DISCOURS
l'RO>;0>CÉ AU CERCLE CATHOLIQUE EN PRÉSENCE DE Mgr AFFRE, ARCHEVÊQUE DE PARIS.
Monseigneur, Messieurs,
. Appelé à l'honneur de présider la conférence littéraire du Cercle catholique, je demande la parole en son nonn : elle vous doit compte de ses rendez-vous fraternels, de ses loisirs studieux, couverts de votre patronage. Cependant je n'exposerai pas ce qu'elle a fait, mais ce qu'elle a voulu : je ferai connaître ses intentions, meilleures que se^ œuvres, et la manière dont elle a entendu ses devoirs... Ceci n'est pas une leçon, c'est un examen de conscience... Je traiterai des devoirs littéraires des chrétiens.
MÉl.ANGKS. 9
lôO )1 EL ANGES.
La première loi des lettres chrétiennes, c'est l'orthodoxie : et cette loi, qui semble d'abord un assujettissement et une gêne, devient au contraire le principe de leur liberté et de leur grandeur... Toute puissance véritable porte en elle une loi qui fait sa force. Dieu souverainement libre est en même temps souverainement nécessaire. L'intelligence humaine a aussi sa règle. Cette règle, c'est le passage du connu à l'inconnu, du doute à la certitude. L'accroissement des certitudes constitue la science. Il y faut le travail des siècles. 11 faut une tradition qui garde les vérités acquises, un progrès qui poursuive les vérités ignorées. La tradition scientifique est conservée par les corps savants et par les écoles. Vainement, au nom de l'indépendance de la pensée, prétendrait-on ramener la controverse sur les points reconnus : la pesanteur de l'air, par exemple, ou le mouvement de la terre autour du soleil. La liberté ne consiste pas dans un doute rétrograde qui compromettrait le progrès des esprits... Il y a dans toute science une autorité, une orthodoxie dont on ne s'écarte pas impunément.
Or, s'il est des vérités qui forment la base commune et nécessaire des connaissances humaines, il faudra bien qu'une autorité plus forte les assure!... Voyez quelle fut dans l'antiquité la condition des intelligences. Des questions menaçantes les pressaient de toutes parts : l'existence de Dieu, les destinées de l'homme, l'origine et la fin des choses. Tous les 4>fforts de la raison n'avaient pu dégager ces dogmes
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ries nuages qui les enveloppaient . Platon, à quatrevingts ans, en découvrait seulement les premières lueurs; et, sous ses ombrages de Tusculum, Cicéron, héritier de toute la sagesse antique, finissait par conclure la probabiUlé àe la Providence et de l'immortalité. Dans cette ignorance redoutable, il était impossible de descendre aux problèmes secondaires de la science, à l'investigation scrupuleuse et curieuse de la nature. De là le progrès tardif des connaissances physiques dans l'antiquité. La raison n'était pas libre d'y consacrer des heures agitées par d'autres sollicitudes. Elle était, comme Ixion sur la roue, enchaînée à un doute éternel...
L'orthodoxie chrétienne mit fm à cet esclavage. Elle répondit à ces questions suprêmes qui ne laissaient pas de repos à la pensée. Elle renvoya l'esprit humain, satisfait, à des travaux plus sûrs... 11 fut permis aux chrétiens de descendre aux études profanes ; et, à vrai dire, ce fut permis aux chrétiens seuls. Pour ceux qui doutent, nul d'entre eux, s'il est sincère, n'a le droit de remuer ni un problème d'algèbre, ni une difficulté de philologie, avant d'avoir résolu ces incertitudes, qui doivent troubler son sommeil et mouiller de larmes le chevet de ses nuits. La foi donne des habitudes de conviction, de fermeté, de discipline. Et que manque-t-il au siècle présent pour en faire un grand siècle, que de discipliner tant de talents incontestables? Jamais peutêtre n'exista-t-il plus d'inspirations généreuses, plus de nobles ambitions et d^honorablcs désirs. Et jamais plus
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d'efforts perdus, de velléités impuissantes et de caractères indécis. Cette éducation bienfaisante et sévère du Christianisme leur a manqué : la foi est surtout dans la volonté, et la volonté, c'est la plus grande moitié du
génie.
