‹ uvres complètes de A.-F. Ozanam (volume 2)Chapitre 6 sur 28 · CARITAS AIT · texte numérisé non relu

CARITAS AIT

Cuncta meis precibus restaurât secla redemptor, Actus, vel dicti, seu seiisus, vincla resolval. Hegina clamor (?) cœlorum, filia régis, Instruxi (?) mortale genus virtutlbus almis, Tetrica muiidani calcent ul lu<licra luxus, Ad requiem ut tendant animsc puisa ho tonanlem. Seclibuse superis soboles nempe arcilenenlis Arbiter œthereus condit me calce (?) carenlem In qua nec nietas sévi nec tempora clausit; Tcmpova sed mire tempore longa creavit.

212 CHAPITRE v;

même des devoirs qui les effrayent, mais qu'ils remplissent. En suivant Tapôtre des Germains dans des travaux qui égalent en hardiesse, en aciivilé, en ])orsëvérancc, les plus belles conquêtes romaines, on ne se douterait pas que toutes ses lettres font voir une âme délicate, froissée de la dureté d'un siècle pour lequel elle ne semble pas née, tourmentée de scrupules du côté de Dieu, d'inquiétudes du côté des hommes. A son entrée en Germanie, vers 7^4, il confie à son ancien évêque Daniel le trouble de sa conscience, partagée entre la nécessité de porter ses conseils et ses représentations au duc des Francs, et la crainte de violer les saints canons en communiquant avec les prêtres sacri • léges qui fréquentent le palais. C'est en vain que Dan'el le rassure par l'exemple* du (dirist, qui s'asseyait à la table des pécheurs, et que, pi us tard, le pape Grégoire II lui répond dans le même sens. Vingt-six ans après, la même crainte le poursuit; il s'accuse auprès du pape Zacharie de n'avoir pu s'abstenir corporollemcnt du commerce desexcommuniés, quand le besoin deséglists le conduisait au palais des princes, a Seulement, ajoutc- « t-il, j'ai gardé, sinon la lettre, du moins l'esprit de c( mon serment, puisque mon cœur ne s'est point arsoc( cié à leurs conseils. » Un autre soin le tourmente et le presse davantage, à mesure que ses années se multiplient : c'est celui de tant do disciples qu'il a tirés dis cloîtres d'Angleterre, et (ju'il laissera exposés à tous les hasards de l'exil et delà pcrs;;cution chez un peuple à demi barbare. Il leur cherche un protecteur puiesant

en la personne de Fulrad, alibc de Sainl-DcMiis et conseiller de Pcj)in, et il lui écrit en ces termes : «Je vous <( conjure, au nom du Christ, de mener à bonne fin «l'ouvrage que vous avez commencé, c'est-à-dire de « saluer en mon nom notre glorieux et aimable roi « Pépin, de lui rendre grâce de toutes les œuvres cha- « rilables qu'il a faites pour moi, et de lui dire qu'il « paraît vraisemblable à moi et à mes amis que mes « infirmités mettront bientôt fin au cours de ma vie « temporelle. C'est pourquoi je supplie notre roi très- « haut, au nom du Christ fils de Dieu, de vouloir bien « me faire savoir, en mon vivant, ce qu'il compte or- « donner de mes disciples après moi ; car presque tous c< sont étrangers, et plusieurs sont prêtres et chargés, «en beaucoup de lieux, du ministère des églises. « D'autres mènent la vie reli^^ieuse dans nos monastères « et ont été destinés, dès l'enfance, à l'enseignement « des lettres. Il y a aussi des vieillards qui ont longtemps «travaillé avec moi. Ils font tous mon inquiétude, et «je désire qu'après ma mort ils aient le conseil et la « protection de Votre Grandeur, et qu'ils ne soient pas « dispersés comme des brebis qui n'ont point de ber- « ger, et que les peuples qui touchent aux frontières des « païens m; perdent pas la loi du Christ. C'est pourquoi « je vous prie instamment, si Dieu le veut et que Votre «Clémence l'approuve, de faire instituer, dans ce mi- « nistère des peuples et des églises, mon cher fils et « coévêque Lull ; et j'espère, si Dieu le veut, que les « prêtres auront en lui un maître; les moines, un

Frise.

