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ses rapports généraux avec les créatures; elh*. renferme donc la notion de la cause première, et la loi fonda mentale de la distinction des deux substances. Ainsi les dogmes révélés sont la trame sur laquelle toute science historique, physique ou philosophique devra tresser ses (ils et former son tissu. Et, comme la foi ne permet pas (|ue ses dogmes soient révoqués en doute, elle empêche que, la trame étant brisée, le tissu ne soit détruit. L'antiquité grecque et romaine ne connut point cette association de la foi et de l'intelligence, et c'est pourquoi elle vit si peu grandir les sciences physiques, et ne posséda jamais ni une histoire universelle, ni une philosophie complète. En l'absence de l'autorité du dogme, les siècles se consumaient à discuter les questions générales; chaque école ne s'abaissait à l'étude des phénomènes qu'après avoir posé une série d'hypothèses qu'une autre école venait réduire en poussière, et leur labeur était pareil à cette toile de Pénélope où chaque nuit anéantissait l'ouvrage de chaque jour.
L'intelligence rencontre donc dans les enseignements de la foi, et les instruments et les matériaux de son œuvre, et la garantie de son succès. Et réciproquement la science, quand elle sera parvenue au plus haut degré qu'il lui soit permis d'atteindre, lorsqu'elle embrassera dans ses spéculations toutes les lois de l'humanité et toutes celles de la nature n'aura fait qu'écrire en lettres immortelles la justificalion de la Providence créatrice et le commentaire du dogme révélé.
Si les hommes ont besoin de connaître, ils ont encore plus besoin d'aimer : l'amour les rapproche, et ce rapprochement, en devenant durable, constitue la vie sociale. Dans la vie sociale, il faut que chaque individu abdique pour le bien général une portion de son indépendance, et qu'il existe un pouvoir qui reçoive et maintienne cette abdication. Il faut aussi que chaque individu conserve la part d'indépendance qui lui est nécessaire pour travailler à son propre perfectionnement, et que le pouvoir lui en garantisse la possession paisible. Autorité et Liberté, voilà les deux mobiles essentiels des sociétés humaines : de l'équilibre et de l'action combinée de ces deux mobiles résulte la Justice.
Mais souvent, dans la recherche de leur bien-être personnel, les individus ont lieu de regretter l'abandon qu'ils ont fait d'un lambeau de liberté, et la tentation leur vient de le reconquérir. L'autorité, à son tour, sachant ce qu'ils regrettent et ce qu'ils méditent, s'efforce de resserrer plus étroitement des liens qu'elle redoute de voir briser. Ces deux principes entrent donc en lutte, et l'issue de la lutte est toujours funeste. Car, si la liberté est victorieuse, son triomphe est l'anarchie, c'est-à-dire la dévastation de la chose publique au prolit des passions de chacun. Si au contraire l'autorité l'emporte, son triomphe est la tyrannie, c'est-à-dire la confiscation de la chose publique au profit d'un seul. Dans le premier cas, c'est la multitude qui détruit l'édifice social pour en disperser les pierres; dans le se-
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cond, c'est un liomnic qui renverse aussi l'édifice, mais qui en ramasse les pierres pour s'en construire un palais. Ainsi s'expli(juent, et ces combats séculaires que les rois et les peuples se sont livrés, et les ruines immenses qu'ils ont laissées derrière eux.
Comment donc concilier la liberté et l'autorité? Qui peut rétablir entre elles une alliance parfaite, et fonder ainsi le règne de la justice? C'est la charité, fa charité, faisant converger les volontés libres vers un but unique qui est Dieu, en présence duquel toute personnalité s'efface, leur enseigne ainsi à se réunir dans une abnégation commune; puis, découvrant à chaque homme l'image de Dieu dans ses frères, elle lui apprend à s'incliner devant eux sans s'avilir. En même temps la charité rappelle aux dépositaires de l'autorité qu'ils tiennent ici-bas la place de cette Providence, qui n'use de sa puissance souveraine que pour le bien des créatures : le pouvoir devient un sacrifice comme l'obéissance; l'autorité et la liberté se rencontrent sur le chemin du dévouement. Alors peu importent les constitutions politiques, qu'un seul ou qu'un petit nombre gouverne, ou que la force soit remise entre les mains de tous. Qu'importe la forme de l'autel, pourvu qu'on n'y dépose que du feu sacré et qu'on n'y brûle qu'un encens pur?
