‹ uvres complètes de A.-F. Ozanam (volume 2)Chapitre 24 sur 28 · LES ÉCOLES CARLOVINGIENNES · texte numérisé non relu

LES ÉCOLES CARLOVINGIENNES

11 est temps de voir comment les traditions littérai- <^o»»'cnt

A tous

res perpétuées en Italie et en Espagne, en Irlande et en d-oSn? ngleterre, se rapprochèrent sur cette terre des rrancs à la

restauration

qu'elles n'avaient jamais entièrement abandonnée, et Je^ lettres. comment toutes les provinces de l'Occident concouru- ^''^''^• rent au grand ouvrage des écoles carlovingiennes.

F/Italic y travailla la première. En effet, si les Pères dn concile de Rome en G80 s'excusent de ne pouvoir exceller dans l'éloquence profane, « menant une vie c< pleine de douleurs et de sollicitudes au milieu des

508 CHAPITRE l\.

c( barbares, » ne nous balons pas de conclure que la conquête lombarde eût effacé les dernières traces de culture inlcllectuelle. Ce concile même témoigne que plusieurs cvêques poussaient le goût des plaisirs d'esprit jusqu'à entretenir des joueurs de harpe, et jusqu'à se donner des speclacles de mimes, derniers restes du théâtre ancien. En même temps la vigueur que porla l'Eglise d'Italie dans les deux grandes controverses du monothélisme et du culte des images, la délicatesse des questions métaphysiques qui s'agiicient, les témoignages des Pères qu'on fit intervenir, attestent assez que la science théologique n'était pas éleinle. L'antiquité sacrée n'a peut-être rien de plus éloquent que les deux lettres de Grégoire II à Léon l'Isaurien ; et les inscriptions en vers gravées sur les tombeaux des papes du septième siècle, dans les grottes du Vatican, prouvent que les. successeurs de saint Grégoire n'avaient |)as banni la poésie du sanctuaire. La persécution des iconoclastes avait peuplé Rome de moines grecs : ils venaient y abriter leurs images, leurs livres, et tout ce que le fanatisme des empereurs vouait à la destruction. L'hospitalité des papes leur livra les églises de Sainte- Marie in Cosmedin, de Saint-George au Yélabre, de Saint-Saba, de Saint-Apollinaire, des saints Etienne et Silvestre, Etienne et Cassien. La langue de saint Jean Chrysostome, propagée par tant de colonies, conservait ses droits en présence de la liturgie latine. Le jour de Pâques, après l'office du soir, quand le souverain pontife, sortant de Saint-Jean de Latran, venait se pla-

cor SOUS le portique de Saint- Venancc, où les cchansons lui versaient le vin d'honneur , ainsi qu'à son clergé, pendant que la coupe passait de mains en mains, les cliaiitres entonnaient un chant grec. Les bibliothèques romaines étaient si peu épuisées, qu'elles enrichirent de leurs présents les monastères francs et anglosaxons ; et on a lieu de croire que l'Église de Rome observait la discipline adoptée à Toulouse en ce qui concernait les écrits des philosophes païens, puisque Paul P' lirait de ses archives, pour le roi Pépin le Bref, un volume d'Arislote. Et, pour finir par les écoles, outre la jeunesse d'élite qu'on formait aux aris libéraux et au chant ecclésiastique dans le palais de Latran, la foule des écoliers qui étudiaient les lettres était assez nombreuse pour figurer avec honneur au cortège de Charlemagne, lorsque, le jeudi saint de l'an 774, il fit sa première entrée dans la ville éternelle (1).

Ce qui honore Charlemagne, c'est que ce jeune roi du Nord, dans tout l'orgueil de l'âge et de la victoire,

(1) Tiraboschi, Storia délia letteratura, t. V, lib. Il, cap. i. Ce critique judicieux a cependant trop obscurci le tableau qu'il fait du sepliènic siècle. Voyez les épitapbes des papes restituées dans l'excellent travail de Sarti, qui a corrigé plusieurs erreurs de Gruter, de Baronius et de Pagi ' Appendix ad Ph. Dionysii opus, de Cryptis Valicanis. Voyez aussi les indications données par Crescimbeni [Storia di S. Maria in Cosmedin) sur les établissements religieux des Grecs. En ce qui touche les bibliothèques, Rasponi, deBibliolh. Laterauensi. Le même auteur donne Tantiennc grecque qu'on chantait, le jour de Pâques, sous le portique de Saint- Venance. Le canon du concile de 680 est une de ces traces précieuses de la perpétuité des jeux scéniques, si savamment relevées par M, Magnin. J'en trouve trois autres indices dans les lettres d'Alcuin, epist. 215, 144 et 250, édition deFroben.