c( docteur régulier , et les peuples chrétiens, un fidèle c< prédicateur et pasteur. J'insiste surtout, parce que c( mes prêtres, sur la frontière des païens, mènent une « vie bien pauvre. Ils ont du pain, mais ils ne peuvent a trouver des vêtements ni se maintenir dans ces lieux (( pour le bien des peuples, s'ils n'ont un conseil et un « appui, comme j'ai essayé de leur en servir. Si la piété a du Christ vous inspire de consentir à ma prière, veuii- <( lez me le mander par mes envoyés ou par vos lettres, « afin que, grâce à vous, j'éprouve un peu de joie, soil « qu'il faille vivre ou mourir (1). »

Dernière Ccs prcsscntiments ne le trompaient pas. Au milieu

mission de *■ i i

de tant de grandes fondations, ses sollicitudes ne s'étaient jamais détachées des missions de Frise, première passion de sa jeunesse. Il apprenait avec douleur que ces chrétientés mal affermies retournaient aux faux dieux et compromettaient, par leurs défections, l'ouvrage entier de son apostolat. Déjà, en 755, il avait par-t couru une partie de la Frise, recueillant les cliréliens tombés et baptisant les païens; mais il comprit que la conversion de ce peuple voulait tout l'effort de ses dernières années. Agé de soixante et quinze ans, tout cassé

(1) Bonifacii Ep., 12, 24, 75, 80, 79 : « l'roptorea hoc maxime ficri peto, quia piesbjteri mci prope marcain paiianorum pauperciilam vitaiii habent. Panem ad mantlucandimi acipiircro possunl, sed vostiiiionta ibi iiivcnire non possunt, nisi aliuiide coiisilium et adjnlorem habcant, ut sustinore v[ indurare iu illis locis ad minislerium populi possini, eodem modo sicut c^^o illos adjuvi. Et si piotas Chrisli lioc volùs iiispiraverit, et lire quod i)oto coiistMitiro et facere voluerilis, pcr hos mcos missos pnvsentcs, aiit por litteras piotatis vestrx\ hoc niilii maiidaro ot iudicaro dignomini, ut eo hvtior in mercede vcstra vtd vivani, vel moiiar. >

crinfirmilés, rien ne put ébranler sa résolution d'aller finir chez les barbares. Tl remit à Lull, son disciple, fa dignité archiépiscopale, lui légua la charge d'achevei les églises de Thuringe, de construire la basilique de Fulde et de conserver la foi des peuples. « Pour moi, c< ajoula-t-il, je me mettrai en chemin, car le jour de c( mon passage approche. J'ai désiré ce départ, et rien « ne peut m'en détourner. C'est pourquoi, mon fils, (( faites préparer toutes choses, et placez dans le coffre c( de mes livres le linceul qui doit envelopper mon vieux (( corps. » Il emmena donc avec lui l'éveque Eoban, les prêtres Walther, Wintrig, les diacres Hamund, Skirbald et Bosa; les moines Waccar, Gundwaccar, fllesher et Bathowulf, et tous ensemble descendirent le fleuve jusqu'à Ulrechl. Après avoir pris quelque repos, on commença à évangéliser la contrée, et plusieurs milliers d'hommes, de femmes et d'enfants reçurent le baptême.

Un jour, le 5 juin, le pavillon de l'archevêque avait iMon

de

été dressé près de Dockum, au bord de la Burda, qui s. Boniface. sépare les Frisons orientaux et les occidentaux. L'autel était prêt et les vases sacrés disposés pour le sacrifice, car une grande multitude était convoquée pour recevoir l'imposition des mains. Après le lever du soleil, une nuée de barbares, armés de lances et de boucliers, parut dans la plaine et vint fondre sur le camp. Les serviteurs coururent aux armes et se préparèrent à défendre leurs maîtres. Mais l'homme de Dieu, nu premier tumidte de l'attaque, sortit de sa tente entouré de ses

clercs et |3orlant les saintes reliques, qui ne le quittaient point. « Cessez ce combat, mes enfants! s'écria-t-il; c< souvenez-vous que l'Ecrilure nous apprend à rendre « le bien pour le mal. Car ce jour est celui que j'ai a désiré longtemps, et l'heure de notre délivrance est « venue. Soyez forts dans le Seigneur, espérez en lui, a et il sauvera vos âmes. » Puis, se retournant vers les prêtres, les diacres et les clercs inférieurs, il leur dit ces paroles : c< Frères, soyez fermes, et ne craignez point « ceux qui ne peuvent rien sur l'âme; mais réjouissez- « vous en Dieu, qui vous prépare une demeure dans la a cité des anges. Ne regrettez pas les vaines joies du c( monde, mais traversez courageusement ce court pas- « sage de la mort, qui vous mène à un royaume éter- « nel. » Aussitôt une bande furieuse de barbares les enveloppa, égorgea les serviteurs de Dieu, et se précipita dans les tentes, où, au lieu d'or et d'argent, ils ne trouvèrent que des reliques, des livres, et le vin réservé pour le saint sacrifice. Irrités de la stérilité du pillage, ils s'enivrèrent, ils se querellèrent et se tuèrent entre eux. Les chrétiens, se levant en armes de toutes parts, exterminèrent ce qui était resté de ces misérables. Le corps de saint Boniface fut retrouvé. Auprès de lui était un livre mutilé par le fer. taché de sang, et qui semblait tombé de ses mains. Il contenait plusieurs opuscules des Pères, entre lesquels un écrit de saint Ambroise : Jhi Bienfait de la mort (I).

