‹ uvres complètes de A.-F. Ozanam (volume 2)Chapitre 14 sur 28 · CIIARLEMAGNE ET LES SAXONS · texte numérisé non relu

CIIARLEMAGNE ET LES SAXONS

Dans un canton de la Frise où la foi commençait à s.Liudger.

•» Sa mère.

s'introduire, la femme d'un chef chrétien avait mis au ^^cemenTs? monde une fille. L'aïeule, encore païenne, irrilée contre sa bru, qui ne lui donnait pas de petit-fils, ordonna que l'enfant fût étouffée, comme le permettaient les lois, avant qu'elle eût goûté le lait de sa mère ou la nourriture des hommes. Un esclave l'emporta pour la noyer et la plongea dans un grand vase plein d'eau. Mais l'enfant, étendant ses petites mains, se retenait aux bords. Ses cris attirèrent une femme du voisinage, qui l'arracha des bras de l'esclave, l'emporta dans sa maison et lui mouilla les lèvres d'un peu de miel; dès lors les lois ne permettaient pas qu'elle mourût : ce fut la mère de saint Liudger.

Le signe de Dieu était sur cette maison, et l'on vit de bonne heure ce que Liudger serait un jour (1). Ses parenls le mirent donc au monastère d'Utrecht; et il y fit tant de progrès dans les lettres sacrées, qu'on l'envoya aux écoles d'York, où les leçons d'Alcuin attiraient un grand concours déjeunes gens des contrées étrangères.

(1) Je détaclic de la biographie latine de saint Liudger le trait suivant, f{ui n'est pas sans grâce : on y voit quel changement s'était fait en peu d'années dans les mœurs de ces familles barbares, où les mères ordonnaient, sans sourciller, d'étouffer leurs enfants. « Statim ut ambulare et loqui poterat, cœpit colligere pelliculas et cortices arborum quibus adluminaria uti solemus; et quidquid laleinveniri poterat, ludentibusque pueris aliis, ipse consuit sibi de illis coUectionibus quasi libelles; quumque invenisset sibi liquorem ciim festucis imitabatur scribcntes, et offerebat nutrici suie quasi libros utiles custodiendos. Ettum si quis diceret : Quid fecisti hodie? dixit se per tolum diem aut componcrc libros aut scribere, aut etiam légère. Quumque intcrrogaretur : Quis te docuit? respondens, ait : « Deus me docuit. »

11 y passa quatre ans, et revint en Frise avec un grand savoir et beaucouJD de livres. Alors on l'appliqua à la prédication de l'Evangile dans le canton d'Oslracha. Mais, au milieu des païens, il n'oubliait pas ses amis d'Angleterre. Pendant qu'il bâtissait un oratoire, Alcuin lui adressait des vers pour les inscrire au porche de l'édifice. Vers le même temps, il recevait de l'un de ses condisciples d'York une épître qui commençai l ainsi : « Frère chéri de cet amour divin plus fort que a le sang, Liudger que j'aime, puisse la grâce du Christ c( vous sauver! Prêtre honoré aux rivages occidentaux « du monde, vous êtes savant, puissant par la parole, o profond par la pensée. Tandis que vous grandissez « dans le bien, ministre de Dieu, souvenez-vous de c( moi, et que vos prières recommandent au ciel celui c( qui vous célébra dans ses chants trop courts! » Et le poëte finissait, demandant à son ami un bâton de bois blanc, humble don pour d'humbles vers (1).

Liudger travailla sept ans, au bout desquels, VViltikind ayant soulevé les Saxons, les païens se jetèrent dans la Frise et chassèrent les prédicateurs de la foi. Alors Liudger se rendit à Rome, puis au mont Cassin, où il s'arrêta pour étudier la règle de saint Benoît et

(1) Vùa apiid BoUand. et Pcilz, II, 407 :

Fratcr aniore Dei cognato dulcior annis, Liudger aniale mihi, Christi te gratia salvet... Vive luge gentis Frisonum clara columiia, In precibusqae tuis commendcs. qna^so, Tonanli, His brevibus valein qui te laudavit in odis. Cui torelis l)aculi lali pro carminé donnni Munificus tribuas; fors ba?c morcedula vati (Concordat niodico : felix sine fine valelo.

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