ne méprisa pas le cortège d'éludianls que la vieille Rome lui envoyait, et que, fils d'une race qui n'avait connu que l'orgueil des armes, il comprit, il souhaila la gloire pacifique des lettres. En retour de la charte mémorable qu'il déposait sur l'autel de Saint-Pierre, il reçut avec joie les maîtres que le pape Adrien lui donna. 11 revint en Italie en 780 et en 787 : toujours il en ramena des hommes capables d'enseigner. La dernière fois, comme il célébrait à Rome les fêtes de Pâques, une querelle s'éleva entre les clercs de sa chapelle et les chantres de la chapelle pontificale, qui leur reprochaient d'avoir corrompu les traditions de saint Grégoire. Et, le roi ayant donné tort à ses clercs, a car, di- « sait-il, l'eau est moins pure au bas du ruisseau qu'à 1

« la source, » il obtint du pape Adrien les deux clian- J

très Petrus et Romanus, consommés non-seulement dans la science de la musique, mais dans les sept arts libéraux : il emmena aussi des maîtres de grammaire et de calcul, qu'il chargea de restaurer l'enseignement dans ses Etats (1). Tous n'étaient pas au-dessous d'une si grande tâche.

îiene Eu cffct, sans nous arrêter à ceux qui s'illuslrèrent

et surtout dans l'EiJîlise et dans l'Etat, comme ThéoduU'e

Paul Diacre. ^ ,

et Paulin, nous voyons deux Italiens, Pierre de Pise cl

(l) Anastase, in Uadriano. Clironicon Kngolismensc, ad aiin. 787 : X « Et domiiuis rex (larolns itoriiin a Roma artis prainmaticiT et compulalo-

riœ niagistros sccum atlduxil iii Franciaiu ; et ubique sludiiun lilUrariun expandere jussit. » Cf. KcUeliardns, de Casibus S. Galli : « MilUmUir seciindum régis pclilionein Pclrus et lUimanus, et caiilum et liberaliiun artium paginis admodum inibuli. »

LES ÉCOLES. 5lt

Paul Diacre, commencer la réforme de l'école. Cliarlemagne les trouva, pour ainsi dire, dans le butin de Pavie à la prise de cette ville, où Pierre s'était illustré par ses disputes publiques contre l'Israélite Jules, où Paul avait étudié à la cour même des rois lombards. Tous deux, otages volontaires ou forcés, se laissèrent encbaîner par la reconnaissance auprès du conquérant devenu leur disciple. Pierre, déjà vieux, acheva sa vie dans les honneurs du palais; il professa la grammaire, en comprenant sous ce nom l'étude des poètes. Paul enseigna le grec à la princesse Rotrude, fiancée au jeune empereur Constantin. C'est alors que Pierre de Pise lui écrivait ces vers au nom du prince : « Nous « louons le Christ, Fils unique du Père, qui vous amène, « Paul, le plus savant des poètes, xlans nos terres sté- (c riles, pour y jeter de fécondes semences. En langue « grecque vous nous montrez un autre Homère, en lace tin un Virgile; en hébreu vous égalez le savant Phic( Ion. Vous savez que, par la volonté du Christ, notre « fille, sous la conduite de Michel, va traverser les c( mers pour prendre le sceptre d'un grand empire : c< voilà pourquoi vous enseignez les lettres grecques à « nos clercs, afin que, restant à son service, ils se « montrent savants devant les princes de Byzance. » Paul Diacre répond avec grâce à tant d'hyperboles; il ne se laisse point écraser sous les fleurs,' et déclare qu'il n'a rien de commun avec Homère et Virgile, et qu'il serait bien fâché d'être dans la mauvaise compagnie de ces païens. « Je ne parle point le grec, dit-il

512 , CHAriTRE IX.

« en finissant; je ne sais pas plus d'hébreu : trois ou c( quatre syllabes apprises dans l'école forment toute « la gerbe que je puis porter à vos greniers. » La correspondance de ces deux émigrés éclaire les commencements du siècle littéraire de Charlemagne; elle précède la fin de Tannée 787, qui vit rompre l'union projetée du jeune Constantin et de Rolrude. Cependant on y trouve la langue grecque enseignée, la poésie latine cultivée, les placets rédigés en vers, pour toucher plus sûrement le cœur des princes; les épîlrcs qui portent une énigme à résoudre; enfin tous les passetemps d'une cour savante. Tel était déjà le pouvoir de l'Italie, de cette dangereuse et belle contrée où nos pères laissèrent leurs ossements sur tant de champs de bataille, mais où le génie français devait à chaque fois renouveler ses forces, et qui mêla son inspiration à tous les grands siècles de notre littérature (1).

(1) Sur Pierre de Piso, Ei^inliard : « In discciida graiiiinatica, Pelruin Pisanum diaconum senem aiidivit. »

Alcuin [Epist. 15) raconte que, dans un premier voyage en Italie, il connut Pierre de Pise, au moment où celui-ci venait de s'illustrer par sa dispute contre le juif Jules. — Sur la vie de Paul Diacre et l'époque précise de son séjour en France, Tiraboschi Storia, t. V, lib. 111, cap. ni. La correspondance poétique de Pierre de Pise et de Paul Diacre est donnée par l'abbé Lebœuf, dissertations sur l'histoire ecclésiastique, t. I,p. 570 et sniv.