(1) Willibald, XI. De pamone sancti Bonifacii. Otlilon., 11, 21. Vita S. Luidgeri, ap. IVtIz, 11, iOG. Supplément, auct.preshyt. Mogunt.AW. 10.

LES ANGLO-SAXONS. — SAINT lîOMFACE. 217

1] fallait s'arrêter devant ce ^rand lionime, comme, uuoiie place

o ' ' tient

au terme d'une longue marche dans les forets du Nord, '^'"^^anT^^^^

I 1 'y ' 1 1 n • . • l'histoire

Je voyageur s arrêtait devant la statue d un samt qui .le >on temps. lui annonçait les approches de l'abbaye voisine, et par conséquent de la civilisation. 11 fallait étudier le missionnaire intrépide jusqu'au martyre, l'évêque qui eul le courage plus grand de mettre la main à la réforme d'une société dégénérée, le moine qui n'eut pas peur de la solitude, ni de confier au désert. de Fulde l'école de la Germanie cln*étienne. Il fallait animer, s'il se pouvait, cette image de sa vie, en faisant revivre sa belle âme, en pénétrant dans la familiarité de cet esprit passionné pour les lettres, dans les faiblesses de ce cœur tourmenté, mais invincible. 11 fallait enfin lui donner la couronne d'une sainte mort. Mais, après avoir admiré avec émotion cette héroïque figure, ne craignons pas de rabaisser la statue en considérant le piédestal qui la porte. Il n'y a pas d'homme si grand qui ne soit soutenu par une pensée plus grande que lui. C'est une partie de la gloire de saint Boniface, de ne point s'être enfermé dans cet isolement où la mission de saint Colomban se borna; d'avoir emporté avec lui l'esprit indulgent de l'Eglise anglo-saxonne; de s'être rendu l'esclave de tous, en se livrant à tous les bons desseins des peuples, des princes et des papes. La docilité qu'on lui reproche fit sa force; il ne maîtrisa son temps qu'après lui avoir obéi, et sa vie ne nous attache que par la bienfaisante révolution qu'elle sert.

A l'entrée du huitième siècle, on était encore en

pleine barbarie ; c'était en vain que depuis quatre centî> ans les Germains erraient au milieu des institutions de la société chrétienne; vainement l'cpiscopat et le monachisme s'étaient réunis pour l'éducation de ces peuples ignorants. Après dix générations de rois catholiques, les Francs allaient retourner aux idoles. Les sacrifices de Woden ensanglantaient l'autel du Christ, et peut-être quelque temps plus lard ne serait-il resté qu'un souvenir lointain de l'Evangile, comme une fable de plus dans la mythologie de l'Edda. Voilà ce que fût devenu le christianisme abandonné, comme plusieurs écrivains le voudraient, au libre génie des Germains.

Ces esprits indomptés, qui résistaient aux lumières, ne devaient céder qu'à l'ascendant d'un grand pouvoir : la papauté l'exerça. Elle avait ce caractère de paternité qu'elle tient de son institution divine; elle avait la force des idées, les habitudes du gouvernement avec le prestige du temps et de la dislance, et la majesté du nom latin. C'est par là qu'elle maîtrisa les Francs, et par eux le reste des peuples. Le moment décisif fut celui où Grégoire II dicta à Boniface, évoque, le serment d'obéissance. Ce jour-là seulement, Rome vit s'accomplir ce qu'elle avait pressenti lorsque les soldats d'Alaric rapportèrent en pompe les vases sncrés dans la basilique de Saint-Pierre. Uome vit recommencer son empire sur ces nations mêmes qui l'avaient renversé; elle vit un pontife saxon agenouillé, au nom de la Germanie, aux pieds d'un citoyen romain. Le ro-

