‹ uvres complètes de A.-F. Ozanam (volume 4)Chapitre 10 sur 30 · LES J.UIS · texte numérisé non relu

LES J.UIS

appui dans un pouvoir absolu qui soumît les esprits par la contrainte, ou qu'elle plia sous la violence des récalcitrants, et laissa retomber les peuples dans le désordre.

Chez les nations du Midi, en Inde, en Grèce, à Rome, l'autorité l'emporte; et comme c'est l'autorité qui fonde et qui conserve, ces nations ont couvert la moitié du monde de leurs institutions et de leurs monuments. Mais, pour avoir poussé trop loin le droit de la cité, pour avoir divinisé la patrie, pour l'avoir adorée d'un culte idolàlrique, on en vint à ne lui refuser aucun sacrifice. On méconnut le droit sacré de désobéir aux lois injustes, ou plutôt on ne connut pas la prérogative delà raison qui juge de la justice des lois. Les jurisconsultes proclamaient cette maxime, que la société n'a pas de compte à rendre de ses décisions. Ce fut l'erreur des grands Etats de l'antiquité; ils périrent comme périssent tous les pouvoirs, par leurs excès. La déciidence romaine donna cet exemple au monde. Les institutions étaient grandes, mais les consciences étaient étouffées; un moment vint qu'elles s'éteignirent, et que, les lois se soutenant, la société se trouva dissoute.

Mais l'instinct de la liberté s'était réfugié chez les peuples germaniques. Sans doute cette passion d'indépendance, qui ne souffrait rien d'obligatoire, rien de fixe, rien de durable, ne permettait pas à la société de s'affermir. Il ne semble pas que la personne humaine fût meilleure hors de ces liens de la loi qui la soutiennent, incapable de se maîtriser, impuissante pour tout,

si ce n'est pour détruire. Mais c'était aussi la destinée des barbares d'accomjilir une œuvre de destruction. D'ailleurs le mal, chez eux, n'était pas sans ressources. L'homme n'y était pas descendu aussi basque dans les pays policés, qui ont abusé de toutes les jouissances el de toutes les lumières. Ils étaient ignorants, par conséquent excusables à beaucoup d'égards; ils étaient pauvres, car il n'y a pas de richesse plus tôt tarie que le pillage; et la pauvreté devait les réduire au travail. Ils paraissaient chastes, si l'on comparait la grossière simplicité de leurs mœurs aux raflinements des débauches romaines. Enlin ces caractères énergiques, qui ne savaient pas obéir, mais qui savaient se dévouer, conservaient un reste de dignité humaine, une étincelle de ce sentiment d'honneur que les autres peuples anciens n'ont jamais bien connu, et dont le christianisme devait se servir pour former les consciences, et pour fonder sur l'obéissance raisonnable tout l'édifice des léeislalions modernes.

F.i:S LANGUES. 171

La vieille religion des Germains devait finir avec les temps barbares; une partie de leur législation était destinée à traverser les siècles féodaux ; leurs langues, Énumératio;. plusdurables, couvrent encore de leursdialecles le tiers lai.^es

. ,,ri 1 • •' 1 i>i ' • • germanique?.

de 1 Lurope et la moitié de 1 Amérique : quatre-vingts millions d'hommes^les parlent. En ne considérant que les idiomes germaniques fixés par des monuments littéraires, on en compte quatorze. Au nord, le danois et le suédois se rattachent à l'ancien Scandinave, encore parlé en Islande. Au centre, on trouve l'anglais et le hollandais; le flamand et le bas allemand, qui eurent une littérature au moyen âge ; le frison, le vieux saxon, l'anglo-saxon, dont nous avons les restes dans des texies de lois, des poëmes, des traités scientifiques. Au midi, c'est le haut allemand, devenu la langue nationale de l'Allemagne moderne; c'est l'idiome plus doux que popularisèrent les poètes chevaleresques de la Souabe; e'est l'ancien leutonique tel que l'écrivaient les contemporains de saint Boniface, de Charles Martel. Enfin

[VI ClIAl'ITBE IV.

vient la langue des Goths, sauvée de l'oubli dans le peu de pages qui nous restent de la traduction de la Bible par réveijue Ulphilas. Comment ne pas admirer la vigueur de ce vieux tronc germani(|ue qui poussa tant de branches, qui eut des fleurs sous tous les cieux et des fruits pour tous les siècles?

Des quatorze idiomes qui viennent d'être énumérés, aucun, sans doute, ne représente exactement la langue parlée par les Germains de Tacite; tout ce qu'on en sait se réduit à des noms propres, qui se décomposent on un petit nombre de racines connues. Mais la version gothique des saintes Ecritures est du quatrième siècle; on a du septième et du huitième plusieurs textes teuloniques, anglo-saxons, Scandinaves. Ces quatre idiomes occupaient un territoire immense, ils supposaient un long travail du temps; en réunissant donc leurs traits communs, on retrouvera peut-être ce qui faisait le fond des langues germaniques aux approches de l'ère chrétienne.