Gra?ca cerneris llomcrus,

Lalina Virgilius,

In liebnca quoqiie Philo...

Paul répond :

Gr.TCcam ncscio loquelam; Ignore hebraicam.

11 entend déclarer, non pas qu'il ignore la langue, mais qu'il ne la parle point.

LES ÉCOLES. ' ol?)

Quelle fui la pari de l'Espagne, el que pouvail pour l'ispa^^nc. l'inslruction delà cbrélienlc un pays livré à l'épce Jes ^''^i'^*^"'^"''' musulmans?

La conqucle musulmane ébranla moins qu'on ne pense la conslilulion de l'Eglise espagnole, à qui les conciles de Tolède avaient donné des fondemenls si solides. Les écoles épiscopales organisées par le concile de 024 se soutinrent avec tant de persévérance, qu'à la lîn du dixième siècle Gerbert s'instruisit, non , comme ^ on l'a cru, chez les Arabes de Cordoue, mais auprès de l'évéque de Vick en Catalogne. Il y fit dans toutes les sciences bumaines ces progrès merveilleux qui ravirent l'admiration des contemporains (1). Ainsi les générations savantes formées par les disciples d'Isidore de Séville n'avaient pas disparu tout d'un coup; et, malgré les persécutions des musulmans, dont on a trop vanté la tolérance, l'Église d'Espagne se trouva assez forte, non -seulement pour se conserver, mais pour se diviser en présence de ses oppresseurs. Il se peut que la doclrine de Mabomet, qui n'est qu'un arianisme plus bardi, ait réveillé les cendres mal éteintes de l'hérésie chez les descendants des Visio^oths : du moins la

(!) Coacil. Tolet., 6'2l : « Quicumquc in clero pubères aut adolescentes existunt, omnes in uno conclavi alrii cominorenlur, ut lubricîe aitatis annos, non in luxuria, sed in disciplinis ecclesiasticis agant, deputati prob;itissimo seniori, quem et magistrnm docti inai et testem vilœ habeant. n Riclier, Hist., lib. 111, cap. xliii: « Gerberlum assuniptumduxit (BorcUus), atque llatloni episcopo instruondum comniisit. Apud quem etiaai in niathesi plurimum et el'ficaeiter studuit. » Il faut voir d'un bout à Tantre ce cbapitrc, qui n'a été publié qne récemment, et qui jette une lumière si nouvelle sur les commencements de Gerbert.

pensée d'Arius et de Nestorius faisait le fond de l'erreur nouvelle professée par Elipand de Tolède et Félix d'Urgel,qui niaient la divinité du Christ, en le déclarant fils de Dieu par adoption, non par nature. Les orthodoxes eurent horreur de ces nouveautés, ils en condamnèrent les auteurs sous le nom d'adoptianistes; une dispute ardente s'engagea, et le feu dont elle embrasa l'Espagne passa bientôt les Pyrénées.

Un jour que Charlemagne était assis au milieu des évêques dans une salle du palais, il fit lire les lettres qu'Élipand de Tolède venait d'adresser au roi et au I clergé des Francs, por.r les gagnera sa doctrine; puis, 1 se levant de son siège, il parla longuement, et conclut en demandant aux évoques el aux théologiens leur opinion par écrit. Paulin d'Aquilée, Alcuin, plusieurs autres dont les noms ne sont pas arrivés jusqu'à nous, écrivirent contre l'erreur des adoptianistes; et en 794 le concile de Francfort la condamna au nom de tout l'Occident. Cet le assemblée, présidée par deux iégals ^ du pape, où parurent les évêques de Gaule, de Germanie et d'Aquitaine, les députés du clergé d'Italie et d'Angleterre, rappela les controverses de Nicée et d'Éphèse. L'Église des Francs retrouvait une de c^ questions de métaphysique religieuse que depuis trois siècles elle n'entendait plus agiter, et qui devaient désormais tenir l'esprit humain en haleine. La théologie avait repris les armes : elle ne les quitta plus. Les disputes de l'Espagne rendaient aux écoles carlovingiennes le service le plus grnnd qu'on puisse rendre aux puis-

LRS ÉCOLES. 515

sances naissantes, de les contredire, de les provoquer, et de les forcer à vaincre (1).

Quand le Midi tout entier travaillait de gré ou de Liiiamu-. force à l'œuvre de Charlemagne, il fallait bien que les i^u"ii''' savantes nations du Nord y missent la main. On ra- ^''""<^"*conte, en effet, que deux moines d'Irlande descendirent un jour sur la côte de France avec des marchands • étrangers; et, la foule se pressant autouf; d'eux : a Si quelqu'un, criaient-ils, veut acheter la sagesse, nous la vendons. » Or, comme ils faisaient l'étonnement de tous, on les conduisit au roi, qui les interrogea, et les trouva très-savants dans les lettres sacrées et profanes, et les retint pour instruire son peuple. Le premier, appelé démens, fut établi dans la Gaule : le roi lui confia un grand nombre d'enfants delà plus haute noblesse, des moindres familles et des plus humbles. Le second fut envoyé à Pavie pour enseigner au monastère ^ de Saint-Augustin, et réunir autour de lui tous ceux qui voudraient étudier. C'est le récit du moine de Sainl- Gall, où plusieurs critiques n'ont vu qu'une fable, ne retrouvant aucune trace de ces deux vendeurs de sagesse portés par la faveur du prince aux premiers honneurs de l'école. Mais, d'une part, un édit de Lothaire rendu en 825, pour le rétablissement des écoles