LES AiNGI.O-SÂXONS. —SAINT DONIFACE. 211)

présentant des barbares se releva délégué du Vatican. Ce proconsul des temps nouveaux, sans licteurs, sans glaive et sans fisc, portait avec lui le génie législatif du vieux sénat. Pendant trente-sept ans il poursuivit les desseins de cette politique romaine dont il s'était fait le serviteur. Les hommes du Nord reçurent la domination bienfaisante qui venait à eux, non plus avec les aigles, mais avec les symboles de la colombe et de Tagneau. Ils sortirent de l'incertitude entre l'idolâtrie et l'Evangile, où ils avaient hésité durant quatre cents ans. Le légat du siège apostolique renouvela l'onction des rois de Juda sur le front des ducs austrasiens. Les Francs, confirmés dans leur mission, se trouvèrent, comme la Providence les avait voulus, les défenseurs de l'Eglise, les continuateurs des Romains, et l'obstacle invincible des invasions; et tous les pouvoirs semblèrent réunis pour inaugurer le règne de Charlemagne.

<:nAr,LEMAGM-: et les saxo.ns.

Les deux \^ huilièmc siècle, il v avait deux Geririanies : ou

Germâmes. ' J

plutôt le travail des siècles précédeni s n'avait servi qu'à mettre en présence sur deux territoires distincts, pour une lutte plus formidahle que jamais, les deux génies opposés qui remplissent de leurs combats 1" histoire des nations germaniques. Dès les premiers temps nous avons reconnu ce qu'il y avait de contradictions chez. ces peuples, dont la moitié s'attache au sol par les religions, par les institutions, par les mœurs sédentaires; tandis que l'autre moitié ne supporte rien de ce qui fixe les hommes, ne trouve de satisfaction que dans les hasards de la vie errante et dans la guerre de tous contre tous. Plus tard, la civilisation romaine les atteint, mais pour les diviser. Si les uns sont touchés de ses lumières, les autres ont horreur de ses lois; et l'empire ne se défend plus que par l'épée des Germains, quand d'autres Germains achèvent sa ruine. Les invasions rendant la division plus éclatante en séparant ceux qui restent dans les forêts du Nord, avec leurs dieux et leur

CIIVRLKM.VGNK KT l,ES SAXONS. 221

antique indépendance; et ceux qu'atlire le soleil du Midi, avec toutes les séductions d'une conquête nouvelle. Les Francs se font chrétiens, se laissent gagner par les traditions romaines, et entraînent à leur suite les Alemans, les Tliuringiens, les Bavarois. Au contraire, h confédération saxonne réunit les ennemis des Francs, les tribus décidées à rester barbares : nous verrons leur opiniâtreté arrêter durant trente ans les armes de Cliailemagne. La fondation de l'empire carlovingien établit enfin l'unité territoriale, et semble réunir sous une main puissante toutes les forces de la Germanie. Cependant l'antagonisme recommence avec les partages des fils de Louis le Débonnaire, jusqu'à ce qu'il éclate par la séparation définitive de la France et de l'Allemagne. Ainsi toutes les révolutions qui tourmentèrent les Germains pendant neuf cents ans sortent de ces deux causes contraires, le penchant et la résistance des peuples à la civilisation romaine, soit qu'elle agisse par les armes, par le droit ou par la religion. Or, le point d'appui de toutes Ks. résistances, celui qui demeure le même au milieu de tous les mouvements, c'est la Saxe, c'est le pays d'Arminius et de Wilikind.

Les navigateurs anciens, dont Ptolémée a recueilli Les saxons. les récits, trouvent les Saxons dans cette partie de la Ghersonèse Cimbriquc qui a formé depuis le Schleswig et le Holstein. Ils habitaient aussi, en vue des côtes, les • îles deBusen, de Nordstrand et d'Heligoland. Plus tard, le nom de Saxons s'étendit a la plupart des tribus de la basse Germanie : ils occup;iient, de l'Elbe à l'Issel,

un vaste territoire divisé en trois districts par deux lignes de retranchements. On appelait Ostphal le pays de l'est, Westphal celui de l'ouest, Engern la contrée du milieu. Ces barbares gardaient la mémoire de leurs anciennes émigrations. Ils se disaient venus du Nord et de ces colonies de pirates qui vivaient dans les rochers de la Scandinavie. Une tradition plus savante, et par conséquent moins ancienne, les faisait descendre des aventuriers germains qui auraient suivi jusqu'au fond de l'Asie la fortune d'Alexandre, et qui, après sa mort, demeurés sans chefs, se seraient dispersés par toute la terre. Un petit nombre de vaisseaux aurait enfin touché la côte d'Hadeln, aux embouchures de l'Elbe (1). Ici les souvenirs devenaient plus précis et prenaient la couleur d'un récit épique. Les navigateurs, disait-on, poussés vers la terre, la trouvèrent occupée par les Thuringiens. Ils obtinrent de ces peuples la liberté de jeter l'ancre dans leurs eaux et de trafiquer avec eux, mais en renonçant au meurtre, au pillage et à la possession du sol. Au bout de peu de temps, épuisés parce commerce sans profil, ils commencèrent à