L'orthodoxie est un bienfait; mais le bienfait engage. C'est une loi, et par conséquent elle crée des obligations. jNous les considérerons dans le cercle restreint de notre vocation laïque, et dans ce que nos pères appelaient, plus modestement que nous, le métier dos lettres. Nous y trouvons trois emplois entre lesquels nos heures se partagent : l'étude, la production, la controverse.
Commençons par l'étude. Il ne faut point croire que la foi, que le soin des intérêts d'une croyance chère et menacée retienne les chrétiens éloignés des connaissances humaines. La religion, qui les rassure, ne leur a pas fait inutilement ces loisirs. Elle ne leur permet pas seulement, elle leur recommande la science. Car si la vérité est Dieu même, il s'ensuit, comme parle saint Augustin, ((ue foule science est hoinicen .so/, et que le vrai est souverainement désirable, même indépen^ damment de l'utilité Ihéologique qu'on en peut tirer. Au fond de toutes choses et dans les dernières profondeurs de rinfiniment })etit, il faut bien finir par trouver la trace de l'idée éternelle. Les docteurs or.t reconnu ce r('H\\(fe empreint par touti' la création, et c'est ce qui sanctifie l'élude de la nature. Une h)ia(jv plus res- «îemblante se découvre dans l'houiiiie. cl c'e^l ce (|ui
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l'ail la dignité. de la philosophie. f,a Providence remplit l'histoire, et de là Bossuet professe qu'il est honteux à un honnèle homme d'ignorer le genre humain. En sorte (jne, dans tous les ordres et à tous les degrés, c'est toujours un Dieu ahsent qu'on poursuit, qui se cache de facjon qu'on le cherche, mais de façon qu'on le trouve, parce qu'il veut éprouver l'amour et ne le désespérer pas.
De là vient la prohité de la science chrétienne. Elle ne se paye ni de faits hasardés, ni de conséquences prématurées. Elle est humble et ne croit pas que ce soit trop de toute une vie pour acheter une vérité si petite qu'elle soit. p]lle est patiente enfin, parce qu'elle se confie. Nous descendons, le microscope à la main, dans les derniers détails de la physiologie végétale; nous nous penchons sur les creusets de nos laboratoires, nous reconstruisons péniblement des inscriptions effacées et des langues en ruines. Il ne nous e&t pas donné de voir le terme de ces recherches arides : mais nous savons que d'autres y trouveront des conclusions glorieuses pour la Providence. Nous ne sommes qu'au commencement, et le chemin est long; mais nous savons que Dieu est au bout. Quand nos pères posaient la première pierre de leurs basiliques, quand ils commençaient Notre-Dame de Paris, de Chartres ou de Pieims, ils n'ignoraient point qu'ils ne jouiraient pas de leur ouvrage. Mais, si longtemps que pût durer la construction, ils savaient que leur foi durerait encore plus. Ils avaient confiance en la postérité catholique. Ils des-
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cendaient dans la poussière et dans la boue pour y asseoir les premières fondations, attendant que d'autres générations vinssent en élever les assises, jusqu'à ce qu'après cinq cents ans la croix triomphante en couronnât le clocher.