(i) Âlchuini, adversus Felicem Urgelliiamim, lib. Yll. Id., Epistola ad Elipandiim. Concilium Francoforleme. Flcury a clairement Hùlvoir par quelle nié[)risc le concile de Francfort se prononça contre ie deuxième de ÎNicéc, en ce qui touche le culte des imagos. Les pères de Franc'^ort condamnèrent une proposition de Constantin de Chypre, tout à fait différente de la décision du concile.

d'Italie, commence par celle de Pavie, où professe le grammairien Dungal; et tout s'accorde à faire reconnaître sous ce nom le savant Irlandais qui réfuta les erreurs théologiques de Claude de Turin. S'il enseignait en 825, il put occuper une chaire avant 814, c'est-àdire avant la mort de Charlemagne; et nous retrouvons celui des deux étrangers qui fut chargé d'instruire la jeunesse italienne. L'autre reparaît en la personne de l'Irlandais Clémens, auteur d'un traité des Parties du discours qui nous est parvenu, et qui nous fait pénétrei' dans le secret de son enseignement. Il y recueille, en effet, les traditions de cette latinité philosophique doni rirlande s'était éprise. Il en emprunte les règles nu faux Virgile; il cite tous les maîtres préférés des docteurs d'Aquitaine, Glengus, Galbungus, Enée, Virgile l'Asiatique. Si, comme on a lieu de le croire, Clémens succéda quelque temps au sage Alcuin dans la direction de l'école du palais, on comprend la mauvaise humeur de celui ci, lorsqu'à son retour il se plaignait des étrangersqui avaient porté le désordre dans l'enseignement, et qu'il disait : « J'avais laissé des Latins à la cour, je ne sais qui l'a peuplée d'Egyptiens (I). » Un noëic l^a cour murmurait souvent contre ces pèlerins du

irlaiulais a la *■

chcSc-mf^^nc. ^<^i'^ î mais l'hospitalité de Charlemagne ne se lassait

(1) Monachus Sang;illcnsl,<, lib. I, c. i, ii, ii:. l.c récit du moine de Saint- (l;ill est rejeté comme une fable par Tirabosclii {Storia délia IcUcralura italiana, t. V, lib. Ill, cap, i) et par Launoi, de Scholis celebrioribuSy cap. II. — Voici mes autorités contre deux criticpies si considérables. Edicliim Lotharii, apud Muratori, Script, rer. Italie., t. 1, p. 2, p. 151 : « Piinmm in l\ipia conveiiiant ad Dungalum de Mediolano, de lirixia, de

pas. Il trouvait parmi eux des maîlros })lus judicieux que Clcmens, des astronomes qui lui expliquaient les éclipses, des poètes dont les compositions le ravissaient. Au jour solennel où le roi recevait les hommages des grands, quand la foule des seigneurs se pressait autour du trône pour y déposer les présents de la nouvelle année, les uns pliant sous le poids de l'or et de l'argent, les autres porlant des tissus de pourpre ou des monceaux de pierreries daHS des bassins de précieux métal, d'autres conduisant des chevaux superbes qui blanchissaient d'écume leurs freins dorés, un moine

Lr.ule, » etc.. Tirabosclii [ibid.) cite répigraphc suivante, d'un manuscrit oferl au ujonaatère de Bol)bio :

Sanctc Colomba, libi Scollo luus incola Dungal Tradiilil liunc libruni, quo fralriim corda soculus;

el, dans un catalogue de Bobbio : « Item de libris quos Dungalus praecipnns ScolloruMi oblulil ])entissimo Columbano. )»

11 faut remarquer enfin qnc le moine de Saint-Gall semble placer Tairivée (les deux Irlandais après le couronnement de Charlemagne com.me empereur, c'est-à-dire après l'an 800; et qu'ainsi on est moins surpris de trouver encore Dungal à Pavie en 8:25. Tiraboschi, en attribuant au professeur de P.ivie le livre contre Claude de Turin, pencbe à reconnailre »m nuire Dungal en la personne du reclus de ce nom qui, en 811, adressa une lettre à Charlenjagne sur deux éclipses de l'année précédente (d'Acbery, Spicilerj., t. llï, p. 524).

Sinner, Calalogus codicum niss. bibliothecx Bernensis, n° 125. Cotl. niembian. olim S. Benedicti Floriacensis. Clemenlis Scoti liber de Partibus orationis. Voici un passage de Clémens qui se retrouve textuellement d.ins V^irgile, p. 14 : n Est etiam sensus hujus adverbii esto, hoc est recte, .-^ecuiiduni illud Galbungi : « Eslo, inquit, quœrunt, » etc. Et plus loin : « Virgilius : multl adverbia de conjunctivis faciunt ut ergo pro sxpe poti.nit, « etc. Cf. Virgile, p. 140.