(1) Rcichard, Gcrmanicn, 41. Tumer, History of the Anglo-Saxons, I. Ptolémée, Géorg., Il, 2. 2âçovî; i-\ tov a'j/£va. Cluvei'ius, Ant. Gcrm., 111, p. 97. Lo mot phal s'\iii\\i[e retranchement. iS. PoleaSaoco, ad ann. 772. Wittildnd, Chronic, II : « Super liac re varia opinio est, aliis arlti- Iraiitibiis de Danis Norlinnannisquc originem diixisse Saxones, ;diis ;ui(eni aestimanlibus, ut ipso adolesccntulus audivi (piemdam prœdieaulem, de finecis ; quia ipsi dixeruul Saxones reliquias fuisse Saxoniei exercitus, qui, sceutus magnum Alexandrum, immatura morle ipsius per tolum orbem sit dispersas. » Le Chronico'n Hohatix (ap. Leibni(z, Access, hislor., 12) fait descendre les Saxons d'une race d'hommes valeureux ([uWlt'xandre trouva en Arménie, et qui le suivit à la guerre. Mrme tradition dnns le Sachsenspiegel, 42.

en \i;lema(;.M': i:t m: s saxons. ^nz

manquer d'argent el de vivres. Un jour, il arriva qu'un jeune homme sortit de leurs navires, mourant de faim, mais couvert d'or, paré d'un collier d'or; et des anneaux d'or chargeaient ses mains. Il aborde un Thuringien et lui offre tout cet or pour tel prix qu'il lui plaira. Celui ci lui propose en riant une poignée de (erre en échange. L'autre l'accepte, la reçoit dans son vêtement et se retire joyeux vers les siens. Le Thuringien retourne dans sa tribu : on le loue d'avoir trompé l'étranger. Cependant, la nuit suivante, les hommes de mer descendent sur le rivage ; leur jeune compagnon les guide, semant devant lui la poussière qu'il a reçue; et, dans l'enceinte décrite de la sorte, ils dressent silencieusement leurs tentes. Au lever du soleil, les habitants du pays les reconnaissent, et les somment, sur la foi des traités, de retourner à leurs vaisseaux. « Nous a avons payé cette terre de notre or, répondirent-ils; a nous la défendrons de nos épées. » La guerre s'engagea. Après de sanglants combats, les chefs des deux partis convinrent d'une entrevue où ils se rendraient désarmés. Les étrangers y portèrent sous leurs habits le long couteau qui ne les quittait jamais, égorgèrent les chefs des Thuringiens, et demeurèrent les maîtres du territoire. Une terreur profonde se répandit dans la contrée; et, en mémoire de l'événement, on appela ces étrangers du nom de leur arme nationale : il la nommaient Sahs; on les appela « les hommes au grand couteau, » les Saxons (1).

(1) ^^ittikilld, Chronic, 4-7 : « Fuerunt autcin et qui hoc lacinorc no-

ti'ii cil \IMTHL. Vi.

Ces fables jettent quelque lumière sur une antiquité où l'histoire ne pénètre pas. Le chemin qu'elles suivent remonte par la Scandinavie jusqu'au fond de l'Orient^ premier berceau de toutes les traditions européennes. On reconnaît un peuple qui doit s'attacher au sol, puisqu'il l'achète, et qu'il change l'or éclatant, aimé dts barbares, contre la propriété, fondement moral des sociétés. On y voit aussi la trace de ces courses mnritimes où s'exerçaient les populations du Nord, et qui remplaçaient pour elles les invasions accoutumées des Germains du Midi. Au lieu d'une émigration sans npos à travers les marais, les bois et les villes fortifié(S de l'ennemi, ils aimaient mieux leurs barques d'osiei couvertes de cuir, de libres aventures sur des mer> sans maître, le butin enlevé, et la joie du retour dans la maison de leurs pères (ï). L'Océan était le champ de la conquête, la terre était celui de l'héritage. Le toit immobile gardait la famille; de sévères coutumes y conservaient la pureté du sang. Quand la vierge saxonne déshonorait le foyer paternel, quand l'c^pouse trahissait sa foi, les femmes de sa tribu la chassaient à coups de verges et de couteaux pointus, jusqu'à ce qu'elle tom-

mcn iilis indilum Iradiint : ciiltclli tMiiin noslra liiiïîiia Salis dicunlur. t» Cette fal)lc s'accorde avec les souvenirs conservés dans le Sa':lise)ispîeyel, 111, 12, et dans le Cantique de saiiil Annon, vers 544, Siliilter. Thésaurus, I :

Voii lien niozzcrni als > walisiii Wuiilen si geheizziii ^alishi.

