‹ uvres complètes de A.-F. Ozanam (volume 4)Chapitre 12 sur 30 · U, E, AI · texte numérisé non relu

U, E, AI

M El,

m;u'oi,

lihains,

sunus,

mena.

rùdjau.

slairno,

daiir,

il iiiwan,

liutlion.

mari,

leban,

sunu,

mano,

redan,

sterno,

tiiri,

lilian,

liod.

mère,

lilian,

sunu,

moua,

rredan,

steorra,

duru,

lihan,

leodli,

mar,

lif,

sonr,

mani,

rœdi,

stierna,

dvr,

lia.

liodh.

Allemand.

meer,

îeben,

sohn,

mond,

reden,

stenia.

Ihïu',

lelien.

lied.

mer.

vie.

fils.

lune.

parler.

étoile.

}H)rle.

prêter.

chant.

bres, le singulier, le pluriel et le duel; six cas, nominatif, génitif, datif, accusatif, vocatif, instrumental. Il y paraissait une parfaite régularité. Toutes les nuances de la pensée étaient représentées par autant de désinences différentes : les voyelles marquaient les genres et les nombres ; les consonnes caractérisaient les cas. Cette belle ordonnance, dérangée de bonne heure, se conserve surtout dans le gothique el le teutonique : l'anglo-saxon et le Scandinave contractent déjà les terminaisons, les déplacent et les confondent. Une telle manière de décliner, que les grammairiens appellent h décHnamii forte ^ devait se soutenir difficilement: elle supposait des habitudes d'application et de discernement qui feraient honneur aux sociétés les plus polies (1).

Aussi la paresse des esprits avait eu recours à des

(1) Voici le paradigme de la déclinaison forte dans les quatre dialectes:

Gothique. Teutonique. .\nglo-saxon. Scandinave.

Masculin, blinds, plinter, blind, blindr, aveugle.

Féminin, blinda, plintu, blindu, blind.

Neutre, blindata, plintuz, blind, blindt.

Je donne seulement la déclinaison masculine, la plus instructive des trois. Cf. Grinini., Gramm., t. 1. Sing. n. blind s, plint er,

Gén. blind is, plint es,

Dat. blind anima, plint emu,

Ace. blind ana, plint an,

Instr. plint u,

Plur. n. blind ai, plint è,

Gcn. blind aizé, plint èrô,

Dat. blind aim, plint êm,

Icc. blind ans, plint è,

Le vocatif n'existe que dans un petit nomI)re de sii])st;intifs gothiques. Le teutonique est le seul qui conserve le cas instrinnental. Ces quatre dialectes ont le duel, mais dans le pronom personnel seulement.

blind,

blind r.

blind es,

blind s.

blind um.

blind um.

blind ne,

blind an.

blind e,

blind ir.

blind ra,

blind ra.

blind um,

blind um.

blind e,

blind a.

198 C.IIAIMTUE IV.

procédés moins savants. La nasale, ??, introduite dans les désinences, altéra d'abord la consonne caractéristique : elle finit par l'effiicer. La confusion, déjà visible dans le gotbique, se montre surtout dans les autres dialectes. L'anglo-saxon elle Scandinave n'ont plus qu'une Ilexion pour tout bî singulier. C'est ce que les grammairiens appellent la dêdinaisoii. faible. Elle se développe surtout dans l'allemand moderne, où, un grand nombre de noms ayant perdu toute trace des cas, il y faut suppléer par les prépositions et les articles. La mémoire se décbarge, mais la langue s'appauvrit (1). Conjugaison. La grammaire s'attache moins au nom qu'au verbe. Elle met tout son art dans ce mot flexible, qui fait le nœud de la proposition. Le verbe gotbique se prête avec une facilité remarquable aux besoins du discours. On y trouve deux voix, l'actif et le passif; trois modes, indicatif, subjonctif, impératif; deux temps, le présent et le passé ; trois personnes et trois nombres. Le point capital est la formation du prétérit, qui se fait régulièrement par le redoublement de la première syllabe du radical, et par le changement de la voyelle (slepa, je dors; .sa/s/c/j, je dormis). Ce changement de voyelle s'o-

le coq.

(\) Parad

igme de la déc

linaison laible.

Gothique.

Teulonique.

Anglo-saxon.