C'est la conduite de l'Eglise : et jamais elle n'a caché l'estime qu'elle faisait de la science. Au moment 011 elle prit le gouvernement des choses, il semble qu'elle avait assez à faire de la conversion des races nouvelles. Elle se chargea de conserver l'héritage du monde ancien. Elle recueillit les statues pour les abriter dans les palais des papes, les manuscrits pour les faire copier dans les monastères. 11 ne lui suffit point de mener paisiblement les nations barbares, troupeau docile, dans les chemins de la piété. Voici des peuples (jui ignorent, qui ne lisent point, qui n'écrivent point, des esprits qui sommeillent. L'Église les réveillera ; à côté des cloîtres on leur bâtit des écoles, on y place des livres. Quels livres? Ceux qui ont échappé au naufrage de l'antiquité, ceux qui traitent des sept arts libéraux : grammaire, rhétorique, dialectique, arithmétique, géométrie, musique, astronomie. On sollicite la raison, on la dresse aux disputes, donc on ne la craint pas. Rien n'égale l'activité intellectuelle de cette époque où quarante mille étudiants se pressaient à l'école de Paris, où la papauté multipliait les universités nouvelles sur tous les points de l'Europe. Est-il une science où le clergé n'ait mis la main? Un chanoine de l'Eglise de Pologne, Copernic, trouve le système du monde. Au
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dix-septième siècle on ne voit que des prêtres, séculiers, oraloriens et jésuites, établis sur tous les terrains difficiles de la philologie. Les bénédictins de Saint- Maur se sont emparés de l'histoire. Jl paraît au premier abord que ce soit un pauvre emploi, pour des vies consacrées à Dieu, que de se consumer sur des textes grecs ou parmi des Chartres poudreuses. Et cependant ces saints hommes n'en murmuraient point» Ils servaient la vérité à leur manière, et plus qu'on ne pense. Ils posaient les bases des sciences historiques que nous voyons grandir, ils les asseyaient solidement. En sorte qu'il n'est plus permis de négliger leurs travaux, et que les plus dédaigneux ne sauraient devenir historiens, sans aller d'abord à une école chrétienne, et sans passer par les mains des moines. On y apprend à exercer une critique sévère, à être scrupuleux, et à ne point mentir... ce qui est bien quelque chose en histoire.
Au surplus, le culte des lettres humaines n'est pas sans profit pour la religion... On est peut-être trop longtemps demeuré dans les généralités de VApologélique. Pendant que nous y restions occupés à combattre une secte moqueuse dont les rangs ne se renouvelaient pas, le scepticisme s'est emparé des éléments et des détails de la science. Maintenant nous le trouvons partout : ce sont des discussions minutieuses sur tous les points, et auxquelles il faut bien s'abaisser. Il faut arracher l'ivraie semée pendant notre sommeil dans le champ délaissé. Il est bon que les laïques retournent à
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l'hiimililé deleurs fonctions, philosophes, archéologues, naturalistes, et qu'ils veillent à la garde de cette part de vérité qui est de leur domaine. Il faut qu'ils servent l'Eglise en faisant chrétiennement leur métier de savants. C'est le mot de saint Louis : a Or ne doit l'homme c( lai, s'il n'est grand clerc, disputer aux mécréants et « aux juifs : ains doit-il défendre la chose à bonne épée « tranchant. » L'épée des temps modernes, c'est le savoir. Et telle fut toujours en effet l'économie de la chrétienté: l'Eglise et le peuple, le pape et l'empereur, la théologie et la science, et ce^ deux ordres, ces deux puissances, ne tendent ensemble qu'à uiïe fin commune : la glorification de Dieu par l'humanité.