(1) Le§ Saxons st> font d'ahord connailie i)ar leur^; pn'aleries sur les cotes de Tcinpire romain. Sidon. Apolliii , Ep. VIII, 6. Eulrop., IX, 21. Ainmien Marc, X\\, 7. Claudien, De iiuarto consulatu Uonorii, V, 50.

ciiaiuj:magne kt les saxons. 225

bût épuisée de douleur et de sang. La même jalousie séparait les trois castes des Etholings, des Frilings et des Lassen, c'est-à-dire des nobles, des libres et des affranchis; ces derniers, astreints au travail des champs» mais servis eux-mêmes par des esclaves. Les uns et les autres ne se mariaient qu'entre eux. Le peuple entier s'interdisait les noces étrangères, et conservait sans altération la noblesse de la race, comme l'indépendance du territoire. La distinction des castes n'effaçait point la communauté des intérêts. Tous les ans, dans chacjue canton, les trois ordres des affranchis, des libres et des nobles, élisaient douze hommes. Les députés, rassemblés dans un lieu appelé Marklo, sur les bords du Weser, au centre de la Saxe, y traitaient des affaires publiques. En temps de paix, chacun vivait inviolable sur sa terre, sous l'autorité d'un juge nommé pour le canton. Trois chefs avaient le pouvoir limité de convoquer en armes les hommes de Westphal,d'Ostplial et d'Engern. Si la guerre était générale, le sort désignait celui à (jui tous devaient obéir. Les soldats chevelus, vêtus de saies, armés d'une longue lance, du bouclier court et du couteau, se rassemblaient autour de l'étendard sacré, où l'on voyait les images symboliques du lion, de l'aigle et du dnigon. Alors les Saxons se montraient dans toute la puissance d'une organisalion simple et forte. Sur la propriété et l'hérédité reposait la famille, d'où naissait la casîe pour former la nation (1).

(1) Bonifacii Epist. ad Etliibald, Merciœ regem : « In antiqiia Snxonia, si virgo piiternatn donium cum adulterio maculaverit, vcl si r!.i:!;(r

*i^2G CHAPITRE Vf.

La même cause rendait la nation puissante et le paganisme tenace. Le paganisme germanique s'attachait au sol, en divinisant les forêts, les fleuves, et les forces cachées qui faisaient lever les moissons : en mettant un esprit familier sous chaque toit, un génie prolecteui auprès des trésors enfouis. Les peuples émigrés rom pirent ce premier lien. Leurs instincts religieux, désorientés pour ainsi dire sous un ciel nouveau, ne savaient plus où se reposer. S'ils portaient avec eux leurs idoles sur leurs chariots, ils pouvaient les oublier ou les brûlei' un jour. Quand donc ils trouvèrent sur leur chemin un culte dominant, ils durent tôt ou tard en

inarilata perdito fœdere matrimonii aduUerium perpetraverit... congregato exercitu feniineo, flagellatam eam mulicrcs per pagos circuii^quaque (lucuiif, virgiscaedentes... usque diim eam morhiam aut vix vivain derclinquant. » Cf. Tacite, Germania, 19. Vita S. Lebuini, apud Pertz, Il : «Suntquiillorumlingua Adlingi, sunt quiFrilingi, suutqui Lassidiciintur. » Cf. Sachsenspiegel, III, 42. Translatio S. Alexandri, ap. Pertz, II, 675. « Et id legibus firmatum, ut nulla pars in copulandis conjugiis propri;c' sortis tcrminos transférât, sed nobilis nohilem ducat, et liber liberaiii. libertiis conjungatur liberta% et servus aiiciUae. Si vero quispiam hormii sibi non congruentem et génère prtestantiorem duxerit uxorem, cum vitu' ,suîc damno coinponat. n ('e texte est considérable, et les r;iisons opposées par Rcttberg (II, p. 565) ne le détruisent pas. Âdamus Breniensis, l : « Nec facile ullis aliarum gcntiuni vel sibi inferiorum connubiis infecti, propriam et sinceram tanlunique sibi siniileni gentem facere conati sunt » Wittikind, 15 : « A tribus enim principilms totius gentis ducatus adminislrabatur, certis terniinis exercitus congregandi poteslate contentis... Si ;uileni universale IwîHuni ingrueret, sorte eligitur cui omnesobedire oporluit ad administranduni iiuniincns belluni. »