Lorsque la vie sociale s'est ainsi ranimée à la chaleur de la charité, rien ne saurait l'arrêter dans son expansion : elle va multipliant sur la terre la joie et le bonheur, elle est féconde en vertus et en œuvres; elle n'est
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plus autre chose que raccomplissernent progressif des
desseins miséricordieux de la bonlé divine.
L'esprit n'est jamais rassasié de science, et le cœur n'est jamais désaltéré d'amour, et cependant, quand l'homme connaît ce qu'il aime, il lui semble que son àme trop pleine soit obligée de se répandre au dehors, il a besoin de reproduire. Cette loi mystérieuse préside aux opérations les plus solennelles de la nature humaine : quand deux époux se sont connus et aimés, c'est elle qui leur fait se donner des enfants à leur ressemblance. Dans l'ordre de faits moins grave qui nous occupe, c'est elle qui explique l'origine de l'art.
L'homme a reçu la puissance, mais non la puissance de créer. 11 ne saurait donc produire des êtres, mais des manières d'être, des rapports, des harmonies, des beautés. Il ne saurait non plus produire sans un type. Or ce type, où lecherchera-t-il ? Sera-ce dans les images grossières d'une nature dégradée qui lui sont données par les sens? Sera-ce dans des notions abstraites et dans une nature chimérique et conventionnelle rêvée par la raison ? Non, ce sera plus haut ; ce sera dans la contemplation de la nature, telle que l'Ouvrier Suprême l'a faite. Ce sera l'harmonie des choses, telle qu'elle existe dans les idées éternelles, qui se révélera à l'homme au moyen de l'inspiration et qu'il appellera Beauté Idéale.
La reproduction du beau par la parole, par des sons cadencés, par des figures et par des monuments, est
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l'objet de l'art sous ses diverses formes. Toulorois l'homme ne peut parvenir à l'intuition immédiate de la pensée divine, et d'un autre côté il ne trouve jamais dans le signe matériel qu'il emploie une expression assez pure et assez complète de sa propre pensée. Toujours ses conceptions demeurent au-dessous de son type, el toujours ses œuvres au-dessous de ses conceptions.
D'où donc vient à l'homme cette ambition magnanime de monter sans relâche vers une beauté souveraine qu'il ne lui est pas permis d'atteindre? D'où lui vient cette patience infatigable, de retoucher sans cesse des traits qu'il sait ne devoir jamais réfléchir toute la perfection de 1 original? Quel est ce génie prisonnier qui s'élance aussi haut que lui permet sa chaîne, et que jamais ne découragent ses chutes? Quel est-il, sinon le génie de l'espérance ?
L'espérance est le principe de l'art. Elle lui donne l'essor, elle le soutient dans son vol, elle l'aide et le conduit dans les deux sortes de progrès dont il est susceptible : l'ascension continuelle de l'âme vers un idéal parfait, la spiritualisation indéfinie des signes dont l'âme se sert pour exprimer ses visions.
Et l'art à son tour, quand il s'élève à son plus noble emploi, quand il se consacre à la représentation des choses les plus grandes et à l'expression des sentiments les plus sublimes, lorsqu'il cherche à saisiret à dessiner sur le voile de la création l'ombre majestueuse du Créateur, l'art se confond avec le culte. La poésie et la musique, devenues les interprètes des plus éloquents
soupirs du cœur, traduisent la prière en hymnes et en cantiques : la peinture et la sculpture retracent les images des plus belles d'entre les créatures terrestres, les images des saints; l'architecture élève le temple, et le temple avec tout ce qui s'y passe, avec l'autel où repose la majesté de Dieu, avec les chants et les parfums, avec la pompe des prêtres et la grandeur de l'assemblée, n'est qu'un vaste symbole et une figure ébauchée du Ciel.