Si la possession de la foi oblige à la recherche de la vérité, la possession de la vérité oblige à la communication. Cette paternité intellectuelle, c'est une loi chrétienne... Aussi voyez les grands hommes du paganisme : ils ont su, mais ils n'ont pas enseigné à tous; ils ont possédé, mais ils n'ont pas communiqué; l'humanité ne profita pas de leurs inspirations solitaires ; ils ont été condamnés pour avoir retenu la vérité captive. Pour nous, comprenons-le, messieurs, il faut donner après avoir reçu, il faut produire par l'art, après avoir possédé par la science. Car le vrai ne se sépare pas du beau. Nous avons poursuivi la vérité dans le fond par l'étude, nous devons chercher la l)eauté dans la forme par la production ; sachons que la forme qui va saisir les âmes par les attraits intérieurs et les sollicitations puissantes de l'admiration, sachons que la
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forme n'est pas indigne de l'œuvre divine. De la science, l'art doit sortir avec toutes ses splendc^urs... Ainsi l'ont compris les grands hommes du Christianisme ; et celui qui vantait si hautement Vêlocution rnde de l'apôtre, celui qui prodiguait à l'éloquence de si éloquents dédains, Bossuet, se trahissait dans un ouvrage qui reçut ses plus intimes pensées (1): c< Je suis un peintre, un « sculpteur, un architecte. J'ai mon art, j'ai mon des- « sein ou mon idée; j'ai le choix ou la préférence que '(( je donne à cette idée par un amour particulier; avec « celte règle primitive et le principe fécond qui fait mon (c art, j'enfante au dedans de moi un tableau, une sta- (( tue, un édifice qui, dans sa simplicité, est la forme, c( le modèle immatériel de ce que j'exécuterai. J'aime « ce dessein, cette idée, ce fils de mon esprit fécond « et de mon art inventif. L'amour qui me fait aimer « cette production est aussi beau qu'elle. » Ainsi pensait ce grand artiste chrétien. 11 aimait, lui aussi, son idée, et cet amour divin est la condition de toute grandeur... L'artiste qui ne croit ])as peut négliger le caprice de son imagination, comme autrefois ces païens qui exposaient leurs enfonts; mais, comme un père reçoit l'enfant que Dieu lui envoie ainsi qu'un ange dont il est dépositaire et responsable, de même le chrétien doit recevoir l'inspiration qui lui est venue, la nourrir de son travail, l'environner de ses soins, et la produire au dehors, en sorte qu'elle soit respectable et aimable
(I) Élévations sur les^ïyslères, II, 7.
r,<s MELANGES.
devant les hommes. Pour lui, l'inspiralioii a un nom sacré : elle s'appelle grâce... Et c'est ce respect pour la pensée venue d'en haut qui fait la conscience de l'art chrétien ; c'est Dieu qu'il honore en. soi... Voyez les cathédrales gothiques; pourquoi, à ces hauteurs que l'œil n'atteint pas et que le voyageur ne visitera point, ces statuettes travaillées avec patience dans leurs plus minutieux détails? A ces laheurs, je reconnais le dévouement qui s'oublie, je reconnais une passion du beau désintéressée, et par conséquent sainte.
Quant à nous, gens de lettres, la forme dont nous disposons, c'est la langue française,. langue souverainement chrétienne, et qui tient de la religion par ces trois grands caractères de majesté, de précision, de clarté. C'est par là qu'elle est devenue la langue de la civilisalion. Elle tient sa force du principe organisateur des temps modernes. La langue fut faite par le Christianisme, comme fut fait l'Elat... Pascal vint la fixer; Bourdaloue la marqua au sceau de sa logique sévère; Bossuet la rendit tout à fait maîtresse. La poésie môme reçut le souffle chrétien, et la tragédie parut dans sa gloire quand elle finit par des mystères, Polyeude^ Estlier^ Alhalie.,. Cette langue est un dépôt qu'il ne faut pas laisser altérer; nous en répondrons... Elle nous suffit d'ailleurs, et, quoiqu'on en ait dit, les chrétiens n'ont pas besoin de la langue de Bousseau; la leur était faite cent ans avant lui.
De là l'obligation du travail; le travail est la loi commune des hommes; c'est aussi celle des inloUigen-
DES DEVOIRS UTTEUAIRF^S DKS CHRKTIENS. r.'.>
ces, car c'est aussi pour les lal)eurs de l'esprit (ju'aii jour de la chute fut pronoucée cotte parole : Tu mangeras ton pain à la sueur de ton front. Voyez dans l'Eglise cette longue tradition du travail, depuis Origène, riiomme aux entrailles d'airain, depuis saint Augustin, qui commença si tard et qui pourtant a vu toutes choses, jusqu'à saint Thomas, qui mourut à quarante-neuf ans, laissant à la science dix-sept volumes in-folio. Dans les temps plus modernes, c'est Bossuet se levant à deux heures du matin pour reprendre un ouvrage à peine interrompu, c'est d'Aguesseau professant que le changement de travail était pour l'esprit une récréation suffisante; ce sont tous ces magistrats du dix-septième siècle, allant dès six heures du matin s'asseoir sur les fleurs de lis, donnant tout le jour aux fonctions puhliijues, le soir à l'éducation de leurs enfants, partageant la nuit entre l'étude et la prière... Aujourd'hui nous ne travaillons pas... Sept ou huit heures par jour données à la science alarment pour nos misérahles santés la sollicitude de nos amis... Sachonsle pourtant, il ne faut pas se croire dispensé par la foi de la fatigue et des veilles. Le travail, châtiment de la déchéance, est devenu la loi de la régénération. C'est lui qui fait les époques glorieuses quand il y trouve l'inspiration, et, quand elle n'y est pas, c'est encore lui qui fait les hommes utiles et les peuples estimables.
