupirait après une querelle, Pour le plaisir du raccommodement.

La troupe sort, et chacun dans la plaine

S'en va tresser des guirlandes de fleurs.

Avec plus d'art mariant les couleurs,

Déjà Talcis avait fini la sienne ;

Quand sa maîtresse , épiant le moment ,

D'entre ses doigts l'arrache adroitement ,

La jette au loin ,«ouril , et pre^id la fuite ;

Puis eu arrière elle tourne des yeux

Qui lui disaient :■ Viens donc à ma poursuite.

Il la comprit , et n'en courait que mieux.

Mais un faux pas fit tomber la bergère.

Et du zéphyr le souffle téméraire

Vint dévoiler ce qu'on voile si bien.

On vit, Eglé!.... mais non , l'on ne vit rien ;

Car ton amant, réparant toutes choses.

Jeta sur toi des fleurs, à pleines mains.

Et dans l'instant tous ces charmes divins

Fuient cachés sous un monceau de roses.

De ses deux bra*. le berger qui sourit

Ealoure Églé pour mieux cacher sa honte;

Et co faux pas rappelle à son esprit

Ce récit court , et qui n'est point un conte.

« Symbole heureux de la candeur.

Jadis plus modeste et moiiîs belle , Du lis qui naissait auprès d'elle T^ rose eut, dit-on, la blancheur.

Elle était alors sans épine ,

LA JOURNEE CHAMPÊTRE. i07

C'est un fait. Écoutez comment Lui vint la couleur purpurine :

J'aurai conté dans un momen*.

Dans ce. siècle de Tinnucence Oîî les dieux un peu plus bumaius, Regardaient avec complaisance L'univers sortant de leurs maius , Où l'homme saus aucune étude Savait tout ce qu'il faut savoir , Où l'amour éiait uu devoir, Et le plaisir ùn«; habitude , Au temps où Saturne régua , Une belle au matin de Tàge , Une seule , notez cela , Fut cruelle, malgré l'usage.

L'histoire ne dit pas pourquoi ; Mais elle avait rêvé , je gage, Et crut après de bonne foi, Qu'être vierge c'est être sage. Je ne veux point vous raconter Par quel art l'eufant de Cythvre Conduisit la simple bergère A ce pas si doux à sauter :

Dans une aventure amoureuse, Pour le couleur et pour l'amant Toute préface est ennuyeuse , Venons bien vile au déuoùment.

Elle y vint donc, et 'a verdure Reçut «es charmes faits au tour Qu'avait arrondis la Nature Exprès ])0ur les doigts de l'Amour.

Alcrs une bouche brûlante Effleure et rebuise à loisir Ces appas voués an plaisir.

Mais qu'Une velujHc naissaule

i03 LA JOURNEE CHAMPÊTRE.

N'avait jamais fait tressaillir.

La pudeur voit , et prend la fuite; Le berger fait ce qu'il lui plaît ; La bergère tout interdite Ne conçoit rien à ce qu'il fait :

Il saisit sa timide proie; Elle redoute son bonheur.

Et commence un cri de douleur Qui se termine en cris de joie.

Cependant du gazon naissant Que foulait le couple folâtre , Une rose était l'ornement :

Une goutte du plus beau sang Rougit tout-à-coup son albâtre.

Dans un coin le fripon d'Amour S'applaudissait de sa victoiie, Et voulant de cet heureux jour Laisser parmi nous la mémoire :

« Conserve à jamais ta couleur , Dit-il à îa rose nouvtUe; De tes sœurs deviens la plus belle; D'Hébé sois désormais la fleur; Ne crois qu'au mois où la nature Renaît au souffle du printemps , Et d'une beaulé de quinze ans Sois le symbole et la peinture.

Ne te laisse donc plus cueillir Sans faire éprouver ton épine; Et qu'en te voyant on devine Qu'il faut acheter le plaisir. »

Ce récit n'est point mon ouvrage , Et mes yeux l'ont lu dans Paphos A mon dernier pèlerinage.

En apostille étaient ces mots : •

LA JOURNÉE CHAMPETRE. M>{)

Tendres aniaus, si d'aventure Vous trouvez un bouton naissant, Cueillez; le bouton en s'ouvrant Vous guérira de la piqûre. »

Fiorval alors s'assied contre un ormeau. Sur ses genoux, ses deux mains rapprochées Tiennent d'Églé les paupières cachées, Et de son front portent le doux, fardeau. Tous à la fois entourent la bergère Qui leur présente une main faite au tour, Et les in\ile à frapper tour-A-tour.

Nais approche et frappe la première.

Pour mieux tromper, elle écarte les doigts, Et sur le coup fortement elle appuie.

La main d'albâtre en fut un peu rougie. Édé se tourne, examine trois fois, Et sur Volmon laisse tomber sou choix.

— Ce n'est pas lui ; replacez-vous encore. Elle obéit , et soudain son amant

Avec deux doigts la touche obliciuement.

— Oh ! pour le coup, j'ai bien reconnu Laure.

— Vous vous trompez, lui dit-on sur-le-champ , Et l'on sourit de sa plainte naïve.

Déjà Zulmis lève une main furtive;

Mais le joueur, moins juste cpie galant,

Ouvre ses doigts, et permet à la belle

De l'entrevoir du coin de la prunelle.

Celte fois donc Églé devine enfin.

L'autre à son tour prend la place, et soudain

Sur ses beaux doigts qui viennent de s'etendi'e

Est déposé le baiser le plus tendre.

Oh! c'est Volmon, je le reconnais là.

Volmon se tut, mais son souris parla.

Sur le gazon la tioupe dispersée

Coûtait le frais qui tombait des rameaux.

Page 1