Je ne me dissimule point ce qu'il y a d'épineux dans ces recherches ; je m'y engage, soutenu par la pensée d'atteindre une certitude que ne donne pas toujours l'étude des législations et des mythologies. Les peuples ne laissent pas de monuments plus instructifs que leurs langues. Et d'abord, dans le vocabulaire d'une langue on a tout le spectacle d'une civilisation. On y voit ce qu'un peuple sait des choses invisibles, si les notions de Dieu, de l'àme, du devoir, sont assez pures chez lui pour ne souffrir que des termes exacts. On mesure la

LES LANGUES. i'iZ

puissance de ses institutions par le nombre et la propriété des termes qu'elles veulent pour leur service; la liturgie a ses paroles sacramentelles, la procédure a ses formules. Enfin, si ce peuple a étudié la nature, il faut voir à quel point il en a pénétré les secrets, par quelle variété d'expressions, par quels sons flatteurs ou énergiques il a cherché à décrire les divers aspects du ciel et de la terre, à faire pour ainsi dire l'inventaire des richesses temporelles dont il dispose.

La grammaire conduit plus loin : on y saisit le génie même de la nation où elle s'établit. Il n'y a pas de puissance plus stable, plus obéie, plus active qu'une langue, ni dont la constitution fasse mieux connaître les besoins de l'esprit public et ses ressources. Les langues ont des règles d'euphonie pour contenter l'oreille par une succession de syllabes harmonieuses; elles ont aussi des règles logiques pour satisfaire la raison par une suite des propositions intelligibles. Les premières montrent jusqu'où un peuple pousse celte sensibilité, qui est le commencement de tous les arts; les secondes font voir jusqu'où il porte cette rigueur de méthode, sans laquelle il n'y a pas de science. Par la discipline qu'il s'impose on juge déjà de sa vocation.

Enfin l'élymologie des langues éclaire l'histoire des sociétés. On ne remonte point aux origines des mots et des formes grammalic\les, on n'assiste pas aux révolutions du langage, sans y reconnaître le mouvement des esprits et l'impulsion des événements. A la présence d'un grand nombre de termes étrangers, pénétrant

ni CllAPlTHE IV.

pour ainsi dire de vive force dans un idiome qu'ils violentent, on découvre la trace d'une invasion. Dans les rapports réguliers qui existent entre deux langues, on retrotive les titres de parente de deux peuples. Et quand l'une est j«;tée à l'occident, l'aulre à l'orient, il faut bien croire à d'antiques migrations qui les séparèrent et dont le souvenir même aurait péri, si les langues n'étaient destinées à Hiire l'histoire des temps qui n'eurent pas dhisloriens.

vot;.bjiaire Eu ouvraut Ic vocabulairc Scandinave, on est d'abord

■tes l.uigiies

du Nord, frappé d'un nombre infini de termes mvlbolosinuos.

Ihonlogie. il J O 1

En effet, toutes les grandes religions ont eu leurs idiomes sacrés, soit qu'elles s'attachassent à une langue morte qu'elles conservaient dans leurs livres et dans leur liturgie, soit qu'elles adoptassent une langue vivante, en y créant assez d'expressions pour composer une nomenclature savante, à l'usage des prêtres et de leurs disciples. Il fallait que les choses invisibles prissent un corps dans les mots qui les représentaient, et qui les faisaient descendre, pour ainsi dire, à la portée de l'homme. Ainsi les Scandinaves avaient toute une théologie dans les cent quinze litres qu'ils donnait nt à Odin, dans le catalogue des Ases, des Alfes, des Valkyries, des Nains et des Géants; en y ajoutant l'énuméralion des neuf mondes et la généalogie des héros. Le poëte qui parle dans le chant sacré du Havamal croit vanter son savoir en déclarant que, « si on l'interroge « dans l'assemblée, il est en mesure de nommer l'un

« après l'aulre tous les dieux et tous les génies, » Un autre poëme r;iconte comment le nain Alvis, qui savait toutes choses, alla trouver un soir le dieu Thor, et lui demanda la main de sa fille. Thor, ne voulant pas irriter le nain par un refus, lui promet la jeune déesse s'il répond aux questions qui lui seront faites. Il lui demande donc les noms du ciel et de la terre, du soleil et de la lune, des vents et des éléments, considérés comme autant de divinités. Et le nain récite les noms de chaque chose dans les langues différentes des Ases, des Alfes, des Géants et des mortels. Cependant il oublie que la nuit s'écoule, et que les premiers rayons du soleil sont mortels pour les nains qu'ils surprennent hors de leur demeures : au lever du jour, Alvis expire sur la porte du dieu qui Ta Irompé. Rien n'est mieux fait que ce récit pour exprimer l'abondance du langage théologique chez lesScandmaves, et la longueur de ces catalogues divins qu'une nuit ne suffisait pas à épuiser. Les termes dont ils se composaient avaient presque toujours une signification symbolique. Les quatre nains, par exemple, qui soutiennent le poids du monde, Nordri, Sudri, Auslri, Yestri, portent les dénominations des quatre points cardinaux. Les trois Nornes chargées d'écrire les destinées humaines, Urda, Verdandi et Skulda, représentent le passé, le présent et l'avenir. Il ne faut donc pas s'étonner de trouver dans l'Edda des strophes entières formées de noms mystérieux : chacun d'eux résumait une croyance, et ces listes, maintenant inintelligibles, fixées dans la mémoire par le rhythme