Vila S. Lehiimi : « Singulis pagis principes praeerant singuli; statu'o quoque tcmpore anni, semel ex singulis i)agis at(jue ex eisdem ordinibu<; Iripartitis, singillalini viri XII electi, et in mium collecti in média Saxonia, secus flumen Vesaram, et locum Marklo nuncupatum, exercebant générale concilitmi. » Wittikind : « Vestiti crant sagis et armati longis lanceis, et snbnixi stabant parvis sculis, habentes et renibus cultcllos magnes. Signuui... leonis atque draconis, et desuper aquilîe volantis. »

ClIARLEMAGNE ET LES SAXONS. 227

«ubir la loi; ainsi se détermina la conversion des Golhs et des Francs. Mais les Saxons vivaient au milieu des tombeaux de leurs pères : ils ne pouvaient oublier ces divinités sédentaires qui habitaient leurs bois, et qui donnaient à chaque lieu connu un nom et un souvenir. Leurs navigations les ramenaient souvent sur les côtes de Scandinavie, d'où les généalogies anciennes les faisaient descendre. Ils y trouvaient leurs croyances nationales sous une forme plus savante et sous la garde d'un sacerdoce respecté; le pirate^ de retour, échauffait les jeunes gens de sa tribu aii récit des sacrifices humains d'Upsal. La Saxe avait aussi un culte public, des prêtres qui ne portaient pas les araies, et des temples dont on n'approchait qu'avec respect. Des banquets étaient célébrés en l'honneur des dieux : on mettait solennellement les morts sur les bûchers. Non loin du Weser, dans un lieu fort, nommé Eresburg, s'élevait, du côté de l'orient et à ciel découvert, un tronc en forme de colonne, qu'ils adoraient sous le nom d'Irminsul, c'est-à-dire « la colonne du monde. » Des monceaux d'or et d'argent, prémices du pillage, étaient entassés autour. Au-devant se trouvait un autel, et les sacrificateurs offraient à Odin la dîme des captifs. Ces immolations n'étaient pas les plus horribles : il y avait des hommes et des femmes qu'on tenait pour magiciens, et qui passaient pour se nourrir de chair humaine; sur ce bruit, on se saisissait d'eux, on les brûlait, on les mettait en morceaux, on les mangeait. Le paganisme avait conduit jusque-là une race intelligente et

généreuse : il y avait des cannibales parmi les Saxons (1 ) . Premières Ges païcns étaient les ennemis naturels des Francs.

guerres

^ <^<^s Dès le temjis de l'invasion, ils avaient poussé les tribus

Saxons contre i ' *

les Francs. g^}igjijjes daus l'île dcs Bataves; ils les cbassèrent encore de ces nx)uvelles possessions. Mais la fortune changea : les Saxons devinrent tributaires des rois d'Austrasie, et leur payèrent une redevance annuelle de cinq cents bœufs. Il arriva, au rapport de Grégoire de Tours, qu'ils refusèrent le tribut au roi Clotaire. Le roi marcha contre eux, et ils vinrent demander grâce en offrant leurs troupeaux, leurs vêtements et la moitié de leurs terres. Les Francs n'acceptèrent pas ces propositions; et, comme Glotaire leur remontrait leur tort, ils se jetèrent sur lui et voulurent le tuer s'il ne les menait au combat, Voyant donc leur fureur, il les conduisit à l'ennemi;

