DU PROGRÈS PAR LE CHRISTIANISME
La philosophie rationaliste, en plaçant dans l'homme lui-même ce principe et cette loi, le conduit logiquement au panthéisme, à l'cgoïsme, au fatalisme; ne lui laisse rien connaître, rien aimer, rien produire hors de soi, et le condamne à l'immohilité.
Le Christianisme, au contraire, place horsde l'homme et dans le sein de Dieu le principe et la loi du progrès. Ce principe et cette loi sont révélés : une autorité immuable en est dépositaire. Cette autorité initie l'homme par la foi, par l'espérance et par la charité à la vérité, à la beauté et à la bonté infinies, elle le fait progresser vers ce monde invisible qu'il doit habiter un jour.
Dans le monde visible, le Christianisme permet à l'homme de marcher au gré de sa liberté, et cependant il raccompagne encore, vivifiant son intelligence par la foi, fécondant son amour par la charité, multipliant sa puissance par l'espérance, et assurant ainsi son progrès dans la science, dans la vie sociale et dans les arts : cette action bienfaisante s'étend même sur le travail matériel et sur l'industrie, dont elle encourage la prospérité.
Le Christianisme a donc compris l'humanité tout entière, avec ses destinées et ses besoins : et les esprits de nos jours, alors qu'ils cherchent une doctrine de progrès, doivent tourner vers lui leurs regards. Toutefois une chose encore les effraye : c'est cette autorité qui pose des limites à la liberté humaine, et qui consacre ces limites par un anathème ; c'est cette ortho-
doxie sévère qui prétend captiver les intelligences dans un même bercail et leur crie : « Hors de moi point de salut. » Essayons de faire comprendre par une similitude cette parole qui semble dure. — L'homme est libre de s'agiter ainsi qu'il lui plaît sur la face du globe terrestre, il y peut accroître indéfiniment son pouvoir et son bien-être, il peut s'en faire un empire, et certes cet empire est assez vaste : cependant le globe est plongé dans une atmosphère qui l'environne de toutes parts, dont les éléments ont été calculés avec une précision admirable pour la conservation des êtres destinés à y vivre, et l'homme ne saurait en sortir sans expirer dans le vide. L'orthodoxie chrétienne est l'atmosphère religieuse de l'humanité : Dieu même a combiné avec une sagesse infinie les principes qui la composent ; et toutes les âmes qui peuvent se mouvoir librement dans les diverses régions de la science, ou de l'art, ou de la vie sociale, se meuvent et vivent dans cette atmosphère : est-il donc étonnant qu'elles périssent si elles veulent s'en échapper? Et si elles trouvent mauvais que le Créateur leur ait fixé des bornes, qu'il ait imposé des conditions à leur existence morale, elles sont dans le délire, elles se plaignent de ce que Dieu ne les a pas faites des Dieux comme lui.
Après avoir envisagé le Christianisme sous un point de vue purement spéculatif, après avoir reconnu à priori la grandeur et la fécondité de ses enseignements, il resterait à le suivre dans l'iiistoire. Là on le verrait