I7() CllAPITUE IV.

il la mesure, n'avaient besoin que d'un commentaire pour s'éclairer et pour dérouler aux regards des adeptes l'éclatante mythologie du Nord (1).

11 se peut que ces richesses de la parole se soient en partie dissipées chez les autres nations de la même lamille. On en voit cependant des restes dans les noms donnés aux esprits et aux génies de toute espèce qui troublèrent longtemps l'imagination rêveuse des Allemands. Les Anglo-Saxons distinguaient les Elfes des montagnes et les Elfes des plaines, ceux des forêts, ceux des lacs et ceux des villes. Tous les peuples germaniques ont conservé dans les mêmes termes le souvenir d'un même culte : tous désignent par des expressions semblables le prêtre, les lieux sacrés, les immolations sanglantes, les différentes sortes d'adorations et de prières. Partout reparaît le nom sous lequel Dieu est représenté comme l'être incréé, existant par luimême. L'àme est désignée par un mot qui n'appartient qu'à elle, sans métaphore et sans équivoque; tandis que les Grecs et les Latins n'avaient su lui donner que le nom de ce souffle corporel et périssable (Ijx^» anima) que l'homme porte dans sa poitiine. 11 est curieux de voir jusqu'où des peuples sans philosophes ont porté l'effort, quand il s'agissait de saisir la nature spiri-

(1) Edda Sxymmdar, Haïuimal, 162. «Si niilii in homiiumi toncilio roconscndi sunt dii singillaliiii, — Asaniin et AlUirimi, — oiuniiiiu novi tlislinctionem. — Pauci inscili ita iioruiU. » Alvisvml; Volospa, 11,18. Les strophes 11-14 sont lorniées des noms de 7-4 nains. Ces énuniéralionî; rait|.ellent les catalogues de dieux, do héros et d'héroïnes, dans Homère et Hésiode.

tuelle de l'âme, et de déterminer les sentiments qui l'agitent, les actes qui l'exercent; comment ils ont tenté l'analyse de l'entendement et de la volonté, comment ils ont eu deux mots pour la pensée, deux pour le désir, et une admirable flexibilité d'expressions pour tous les degrés de l'amour (1).

En même temps que les dialectes primitifs du Nord conservent les plus authentiques débris de l'enseignement sacerdotal, on y découvre aussi les traces de toutes les institutions civiles. Si le droit ne put jamais vaincre le désordre des passions chez ces peuples violents, il avait été assez fort pour s'y créer une langue à son service, pour maintenir l'ordre dans les idées par la régularité des expressions, et pour constituer ainsi toute une jurisprudence. En effet, Odin et ses douze compagnons sont représentés comme autant de juges siégeant sur autant de tribunaux dans la cité d'Asgard;

Gothique.

Teuloni(|ue.

Anslo-saxon.

ScamiiiiaTe.

Dieu,

Guth,

Cot,

God.

Gud.

Uàme,

saivala,

seola,

sàvl,

sàl.

Penser,

minan,

mainjan,

mœnan,

minnn.

fruthian,

frot,

frod,

frœda.

Vouloir,

viljan,

wiUan,

villa,

vilja

Désirer,

geiran,

giri,

georiiian,

giarn.

luston,

iyst(?),

- lyst.

lyst.

Plaire,

liuban,

liub,

leof.

liufr.

Aimer,

frijon.

friiint,

freond,

i'reia.

Sacrifier,

blùtan.

pluosan.

blùtan.

bluta.

Ou a pensé que ces listes de mots auraient l'utilité de mettre sous les yeux du lecteur les rapports et les différences des quatre dialectes primitifs. J'ai surtout consulté, pour le gothique, le dictionnaire de Gabelenz et Lrelje, à la suite de la dernière édition d'Ulphilas. 11 faut lire aussi les excellentes discussions philologiques par lesquelles .1. Grimm commence chaque chapitre de sa Mylholoijie.

