‹ uvres complètes de A.-F. Ozanam (volume 2)Chapitre 17 sur 28 · CIIAULEMAGNE ET LES SAXONS · texte numérisé non relu

CIIAULEMAGNE ET LES SAXONS

liommes les peuples du Nord, qui semblaient faits pour le renversement de la clirétienlé, y furent pacifiquement introduits. Il reste à pénélrer plus avant, à considérer le changement qui s'accomplit dans les mœurs et dans les intelligences. Nous avons vu des siècles laborieux et des vies héroïques; il faut étudier maintenant l'essor des institutions et des doctrines; comment des races barbares, travaillées par l'Évangile, une civilisalion sortit, et avec elle tout un empire et toute une littérature.

Quelles Eli achevaiit l'histoire de la conquête chrétienne chez

ressources

obs?adès ^^^ peuples du Nord, et des dix siècles de combats qu'elle troivmt'chez eut à soutcuir dcpuis la fondation des premières églises

les

Germains, jusqu'au rcnverscment du temple païen d'Upsal, on peut s'étonner d'une résistance si opiniâtre, et qui semJDie si peu prévue. Quelles nations, en effet, paraissaient mieux préparées au christianisme, si l'on considère ce qu'il y avait de vérité dans leurs religions, de justice dans leurs lois, d'élévation dans leur poésie? Nous rf'avons pas oublié ces dogmes de l'Edda, dont il faut bien avouer l'analogie avec les traditions bibliques : une divine intelligence adorée sous trois noms, l'immolation d'un Dieu victime, le jugement des âmes. Les chrétiens eux-mêmes louaient chez les Saxons la chasteté des mœurs et la sagesse des coutumes, qui, en veillant à l'honneur des familles, pourvoyaient à la durée de la nation. Enlin, les poëmes des Scandinaves ont des inspirations si nobles et quelquefois si pures, qu'on peut s'expliquer comment, au moment même de la

conversion de l'Islande, le prêtre Sœmund recueillit, pour les sauver, ces hymnes d'un paganisme qu'il combattait. Il faut donc reconnaître ici quelque chose de pareil à cette éducation providentielle qui, selon Clément d'Alexandrie, préparait les voies à l'Evangile chez les barbares comme chez les Grecs. Il y a plus : dans un monde vieilli, trop fatigué de disputes et de débauches pour se pénétrer de toute la douceur du christianisme, les barbares apportaient des cœurs jeunes. Ils avaient la pauvreté, que le Christ aimait; le sentiment de l'honneur, qui pouvait donner du ressort aux consciences; la fidélité, c'est-à-dire le besoin de croire et de se dévouer. On comprend dès lors qu'ils fussent ouverts à tout ce qu'il y avait de tendre et de généreux dans la foi nouvelle, et qu'ils finissent par lui donner les grands serviteurs que nous avons vus.

Mais les traits de lumière jetés dans l'Edda éclairaient surtout les peuples de la Scandinavie, où une heureuse ignorance de l'étranger avait laissé au génie national toute la richesse de ses souvenirs avec toute la liberté de ses développements. Là même cependant, malgré les protestations de la conscience, on voit prévaloir ce culte de la chair et du sang, qui est le vice originel du paganisme; et, malgré l'effort des institutions, cette passion du désordre, qui fait le fond de la barbarie. Mais le mal est plus profond chez les Germains, livrés à tous les débordements d'une vie errante, à tous les hasards d'une guerre éternelle, surtout quand la lutte engagée contre l'empire romain les arrache à

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leurs Iradi lions, en même temps qu'à leurs premières demeures. On trouve chez eux assez de débris pour y démêler lesélémentsd'une théogonie, d'une législation, d'une épopée nationales, mais pour constater aussi que ces éléments se décomposaient et retournaient au chaos. Il en est de même de leurs vertus, toutes atteintes de cette corruption qui en fait autant de vices. S'ils étaient pauvres, ils n'en convoitaient que plus l'or et les terres des nations riches; ils portaient le sentiment de l'indépendance jusqu'à l'horreur du devoir; et, quand ils se dévouaient à un chef, c'était pour satisfaire sous sa conduite ce besoin'qui les dévorait de combattre et de détruire.

Je me restreins à ces j)euples, qui firent au christianisme une tâche plus laborieuse.' La barbarie avait mis le désordre dans la nature humaine; elle avait abandonné l'âme aux sens, la société à la force. 11 fallait donc recomposer la société et régénérer les âmes.

,,. f^„^ I. La société était oppressive, elle était impuissante.

ai/fiit'lléh On n'y connaissait que la force des armes et la force de la famille, qui pour une même cause armait plusieurs bras. Les tribus s'attachaient à des chefs connus par l'éclat de leurs aventures et de leurs grands coups d'épée, ou bien par la noblesse de leur race. Il n'y avait là qu'un pouvoir de chair et de sang, appuyé sur les instincts grossiers des hommes, et comprimant l'essor des facultés morales, principes de tous les droits. Mais, comme un pouvoir matériel n'agit qu'en se faisant voir, celui-ci ne pouvait maintenir qu'une subordination

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