(I) Capiiulatio departibus Saxonix : « Ecclesiae Christi quoinodo conslnmntur in Saxonia et Deo sacratœ sunt, non minorem lia])eant excellenliam quam fana habuissent idolorum » Bède, Histor. eccles. — Capitula- [io, elc. : « Si quis corpus defuncti hominis seciinduin ritimi paganoruni llannua consunimi fccerit... Si quis ad fontes aut arbores vel liicos volum fecerit, aut abqtiid more gentibum obtnlerit, et ad honoreni dsenionuni comedcrit. » C'est le diabolgelde du concile de Lej)tines. — \Vittikiiid. 12 : « Ad orlentaleni portani ponmit aquilani aranique Yicloriœ construeiiles... ÎVoniine Marteni, effigie columnarum imitantes Herculem, loco solem... » llf. Adaiuus Bremeiisis, Grinmi. Deulsche Mythologie. Poeta Saxo ad :mn. 772. Éginliard, Annal., ibid. — Capitulalio de partib. Saxonix: « Si quis a diabolo deceptus crediderit, secundum morem paganorum, virum aliquem aul feininam strigam esse et bomines comcdere, et propter lioc Ipsum inccnderit, vel carnem ejus ad comedendum d(derit, vel ipsam coMEDERiT. » Lcs Allemands nous pardonneront de reconnaitre ici les vestiges d'antbropopbagie qu'on retrouve cbez tous les barbares. Au treizième tiiècle, on voit Albert le Grand visiter les peuples de la Toméranie pour v détruire la coutume qu'on avait de dévorer 1. s vieillar.ls. Il en est de même des OItcs d'Irlande au tenqis de Diodore de Sicile, et Tbistoire de Tantale et .'.e Pélops laisse entrevoir les mêmes désordres dans les siècles béroi }'.ies de !a Grèce.

ClIARLEMAONE ET LES SAXONS. '229

mais il fulrepoiissé avec un grand carnage, etdemanda la paix, disant qu'il était venu contre sa volonté. Telles étaient les haines qui armaient les deux peuples. Elles se perpétuèrent dans une guerre sans relâche, dont on suit les vicissitudes sous les règnes obscurs des derniers Mérovingiens. Charles Martel la reprit avec vigueur, Pépin le Bref la continua : il crut l'avoir achevée, quand les Westphaliens, deux fois vaincus, consentirent à envoyer chaque année leurs députés à l'assemblée des Francs, avec un tribut de trois cents chevaux. Les traités, bientôt mis en oubli, ne préjudiciaient pas à l'indépendance de la confédération saxonne. Couverte par trois fleuves, l'Ems, le Weser et l'Elbe; appuyée à l'ouest sur les Frisons, opiniâtres dans l'idolâtrie, elle avait derrière elle les peuples du Danemark, de la Suède et de la Norvège. Ces barbares, issus d'une même origine, unis par l'analogie des croyances et par le rapport des langues, formaient une Germanie païenne, immobile encore sur son territoire et dans ses mœurs ( 1 ) . D'un autre côté se constituait la Germanie chrétienne. La

Qr A 1 f • 1 T^ • 1 TT Germanie

uatre eveches couvraient la rranconie, la Hesse et chrétienne.

la Thuringe : c'était le cœur du pays. Derrière cette

première ligne, les Bavarois, les Alemansetles Francs

occupaient les provinces romaines, dont ils avaient

renouvelé la population. Au delà venaient encore

les Anglo-Saxons de Grande-Bretagne, les Visigoths

dans les Asturies, les Lombards au pied des Alpes :

(1) Gregorius Turonensis, IV, 10, 14. Gesla Dagoberti, 14. Continuât. ;id Frcdegar., 110.

toute une Germanie émigrée, convertie, policée, au miliea des peuples latins. La mission de saint Boniface avait fondé l'Église d'Allemagne. L'avènement de Pépin l'avait affermie en lui donnant pour appui la royauté renaissante chez les Francs. Charlemagne devait achever l'entreprise en élevant un nouvel empire germanique, où il porterait le centre des affaires temporelles de la chrétienté.

Charlemagne. Avcc Charlemagne, la puissance laïque se montre dans les affaires religieuses avec une vigueur et en même temps avec une mesure qu'elle n'avait jamais eues. Il ne faut méconnaître ni son intervention, ni les limites ou elle se contint.

A C'est une loi de la société chrétienne, que toutes les

quel titre

" 'dan?'"^ grandes actions religieuses s'y accomplissent par le .iu%hrfsua- concours des deux ordres dont elle est composée, le

nisme. i i • i \ i \ i

clergé et le peuple. Aussi, des le moment ou le pouvoir séculier se lit chrétien, il se trouva investi de ces deux fonctions : défendre l'Eglise contre ses ennemis extérieurs, maintenir l'accomplissement de ses lois au dedans. Ce fut le rôle de Constantin le Grand, compromis cependant par les hésitations qui gênèrent le commencement de son règne, et parles erreurs qui en gâtèrent la fin. Les temps barbares, en faisant beaucoup oublier, avaient effacé les torts et rehaussé la gloire du premier empereur chrétien. On ne voyait en lui que le vainqueur de l'idolâtrie et le défenseur du concile de Nicée. On lui attribuait aussi la célèbre mais fabuleuse donation qui aurait fondé la souveraineté politique des pa*

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