et parmi les sciences qui viennent des dieux, on compte celle de terminer les contestations des hommes. S'il faut en croire les chants de l'Edda, a il y a des paroles u magiques savamment combinées, à l'aide desquelles « un accusé suri victorieux du jugement. » C'en est assez pour indiquer un certain nombre de termes techniques et de formules consacrées, par lesquels les coutumes du Nord avaient cherché de bonne heure à circonscrire, à enchaîner les notions abstraites du juste et de l'injuste. Et d'abord les termes de droit étaient si bien établis, ils avaient tant d'autoiité chez les Francs, les Alemans, les Bavarois et les Lombards, qu'au moment où les lois de ces peuples furent rédigées en latin, il y resta un grand nombre de mots barbares qu'on n'osa point traduire. De là, par exemple, dans la loi salique, le lioujinus, ou magistrat inférieur; le inallum, ou tribunal; le rcipiis^ ou mariage d'une veuve; la chenecliruda, ou cession de biens du débiteur insolvable. D'autres coutumes, comme celles de Frise, de Danemark, de Suède, écrites dans le dialecte national, n'éprouvent aucun embarras à rendre avec précision les rapports compliqués et délicats qui font le lien de la société. Toutes les langues germaniques ont un fonds commun d'expressions pour désigner la nation, le territoire et ses divisions, l'état des personnes, les degrés de parenté, la dévolution des biens. Elles distinguent tous les biens meubles des immeubles, la terre patrimoniale des acquêts qui s'y sont ajoutés; le magistrat qui [)réside au jugement, des assesseurs char-

gés de prononcer sur le fait en litige; la réparation pécuniaire due à l'offensé, de la condamnation pénale que l'ordre public réclame. Quand les témoignages des historiens manquer.iient, les indications des anciens glossairesjious l'eraienl encore pénétrer dans les mœurs du jNord; et ces vieux mots, toujours respectés, nous montreraient les restes d'une civilisation antique, débordés, mais non détruits par le flot de la barbarie (1). En second lieu, alin que les expressions juridi(jues ne perdissent rien de leur prestige, elles ne s'employaient pas au hasard ; on les liait, on les enveloppait dans des phrases sacramentelles soumises à un certain rhythme, à de certaines consonnances. C'étaient là, sans doute, ces combinaisons de mots qu'il fallait savoir pour ne point succomber en justice. Les plus anciennes formules connues sont en vers, et plusieurs, conservées jusqu'au moyen âge, ont encore toute la

(I) Ed<la Sxmundar BrynhUdur quida, I. «Characteres causales (.Va/- Runar) noiis. — Si iieniiiieni tilii vis — sœve olfcnsam repoiidciv, — eos iinplicas, — eos involvis, — oosdisponis iiniversos, — in eo conventu, — iibi lioiniiiibus eundiun est — ad juste constituta judicia. » Cf. Havubmal, 156; Griimn, DeiUsche l\eclils- Aller liiùmer , 1.

Voici la série des principaux termes de droit dans les quatre dialectes primitifs :

Gothi(|ue. Teulonique. Anglo-saxon. Scandinave.

Le peuple, thiuda, diot, Ihuod, thiod.

Le territoire, land,

Le souverain, IVauja,

La noblesse, atliala (?

L'homme libre, frcis,

Le serf, skalks,

La propriété, aigin,

L" héritage, arbi,

La borne, niarka,

land,

land,

land.

fro,

fréa,

(ru.

adal,

edhel,

ôdal.

fri,

freo,

fri.

skalk,

sceal,

skalkr,

eikan,

agen,

eiga.

arbi,

yrt.

arti.

iiiarka,

inearc,

marc.

lm> CHAPITRE IV.

|tompc lyrique. C'esl ainsi que la loi islandaise, en conlirnianl le contrat qui réconcilie un meurtrier avec la laniille de la victime, menace quiconque enfroindrail lapaixjurée. a Qu'il soit exilé, dit-elle, aussi loin qu'un « homme puisse aller en exil; aussi loin que les chréc( tiens vont à l'église, et que les païens sacrifient dans « leurs temples; aussi loin que le feu brûle et que la « terre verdoie, que les mers enfantent et que l'en- « fant crie après sa mère, que le bois nourrit le feu, « que le vaisseau chemine, et que brillent les bou- « cliers; aussi loin que le soleil fond la neige, que la « plume vole, que nage la truite, et que l'épervier « plane au printemps ; aussi loin que le ciel se courbe « en voûle, que les vents soufflent, que les eaux couci rent à la mer, et que les hommes sèment le grain.» Il serait facile de multiplier les exemples, de montrer que le droit germanique connut ces solennités de paroles qui tinrent tant de place dans le droit romain, qui firent du langage judiciaire une sorte de poésie [carmen necesaariuni), et dont les jurisconsultes tirèrent comme d'un germe les plus savantes institutions qui furent jamais (1).

(!) Griiiiui, Deutsche Hechls- Aller thiimer. Les termes de droit s'emploient deux à deux ou on plus grand nombre, en observant la loi pot>li<iue de rallitération, qui consiste à rapprocher les mots conimenvant par une même initiale. Exemple, dans les lois Scandinaves :

melii iiiuiul ok in;ila. — Uns ok hêm ; dans les lois anglo-saxo'ini's :

niœ^ an 1 mundboi;>. — Hùs and liàni.