Scandinave.

Si» g. n.

lian a,

han 0,

han a.

han i,

Génit.

han ins.

han in,

han an,

han a.

Dut.

lian in.

han in,

han an,

han a.

Ace.

Iiaii an,

han un.

han an.

han a.

Pliir. n.

lian ans.

han un.

han an.

han ar.

Génit.

h;in anè.

han ônù.

han ena.

han a.

Dal.

han ani.

han uni.

han uni,

hœn uni

Ace.

liau ans

han un.

lian an.

han a.

LES LAÎ^GUES. IW

père de six manières différentes, d'où naissent les six conjugaisons qu'on nomme fortes. Ce système savant, compliqué, qui fait passer chaque verbe par quarante flexions successives, exigeait une singulière netteté de prononciation, une grande délicatesse d'oreille, un prompt sentiment des rapports entre les nuances du mot et celles du sens. C'était beaucoup demander à des peuples de guerriers et de pâtres : aussi voil-on la règle fléchir et le désordre prévaloir. Le gothique lui-même perd le redoublement dans le plus grand nombre de ses verbes. Les autres dialectes ne le connaissent pas : ils n'ont conservé ni les formes du duel, ni celles du passif. L'anglo-saxon ne met plus de différence entre les trois personnes du pluriel : des quarante flexions primitives du verbe il n'en retient plus que douze (1),

(1) Des cinq cents verhcs forts dont M. Grimm relronvc la trace dans les langues germaniques, cin({uante-sept seulement se conservent dans les quatre dialectes : je prends poiu' exen)plc giban, donner.

Golliiqiie.

ÏL'iilonique.

Anglo-saxon.

Scandinave.

Indicatif présent sing. 1

gib a,

kip u.

gif e,

gef.

gib is,

kip is.

gif est,

gef r.

gib i(h.

kip it.

gif odh,

gef r.

ylnr. 1

gil) ain,

kip amas,

gif âdb,

gef uni.

gib ilh,

kip at.

gif odh,

gef idh.

gib and,

kip ant.

gif adh,

gef a.

duel 1

gib ôs.

gib ats.

prétérit sing. 1

gab,

kap.

gëaf.

gaf.

plur. 1

gèb um,

kap umes,

gëaf on,

gaf uni.

duel \

gêb u.

Subjonctif présent sing. 1

gib au,

këp è,

gii'o,

gef i.

prétérit sing. 1

gèb jaîi,

kâp i,

gëaf e,

gajfi.

Impératif sing. 2

gib,

kip,

gif.

gef.

Infinitif

gib an,

kep an,

gif an,

gef a.

Participe présent

gib ands,

këp anter,

gif ende,

gef andi.

passé

gib ans,

këp âner,

gif en.

gef inn.

'.'00 CllAl'lTRK IV.

Mais le langage populaire ne rencontrait pas de dilfîculté plus grande que la formation du prétérit : ce fut «le ce côté que l'innovation se tourna. Au lieu de mo- (lilier les voyelles des radicaux de six manières différentes, on conserva le radical invariable en y ajoutant une terminaison uniforme [luiha, j'ai; habaida, j'eus). Cette méthode facile constitue ce qu'on appelle la co}ijuijaison faible. Les quatre dialectes primitifs l'admettent comme une exception. Elle ne comprend d'abord que les verbes dérivés : elle s'enrichit peu à peu des autres qui échappent à l'ancienne règle, et finit par faire loi à son tour dans l'allemand moderne, où les verbes forts, réduits à cent soixante, ne figurent plus qu'à titre d'irréguliers (1).

Ainsi, dans la déclinaison et dans la conjugaison, deux principes contraires se font jour. L'un est l'ancienne tradition de la langue, conservant les riches flexions des noms et des verbes, modelées avec un art infini sur toutes les formes de la pensée humaine. L'autre est l'usage qui se débarrasse de ce luxe grammatical comme d'un héritage incommode, dépouille les

(1) Voici un exemple de conjugaison faible. Il suftit d'indiquer la yveinièrc personne du singulier de chaque temps pour en distinguer les caractéristiques. Uaban signifie avoir.

Colliiquf.

Teulonique.

Anylo-saxon.

Scandin,ive.