Alchuini, Epist. Wad Carolum : « Egoimperitus, ego ignarus nesciens ;rgypt acam scholam in palatio Davidicœ versari glorise. Ego abiens Latines, il;i dimisi. Nescio quis subintroduxit iîlgyptios. » La qualification d'Egyptiens rappelait aux Irlandais qu'ils avaient longtemps prétendu soutenir le cycle pascal d'Alexandrie, contre l'usage de Rome et de tout l'Occident.

irlandais fendait la presse, déroulait un parchemin aux lettres enluminées, et voulait aussi, disait-il, présenter son offrande. Sur un signe du prince, le silence se faisait; l'étranger invoquait sa muse, « celle qui seule c( entre toutes se laissa captiver par la douceur des c< chants, et qui préféra le charme des vers aux richesc( ses du monde. » C'était d'elle qu'il attendait des accents dignes d'un si grand roi, et il entreprenait de chanter la première discorde qui troubla la paix des princes: Tassillon, duc des Bavarois, prêtant l'oreille au même tentateur qui trompa les premiers époux; Charles, couvrant le Rhin de ses flottes, et la Germanie ébranlée sous les pas de ses armées; enfin le rebelle dompté, et venant embrasser les genoux rlu vainqueur. A la coupe de ces hexamètres, à la chute des périodes harmonieuses qui rappelaient quelquefois la manière des anciens, les grammairiens du palais devaient se reconnaître surpassés. Et les guerriers même ne pouvaient se défendre d'applaudir, s'ils comprenaient ou si quelqu'un leur traduisait le passage où l'étranger les appelait « un peuple de rois sorti des murs d'ilion, que (( Dieu, le maître du monde, choisit pour leur livrer c( les (erres, les villes et les nations captives. » Comment Charlemagne aurait-il résisté à de si beaux vers? En retour, il donnait aux exilés d'Irlande ce qu'ils estimaient j)lus que l'or et l'argent, ce qu'ils venaient chercher de si loin : un lieu paisible pour étudier, et (les disciples à instruiie. Un exil entouré de tant d'honneurs finit par devenir souhaitable; et, au milieu du

neuvième siècle, Iléi'ic d'Auxerre représentait « l'IIibernie entière passant les mers au mépris des tempêtes, et venant, avec ses troupeaux de philosophes, se jeter sur nos rivages (1). »

Mais déjà la gloire de l'Irlande avait pâli devant les LAngieteire. clartés naissantes du génie anglo-saxon. Pendant que le vénérable Bède recueille dans sa cellule de Jarrow toutes les sciences de l'anliquité, l'archevêque Egbert, son ami, les introduit dans l'école épiscopale d'York, pour leur donner tout l'éclat de l'enseignement public. L'école d'York, enrichie des dépouilles de Rome, rangeait dans sa bibliothèque, non-seulement les écrits des Pères et des docteurs, mais ceux des philosophes et des poètes païens ; on y trouvait Aristote, Cicéron, Pline, Virgile, Stace et Lucain; les manuscrits grecs et hébreux n'y manquaient pas/ Dans cetle ville d'argile et de bois, perdue aux dernières extrémités du Nord, on

(I) Versus hibernïci exidis, apud Mai, Script., t. V, p. 405, mais déjà '

publiés par Durand et Martène, Amplissima collectio, t. M.

Dum proceres niuncli regeni venerare videntur, Ponderibus vastis iiigentia dona ferentes, Tmmensum argenti pondus fulgentis et auri, Gemmarum cumulos sacro stipantc métallo... Spumantcs et equos flavo stringente capistro... Die mihi quœ pariter reddemus, garrula musa?... 0 soUi anle alias cantus dulcedine capta, Divitiis orbis prœvcrtcns carmina musa !... « 0 gens regalis, profecta a mœnibus allis Trojfc! nam patres nostros his appulit oris, Tradidit atque illis hos agros, arbiter orbis... IIos fines amplos, capiendas fundilus urbes... »

ilericus nionaclius, Epist. ad Carolum Calvinn, apud Bolland., A. SS. Jul., t. Vil, p. 222 : a Quid Hiberniam inemorem, contempto pelagi discriinirie, pêne tolam cuni greiïo philosophorum ad litlora noslra migrantein? »

Alcuin.

relrouvait tout renseignement romain avec ses Irois degrés, la grammaire, l'éloquence et le droit. On y ajoutait le compul, l'astronomie, et ce que les anciens avaient su d'histoire naturelle. Au terme de ces longues études, s'ouvrait le sanctuaire de la théologie, et les deux Testaments laissaient pénétrer le sens de leurs oracles. Voilà pourquoi ceux qui aspiraient à la perfection dans les lettres sacrées et profanes accouraient à York, non-seulenient de toute l'Angleterre, mais des côtes de Flandre et deFiisc ; et c'est là que saint Liudger, dans sa jeunesse, entendit les leçons d' Alcuin. Mais il fiillait qu'un enseignement si estimé trouvât une chaire plus digne de lui, et que la lumière fût mise sur le chandelier (1).