Après avoir reconnu la vérité, après l'avoir produite au dehors, il faut savoir la défendre : c'est le devoir de la controverse. La controverse religieuse est inévitable;
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elle se rencontre à tous les points élevés des sciences profanes. Elle n'a rien d'odieux si elle se souvient de son origine. La foi a voulu se communiquer sans nuire à la liberté de l'homme : elle n'a pas refusé la discussion, afin d'honorer de la sorte la soumission volontaire des esprits. 11 y a en ceci, de la part de la divine Providence, un ménagement plein débouté... La bonté sera le caractère de la controverse chrétienne.
Le précepte en est écrit dans ces paroles de l'apôtre saint Jacques : Qui est sage et discipliné parmi vous?... Qu'il le fasse paraître par la mansuétude de sa sagesse. Que si votre zèle est amer, et que l'esprit de contention soit en vous, ne vous glorifiez point... Car ce n'est point là cette sagesse qui vient d'en haut... Mais la sagesse qui vient d'en haut est d'aboid chaste, puis amie de la paix, modérée, docile, susceptible de tout bien, pleine de miséricorde; elle ne juge point, elle n'est pas dissimulée. Or les fruits de la justice sont semés dans la paix par ceux qui font des œuvres pacifiques (1).
Cette doctrine enseignée au commencement ne cessa point d'être mise en pratique. Quand saint Paul comparaît à l'Aréopage, il ne renverse point en entrant les idoles nationales. Mais il a lu sur son chemin l'inscription de l'autel érigé au dieu inconnu; il prend acte de ce témoignage solennel, il cite à ces Grecs les vers de leurs poètes, et c'est par leurs aveux qu'il les sait con-
(I) S. Jac.|ues, 111, iô-lS.
hVS DEVOIIIS MTTÉUMIU^S DKS (IIIP.KTÏKNS. 141
vaincre. Bientôt les premières écoles de la science chrétienne s'ouvrent dans Alexandrie et dans Home sous la direction de Clément, et de saint Justin, qui mourut martyr. Ces grands hommes professent que les doctrines des sages du paganisme, sans approcher de la pureté de la foi, semblent en être comme un pressentitiment loinlain. La philosophie fuf donnée aux Gentils ainsi que la loi aux Hébreux, poi^r leur servir de pédagogue et de guide. Tout ce qui a été dit de bon et de juste appartient d'avance au Christianisme. C'est ainsi que ri'.glise accueillait la sagesse antique, en la discutant. L'Eglise ne fut point ombrageuse : elle fut, elle est toujours hospitalière... Au moyen âge, Aristote et Platon, dépouillés de leurs erreurs théologiques, sont introduits dans l'école sous le manteau de saint Thomas et de saint Bonaventure. Plus tard, au milieu des ardentes polémiques du Protestantisme, cet esprit de conciliation reparaît dans la plus glorieuse défense qui futfaile de la vérité : V Histoire des variations. Je veux [)arler surtout de cette belle et charitable préface où Bossuet plaint ses adversaires encore plus qu'il ne les blâme, et montre en finissant que a cet ouvrage, qui a pourrait paraître d'al)oi'd contentieux, se ti-ouvera c( dans le fond beaucoup plus tourné à la paix qu'à la c( dispute. »
Si l'on a pris soin de lîxer et de maintenir ces règles de la discussion chrétienne, c'est qu'il n'est pas permis de s'en écarter impunément. Dans l'emportement du combat, il y a plus de péril qu'on ne pense. 11 est facile