.le crois reconnaiiro dis vers dans cette formule suédoi>e :

LES LANGUES. isl

Des langues si riches quand il fallait parler des dieux ou régler les intérêts des sociétés, comment se seraient-elles trouvées impuissantes pour décrire les scènes journalières de la création? Les vocabulaires germaniques sont prodigues de ces termes pittoresques et hardis qui attestent l'observation de la nature et l'émotion de l'esprit humain en présence de tant de grands spectacles. Tous les phénomènes semblent d'abord comme autant de merveilles qu'on ne saurai I expliquer, qu'on ne saurait nommer, sans faire inteivenir les dieux. L'arc-en-ciel était le pont {Asbnt) pai' où les Ases descendaient des cieux sur la terre. Ils y avaient laissé leur nom aux créatures qu'ils avaient aimées. Parmi les oiseaux, on connaissait le Coq de Woden {Odhins honi); parmi les plantes, la Barbe de Dona {Donnersbart) , le Sourcil de Balder (Bnlldersbrâ), le Bouclier de Tyr (Tijrihialm), la Main du Géant, l'Herbe des Alfes et celle des Nains. Les larmes que la déesse de l'amour avait versées en cherchant son époux s'étaient changées en or; ce riche métal garda le nom de pleurs de Freya. La nature apparaissait toute vivante et toute divine dans un langage qui satisfaisait l'imagination, mais où l'on pourrait surprendre aussi les premiers efforts de la raison pour discerner, pour classi-

Tu œr ci muns tnaki Ok ei madir y Brysti ;

et dans ces autres tirées de la loi des Frisons :

Mord scliilrfla — mit mord bêla.

Bi loniles leiiore — aud liî liod;i libbande.

I8'2 CIIM'ilUK IV.

(ier les faits, pour en pénétrer les causes. Sous ses noms ileslinés à rappeler K-s vertus des plantes, à marquer l'origine des métaux précieux, il y a peut-être un souvenir des connaissances médicahs- et métallurgiques dont les prêtres Scandinaves se vantèrent, et qui leuilurent communes avec toutes les écoles sacerdotales de l'antiquité. Mais on peut allei' plus loin et retrouver dans les idiomes du Nord les vestiges d'une science astronomi(jue surprenante chez des peuples qu'on se figure enveloppés d'une brume éternelle sous un ciel sans étoiles (1).

Le poëme sacré de la Voluspa rappelle un temps où « le soleil ne connaissait pas ses palais, les étoiles ne « connaissaient pas leur place, la lune ne connaissait « pas sa demeure. Alors les Ases s'assirent sur leurs c( sièges élevés, et ces dieux saints délibérèrent. Ils « donnèrent des noms à la nuit et aux décroissances c< de la lune ; ils nommèrent le malin, le midi, l'après- « midi et le soir, en sorte qu'on pût compter les « années. » Ce n'est pas forcer le sens de ce texte que d'y voir premièrement l'ignorance d'un peuple qui n'avait ni marqué la place des astres, ni mesuré leur cours ; ensuite la sagesse des prêtres représentants des

{\) La Vohispu (stroptio 7) ro]nvsente les Ases forgeant l'or: et probablement la fable des pleurs de Fieya fait allusion à la récolte de l'or dan^ les eaux des fleuves. D'un autre côté, le //«rama/ slropbe 150) met la médecine au nombre des sciences nia<;ii|ues; et un autre poème (Uryrihildnr ijiiidu) s'exprime eu ces teruies : « Cluu-acteres phmtaruui (Hiin- « liiiiiar) scias, — si medieus esse cupis — et nosse vulnera inspiiere : — « illi corliei incidantur — et "ermini arbori.s. »

dieux, qui démêlèrent le désordre apparent des mouvements célestes, saisirent les premières lois, et tentèrent de les fixer par la parole. Celte astronomie toute sacerdoîale ne pouvait parler que le langage du sanctuaire ; elle désignait les astres par des noTtis divins, et leurs différents aspects par des fictions mythologiques. Le soleil, cJélait Odin; et, dans ce rôle, le dieu portait douze litres différents, selon les douze mois de l'année, et cinquante-deux surnoms répondant aux cinquantedeux semaines. On l'appelait le flamboyant [svidur), le resplendissant {gimnir), le père du solstice (iolfadir), le dieu à l'œil de feu [hale'ujur); el c'est pourquoi on le représentait avec un œil seulement : il avait laissé l'autre en gage au nain Mimir, quand celui-ci lui permit de boire à sa fontaine, dont les eaux donnaient la connaissance des choses futures. On racontait aussi comment le génie de la lune, Mani, avait enlevé deux enfants qui puisaient à une source sacrée; et l'on expliquait les taches du disque lunaire en y reconnaissant deux figures humaines portant une cruche supendue à un bâton. Les douze Ases avaient dans le firmament douze palais qui correspondent aux douze signes du zodiaque. La grande Ourse représentait le char d'une divinité. Les étoiles dont les Grecs firent le baudrier d'Orion figuraient, pour les Scandinaves, la quenouille de Frigga. Deux astres furent formés des yeux du géant Thiassi, mis à mort par les Ases; et le dieuïhor composa une constellation des orteils d'Orvandil, son comp;ignon de voyage, dont les pieds avaient gelé en chemin. Ces dé-