En 781, Alcuin, qui avait une première fois visité Rome, y retourna pour solliciter le pallium en faveur de Tarclievêque Eanhald, et vitCharlemagne à Parme.

(1) Vita Alchuini, anclore anonymo. Ihiiis rédition d'Alcuin par Froben, Alchuini Carmen de pontificibtis ecelesiie Eboracensis, il ropréscnk* ainsi renseignement (rAelbert, successeur d'Egberl, à Tccole d'York ;

Ilis (l.uis granimaticoc ralionis fçnavilcr arles,

illii rlicloricic infundens rellnaniiiia çiiUie,

Islos juridica curavil cote polirc...

Ast alios fecit prtedictiis iiosse magistro

llarmoniam ca-li, solis liinacque labores...

Aerios iiiolus pelagi, terricquc Ireniorciri,

Naluras lidniimini, pecudmn. vchiirniiiquo feraniin...

Les vers suivants contiennent le catalogue de la l)ibliolliè(|ue.

Que recelé d'York fût à la fois laïcjue et ecclési;isli(|r.e. c'est ce qui rcsulle du passage suivant de la vie d'Alcuin : « Krat (pndani ei (Kgbeilo) ex nobiliinn fdiis grex scbolasticoruni, quorum quidam artis grauuuatica' rudinienlis, alii disciplinis erudiebantur arlium jani liberalium, nonnulli d:- Viuaruni Scripturaruni. >>

LES ÉCOLES. h<î\

Cliarlcs, avec ce regard d'aigle qui savait juger du gé- ^ nie des hommes comme des cliances d'une bataille, comprit que l'instrument principal de ses desseins était trouvé; et Alcuin se souvint peut-être que son maître Egbcrt lui avait prédit une glorieuse destinée au pays des Francs. Il s'engagea donc à passer en France après avoir accompli sa mission, et il y vint en 782. Huit ans plus lard, il retourna dans la Grande-Bretagne, chargé d'un message pour le roi Offa, et revint en 792, toujours partagé entre l'honneur de servir un grand homme et la douceur de vieillir dans sa cellule. Charlemagne fut le plus fort, et, pour l'amour de lui, Alcuin consentit à mourir sur une terre étrangère, à condition qu'il lui fût permis d'y vivre dans la solitude, et qu'on lui fît venir au moins « quelques-unes de ses fleurs d'Angleterre : w c'est ainsi qu'il nommait ses livres. Le roi l'établit donc dans l'abbaye de Saint-Martin de Tours; il l'environna de tous les dehors d'une opulence que son caractère de simple prêtre, non de moine, le réprouvait pas : les domaines qu'il lui donna complèient jusqu'à vingt mille serfs. Mais le savant vieillard, humilié de cette abondance terrestre, n'avait d'ardeur que pour l'avancement spirituel de ses disciples. Ce n'était pas assez de se multiplier lui-même, et de leur donner, comme il dil, « le miel des Ecritures, le vin de la science antique, les premiers fruits de la grammaire, les flambeaux do. l'astronomie; » il avait appelé les plus habiles de ses éb^^vi s d'York à partager ses fatigues. Le nombre des pèlerins anglo-saxons qui venaient grossir

l'école de Tours avait fini par fatiguer l'hospilalilé des Francs. On raconte qu'un jour quatre d'entre eux se tenaient sur la porte, quand le prêtre Aigulf entra pour visiter Alcuin ; et l'un d'eux s'écria, dans la langue maternelle : « Grand Dieu, quand délivrerez-vous ce c( logis des Bretons qui viennent, comme autant d'ace beilles, tourbillonner autour de ce vieux Breton? » Mais le voyageur avait tout compris ; et, un moment après, Alcuin, envoyant chercher les moqueurs, exigea pour leur châtiment qu'ils bussent à la santé des Anglo- Saxons une coupe de son meilleur vin (1).

Deux Les Francs devaient cette reconnaissance à un peu-

caractères .

de. pie QUI leur donnait le plus illustre de ses maîtres. Si

son enseigne- * •• ^

mont. \[cuin fut inférieur à Bède comme écrivain, s'il eut moins de nouveauté et moins de charme, il le surpassa peut-être comme instituteur des barbares dans l'exercice de cette grande fonction, dont nous ne comprenons assez ni les difficultés ni les services. Il eut les deux passions que voulait une tâche si difficile : la passion des livres et celle de l'enseignement. 11 honorait l'antiquité d'un culte patient et scrupuleux, s'attachant à la correction des manuscrits, ne croyant pas son temps perdu s'il l'employait à rétablir l'orthographe et la ponctuation d'un texte altéré. Au moment où il.appre-