Descendons dans une dernière et plus humble sphère, et voyons si nous y retrouverons encore quelques rayons lointains de la splendeur d'en haut. L'humanité ne vit pas seulement de la vie de l'esprit, mais aussi de celle du corps ; elle est soumise aux exigences de l'organisation animale : elle a des besoins matériels. L'application de l'activité humaine à la satisfaction des besoins matériels constitue le travail. Le travail suppose l'exercice des trois facultés d'intelligence, d'amour et de puissance.
Pour que l'homme subjugue la terre, il faut qu'il la connaisse. S'il était jeté seul et ignorant au milieu de la création, il lui arriverait de deux choses l'une : ou bien le spectacle des forces de la nature le frapperait de terreur, il n'oserait y résister, il demeurerait plongé dans une inaction stupide et périrait de faiblesse : ou bien l'instinct de sa conservation l'emporrait, il jetterait sur la nature un regard de dévorante cupidité, il se précipiterait sur elle comme sur une
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proie, et il périrait encore, soit dans la violence des luttes inégales qu'il voudrait livrer, soit dans Tenivrement des voluptés qu'il aurait conquises. Il lui faut donc un enseignement qui lui fasse connaître que la terre lui a été donnée, non pour la ravager, mais pour la rendre féconde ; qu'il en doit être le monarque paisible et non l'esclave ou le tyran; et qu'il doit respecter en elle l'œuvre et le présent de Dieu. Cet enseignement est celui de la foi.
L'homme ne peut accepter la loi rigoureuse et humiliante du travail qu'en vue d'une fin. S'il n'a d'autre fin que son bien-être, il travaillera peu et mal : peu, parce qu'il ne versera de sueurs que juste autant qu'il sera nécessaire pour l'entretien de ses jouissances ; mal, parce que dans l'impatience de ses désirs il emploiera des procédés d'exploitation destructeurs ; il cassera la branche pour cueillir les fruits. La charité, au contraire, lui fait accepter le travail avec joie, comme un fardeau qu'elle lui montre imposé par la main de son maître bien-aimé, et qu'elle lui apprend à porter pour le soulagement dé ses frères. Elle lui fait faire une part de ses sueurs, pour ceux qui n'ont que des larmes, pour ceux qui sont pauvres et faibles; elle étend ses prévisions, non-seulement au delà de l'heure et de la nécessité présentes, mais jusqu'au delà de la tombe. La vie de chaque père de famille devient un long sacrifice au bonheur de ses enfants ; la vie de chaque citoyen une immolation généreuse à la prospérité de son pays.
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Enfin, r homme ne saurait se mettre à l'œuvre s'il n'a le sentiment de sa puissance, s'il n'a confiance en la fécondité de son labeur. Qui donc lui a dit que le grain enfoui par lui dans la glèbe ressusciterait, et que le soleil de l'été mûrirait la grappe suspendue à sa vigne? Qui lui a donné la certitude de la permanence des lois de la création, sur lesquelles son industrie se fonde? C'est l'espérance, c'est elle qui l'assure que le Père céleste ne l'abandonne point dans son exil, et que, ne pouvant pas se manifester immédiatement à lui pendant ses jours d'épreuve, il lui donne au moins des signes de son assistance invisible par ses bienfaits.
Sous cette triple influence du principe religieux, le travail prospère et l'industrie se développe. L'effet du développement de l'industrie est la multiplication des moyens mécaniques, et le remplacement progressif du labeur matériel de l'homme par un simple travail de surveillance et de direction. Ainsi ce roi de la nature la gouverne par sa pensée, ses besoins matériels n'occupent plus une place exclusive dans sa sollicitude, et lui laissent plus de loisir pour accomplir la tache glorieuse de son perfectionnement moral.
Arrêtons-nous et essayons de résumer en quelques lignes ce qui vient d'être dit.
L'humanité est faite pour le progrès.
Le progrès ne peut exister qu'avec deux conditions : un principe qui le détermine, et une loi qui le dirige et (|ui lui serve de mesure.