184 CUAl'ITIU: IV.

nominations, ces fables et tant d'autres aujourd'hui perdues, servaient à diriger les sages du Nord dans l'espace étoile ; ils y cherchaient des horoscopes et des augures, mais en même temps ils y poursuivaient une science plus utile aux hommes, sans laquelle il n'y a point d'ordre dans la vie, ni de règle dans la société : je veux dire la division du temps, la distinction des saisons, la durée des années. Il fallait que des connaissances si nécessaires fussent placées sous la garde de la religion. Trois sacrifices solennels consacraient les trois grandes époques du solstice d'hiver, de l'équinoxe du printemps et du solstice d'été. Deux nains, Nyji el Nidhi, présidaient à la croissance de la lune et à sa décroissance. D'autres temps étaient marqués par àcs observances dont le souvenir subsiste encore dans les superstitions du Danemark et de la Suède. Les douze mois, de trente jours chacun, s'augmentaient de quatre jours intercalés au second mois d'été, et complétaient ainsi une période de cinquante-deux semaines ou de trois cent soixante-quatre jours, trop courte de trente heures pour égaler la révolution du soleil. Celte lacune paraît avoir été partiellement remplie au moyen d'une semaine additionnelle qui revenait tous les sept ans. Le calendrier se conservait, comme toutes les traditions sacrées, par des chants et par une écriture symbolique. De là ces poëmes, encore populaires dans le Nord, composés pour rappeler l'ordre des mois et les fêles qui y tombent ; de là ces b.ltons appelés runiques, oii les paysans Scandinaves gravent les divisions de l'année en

caracLcres anciens , accompagnés d'hiéroglyphes. Le secret des vieux pontifes païens, divulgué par les prèlres chrétiens qui leur succédèrent, a été livré aux ignorants et aux petits (1).

Toutefois la science des astres n'était point restée confinée dans les temples de Scandinavie. Les Anglo- Saxons avaient aussi leur calendrier, qui nous est parvenu avec la nomenclature de leurs mois. Ils en comptaient douze, partagés entre quatre saisons et deux semestres : ces mois étaient lunaires, et formaient une année de trois cent cinquante-quatre jours. Les onze jours manquant pour compléter l'année solaire composaient tous les trois ans un treizième mois, intercalé dans la saison d'été. L'année s'ouvrait par la grande fête du solstice d'hiver, et la nuit qu'on y consacrait était appelée la Mère des Nuits (Moedrenech). Cette solennité donnait son nom {Huili) au mois qui la précédait

(1) Geijer, Svet Rikes Hxfder, cai». vu. Griimii, Mythologie, 001 cl siiiv. Le.vicon mylholoyicou, L'lSpcciiiie)i calendarii gentilis, à la fin d» troisième volume do l'Ktkla ; Copenhague, 1828. Mais je ne puis adoptciles rapprochements trop hardis et les conclusions précipitées de ce sa\a it travail. — Voliispa, 5 : « Sol neque scivit — ulti palatia haheret; — slellaî nec sciverimt — idji loca habercnt ; — luna neque scivit — quam mansioneni habci'et. — G. Tum omnes dii occuparunt elatas sellas, — sandissima numina, et d^; iiis deliherabant. — >'ocli et interluniis — nomiiia dederunt. — Manc vocarunt — clmoridicm; — pomeridianum tempus et V(>spcram — pro numerandis anm's. » — Pour les douze demeures célestes desAses, et pour les cinquante-deux nomsd'Odin, voyez au tome premier dj l'Edda le poome du Grimmismal, où j'incline à reconnaitre l'alirétté d'une doctrine astrono:nique. En ce (|ui touihe les fables du ,yéant Thiassi

et dOrvandil, voyez ilarbardsliod, '28, et TEdda de S:iorre, 110, 111.

Les hâtons runiipics des p iysa:is Scandinaves ont eu pour modèles ceux que le clcr|j;é cat'iolicpie du Nord exposait dans les églises pu(n' ré'der les jeûnes et les l'êtes.

ol h celui qui la suivait. Parmi les dix aulres, cinq l'appelaiiMil par leurs dénomiiialions les divinités qu'il l'allail lioiiorer, et les oITrandes dont on devait charger leurs autels; cinq marquaient les temps favorables à la navigation et au soin des troupeaux, le moment de la récolte et le retour des frimas. 11 y avait aussi des jours fastes et des jours néfastes, et toute la suite de ces règles était contenue dans des poèmes dont nous avons probablement des débris. Le système anglo-saxon se rencontrait avec le Scandinave en plusieurs points, il aboutissait au même résultat; mais il différait par la durée des années communes, parle nombre et la distribution des jours intercalaires : en quoi il reproduisait presque entièrement l'ordre du calendrier athénien. Sans doute les hommes du Nord faisaient une erreur considérable, s'ils ne tenaient point compte de l'excédant de six heures qui forme nos années bissextiles; mais j'admire déjà que ces barbares aient égalé les Grecs dans leurs efforts pour concilier les mois réglés par la lune avec l'année réglée par le soleil, et pour réduire à la même loi les révolutions différentes de ces deux astres, que les hommes ont toujours consultés, et qu'ils sont parvenus si tard à mettre d'accord (1 ).