Indicatif présent.

bal) a,

bap êm,

hab be,

hefi.

prétérit.

bal) aida,

bap ela,

h;ef de,

baf da.

Subjonctif présent.

bal) au.

bap èe,

bal) be.

hefi.

prétérit.

bab aidédjaù,

bap éti.

bœf de,

bafdi.

Participe présent.

bal) ands.

bap enter,

bab cade,

baf andi

prétérit.

bab aiUis,

bap èlèr,

ba-f d.

haf dhr.

Infinitif

bal) an.

bap an,

bab ban.

hafa.

mois (Je leurs flexions, el les remplace par des particules et des suffixes. D'un côté, il y a je ne sais quoi de vivant qui travaille au dedans des mois et qui les fléchit; de l'autre, il y a un procédé mécanique qui les prend par le dehors el les unil par des liens plus grossiers, mais plus durables. Ce procédé devait l'emporter à la fin dans les idiomes germaniques, et y mettre un ordre nouveau. Mais au temps dont nous nous occupons, il ne réussissait encore qu'à ébranler les règles anciennes. Les formes du discours n'avaient plus cette exactitude qui ne permet pas de se méprendre sur leur signification. L'incertitude des termes laissait la pensée dans le vague, par conséquent dans l'impuissance. 11 y avait assurément peu de logique au fond de ces langues, peu de travail d'esprit chez les nations qui les parlaient.

Une dernière particularité grammaticale achève de peindre Je caractère des hommes du Nord. Pendant que, chez les Hébreux, ce peuple de la tradition et de la prophétie, les verbes ont le passé et le futur, mais point de présent, les dialectes du Nord, au contraire, n'ont pas de futur. Quand ils commencent à traduire des textes grecs et latins, ils rendent le futur et le présent par le même mot : la différence des temps ne leur est pas encore sensible. Plus tard seulement ils cherchent à l'exprimer à l'aide des auxiliaires. Ces peuples ont dans leurs conjugaisons un moyen de désigner le passé; car ils y tiennent par les souvenirs, par les lois, par les croyances. Ils ont le pi^ésent, comme il convient à des

E. r,. I. li

esprits qui vivent sous riniprossion ilu moment et que la passion occupe tout entiers. Mais ils ne connaissent pas le futur, parce que c'est le propre des barbares de se montrer imprévoynnis et de se complaire dans celte indépendance absolue qui ne dispose jamais du lendemain.

Éiymoiogie. H vcslc à clierchor des lumières historiques dans .icsb^iîgues rétvmologie des langues du Nord; et d'abord on re-

Sprmaniques. . .

marquera l'étroite union des quatre dialectes qui viennent d'être examinés. On y a trouvé le même fond de vocabulaire, les mêmes radicaux pour exprimer les premières idées de Dieu, de la société, de la nature. On y a reconnu la même grammaire, partout les mêmes lois d'euphonie, partout deux manières de décliner les noms et de conjuguer les verbes. Rien ne démontre plus sûrement l'uni lé de la grande race qui couvrit l'Europe septentrionale depuis leTanaïsjusqu'à l'Océan. En second lieu, tous ces idiomes font voir une lutte entre la tradition qui garde sur eux un reste d'empire, et le génie indiscipliné d'un peuple impatient de toute autorité, dans le langage comme dans l'action. La décadence n'est cependant pas si profonde qu'elle ne laisse apercevoir les traces d'une ancienne culture, d'une société plus régulière et plus occupée des besoins de l'inlelliffenee. Enlin, si l'on cherche le lieu où cette culture put lleurir, les indices ne manquent point. En effet, la langue gothique montre une supériorité incontestable par la régularité de ses flexions, par l'har-

LES LANGUES, 'i03

monieuse composition de ses mots et jmr l'al^ondance des termes abstraits dont elle dispose. Le leutonique altère déjà ces belles qualités; elles s'obscurcissent surtout dans l'anglo-saxon et le Scandinave, où tout se contracte comme sous rinlluence d'un climat glacé. Ainsi, en parcourant les idiomes germaniques, on les trouve plus riches, plus sonores, plus exacts, à mesure qu'on retourne vers le Midi et l'Orient. Les langues des Germains, comme tous leurs souvenirs, s'accordent pour tracer l'itinéraire de leurs migrations, pour en reculer le départ jusqu'en Asie et sauver ainsi les titres de leur parenté avec le reste du genre humain.