(!) ]'ita Alchtiini; Wriglil, Bioyraphia Anglosaxon pcriod; Lingaril, Uislonj and antiquitiesol tlie A7iglosa.ion Church., 1. 11. \\ 205 ; Ainjièio, Ilisl. lillcvairc, t. lit, clmp. iv. M. Ainpôro a rolevé avec beaucoup <lc force et de juslic e le caractère de tolérauce ijuAlcuin porte dans sa controverse avec Eli[)and, et dans ses belles lellres smt les conversions forcées des S:ixoi)S.

nail le couroniiemenl tic Cliarlcmagne 5 Rome, il ne trouvait pas de présent pins digne du successeur des Césars qu'une Bible exactement corrigée de sa main. Ses avertissements pressaient l'ardeur des copistes, proj)ageaient les règles de la saine critique, et peuplaient les bibliothèques. En môme temps cet homme infatigable, qui professa jusqu'au dernier soupir, ne pouvait contenir son ardeur dans les murs d'une école. Il se proposait de les éclairer toutes, en recueillant dans un court traité, à l'exemple d'Isidore de Sévillc, non-seulement les éléments des sept arts libéraux, mais les ponsées capables de soutenir l'esprit contre les premiers dégoûts de l'élude. C'est le caractère de son introduction au Livre des sept arts. On y trouve toute l'élévation d'un esprit qui voit dans la science autre chose qu'une joie terrestre, qui la considère comme une éducation des âmes, comme un noviciat des contemplations éternelles. Ce passage a la forme d'un dialogue : les disciples interrogent, et le maître répond.

Les disciples : c< Souvent nous t'avons entendu répé- « ter, ô notre savant maître! que la philosophie était « la science qui enseignait toutes les vertus, et la seule <( des richesses d'ici-bas qui ne laissât jamais dans la « misère celui qui la possède. Ces discours, nous l'a- « vouons, nous ont excités à la recherche d'une si grande <( félicité. Nous voulons savoir où aboutit l'enseignement c( de la philosophie, et par quels degrés on y monte. « Mais notre âge est faible; et, si tu- ne nous donnes

« la main, il nous sera diflicile de nous lever seuls. »

Le maître : « Il est facile de vous montrer le chemin c( de la sagesse, si vous la cherchez seulement pour (( Dieu, pour conserver la pureté de l'àme, pour Vaa mour de la vérité, si vous l'aimez pour elle-même, « et si vous ne poursuivez ni la gloire du monde ni les « honneurs du siècle, encore moins la richesse et le (( plaisir... »

Les Discn»j.Es : a Maîlre, lève-nous de terre, où noire « ignorance nous retient; conduis-nous sur ces liau- <( leurs où la science, dit-on, t'a mené dès ton premier (( âge. Car, s'il est permis de prêter l'oreille aux fables « des poètes, il nous semble qu'ils ont droit de dire que (( les sciences sont les festins des dieux. »

Le maître : « Nous lisons de la Sagesse, qui a parlé « par la bouche de Salomon, qu'elle s'est bàli une de- (( meure, et qu'elle s'est taillé sept colonnes. El, bien (( (jue ces colonnes représentent les sept dons du Sainl- « Ksprit el les sept sacrements de l'Eglise, on y peul « reconnaître aussi les sept arls, qui sont la granic( maire, la rhélorique, la dialectique, l'arillimélique, c< la géométrie, la musique et l'astronomie : autant de (( degrés sur lesfpiels les philosophes ont usé leurs loice sirs et leurs travaux. C'est par les sept arts qu'ils c( sonl devenus plus nobles que les consuls, plus fameux « que les rois; c'est par là qu'ils ont obtenu l'honneur « d'un souvenir éternel : c'est encore par là que les (( sainls docteurs et défenseurs de notre foi ont vaincu (( Ions les hérétiques dans les disputes publiques (1). »

(!) Alchuini EpiNola'. passim. \i\cm,de Scptem arlibiis, \\rxî:\ùo. I-os

Il y a ici plus qu'une misérable repoli lion des anciens, il y a l'enlliousiasme sérieux d'un maître qui connaît les joies austères de l'étude, qui veut les communiquer, et qui, s'il aime les livres, aime encore plus les hommes. N'attendons pas de lui la mauvaise pensée de cacher la science, d'en faire une doctrine s.ccrète, réservée au petit nombre. Il prodiguera, non pas aux clercs seulement, mais aux laïques, mais aux gens de cour et aux femmes, tout ce qu'il sait des lettres divines et humaines. Ses écrits propagent la saine tradilion des anciens, non seulement des Latins, mais des Grecs. Cependant n'attendons pas non plus qu'il dépouille tout d'un coup le génie, le goût, les habitudes de son pays et de son temps. Il faudra lui pardonner ces raffinements qui tiennent de la barbarie comme de l'extrême civilisation. Les rhéteurs aquitain^ lui ontapj)ris à couper en deux un mot trop long pour la mesure de ses vers. 11 poussera aussi loin que ses devanciers l'art des anagrammes et des logogriphes. Un de ses amis lui donne un peigne d'ivoire : il est bien moins ravi de la valeur du présent que d'un si beau sujet d'énigme: c( de cet animal à deux têtes armé de soixante a dents, qui lient de l'éléphant, mais n'en a pas la c( taille. » 11 y a autant de subtilité avec plus de grandeur dans un dialogue souvent cité, où l'on a reconnu la trace de la poésie anglo-saxonne, mais où je crois

écrits d'Alcuin attestent qu'il sut le grec : mais je remarque surtout une lettre à Anirlibcrt, où il lui conseille de corriger un exemplairo du psautier sur le texte des Septante.