(l) Belle, de Ralionc Icmjioriim , c;i|i. xiii. La coutiaiif dt^ rédiger le calendrier on vers dovail être l)ien enracinée cliez les Anglu-Saxons, puisque Uède, après avoir écrit en prose son beau traité de liatiouc temporiim, cnil de\iiir labré^er en hexamètres latins, et en taire un sninmaire encore plus court en latin linié, prol)al)leinent pour Tusaiie des écoles. Voici le début de cette pièce :

Aniuis solis coiilinetui' Quatuor leniporibus,

Considérez toutes les nations germaniques, vous les trouverez souvent errantes sur la terre, mais toujours attentives à s'orienter dans le ciel. Au quinzième siècle, les paysans des Pays-Bas connaissaient encore le chariot de Woden (la grande Ourse), et longtemps ceux de la Tliuringe montrèrent la voie lactée comme le chemin par où le roi Yring était monté chez les dieux. Les fêtes populaires de l'Allemagne conservent encore le reste des solennités qui marquaient les solstices et les équinoxes. Si Charlemagne changea les noms que les Francs donnaient aux douze mois de l'année, ce fut sans doute pour faire tomber en oubli un calendrier idola trique, dont il n'osa cependant pas effacer toutes les traces: avril retient le nom de la déesse Ostara [Oslar manoth), et décembre resta le mois sacré, comme chez tous les peuples du Nord [Heilag manoth). En remontant plus haut dans l'histoire, on trouve le législateur des Gètes apprenant à son peuple à reconnaître les douze signes du zodiaque et les révolutions des planètes. Les prêtres dépositaires de ses enseignements avaient un catalogue de trois cent quarante-quatre étoiles; et les guerriers mêmes, s'il faut en croire Jornandes, passaient leurs

Ac deinde adiiiipletur

Duodecini mcnsibus.

Qtiinquaginla et duabus

Curril liebdoniadibus, Tercentcnis sexaginta

Alque quinque diebus.

Je crois voir aussi des restes de l'ancien calendrier anglo-saxon dans le Ménologe en langue anglo-saxonne, publié par llickes (Thésaurus), et dans un manuscrit cité parTurner, Hislory, lib. VII, cap. xu.

Idri CllAl'ITRE IV.

jours de repos à étudier les phases de la lune et les éclipses du soleil. Au milieu de ces exagérations on démêle la trace d'une science antique, répandue dans le Nord avant l'ère chrétienne; et l'on arrive à douter de l'opinion commune selon laquelle les Germains auraient emprunté aux Romains l'usage de la semaine et les noms dos sept jours. Les Romains ne connurent la période hebdomadaire qu'au temps de César : il fallut des siècles avant qu'elle devînt assez populaire parmi eux pour s'introduire chez leurs voisins et leurs ennemis. Mais d'abord, en considérant l'accord de tous les idiomes germaniques à désigner la semaine par un même mot, et les jours par les noms des mômes dieux nationaux, on a lieu de croire ces termes antérieurs à l'époque où les dialectes se divisèrent. D'ailleurs Tacite remarquait déjà chez les Germains l'observation régulière de la pleine lune et de la nouvelle, qui divisait les mois en deux parties égales, et qui donne lieu de soupçonner un second partage en quatre périodes de sept jours. Enfin ce partage fut fait dans le calendrier Scandinave, puisqu'il roulait tout entier sur le nombre exact de cinquante-deux semaines, malgré l'inconvénient de former une année trop longue pour s'accorder avec le retour de la lune, trop courte pour coïncider avec la révolution du soleil. Comment l'institution des sept jours se fût-elle plus solidement établie chez le peuple le plus éloigné des Romains, si ce n'est qu'il la tenait d'ailleurs, c'est-à-dire de l'Asie, cette première patrie d'Odin et des Âses? C'est là que la semaine a ses ori-

