‹ uvres complètes de A.-F. Ozanam (volume 2)Chapitre 13 sur 28 · CIIAULEMAGM' ET LES SAXONS · texte numérisé non relu

CIIAULEMAGM' ET LES SAXONS

de racines, ces barbares dépaysés laissaient des ouvertures plus faciles à la prédication. Nous savons comment le cliristianistne s'en empara. Nous avons vu grandir l'Eglise anglo-saxonne, qui eut le remarquable mérite d'unir aux lumières de la foi, aux sciences de l'antiquité, un patriotisme soutenu, un culte fervent de l'bistoire, de la langue, de la poésie nationales; de sorte qu'on y trouve en même temps cet esprit docile qui reçoit la civilisation, et cet esprit original qui se l'approprie pour la communiquer. L'Evangile avait donc à son service un peuple dévoué, latin par l'éducation, saxon par le sang, capable, par conséquent, de servir ses desseins dans la Saxe païenne. L'éducation en faisait un instrument maniable, le sang en faisait un instrument fort. Le moyen de la Providence était trouvé.

Les missions anglo-saxonnes furent pour les temps carlovingiens ce qu'avaient été les missions des Irlandais pour la période mérovingienne. En même temps qu'elles convertirent les infidèles, elles travaillèrent à la réforme des chrétiens. Nous les avons vues commencer dès le temps de Pépin d'Héristal : alors Wilfrid, Suitbert et Willibrord avaient porté l'Évangile dans la Frise. Deux frères, du nom d'Ewald, étaient allés chercher le martyre chez les tribus saxonnes. Puis l'émigration religieuse s'était continuée à la suite de saint Boniface, qui conduisit au cœur même de la Germanie païenne les colonies du clergé anglo-saxon , en même temps qu'il en introduisait la discipline dans l'Église des Francs. Après lui, la réforme ecclésiastique fut pour-

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suivie par le célèbre Alcuin, venu d'York pour gouverner l'école (le Tours, où ses leçons firent refleurir la science sacrée, la pureté du dogme et la régularité des mœurs. D'autres émigrés de la même nation succédèrent aux travaux de saint Boniface chez les barbares. Nourris de ses enseignements, ce qu'ils voulaient des peuples, c'étaient les âmes, et non les dîmes. Ils ne traînaient à leur suite ni meutes de chiens ni troupes de soldats, et ils n'aimaient à verser de sang que le leur. Quand donc Charlemagne, se croyant maître de la Saxe^ voulut pourvoir à la prédication de l'Evangile, ces intrépides étrangers se trouvèrent aux premiers postes; et, dans la circonscription qu'il leur traça d'abord, il confia l'Ostphal à l'Anglo-Saxon Willehad, qui fut évoque de Brème; le Weslphal, au prêtre Liudger, né en Frise, mais" élevé aux écoles d'York; l'Engcrn, aux religieux de l'abbaye de Fulde, encore toute pénétrée des traditions monastiques de la Grande-Bretagne. Il faudrait voir maintenant comment l'effort commun de la parole et de l'exemple finit par ébranler les barbares. On voudrait suivre de près ces vies laborieuses, qui s'épuisèrent dans l'obscurité, dans les privations et les périls, pour donner naissance à une société nouvelle. Mais le plus grand nombre n'eurent pas d'historiens. Parmi celles qu'on écrivit, je m'arrête à la légende de saint Liudger, parce qu'elle pénètre plus profondément dans les habitudes de l'époque, et qu'elle découvre mieux les ressorts qui entraînèrent la conversion générale.

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