52(i CHAPITRE IX.

Irouver aussi le souvenir de l'éeoie de Toulouse. Donalus le Troyeu, Enée, Galbungus, avaient pratiqué celte méthode de provoquer l'imagination de leurs disciples par des questions, par des allégories dont il fallait soulever les voiles, a Ou'esl-ce, disait Enée, que le cheval « qui, après avoir fourni sa carrière, rentre à l'étahle a pour laisser le champ libre à la jument et aux pouce lains? — C'est le soleil qui se couche, laissant le fir- « mamcnt à la- lune et aux étoiles. » — « Oui donc, c( demandait Galbungus, parcourt en une heure toutes c( les sphères du ciel? — C'est l'esprit de l'homme. » Alcuin ne procède pas autrement lorsque, se mettant lui-même en scène avec Pépin, lils de Charlemagne, il interroge et répond tour à tour.

a Pépin. Qu'est-ce que l'écriture? — Alcuin. La garce dienne de l'histoire. — P. Qu'est-ce que la parole? ce — A. La trahison de la pensée. — P. Qui engendre la ce parole? — A. La langue. — P. Qu'est-ce que la lance gue? — A. Le fléau de l'air. — P. Qu'est-ce que l'air? ce — A. La garde de la vie. — P. Qu'est-ce que la vie? ce — A. La joie des heureux, la douleur des malheuce reux,rattente delà mort. — P. Qu'est-ce que l'homme? ce — A. L'esclave de la mort, l'hôte d'un lieu, un voyace geur qui passe. »

Les questions suivantes sont bien d'un fils des pirates qui avaient fait la terreur du Nord : ce Qu'est-ce que la ce mer? — Le chemin de l'audace. — Qu'est-ce qu'un ce navire? — Une maison qui marche^ une halte où ce l'on veut, un voyageur (jui ne laisse jamais de trace,

( rami du sable. ^-J'ai vu une femme qui volait avec ( une lelede fer, un corps de bois, une queue empen- ( nce, et qui perlait la. mort. — Cette femme est la ( llôche, compagne du soldat. — Qu'est-ce qui ne lasse ( jamais l'homme? — C'est le gain. »

D'autres passages rappellent les jeux de l'école : ( Qu'est-ce que l'année? — Un char à quatre chevaux, ( — Quels chevaux le mènent? — La nuit et le jour, ( le chaud et le froid. — Quel cocher le gouverne? ( — Le soleil et la lune. — Combien a-t-il de palais? < — Douze. — Quels en sont les gardiens? — Les ( douze signes du zodiaque. — Un inconnu est venu ( me parler sans langue. Avant, il n'était point; après, ( il ne sera plus; je ne l'entendais pas, et je ne le connus ( jamais. — Maître, un songe vous a fatigué. — Qu'est-ce que le rêve de ceux qui veillent? — L'espoir. — Qu'est-ce que l'amitié? — L'égalité de deux âmes. — Qu'est-ce que la liberté? — C'est l'innocence (l). »

Assurément tout n'était pas méprisable dans une tradition qui, sous la pompe de ses formules et de scf symboles, cachait de telles pensées. Quand le monde barbare ne connaissait de liberté que celle de mépriser toutçs les lois, il était beau de mettre la liberté dans

(1) Alcliiiini 0pp. Disputalio i^egalis, et nohilissimi jiivenis Pippini ciim Albino schola^tico. M. Ampère, Hist. litt., t. III, chap. iv, a remarqué ce qu'il y a de vraiment germanique dans quelques traits de ce pclit ouvrage. — Cf. Yirgilius Maro, p. 9i et 125,

Dans une épître à son disciple, Alcuin hasarde cette coupe, conforme aux règles de la Scinderatio phonorum.

Te ciipicns appel — peregrinis — lare Cainœnis.

Di'cl i 11

528 CIIAIMTRE IX.

l'accomplissement de la loi, clans le calme d'une conscience sans reproche, dans l'essor de l'âmo, que rien ne sépare de Dieu. Celle liberté, entrevue par le génie chrélien, ne s'effaça plus de son souvenir; et lorsque au moyen âge les sculpteurs de la calbédrale de Chartres, en peuplèrent les porches de cette multitude de slatues qui figuraient toute l'encyclopédie du temps, ils représentèrent une jeune fille d'une pureté parfaite, les yeux levés au ciel, les pieds détachés de la lerre, et au-dessous ils écrivirent le nom qu'ils lui donnaient,

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