gincs, consacrées par les plus hautes traditions religieuses. Une conjecture si naturelle s'appuie encore de deux indices moins sûrs, mais dont il faut tenir compte. D'une part, Wodan, à qui les Germains dédient le quatrième jour, rappelle par son nom et par ses attributs le dieu Bouddha, sous l'invocation duquel le même jour est placé chez les Indiens. D'un autre côté, les deux peuples semblent s'attacher à l'idée d'un renouvellement périodique du monde, et la durée qu'ils lui donnent forme naturellement un grand cycle astronomique. Or, l'âge présent du monde, selon les Indiens, durera quatre cent trente-deux mille années, qui seront suivies d'une ruine universelle; et le poëme Scandinave du Grimmismal, où il est difficile de ne pas voir une exposition mythologique du calendrier, déclare qu'avant la destruction de l'univers huit cents personnages divins sortiront par chacune des cinq cent quarante portes de la Valhalla. Si la Valhalla représente ici la demeure du soleil, et si les personnages qui en sortent sont autant d'années, il est remarquable que leur réunion forme encore le nombre fatal de quatre cent trente-deux mille. Ainsi les deux peuples s'accorderaient dans la plus grande comme dans la plus faible mesure du temps. De telles analogies ne s'expliquent point par une rencontre fortuite. L'astronomie devait naître sous le ciel de l'Orient; mais il fallait qu'elle suivît ces nations voyageuses qui allaient chercher leur destinée dans les forêts ou sur les mers du Nord, et qui auraient péri de terreur si le calcul des

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révolutions célestes, en leur promettant le retour du soleil, n'avait consolé la longueur de leurs nuits et de leurs hivers (1).

Cependant ces expressions figurées, ces formules mystérieuses, qui donnent tant d'éclat aux vieilles langues du Nord, en trahissent aussi l'insuffisance et la faihlesse. Ce sont comme des langues sacrées qui protègent la science naissante, mais où elle n'a ni liherté ni grandeur. Il ne faut pas croire que les idiomes d'Alaric et de Clovis eussent déjà des expressions pour toutes les délicatesses de la pensée humaine. Lorsque après les invasions les dialectes de la Germanie se trouvèrent en présence delà civilisation chrétienne, il leur fallut un travail de plusieurs siècles avant de pouvoir se plier

(1) Grinun, Mythologie, p. G87 . Éginhard. Vit. Carol. M., apiid Porz, t. II, p. 458 : « Mensibus etiain jiixla propriain linguam vocabula iinposuit cuni antc id leniporis apiid Francos partiin latinis, partim barliaris iiominibuspromintiarentur. » Jornandes, rfe Reh.Getic. G)immis)ual,ca\i.\n, Grinini é|irouvo aussi quelques doutes sur rorigiue de la seiiiaiue ; et Geijer adopte ce rapprochement des 452,000 j)ersoiuiages uiythitpies de VEddn, et des 432,000 années de la période indienne. — On peut citer, comme un des plus frappants exemples de l'analogie qui règne entre les langues geimaniques, les termes par lesquels elles désignent les différentes parties de la durée.

Le lewps, G. llieihs, T. zit, A. tid, S. tidh.

Le VI ornent,

mel,

nnal,

mel,

mal.

Vheure,

weila,

hvila,

Inil,

livila.

Le jour.

dags.

tag.

l'ag,

dagr.

La semaine.

viko,

vecha,

vica,

vika.

Le mois,

menotlis,

manod,

monadh.

nianadr

Vannée,

jer,

jâr.

gear,

ar.

Le siècle.

aivs,

ewa.

a va.

a'fi.

À vrai dire, le mol aivs ou ewa, comme le latin nvum i-t le livc 7.iV.>, no désigne qu'une longue durée sans mesure déterminée.

à cette variété infinie de notions savantes qui n'avaient jamais pénétré dans l'esprit des barbares. Ce ne fui pas trop de toute la persévérance des écrivains monastiques pour faire passer dans ces langues rebelles la théologie de l'Evangile. Ils n'y parvinrent qu'en détournant les vieux mois de leur sens primitif, ou en empruntant à la langue de l'Eglise des termes dont ils accommodaient l'orthographe à la prononciation de leurs lecteurs. C'est ainsi que le mot de miima, qui dans les mœurs païennes désignait la coupe vidée dans les festins pour l'amour des dieux et des ancêtres, devint le nom chrétien de la vertu de charité. C'est ainsi que du latin elecmosyna il fallut faire alaniuosa^ l'aumône : les barbares n'avaient ni le mot ni la chose. D'un autre côté, si l'on considère cette partie des langues germaniques où se réfléchissent les mœurs des peuples, on reconnaît bientôt leur extrême pauvreté en tout ce qui touche les habitudes de la vie sédentaire, le luxe des villes, les monuments qui les ornent, les arts qui les enrichissent. Quand les moines vinrent ouvrir des écoles dans les bourgades allemandes, il fallut encore tirer du latin le nom d'une institution si nouvelle [schola, schule). Au contraire, les locutions abondent pour désigner la maison isolée, entourée d'un espace vide, telle que la décrit Tacite; la salle du banquet, où le noble rassemblait ses proches et ses fidèles; le lieu fort, où il se retranchait contre ses ennemis. Rien de plus varié que les images de la vie errante, de la navigation, de la chasse et de la guerre. Je trouve dans

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