Ces premières indications se confirment, si l'on com- Rapport pare les dialectes du Nord avec la grande famille des '^^inX^"*^ angues indo-europeennes. L est un lait acquis a la science par d'admirables travaux, que l'analogie profonde qui unit les idiomes germaniques, celtiques, slaves, et ceux de l'Italie, de la Perse et de l'Inde. Je n'entreprends pas de revenir sur des recherches qui ont été poussées jusqu'aux derniers détails : il me suffit d'en rappeler sommairement les conclusions.

Rien n'est plus discrédité en philologie, rien n'est moins décisif que le seul rapprochement des mots. II y a des ressemblances fortuites qui ne prouvent rien; il y en a de partielles qui prouvent le commerce, mais non la parenté de deux nations. Cependant la comparaison devient concluante quand elle porte sur des mots que les peuples n'empruntent pas, qui forment, pour ainsi dire, le corps des langues. Comment douter en-

*i04 Cil AI'lTIiK IV.

core, lorsque de longues tables scrupuleusement dressées font ressortir l'identité des radicaux sanscrits, grecs, latins, gothiques, pour les pronoms personnels, les nombres, les fonctions essentielles de l'Ame, les organes du corps, les liens de famille, les spectacles journaliers de la terre et du ciel? Le rapprochement jolie une lumière encore plus vive si un mol, indéconipo sable dans les langues dérivées, trouve en sanscrit ses racines, et par conséquent son explication. C'est ainsi que la langue sacrée des Indiens rend raison, comme on l'a vu, du nom que les peuples du Nord donnent Ti la Divinité. Ainsi encore le latin r/V/wr? et le gothique ridoro, veuve, se décomposent et s'expliquent dans le sanscrit ridâra {l'i, privatif, dâvay époux), sans époux (1).

(]) Voici le tableau des noms tic nombre cardinaux :

Sanscrit.

Lai in. (

Gothique.

Teutonique. Anglo-saxon.

Scandinave.

eka,

unus,

ains,

einer,

an,

einn.

dva,

duo,

tvai.

zvene,

tvegen,

tveir.

tri.

très,

threis,

dri.

thri,

trir.

tchato'.ir.

quatuor.

iidvor,

fior.

leover.

fior 1.

pantchan,

quinqne.

iimf,

vinf,

fif,

fnniii.

cliach.

sex,

saihs,

sëhs,

six,

sex.

saptan,

septem,

sibun.

sibun,

sëofon,

siô.

achtan,

octo,

ahtan,

abtô.

ëahta.

atta.

navan,

novem,

niun.

niuu,

nigon.

niu.

dasan,

deceni,

lailiun,

zeban,

tyn.

tîii.

Dans toutes ces

langues le :

système de

numération

est décimal

PI'.ONOMS PERSONNELS.

Sanscrit.

Gotliique.

Xeutdiiique.

Anglo-saxon.

Scan(inia\e

personne aing

abam,

ik,

ih.

ic,

ëk.

plur

vayam.

veis,

wir.

vë.

vër.

duel

avàm.

vit.

wiz,

vit,

vit.

personne wig

Ivain,

Ihu,

du,

thu.

tbn.

plur

yuyam

ir,

ër.

duel

yuvùin

, j.if.

jiz.

gi».

Si les mois constituent le corps des lîingues, la grammaire en est l'àme. Mais les langues indo-européennes n'ont, à vrai dire, cpi'une même grammaire, dont elles observent inégalement les lois. C'est surtout dans le sanscrit qu'il faut chercher ces combinaisons euphoniques qui font du discours une sorte de mélodie. C'est là qu'on voit les trois voyelles primitives c/, /, a, en produire onze autres, qui, avec trente-quatre consonnes, représentent toutes les touches de la voix humaine. C'est enlîn là que se découvrent dans leur ensemble les règles de permutation selon lesquelles la consonne douce devient forte et la forte aspirée. Ces règles se maintiennent dans tous les idiomes de la même famille; elles y mettent l'ordre en régularisant les changements que les radicaux doivent subir à mesure qu'ils passent de peuple en peuple (1 ).

Nulle part, mieux qu'en sanscrit, on ne voit se former le lien logique du mot et de l'idée. La déclinaison forte

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